05/05/2013

La vengeance d'un rescapé (4)

C’est à la faveur d’une embuscade menée  par les Viêt Minh que le soldat Eliahu Itzkovitz pût  enfin approcher le caporal, par un de ces mois d’août  humide,  à la chaleur tropicale suffocante. Un ciel bas couleur anthracite avec au fond du paysage des palmiers vert émeraude aux troncs minces et longs, balancés par un vent du sud-est chargé par l’humidité de l’Océan Indien . A cela, s’ajoute une mousson aux pluies abondantes et intermittentes  qui transpercent les soldats jusqu’à l’âme. 

Leur régiment  se trouvait alors sur la Road 18 entre Bắc Minh et les Sept Pagodes en repérage quand des tirs ennemis les prirent pour cibles.

Le caporal hurla « planquez-vous ! »-  En quelques enjambées souples de félin, Eliahu suivit le Roumain, ils plongèrent dans les herbes hautes pour crapahuter ensuite,   sur les coudes et les genoux, leur MAT 49 tenu à bout de bras malgré le poids du pistolet mitrailleur.  

Les balles sifflent  de toutes parts, ils restent planqués le visage contre la vase putréfiée  à l’odeur nauséabonde.  Dans quelques heures, les sangsues s’infiltreront sous leur pantalon, tandis que les moustiques plus grands que des papillons s’acharneront sur leurs bras, sur leur visage, sur  leur corps.

 Le caporal est essoufflé, il maudit les Viêt Minh, les menace  de leur faire à tous la peau. Eliahu est à sa hauteur, à moins d’un mètre de distance. Ils sont seuls, les autres se sont camouflés plus loin,  répartis un peu partout dans le champ. Les troupes ennemies sont à moins de 100  mètres.  Le jeune soldat l’observe et aperçoit ses yeux injectés de sang;  une beuverie de la veille qui lui fait office de somnifère.   Les nerfs de la mâchoire courent rapidement sous la peau. Voilà à quoi ressemble le bourreau, à  quoi ressemble celui qui m'a fait trembler de peur pendant des années et qui a détruit nos vies   !  pense-t-il.  A la dérobée, il le regarde longuement , pris d’un profond dégoût.

Les tirs s’amenuisent, chacun épargnant ses balles qui volent sans atteindre leur but.  Plus un bruit, un calme inquiétant, les oiseaux se sont tus, les singes font les morts, ils ont cessé d’ hurler ,   plus rien ne bouge.  Un silence troublé par le glissement d’un Krait  au venin mortel,  subtil et feutré entre les longues herbes.

Dans cette nature qui retient son souffle, Eliahu lâche d’une voix sûre pareille à la lame tranchante du sabre d’un Samouraï, polie pendant des années,  affinée, aiguisée inlassablement,  jour après jour et qui fendrait l'air  :

 -       Stanescu !

 Celui-ci se retourne vers le jeune soldat,  sans l’ombre d’une hésitation, sans s’étonner que quelqu’un l'ait identifié sous son vrai nom. Spontanément, il répond :

 -       Oui !

 L’homme sans le savoir vient   de signer son arrêt de mort. 

 

 suite sous www.djemaachraiti.ch 

récit inspiré de la vraie histoire du Légionnaire Eliahu Itzkovitz

 

 

 

 

20:56 | Tags : eliahu itzkovitz | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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