30/05/2013

Le retour des molosses

Heartfield_Krieg_und_Leichen.jpgIls sont redoutables, tout de nerfs, de mâchoires et de rage. La gueule ouverte, toujours prêts à mordre, déchiqueter de la chair et même celle des enfants innocents, si innocents, assis sur leur banc d’école.   Ils écharpent le réfugié de leurs crocs, dépècent le mendiant, détestent la couleur, ils broient en mille pièces les déjà broyés par la vie. Ils se repaissent de ces chairs fragiles aux destins si précaires. Leur terrain de prédilection et de chasse sont ces existences en pointillés. Avec  leurs yeux fous et chargés de haine, ils flairent ces êtres au parcours inextricable, ces dogues les tracent sans relâche, jusqu'à enfin goûter au sang amer de la misère dont ils se repaissent avec fureur. Carnassiers  repus ! 

 

Goring The Executioner.jpgCes mâchoires que l’on retrouve sur ces hommes et ces femmes de haine, dernière trace du temps de quand on était des animaux primitifs . Ces mêmes que l’on croit mettre à nos frontières pour nous protéger ;  ces bêtes sauvages qui montrent les crocs au moindre mouvement et qui se retourneront contre ceux qui ont cru bien faire en les introduisant dans leur espace sur lequel ils pisseront tant et plus pour marquer leur territoire.  Zone gardée  avec hargne et transformée en niche étroite dans laquelle nous sommes dorénavant confinés;   étouffant, envahis par cette  puanteur fétide faite de rance et de renfermé de la bête qui sue sa hargne. La bête observe tout, de façon obsessionnelle, le moindre mouvement est interprété comme signe de danger.  Sa propre peur  nous a envahie, elle nous habite, elle réduit nos frontières qui nous collent à la peau, voilà le cercueil !   Or, ces  chiens enragés, aveuglés par leur haine n’auront plus que pour seule besogne et sans plus aucune distinction   : mordre ! mordre ! mordre !  Que plus personne ne bouge ! 

 

 

 

 

 

Quand  la politique d'un homme se résume à  ses mâchoires  c'est un brin canin 

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* Dessins John Heartfield 

 

 

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27/05/2013

Alba Viotto - Une grande dame est partie

image_mini.jpegUne grande dame et amie vient de nous quitter. Alba Viotto la grande défenseuse des droits humains, de nos libertés et particulièrement du  droit des femmes,  créatrice en 2001  du Prix « Femme exilée, femme engagée » s’en est allée aujourd’hui.  L’infatigable au franc-parler et qui ne mâchait pas ses mots est partie sur la pointe des pieds, discrètement laissant derrière elle une vie d’engagement. 

Une vie engagée sur plus de 50 au service des plus faibles et des sans voix, Alba Viotto a donné en exemple des trajectoires de vie de femmes migrantes à prendre comme modèles et a su  mettre en avant des parcours de vie qui montrent qu’il n’y a pas de fatalité mais des destins à prendre en main avec force et courage. 

 

Dernièrement, je l’avais interviewée et enregistrée sur ce qu’elle savait de Primo Levi qu’elle connaissait, originaire de Turin comme elle. Un témoignage émouvant durant lequel elle  se souvint  du silence pesant autour de ces professeurs et élèves qui disparaissaient sans que l’on sache où. Mais nul ne demandait, nul n’interrogeait, parce que laisser s’instaurer la  dictature c’est commencer par le silence. Une auto-censure qui donne au monstre le pouvoir d’agir et libre-passage à la barbarie.

Alba Viotto depuis n’a plus laissé planer le silence sur les pires injustices, elle est montée au créneau et a dénoncé sans cesse les iniquités; la politique toujours plus sévère à l’encontre des réfugiés déployée sous le prétexte de "corriger les abus dans le domaine de l'asile" pour viser les ressortissants de peuples dont on craint "l'enchevêtrement culturel", ce durcissement lui faisait horreur et toujours ce silence qu’elle ne cessait de craindre depuis la montée du fascisme en  Italie dès les années 20.  Elle le savait, et ô combien, que c’est ainsi que la barbarie s’instaure, dans le silence le plus absolu, sans qu’aucune voix ne s’oppose.

 Bella ciao ! Bella ciao ! Paix à son âme ! 

