12/05/2013

Le poète naît poète

IMG_20130116_143506.jpgPar ces quelques lignes, il me semblait important de partager avec vous cette rencontre magique. Une jeune adolescente née en France et  qui vit à la Réunion et dont la passion pour la poésie nous dévoile que le poète naît poète. Une sensibilité exacerbée qui se révèle souvent très jeune, bien avant l’âge d’écrire et de lire et une capacité d’observer le monde avec les yeux d’un entomologiste et la faconde d’un ménestrel. Je lui avais proposé de lire ses poèmes, après trois  mois, elle me fit parvenir un email : »Bonjour, Djemâa, c’est moi l’adolescente, Jessica, brune aux cheveux courts, j’étais assise à côté de vous  sur le vol Lyon-Paris….voilà trois de mes poèmes  ! ».Je l’ai invitée à brièvement décrire son parcours avant d’introduire ses poèmes.  (vos encouragement ne seront jamais de trop…Merci chers lecteurs…..)

 

 

"En effet , je viens de la Réunion , j'ai 16 ans et ma seule passion est l'écriture. Comment j'en suis arrivée à là ? Je ne sais pas , cela a toujours été une évidence pour moi , une véritable vocation , ce genre de sentiments qui vous tenaillent de l'intérieur et vous font sentir QUI vous êtes et à quoi vous êtes prédestiné. 
Depuis le premier jour où j'ai su lire , je ne me suis jamais arrêtée , toujours en variant les genres et j'ai décidé d'en faire ma vie. Alors vers l'âge de 11 ans , j'ai laissé courir mes doigts sur le papier lisse , et je ne me suis jamais arrêtée de noircir les lignes. J'ai envie de passer de l'autre coté de la barrière , de lecteur devenir auteur.
Moi aussi je veux pouvoir raconter. 
J'ai toujours éprouvé un intérêt particulier pour Baudelaire , notamment pour la beauté de ses vers mais surtout pour la définition qu'il a donnée du poète : celui capable de lire par les symboles , prophète des forces invisibles de la nature . Le poète est celui dont l'âme est d'une sensibilité accrue à l'univers autour de lui .
En effet , cest comme ca , que je me perçois : depuis mon plus jeune âge , je me suis rendue compte que j'étais d'une sensibilité extrême à ce qui m'entoure , le vent chantant , les brises légères , les doux parfums du printemps... Tout . Je ressens tout . Et mon esprit enregistre . A mon sens , l'écrivain , le poète , est celui qui même sans plume , même sans support , continue d'écrire dans son esprit , continuellement. Tout ce que mon cerveau enregistre , tout ce que je vois , ce que j'entends , tout est retranscrit par écrit à l'intérieur de ma tête. 
Je voudrais pouvoir écrire toute ma vie et je ferais tout et absolument tout , pour y arriver."

 

 

Les folies bergères 

 

Qu'elle est belle la douce sous trop de fard à paupières

Qu'elle est triste son âme sous l'accoutrement vulgaire

Qu'il est fragile son corps sous l'armure austère

Qu'il est fébrile ce sourire sous son rouge à lèvres

Qu'ils sont désertés d'étoiles ces grands yeux sans pareils

Qu'ils sont noirs les traits de l'innocence passagère

Qu'elle est passée la folie des années primaires

Qu'elle est triste la douce , derrière ce sourire prospère,

Qu'elle est cruelle la vie sous son regard pervers,

Qu'il est envolé le temps de la primevère .

Qu'ils sont beaux , les amants des folies Bergères

Qu'ils sont misérables ces vers à la Jacques Prévert,

Qu'elles sont pitoyables ces larmes roulant à terre ,

Et pourtant , qu'elle est belle sous son fard à paupières.

 

 

 Le champ de vie 

 

Cours petite fille des blés ,

Cours , ô , loin de ces prés !

Règne trop de désastre

Confesse toi aux astres .

Tout n'est que désillusion

Où se perd toute raison ,

Péchés , délices infâmes ,

Ainsi , petit brin de femme.

Adieu contrées dérisoires

Elle se jette dans la Loire.

La mort petite joueuse

Derrière sa silhouette affreuse

Lui rendit bien grand service

Lui ôtant sa mine grise.

La vie , elle , sans courtoisie

fit gémir la jalousie,

S'amusa sur des chemins

Où fanèrent les jasmins ,

Lui vola l'identité

D'une vie idéalisée

En emportant avec elle ,

Loin , les rires sempiternels

Loin , les amours oubliées

Jeté , bonheur condamné

Crucifié ange déchu ,

Rendit son dernier salut.

