01/06/2013

La meute et les enfants sans-papiers

4015jpeg.jpegUne écrivaine au talent incontesté et  à la sensibilité extrême dont l’humanisme n’est plus à prouver, me faisait remarquer,  à très juste titre,  que mon billet précédent "Le retour des molosses" était d’une telle violence que dans le fond il ne permettait plus le dialogue et n’était-ce pas, après tout,  une autre façon de rejoindre dans le discours  ceux qu’on dénonçait ? 

Oui, elle a raison ! Je le sais. Pour dénoncer la violence, j’ai dû  expliquer  l’organisation d’une meute, comment on s’agglutine  autour de la peur, comment on finit par devenir une bande sauvage aux crocs acérés prêts à déchiqueter tout ce qui n’appartient pas à la meute. 

Oui, sans doute !  Il n’y a pas de dialogue possible lorsque vous êtes au cœur de l’organisation d’un cerveau reptilien qui joue sur les pulsions, les peurs ancestrales, le territoire, la  haine  de l’autre. 

Oui !  Ce sont bien des molosses organisés en bande qui nous invitent à nous  mettre à quattre pattes et à courir le territoire pour chasser, avec un chef prêt à tuer celui qui souhaiterait  sortir de la bande ou qui refuserait de se soumettre à un ordre. Ces coryphées de la barbarie. 

Pourquoi offrir une possibilité de dialogue qu’on ne peut avoir, à une bête sauvage ?  Pourquoi dois-je tenter de convaincre de la nécessité de laisser un enfant sans-papiers  étudier ? Pourquoi me faut-il encore expliquer qu'on ne doit plus   pratiquer la délation comme aux pires époques de notre histoire ? Et expliquer en sus, pourquoi je refuse de voir la bête extirper et traîner  l’enfant sans-papiers hors de la classe entre ces incisives de carnassier.

Or, lorsqu’on se relève dignement, enfin être humain, fier de se tenir enfin  debout après avoir quitté la barbarie et l’état animal et qu’on voit le monde sous l’angle d’un humaniste, on ne comprend pas pourquoi il faudrait justifier le fait de  laisser un enfant sans-papiers étudier. C’est d’une telle évidence ! L'humanisme est en phase naturellement avec  la générosité et la  solidarité,  de façon si naturelle  qu'on n'a plus besoin  de se poser la question et devoir justifier ce qui paraît couler de source;  aller de soi.  

Notre humanité porte en elle, les réponses du futur. Elle propose des alternatives.  Elle nous montre comment nous allons vivre ensemble, intégrer la différence, accepter l’autre non pas comme un ennemi mais comme un ami. Tout en proposant un cadre respectueux où chacun doit apprendre à  ne pas empiéter sur la liberté de l’autre, à développer le savoir être ensemble dans une dynamique de construction.  Cette humanité offre une possibilité de dialogue, une réflexion infinie sur notre rapport à l’autre. Cette humanité offre  des réponses claires et sans ambiguïté. Elle porte haut en elle la puissance créatrice du monde, elle est illimitée, elle nous pousse, nous fait grandir, nous rassure,  nous illumine dans la grotte noire de nos peurs ancestrales.

Mais encore, notre humanité nous éclaire, elle efface les peurs, elle permet de réfléchir, de penser le monde, de construire  pour un avenir solide.  Elle nous rend confiants. Et savez-vous  ce que signifie vivre sans peur ?  C’est s’offrir l’infini et la liberté  !  L’humanité fait de nous des hommes et des femmes libres !  Libérés de nos peurs ancestrales qui nous évitent de redevenir des bêtes immondes organisées en meutes barbares.

Ne plaçons  pas notre avenir entre les crocs de la bestialité, au coeur d'une meute, il mérite mieux. Restons des hommes et des femmes dignes. Restons des humanistes éclairés. Misons sur un avenir confiant  !

 

  Mon site www.djemaachraiti.ch

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Commentaires

La Suisse se prépare, avec la nouvelle révision de la loi sur l'asile, à approuver un nouveau durcissement de sa politique d'accueil à l'égard des réfugiés. Une politique trouble sous des allures prétendument humanistes qu'elle véhicule avec habileté et qui, une fois encore, restreindra aux plus fragiles l'accès à une terre d'asile. Cette inclinaison sournoise qui consiste à refouler en prétendant accueillir se décline en Suisse depuis des décennies, et déjà en 1936, par la stigmatisation des réfugiés juifs en appliquant sur leur passeport un tampon "J".
Les discours sécuritaires, racistes et haineux aboyés par les molosses doivent être inlassablement dénoncés pour que l'histoire ne se répète pas en engendrant de nouvelles générations d'ignorants. Car la banalité du mal, comme l'expliquait Hanna Arent, peut aussi transformer des êtres quelconques en tueurs enragés. Aux humanistes de ne jamais baisser la garde, parler, écrire, raconter, dénoncer, crier contre l'aveuglement et la bêtise, et espérer qu'on nous entende.

Écrit par : Iris | 01/06/2013

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