 

L'interview - 


 

 


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22/05/2013

"Jamais sans mes chats, jamais sans ma fille"

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Un lundi de Pentecôte triste sous un ciel si bas et si gris, une bruine persistante.  Je la vois au bord de la route déserte ,  à Croix-de-rozon, elle vient de manquer son bus. Elle tend timidement son pouce, à ses côtés un vieux caddy aux carreaux d'un vert délavé ;  aussi désolant  que le temps.

Je m’arrête, lui propose de l’emmener à Carouge. Ronde comme un personnage de Bottero, la joie et la langueur  en moins;  elle ouvre la portière arrière, place son caddy sur le siège qui laisse déjà des traces de roues mouillées un peu boueuses. Je regrette aussitôt  et puis un brin philosophe songe  qu’il ne s’agit que d’un siège automobile, après tout. 

Péniblement, elle s’assied à mes côtés, en soupirant. Une drôle d’odeur envahit l’habitacle, une odeur de chat. Mince ! Je suis allergique aux poils de ces félins que j’adore.  Elle porte une  jupe à  fleurs défraîchie, une veste mi-longue,  aux couleurs passées, sa queue de cheval, longs cheveux bruns, faite à la-va-vite repose sur son épaule. Un joli visage ovale,  sans âge. Je l’observe attentivement de biais tout en conduisant.

Elle me dit rendre visite à  sa fille de 5 ans et demi placée en institution à Veyrier. Elle se demande ce qu’elles vont bien pouvoir faire, elles sont seules dans la vie, se promener un moment  sous le crachin tenace ?  Ramener  ensuite son enfant et reprendre le bus. Avec quelques précautions oratoires j’investigue. Le pédiatre a décrété qu’elle n’était pas apte à s’occuper de son enfant. Vous viviez dans une roulotte, dans une caravane en plein air ? Non en appartement et même à Genève ! s'insurge-t-elle. Elle ne comprend pas la décision du pédiatre. J’imagine la scène, des chats plein l’appartement, l’enfant au milieu à quatre pattes, des plantes vertes, le tout formant un seul et unique univers où la vie s'entremêle, sans frontière.

La mère paraît très simple, de grands yeux étonnés, elle hoche la tête, elle ne comprend pas pourquoi. Pourtant elle n’est pas maltraitante.  Non !  A mon avis, elle a dû être taxée de négligence ! Tout sur elle révèle du débraillé :  « J’aime ma fille ! Mais on me l’a retirée ! ». A la pluie, viennent s’ajouter des larmes. Je mets les essuie-glace en marche, lui tends un mouchoir.

Le père est absent, reparti, elle ne sait pas où précisément.

Mais chaque dimanche et à chaque jour férié, elle va voir la petite pour lui rappeler qu’elle a une mère.

Je suis étonnée, il me semblait qu’on n’arrachait plus les enfants aux parents. Il ne fait aucun doute que cette femme est très pauvre, et d'une naïveté qui frise la simplicité d'esprit sans l'ombre d'une méchanceté.  Après les excuses aux enfants placés, on en place d’autres pour quelques nouvelles enfances volées.

J’imagine la scène, l’enfant et les chats, le pédiatre dans son univers  aseptisé. Une enfant qui regrette sa mère, une mère qui fait de l’auto-stop par un jour d'averse. 

Et puis, n’y aurait-il pas eu une autre solution, une aide-familiale ? Une assistante sociale qui passerait régulièrement ? Une femme qui s’improviserait marraine pour la guider dans son rôle de mère lui expliquer ce qu’on fait et ce qu’on ne fait pas ? Je réfléchis à d’autres pistes moins déchirantes, moins douloureuses pour la mère et l'enfant. 

Nous voilà arrivées à Carouge.  Je l’interpelle : »Vous avez des chats à la maison ?  »- Son visage s’illumine. "Oh,  Oui !  Comment avez-vous deviné ?"  –

Elle sort de la voiture, en extrait son caddy et s’en va sous la pluie chercher sa fille.

Du Ken Loach version genevoise, par un jour de Pentecôte,  par un jour si gris qui pleure des larmes. 

 

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19/05/2013

Ce qui n'est pas médiatisé, n'existe pas !

se-taire.jpgUn axiome inquiétant qui induit une redéfinition du monde et  nous pousse à nous interroger : qui décide quoi, comment, quand, pour qui , pourquoi, avec qui,  par quel biais ?  