Vivent trop de souvenirs

Dans les ultimes sourires

Meurent mille et un regards

La Mort , enfonce son dard

Alors vie désenchantée

Meurs , petite fille des blés !

 

 

Le Coquelicot

 

Joli cœur , l'amour foisonnant

S'agitait comme la jeunesse

Dans des rêves mirobolants

Cherchant un peu de tendresse ,

Quand le temps vole les sentiments.

La vie cette traîtresse ,trahit lorsque notre cœur s'éprend ,

Ainsi quelle faiblesse

De faillir dans ses penchants

Condamnée la liberté

Quand l'amour ôte toute clémence

Le cœur tient lieu de démence

Sentiment , fébrile , fragile , blessé laisse bien des carences ,

En rien ne peut être apprivoisé

Cause de déchéance

Si l'on ne s'en est emparé

On le vole au temps

Des coquelicots en fleurs

Le sent dans le vent

Malgré la force des leurres

Éclot au printemps et fane bien avant l'heure.

Naïf , fugace , pimpant

Piège la vie tel un voleur et s'en va en riant

Les joues roses ! le visage contrit

Il s'installe sans crier gare

Sous la dentelle défraîchie

Qui n'attire plus qu'un regard

Qui séduisit la jolie.

 Les promesses du hagard ,

Dans des mensonges polis

Emmaillotent le cœur ignard ,

De la belle Lady .

 

 

Ensuite j'ai tenté d'écrire un petit quelque chose en prose et voila ce que ça a donné :

 

Destruction. Trois syllabes qui m'écorchent la bouche.

Il est là, perché sur le bout de ma langue, tel un parasite, un rapace aux serres crochues, qui me lacère tout entier. Il le transperce de part et d'autres,s'insinuant en moi comme dans un refuge, son nid. Il broie mes côtes, lapidée mon coeur, et frappe dans un brouhaha assourdissant mon cerveau. Dormir. Je voudrais dormir , mais il m'en empêche. Il me guette , il est a l'affût. Je suis sa proie . Sa voix est hurlante , insoutenable. Je le sens qui me déchire.

Destruction. Tout dans la configuration même du mot est brusque, dur, effrayant et pourtant ... Si délicieux .

Oui , c'est douloureux mais il est mon seul allié.

Cadavres ensanglantés qui se tordent de douleurs , visage défigurés de terreur , humanité asservie , je me vois frémir de plaisir.

Destruction. Amer et exquis , ouragan qui me déchire.

Je le sens , là , entre mes deux poumons , incrusté , scellé qui me dévore à petites bouchées tel un gibier savoureux.

Plaie béante ,  abîme profonde,  simple mot , tapi en moi ...a fait de moi ce que je suis.

Grand malheur , unique bonheur.

Il a pris le contrôle de mon esprit et mon âme et conduis ma triste destinée.

Condamné à la damnation , je suis sauvé.

Je n'étais personne et .. Il s'est éveillé .

JE me suis éveillé.

Il a fait de moi un homme fort. Que dis je ? Un homme ?

En réalité , je suis bien au-dessus de cela : l'être suprême. Je suis l'âme du mal et la conscience du Diable et rien ne pourra m'outrepasser.Seule mon enveloppe charnelle est présente , mon esprit s'élève à  dix milles lieues d'ici .

L'humanité n'est que le passage primitif de mon existence.

Mon nom est Destruction.


Mon site www.djemaachraiti.ch

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Commentaires

Merci infiniment d'avoir publié mes ecrits ! Cela me touche réellement !

Écrit par : jessica | 12/05/2013

Mille vies tapies, la verdeur des passions, l'urgence des envies et l'écriture comme fenêtre avec vue sur l'âme. Le poète inquiète, révélateur de poussière et de noirceur, le poète interprète, musicien de mots encenseurs, le poète sublime, insuffle, ranime les consciences qui savent le percevoir.
Cette jeune personne l'est sans aucun doute, écrin fragile et puissant de la germe des tous grands.

Écrit par : Iris | 12/05/2013

Chère Jessica, j 'ai beaucoup aimé votre référence à l'écrivain qui écrit tout le temps, c'est magnifiquement exprimé et si vrai. Vous avez du talent, continuez !

Écrit par : djemaa | 12/05/2013

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