27/04/2013

La vengeance d’un rescapé (1)

En 1945, Stanescu le Roumain,  pensait s’en sortir à bon compte en fuyant et en s’enrôlant dans la Légion étrangère depuis Offenburg, zone d'occupation militaire française en Allemagne.

Le képi blanc, espérait-il,  laverait ses fautes, blanchirait ses mains rougies du sang des Juifs tués dans les camps de Bessarabie.  La Légion, la "blanchisseuse des âmes", " la gomme à effacer les passés"  l’engloutirait  tout entier, le rachèterait ,  pour le faire renaître sous une nouvelle identité. Il suffisait d’un pseudonyme,  sans devoir présenter un quelconque document pour être accepté; derrière l’anonymat le plus absolu, on refaisait sa vie comme on pouvait.  A l’issue de la Légion, la mort, ou la nationalité française après trois ans de service.

C’était sans compter sur l’acharnement sans faille de Eliahu Itzkovitz qui, lui  se souvient, - mémoire meurtrie d'un destin tragique - comment le gardien de prison roumain, Stanescu,  assassina de  ses propres mains sa famille entière, son père, sa mère, ses trois frères;  victimes parmi les 53'000 autres,  tués durant ces pogroms,  dès 1941.  Il est le seul et le plus jeune des enfants de sa famillle à en avoir réchappé; le  visage du monstre est resté ancré  dans la mémoire de l’enfant de 10 ans , gravé au plus profond de sa haine. Le seul but dorénavant de Eliahu dans son existence est de venger les siens, ou plutôt de rendre justice. 

Après sa libération du camp par les soviétiques en 1944, Eliahu  enquête  et trouve le fils du gardien, il le poignarde avec un couteau de boucher, il encourt alors une peine de cinq ans dans les geôles roumaines pour mineurs.

A la sortie de prison, en 1952, Eliahu Itzkovitz est autorisé à émigrer en Israël. Il ne laisse derrière lui que des fantômes, ceux des siens tant chéris.

D’abord dans les paras, il demande ensuite son transfert vers  la marine israélienne, ce qui lui est accordé. Le plan de Eliahu est parfait. Son navire aborde à  Gênes en Italie pour récupérer de la marchandise, le jeune soldat profite de cette aubaine pour déserter. Son unique but, retrouver Stanescu.

A force d’interroger des Roumains , puis un Français qui lui dit connaître un homme qui correspond à  la description et qui s’est enrôlé dans la Légion étrangère, Eliahu veut à son tour s’enrégimenter.

De l’Italie, il fuit vers la France, en habit civil et prend le train jusqu’à Marseille, puis s’enrôle dans la « lessiveuse » française qui rachète les vies des aventuriers, des éclopés,  des pires criminels, des monstres sanguinaires pour les envoyer en Algérie puis en Indochine. Plus de 50% de la légion, à ce moment,  est composée  d’Allemands nazis de la Wehrmacht, qu’ à cela ne tienne, Itzkovitz ne recule devant aucun sacrifice pour mettre la main sur le criminel roumain.

Eliahu se retrouve sous le soleil brûlant d’Algérie, dans le camp d’entraînement de Sidi-Bel-Abbès,  au nord-ouest du pays, premier  régiment français, là où on se saoûle à l’absinthe, plus mauvaise que du vitriol.  Dans la chaleur et la poussière du bled, on voit les légionnaires déambuler les yeux injectés de sang, titubant,  ivres et fiévreux,  atteints du typhus mortel.

 

Amaigri, le teint hâve, après trois mois passés dans  de cet enfer, enfin Itzkovitz est envoyé en Indochine, à Hải Phòng . Le refrain des Légionnaires, chanté à tue-tête, prend un sens particulier durant le voyage, pour le jeune homme qui se laisse bercer, rêveur,  les yeux dans le vague en tendant l'oreille aux paroles qui semblent  lui être destinées  :"Nous avons souvent notre cafard........Dormez en paix dans vos tombeaux".  Il pense aux siens............. le coeur serré.

Obstiné et courageux, Eliahu, se rapproche peu à peu du monstre roumain, prédateur  qui continue à étriper, étrangler, démembrer, torturer d’autres proies, sous d’autres cieux. Or, le monstre qui pareil à un vampire a besoin de sang pour vivre, ne se doute pas un seul instant qu’une chasse à l’homme est entamée depuis des années pour le retrouver.


Suite sous : www.djemaachraiti.ch

récit inspiré de la vraie histoire du Légionnaire Eliahu Itzkovitz 


 

 

10:04 Publié dans Histoire, Résistance | Tags : légion étrangère, eliahu itzkovitz | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

Chère Djemâa,
Les lecteurs, très habilement tenus en haleine, attendent fébrilement la suite. Si tu as besoin d'une aide pour la traduction de l'hébreu, n'hésite pas.
Bien à toi,
Iris

Écrit par : Iris | 28/04/2013

@Iris, Merci pour ton aide. Effectivement, Eliahu, âgé de plus de 25 ans, a été jugé comme déserteur par la cour martiale et a été condamné à un an de prison, jugement spécialement clément compte tenu des circonstances (de combien aurait-il dû écoper en réalité?) L'affaire a été largement couverte par la presse en son temps en Israël, en 1958. Donc une revue de presse de l'époque est la bienvenue. Des amis y travaillent déjà, mais toute force supplémentaire bienvenue.
Itzkovitz est mentionné dans le Dictionnaire de la Légion étrangère qui vient de paraître, en mars 2013, aux Editions Laffont à l'occasion du 150 ème anniversaire de la Légion.
Quant à moi, je surfe sur les sites des Légionnaires, perdue dans le Tonkin entre sangsues et moustiques, plongée dans la gadoue, dans le 3 ème régiment d'Infanterie.
Et puis je peaufine la dernière scène, celle de la rencontre avec "LE MONSTRE", je la travaille sans relâche.

Écrit par : djemâa | 28/04/2013

Souvent des images d'enfants soldats évoquent aujourd'hui de telles enfances que des soldats ont broyée. Ces images disent si peu et si mal ce que permet de deviner ce sobre récit des efforts d'Eliahu Itzkovits.

Écrit par : Karl Grünberg | 29/04/2013

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