 Est-ce une autre façon de dire que ce qui n’est pas mis en lumière, doit demeurer dans l’ombre ? Que ce que l’on ne voit pas doit rester secret. Ce dont on ne parle pas, ne doit pas mériter notre intérêt. 

Mais qui décide donc de ce qui doit être vu ?  Les médias ? Les politiciens ? Les groupes de pression qui ont les moyens de se rendre visibles et prêts  à confondre :  faire du bruit et fournir de l’information ? La triade : le propriétaire du journal, le marché, le journaliste ? Quelle interdépendance entre eux ? Qui a du pouvoir sur qui et jusqu'où ? Le journaliste "conseiller du roi"  le soutient ou soutient le groupement ou son idéologie jusqu'où et jusqu'à quand ? Quelle limite pour le journaliste à ne pas franchir, allié, puis ennemi qui a des informations "sensibles" et qu'il utilisera au service de qui pour quel nouveau prince ou roi ? Journaliste indépendant ? Ah, bon ! ça existe ? Information objective ?Ah ! Vraiment ? 

 

Rendre quelque chose de visible,  est-ce alors  une question de moyens ? Un paradigme cynique , en perspective. Seuls les nantis,  associés à des groupes de pression, les plus en vue, les stars  fabriquées de toutes pièces par les premiers, quand bien même n’ont-elles pas grand-chose à dire auraient le droit de dire ce qui doit être vu et dit  ?  Sont-ce les annonceurs qui paient des encarts  dans les journaux et dorénavant sur les sites  qui influencent  l’information et décident de ce qui doit être révélé, montré, tu, ou matraqué en boucle ?

Si tel est le cas, nous partons d’un postulat pour le moins  inquiétant. A lire ce qu’on lit, on peut effectivement comprendre qui a les moyens de rendre manifeste un type d’information qui nous est livrée en masse. Une manufacture de l’information qui sur-représente une position, un événement, un courant de pensée et qui prépare les groupes silencieux à ingurgiter ce que veulent  leur  faire avaler ceux qui détiennent le pouvoir et les finances et tirer encore davantage profit du silence. S' ils daignent   parler d’un fait social;  ce n’est qu’à travers quelque  faits divers, de façon anecdotique. Les faits divers peuvent être réutilisés ad infinitum et ad absurdum : « Un meurtre sordide, une occasion de relancer le débat sur la privatisation des prisons où on pourrait y faire travailler les condamnés et faire du bénéfice. Même les morts sont utiles à cela, instrumentalisés post-mortem  ! ».   On lance aux  pourceaux non plus  des perles, mais une bouillie infâme.

Une massification de l’information qui tourne en boucle et qui prépare la masse à ingurgiter un modèle sans voir là-derrière la manipulation d’un petit groupe qui appartient dans le fond à une élite « économique » ou/et  « politique » souvent la même et sur plusieurs générations. 

Des opinions faites et défaites sur le modèle de tout ce qui est « fast » , à savoir rapide et superficiel et surtout qui passe très vite, comme chat sur braise lorsqu’il s’agit des intérêts de la masse silencieuse et vouée aux gémonies. Des faits divers qui font croire qu’on a de plus en plus d’information, tandis que l’on nous désinforme et que la pensée s’appauvrit, le principal disparaît au profit du surmédiatisé d’un éphèmère déconcertant dont il ne reste rien, sinon du tapage assourdissant. 

Combien d’informations importantes nous échappent ainsi. Combien d’éléments nous manquent-ils pour analyser des situations dans leur ensemble et surtout les comprendre  ? 

Quelques questions qui nous forcent à penser qu’il est préférable de ne pas trop s’intéresser à ce que l’on voit, mais à tout ce qui reste caché, rester critique à l’égard de l’écho de résonance des nantis et toujous se demander :Quel intérêt ont-ils à nous révéler cela ou à  insister ? Et vous le trouverez tapi dans les bas-fonds.  L'intérêt !  cet appétit vorace des engrangeurs de billets.

