13/05/2013

Tohu-bohu pour un clocher


P1050808.JPGQuelle effervescence autour du clocher de l’église de Collonges-sous-Salève devant lequel on se rassemble,  impressionné par un spectacle inhabituel. Une église étêtée de son clocher  arraché de son promontoir et qui se balance dans les airs tranporté par une grue de levage. Posé au sol, dégarni de ses ardoises, seule la charpente, ossature en vieux bois, trône au milieu d’un chantier, devant les échafaudages de l’église, elle aussi en réfection.

 Les langues se délient et vont bon train :

 Pour les commerçants sceptiques, il faudrait sonner les cloches au maire pour  s’être lancé dans un telle aventure digne de la construction d’une  pyramide. Et puis cette ruelle Verdi obstruée par les travaux qui empêchent les voitures des  clients de circuler, ou alors si péniblement. Et puis c’est pas Dieu qui nous remplit les caisses ! N’est-ce pas ? maugrée un marchand.  Ah ! en êtes-vous sûr ? suggère un curieux qui nous offre une interprétation simplifiée et corrigée du pari de Pascal;  une version pour les nuls.  Le commerçant se ravise, il est bon pour confesse……..

D’autres badauds admirent, bouche bée, l’œuvre  en devenir, un brin nostalgique du défi relevé d'antan par les   bâtisseurs de cathédrale. A l’époque où on n’avait que sa foi pour ériger de tels édifices.

Il y les mauvaises langues, certes Verdi s’est marié dans cette église en catimini avec la cantatrice Giuseppina Strepponi; en grand secret avec pour seuls témoin le cocher et le sonneur de  l'église, en 1859. Que pouvait-il bien se tramer derrière  une telle précipitation ? Et  que de baptèmes d’enfants dont la filiation tout aussi mystérieuse qu’imprévisible les faisaient passer de  l’eau baptismale aux supputations les plus alimentées, sources intarissables. Mais en conclusion et comme pour se rassurer, on lâchait en soupirant  : »Tous des enfants de Dieu, pour sûr ! »—

Vient le refrain lançinant des pessimistes ronchonneurs qui ferait frémir un Maurice Ravel  : »A quoi ça sert !  tout fout le camp :  la France, l’Europe, le monde, le travail, la pollution. C’est pas le clocher qui va nous sauver. Encore des dépenses pour rien !"


P1050805.JPGLes sensibles regardent le coq avec tristesse en le plaignant : « regardez-le, il ne girouette même plus. Il se sent  perdu !" 

Et le coq, fier et digne, muré dans un silence éternel, regrette ses paysages aimés et si distincts selon les points cardinaux : douces prairies, verts pâturages , lac indigo , Salève sublime baigné par les lumières roses du jour mourant.  Sombre et rongeant son frein, il  se souvient amèrement avoir régné  en maître sur la « flèche altière d’un élégant clocher qui s’élance au-dessus des oasis de feuillage et pointe vers l’horizon . » 

Condamné à subir les hommes et leur fureur, obstiné, il ne tourne plus la tête, il fixe le mur de l’église en comptant les jours qui le hisseront au faîte et l’éloigneront de la frénésie vaine pour jouir du silence et du spectacle. Dieu que les hommes deviennent petits en se rassemblant. Encore six semaines à patienter pour être réinstallé au sommet, enfin seul  !

(suite.......) 

 

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