Seule la connaissance du  terrain, au plus proche des réalités sociales  nous permet de comprendre  ce qui s’y  passe véritablement et permet de  faire circuler l’information auprès d’un ou plusieurs  groupes dont on assure le maillage communicationnel  ;  c’est bien-là où réside l’essentiel, dans la zone d’ombre que l’on camoufle avec subtilité, sur le terrain social qui vit et vibre dans les labyrinthes profonds d’une société qui s’illustre par le clinquant et qui aimerait que l’on continue à   « boulimiser » ce qu’elle nous balance à tire larigot. 

Ce qui est important n’est pas : ce qui est dit, mais ce qui est tu, ce qu’on voit mais ce qui ne se voit pas,  ce qu’on sait mais ce qu’on ignore;  c’est bien-là où tout se joue.

Sans doute les réseaux sociaux et les blogs sur internet  permettent  de relancer les cartes pour un nouveau jeu et faire sortir de l’ombre ce qu’on aurait voulu tant camoufler, à savoir des réalités sociales et économiques qui prouvent le triste état du monde et sa grande inégalité et injustice. En évitant soigneusement d'être financés pour éviter de se retrouver dans le cas de la presse classique.

Dans un  silence de plus en plus pesant, les damnés de la terre disparaissent. « Chut » surtout ne pas en parler ! On risque de se souvenir qu'ils existent ! 

 

(voilà pourquoi j'ai renoncé au journalisme et que je préfère les blogs où je ne touche pas un kopeck, mais exprime librement ce que j'ai à dire : le prix de la liberté ! même ça,  se paie et surtout ça   ....) 

 

 

 

 

10:27 Publié dans Médias, Résistance, Société - People, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

18/05/2013

L'art en deuil

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Une statue détruite et à laquelle on a décapité la tête aussitôt transformée en projectile pour briser une vitrine.  Cela s'est produit en mars de cette année devant le Conservatoire de Musique de Genève.

De cette belle statue aux allures de vestales grecques et qui ornait une des niches du bâtiment, il ne reste que cette image qui symbolise parfaitement le sort que l'on réserve à l'art.

 

 

Quant aux poètes ! Ils sont recouverts d'un même linceul de silence, aussi noir et épais,   bien qu' ils portent si haut et si loin La Vérité ! Les taire et  les étouffer, les recouvrir de mousse, comme l'art, c'est à cela qu'excellent les médiocres. Mais les anges, légers et aériens,  volent par-dessus la bassesse avec l'art des poètes. 

 

J'étais morte pour la Beauté - mais à peine

M'avait-on couchée dans la Tombe

Qu'un Autre - mort pour la Vérité 

Etait déposé dans la chambre d'à côté -

 

Tout bas il m'a demandé "Pourquoi es-tu morte?"

"Pour la Beauté", ai-je répliqué- 

"Et moi - pour la Vérité -  C'est Pareil- 

Nous sommes frère et soeur", a-t-Il ajouté- 

 

Alors comme Parents qui se retrouvent  la Nuit -

Nous avons bavardé d'une Chambre à l'autre -

Puis la Mousse a gagné nos lèvres -

Et recouvert - nos noms - 

EMILY DICKINSON 

 

I Died For Beauty

I died for beauty, but was scarce
Adjusted in the tomb,
When one who died for truth was lain
In an adjoining room. 

He questioned softly why I failed?
"For beauty," I replied.
"And I for truth - the two are one;
We brethren are," he said. 

And so, as kinsmen met a-night,
We talked between the rooms,
Until the moss had reached our lips,
And covered up our names. 

Emily Dickinson
 
 

 

Photo Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/ 

 

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13/05/2013

Tohu-bohu pour un clocher


P1050808.JPGQuelle effervescence autour du clocher de l’église de Collonges-sous-Salève devant lequel on se rassemble,  impressionné par un spectacle inhabituel. Une église étêtée de son clocher  arraché de son promontoir et qui se balance dans les airs tranporté par une grue de levage. Posé au sol, dégarni de ses ardoises, seule la charpente, ossature en vieux bois, trône au milieu d’un chantier, devant les échafaudages de l’église, elle aussi en réfection.

 Les langues se délient et vont bon train :

 Pour les commerçants sceptiques, il faudrait sonner les cloches au maire pour  s’être lancé dans un telle aventure digne de la construction d’une  pyramide. Et puis cette ruelle Verdi obstruée par les travaux qui empêchent les voitures des  clients de circuler, ou alors si péniblement. Et puis c’est pas Dieu qui nous remplit les caisses ! N’est-ce pas ? maugrée un marchand.  Ah ! en êtes-vous sûr ? suggère un curieux qui nous offre une interprétation simplifiée et corrigée du pari de Pascal;  une version pour les nuls.  Le commerçant se ravise, il est bon pour confesse……..

D’autres badauds admirent, bouche bée, l’œuvre  en devenir, un brin nostalgique du défi relevé d'antan par les   bâtisseurs de cathédrale. A l’époque où on n’avait que sa foi pour ériger de tels édifices.

Il y les mauvaises langues, certes Verdi s’est marié dans cette église en catimini avec la cantatrice Giuseppina Strepponi; en grand secret avec pour seuls témoin le cocher et le sonneur de  l'église, en 1859. Que pouvait-il bien se tramer derrière  une telle précipitation ? Et  que de baptèmes d’enfants dont la filiation tout aussi mystérieuse qu’imprévisible les faisaient passer de  l’eau baptismale aux supputations les plus alimentées, sources intarissables. Mais en conclusion et comme pour se rassurer, on lâchait en soupirant  : »Tous des enfants de Dieu, pour sûr ! »—

Vient le refrain lançinant des pessimistes ronchonneurs qui ferait frémir un Maurice Ravel  : »A quoi ça sert !  tout fout le camp :  la France, l’Europe, le monde, le travail, la pollution. C’est pas le clocher qui va nous sauver. Encore des dépenses pour rien !"


P1050805.JPGLes sensibles regardent le coq avec tristesse en le plaignant : « regardez-le, il ne girouette même plus. Il se sent  perdu !" 

Et le coq, fier et digne, muré dans un silence éternel, regrette ses paysages aimés et si distincts selon les points cardinaux : douces prairies, verts pâturages , lac indigo , Salève sublime baigné par les lumières roses du jour mourant.  Sombre et rongeant son frein, il  se souvient amèrement avoir régné  en maître sur la « flèche altière d’un élégant clocher qui s’élance au-dessus des oasis de feuillage et pointe vers l’horizon . » 

Condamné à subir les hommes et leur fureur, obstiné, il ne tourne plus la tête, il fixe le mur de l’église en comptant les jours qui le hisseront au faîte et l’éloigneront de la frénésie vaine pour jouir du silence et du spectacle. Dieu que les hommes deviennent petits en se rassemblant. Encore six semaines à patienter pour être réinstallé au sommet, enfin seul  !

(suite.......) 

 

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12/05/2013

Le poète naît poète

IMG_20130116_143506.jpgPar ces quelques lignes, il me semblait important de partager avec vous cette rencontre magique. Une jeune adolescente née en France et  qui vit à la Réunion et dont la passion pour la poésie nous dévoile que le poète naît poète. Une sensibilité exacerbée qui se révèle souvent très jeune, bien avant l’âge d’écrire et de lire et une capacité d’observer le monde avec les yeux d’un entomologiste et la faconde d’un ménestrel. Je lui avais proposé de lire ses poèmes, après trois  mois, elle me fit parvenir un email : »Bonjour, Djemâa, c’est moi l’adolescente, Jessica, brune aux cheveux courts, j’étais assise à côté de vous  sur le vol Lyon-Paris….voilà trois de mes poèmes  ! ».Je l’ai invitée à brièvement décrire son parcours avant d’introduire ses poèmes.  (vos encouragement ne seront jamais de trop…Merci chers lecteurs…..)

 

 

"En effet , je viens de la Réunion , j'ai 16 ans et ma seule passion est l'écriture. Comment j'en suis arrivée à là ? Je ne sais pas , cela a toujours été une évidence pour moi , une véritable vocation , ce genre de sentiments qui vous tenaillent de l'intérieur et vous font sentir QUI vous êtes et à quoi vous êtes prédestiné. 
Depuis le premier jour où j'ai su lire , je ne me suis jamais arrêtée , toujours en variant les genres et j'ai décidé d'en faire ma vie. Alors vers l'âge de 11 ans , j'ai laissé courir mes doigts sur le papier lisse , et je ne me suis jamais arrêtée de noircir les lignes. J'ai envie de passer de l'autre coté de la barrière , de lecteur devenir auteur.
Moi aussi je veux pouvoir raconter. 
J'ai toujours éprouvé un intérêt particulier pour Baudelaire , notamment pour la beauté de ses vers mais surtout pour la définition qu'il a donnée du poète : celui capable de lire par les symboles , prophète des forces invisibles de la nature . Le poète est celui dont l'âme est d'une sensibilité accrue à l'univers autour de lui .
En effet , cest comme ca , que je me perçois : depuis mon plus jeune âge , je me suis rendue compte que j'étais d'une sensibilité extrême à ce qui m'entoure , le vent chantant , les brises légères , les doux parfums du printemps... Tout . Je ressens tout . Et mon esprit enregistre . A mon sens , l'écrivain , le poète , est celui qui même sans plume , même sans support , continue d'écrire dans son esprit , continuellement. Tout ce que mon cerveau enregistre , tout ce que je vois , ce que j'entends , tout est retranscrit par écrit à l'intérieur de ma tête. 
Je voudrais pouvoir écrire toute ma vie et je ferais tout et absolument tout , pour y arriver."

 

 

Les folies bergères 

 

Qu'elle est belle la douce sous trop de fard à paupières

Qu'elle est triste son âme sous l'accoutrement vulgaire

Qu'il est fragile son corps sous l'armure austère

Qu'il est fébrile ce sourire sous son rouge à lèvres

Qu'ils sont désertés d'étoiles ces grands yeux sans pareils

Qu'ils sont noirs les traits de l'innocence passagère

Qu'elle est passée la folie des années primaires

Qu'elle est triste la douce , derrière ce sourire prospère,

Qu'elle est cruelle la vie sous son regard pervers,

Qu'il est envolé le temps de la primevère .

Qu'ils sont beaux , les amants des folies Bergères

Qu'ils sont misérables ces vers à la Jacques Prévert,

Qu'elles sont pitoyables ces larmes roulant à terre ,

Et pourtant , qu'elle est belle sous son fard à paupières.

 

 

 Le champ de vie 

 

Cours petite fille des blés ,

Cours , ô , loin de ces prés !

Règne trop de désastre

Confesse toi aux astres .

Tout n'est que désillusion

Où se perd toute raison ,

Péchés , délices infâmes ,

Ainsi , petit brin de femme.

Adieu contrées dérisoires

Elle se jette dans la Loire.

La mort petite joueuse

Derrière sa silhouette affreuse

Lui rendit bien grand service

Lui ôtant sa mine grise.

La vie , elle , sans courtoisie

fit gémir la jalousie,

S'amusa sur des chemins

Où fanèrent les jasmins ,

Lui vola l'identité

D'une vie idéalisée

En emportant avec elle ,

Loin , les rires sempiternels

Loin , les amours oubliées

Jeté , bonheur condamné

Crucifié ange déchu ,

Rendit son dernier salut.

Vivent trop de souvenirs

Dans les ultimes sourires

Meurent mille et un regards

La Mort , enfonce son dard

Alors vie désenchantée

Meurs , petite fille des blés !

 

 

Le Coquelicot

 

Joli cœur , l'amour foisonnant

S'agitait comme la jeunesse

Dans des rêves mirobolants

Cherchant un peu de tendresse ,

Quand le temps vole les sentiments.

La vie cette traîtresse ,trahit lorsque notre cœur s'éprend ,

Ainsi quelle faiblesse

De faillir dans ses penchants

Condamnée la liberté

Quand l'amour ôte toute clémence

Le cœur tient lieu de démence

Sentiment , fébrile , fragile , blessé laisse bien des carences ,

En rien ne peut être apprivoisé

Cause de déchéance

Si l'on ne s'en est emparé

On le vole au temps

Des coquelicots en fleurs

Le sent dans le vent

Malgré la force des leurres

Éclot au printemps et fane bien avant l'heure.

Naïf , fugace , pimpant

Piège la vie tel un voleur et s'en va en riant

Les joues roses ! le visage contrit

Il s'installe sans crier gare

Sous la dentelle défraîchie

Qui n'attire plus qu'un regard

Qui séduisit la jolie.

 Les promesses du hagard ,

Dans des mensonges polis

Emmaillotent le cœur ignard ,

De la belle Lady .

 

 

Ensuite j'ai tenté d'écrire un petit quelque chose en prose et voila ce que ça a donné :

 

Destruction. Trois syllabes qui m'écorchent la bouche.

Il est là, perché sur le bout de ma langue, tel un parasite, un rapace aux serres crochues, qui me lacère tout entier. Il le transperce de part et d'autres,s'insinuant en moi comme dans un refuge, son nid. Il broie mes côtes, lapidée mon coeur, et frappe dans un brouhaha assourdissant mon cerveau. Dormir. Je voudrais dormir , mais il m'en empêche. Il me guette , il est a l'affût. Je suis sa proie . Sa voix est hurlante , insoutenable. Je le sens qui me déchire.

Destruction. Tout dans la configuration même du mot est brusque, dur, effrayant et pourtant ... Si délicieux .

Oui , c'est douloureux mais il est mon seul allié.

Cadavres ensanglantés qui se tordent de douleurs , visage défigurés de terreur , humanité asservie , je me vois frémir de plaisir.

Destruction. Amer et exquis , ouragan qui me déchire.

Je le sens , là , entre mes deux poumons , incrusté , scellé qui me dévore à petites bouchées tel un gibier savoureux.

Plaie béante ,  abîme profonde,  simple mot , tapi en moi ...a fait de moi ce que je suis.

Grand malheur , unique bonheur.

Il a pris le contrôle de mon esprit et mon âme et conduis ma triste destinée.

Condamné à la damnation , je suis sauvé.

Je n'étais personne et .. Il s'est éveillé .

JE me suis éveillé.

Il a fait de moi un homme fort. Que dis je ? Un homme ?

En réalité , je suis bien au-dessus de cela : l'être suprême. Je suis l'âme du mal et la conscience du Diable et rien ne pourra m'outrepasser.Seule mon enveloppe charnelle est présente , mon esprit s'élève à  dix milles lieues d'ici .

L'humanité n'est que le passage primitif de mon existence.

Mon nom est Destruction.


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10/05/2013

LES ETOILES D’UN CIEL AFGHAN

ciel-etoile-1196120319[1].jpgPlongée dans le livre de l’écrivain afghan,  Khaled Hosseini « Les cerfs-volants de Kaboul », j’en oublie mon rendez-vous, puis engloutis les dernières pages submergée par  un sentiment étrange. L’œuvre est bouleversante, mais c’est une autre émotion qui m’étreint;  une ancienne histoire qui se reconstruit parallèle à celle que je lis. Un  vieux souvenir  qui se fraie un dur passage dans les méandres du temps et remonte péniblement à la surface de ma conscience, un ciel d’étoiles afghanes qui tapissent ma mémoire et dont émerge le visage d’un écrivain de Kaboul que j’avais oublié.

Alors étudiante, entre autres petits travaux , je corrigeais ou tapais des textes pour d'autres personnes.  Un écrivain afghan qui vivait à Lausanne m’invita à corriger ses poèmes, voire à les retravailler. Poète connu dans son pays, il voulut traduire ses poèmes en français,  désargenté, il ne pouvait faire appel qu’à des étudiants. Chaque passage était scruté, discuté, disséqué, chaque virgule commentée.

Lorsque je rencontrais l’auteur dans son kiosque à tabac, nous passions des heures à lutter sur tel ou tel vers. Un acharnement buté nous confrontait en une drôle de guerre.  Ligne après ligne, mot après mot, un Waterloo de chaque instant durant lequel je devais céder du terrain. J’avais l’impression de marcher sur des mines antipersonnel pour chaque modification que je suggérais. Il insistait, s’obstinait, refusait mes propositions ou s’enflammait pour telles autres. Nous interrompions notre combat versifié , à l’arrivée de chaque client, et reprenions de plus belle après le départ de   celui-ci.

L’homme déjà âgé avait quitté Kaboul en 1980.  Il se plaignait de la pauvreté de la langue française en comparaison du farsi.  Ses poèmes parlaient d’étoiles;   quatrains aux  nuits lapis-lazuli, ghâzals aux yeux qui pleurent étoiles scintillantes d’espoir et femmes qui murmurent aux cristaux du ciel dans une langue qui leur est propre.  Des lumières dans la nuit qui réveillent les cœurs où brillent les joyaux dans le velours d’un ciel afghan qui a tendu son tapis de perles.

Un jour d’épanchement plus particulier, il se mit à me parler des nuits, à Kaboul, où il dormait sur la terrasse en-haut de sa maison,  les mains posées derrière la tête.  Il  passait des nuits entières à observer ce ciel constellé de diamants. A ce stade du récit, le vieil homme se mit à pleurer, des larmes ruisselaient sur son visage et venaient s’engouffrer dans sa barbe parsemée et blanche. En le regardant, j’imaginai ces étoiles qui resplendissaient  dans la nuit noire de ce qu’était devenue l’Afghanistan. Le poète savait qu’il ne reverrait jamais plus ses fidèles compagnes aux allures de reines qui vêtues de leur robe d’argent dansaient dans l’or des rayons de lune.

Dans les larmes de l’exilé, on pouvait reconnaître   un ciel noir d’encre où les étoiles s’étaient éteintes, éclipsées   par le feu des canons et des bombes. 

En  lisant "Les cerfs-volants de Kaboul", je viens de réaliser que le poète afghan dont j'ai oublié jusqu'au  nom et l'oeuvre, avait déposé, à mon insu,  dans mon imaginaire,  une myriade d'étoiles qui scintillent au creux de ma mémoire et que lorsque je lis ou entends Kaboul, un bouquet stellaire se met à briller depuis.


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09/05/2013

Après le couvre-chef des religieux, le béret des laïcs

Dans la rangée du contrôle douanier à l’aéroport de Genève, je patiente dans la longue file.  J'arbore  un petit  béret à pois blancs dont les cheveux dépassent.

Devant moi un religieux d’origine juive passe avec son haut chapeau noir, il passe le contrôle sans devoir ôter son haut-de-forme,  juste après il est suivi d’une femme voilée qui elle aussi passe sans autre. Arrivé mon tour, la chargée du contrôle douanier m’invite à enlever mon béret.

Je refuse et justifie :"Pourquoi les deux devant passent sans enlever leur couvre-chef  et pas moi?"

-  C’est à cause de leur religion ! » me répond-elle

- Pourquoi dois-je l’enlever ? insistai-je

- Pour des questions de sécurité , dit-elle  embarrassée.

- Si on parle de sécurité, les premières personnes religieuses ou pas devraient se découvrir ou alors on parle d'une sécurité à deux vitesses.   Or, je n’enlèverai pas mon béret, aussi pour des questions religieuses.

- Quelle religion ?  me demande-t-elle.

- La  religion des laïcs ! lui répondis-je du tac au tac .  Toute la rangée qui me suit  et  a assisté avec attention à la scène s’esclaffe de rire.

-  C’est bon passez !  lâche la douanière  en admettant peut-être,   dans le fond,  que je n’ai pas tout à fait  tort.


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07/05/2013

La vengeance d'un rescapé (fin)

Chers lecteurs, 

Pardonnez-moi, une série de billets relativement longue a été nécessaire pour raconter cette aventure humaine qui a, en soi,  quelque chose de désespérant. Le drame de l'humanité, la barbarie que l'on peine à comprendre et expliquer. Un personnage qui captive et vous envoûte. Dans ce récit, il y a de l'universel, on plonge au coeur du destin  d'un enfant innocent qui décidera , jeune homme,   et ce de façon obsessionnelle de  parcourir le monde pour mettre la main sur le tortionnaire qui a liquidé de la façon la plus abjecte sa famille et l'achever.

Le soldat Eliahu  Itzkovitz terminera  son service à la Légion, cinq ans au total,   et recevra des documents qui attesteront qu'il a servi "Avec honneur et fidélité"  la  Légion étrangère. C'est un jeune homme de 25 ans dans son uniforme blanc de marin qui se présentera devant la cour martiale israélienne ,   en 1956.  L'affaire est largement médiatisée, l'opinion divisée. Le condamner ou pas. Un justicier exemplaire ?    

Il  sera jugé  pour avoir déserté la marine et  condamné  à un an de prison qu'il purgera à Haïfa, peine clémente en regard de ce qu'il aurait dû recevoir.  

La Légion en l'incluant dans son Dictionnaire historique paru en mars 2013 lui a accordé la place qu'il méritait dans les annales de la Légion étrangère. 

Certains  destins   nous renvoient le miroir du monde 

 

l'entier du récit  sous www.djemaachraiti.ch


Inspiré par la vraie histoire du légionnaire Eliahu Itzkovitz

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