20/04/2013

« Un grain de sable nomade poussé par le vent » (2)

Elle est assise en face de moi, les traits tirés, des cernes, quasiment des poches sous les yeux. Son combat  contre les punaises lubriques qui ont une durée de vie de 360 jours et capables de forniquer jusqu’à 220 fois par nuit, la laisse pantelante. Elle n’a pas quitté Pékin pour réduire sa vie à une chasse aux hétéroptères et espérait un destin plus noble;  une carrière plus marquante que cette lutte,  sans merci, contre un ennemi pas plus gros qu’un pépin de pomme. 

Lorsqu’elle fit passer sa pétition dans son immeuble afin que tous les locataires ensemble prennent de strictes  dispositions, par un dispositif imparable pour éliminer définitivement ces importunes, elle dut  naturellement imprimer sur deux  feuille A4 en couleur, « la chose en question »,  la Cimex lectularius et en coller une,  dans l’ascenseur et l’autre,  à l’entrée de l’immeuble pour que chacun sache précisément à quoi ressemble l’ennemi. Un corps oval et aplati légèrement transparent brun-rouge, à faibles rayures,  capable de se glisser dans la plus petite fente.

Dorénavant, lorsqu’ils se retrouvent dans l’ascenseur, les locataires s'observent, le visage fermé,  soupçonneux et taciturnes, dans un silence pesant et accusateur, cherchant su le corps de chacun les traces du passage de ces nuisibles,  taches ou boursouflures  rougâtres dues à la morsure des punaises de lit. Personne ne pipe mot, tandis que la photo de l’accusée semble envahir tout l’espace et émettre des signes sournois de moquerie, à leur encontre. 

Les rumeurs les plus folles finirent par pourrir la vie de tous. D’abord, que le voisin du premier ramenait régulièrement des filles de joie à  l’ hygiène douteuse venues qui sait d’où  ! Puis ce fut au tour du concierge d’être soupçonné, et qu'au lieu d’entretenir avec soin l’immeuble, il se laisserait  aller à boire, assis,  derrière ses containers de poubelle.  Mais encore, le vieux du 6 ème étage qui n’aurait pas fait son ménage depuis six mois. Ou alors, la voilée du deuxième qui ne portait pas de voile jusqu’il y a trois semaines et qui ne s’en sépare plus, allez savoir pourquoi. Pour cacher les piqûres sans doute. 

« Le grain de sable nomade poussé par le vent » soupire et me dit que même un voisin du troisième étage, porte gauche avec un paillasson en forme d'escargot, en guise  de gag lui a demandé si elle n’avait pas ramené les punaises avec le canard laqué façon pékinoise. Un peu honteuse, elle me déclare, avoir dès les premiers jours de morsures, envoyé un SMS à son médecin avec trois syllabes, répétées deux fois :"Au Secours, Au Secours", le médecin soucieux lui fixa un rendez-vous immédiat pour lui lâcher le pronostic de piqûres de Cimex lectularius.

Des cancanages interminables, qui se répandaient plus douloureux que les piqûres de punaise et tandis que les humains là-haut sur leur matelas colportaient chaque soir quelque médisance sur le compte des  uns et des autres, la vermine dessous se préparait à une nouvelle nuit d’orgie qui aurait fait pâlir d’envie Sade et Casanova. Tandis que les humains pétris dans leur triste quotidien grincent des dents, la pouillerie marivaude sans remords, se laissant aller à sa nature unique faite de copulation et de reproduction,  joyeuse et légère, dans la plus parfaite insouciance. 

Mon interlocutrice pékinoise finit de me brosser ce triste tableau par une remarque intéressante : « En Chine, on ne pense jamais à venir en Suisse, parce que la Suisse tout entière  pour nous n’est pas plus grande qu’une de nos villes chinoises. On opte en premier choix, pour la France, les Etats-Unis ou le Canada. Mais qui aurait pensé que dans un si petit pays et dans une ville qui n’est pas plus grande qu’un de nos quartiers , j’aurai  eu autant de soucis avec quelque chose  d’aussi minuscule qu’une punaise de lit. Avoir fait des milliers de kilomètres pour trouver "ça",  au bout de la route.   Vous avez un bon proverbe qui dit « le Diable se cache dans les détails » et le Diable se cache bien dans mon lit."

Mon site www.djemaachraiti.ch

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Commentaires

(( chanson écrite dans la forêt du Labrador au Québec))

NOUS FÛMES NOMADES CASSANDRE


nous fumes nomades Cassandre
nous fumes nomades Cassandre

hier j’ai dormi
dans la forêt du labrador
j’ai fais un feu
mais j’avais froid
sans toi dehors

nous fumes nomades Cassandre
Nous fumes nomades Cassandre

hier on m’avait
donne deux sandwichs au poulet
j’aurais aimé les partager
tu me manquais

REFRAIN

tes 19 ans Cassandre

c’etait la vie
avant l’barrage de Manic 5

c’etait l’mont Wright Cassandre
avant l’enfer
d’la mine de fer
en plein hiver

c’était surtout
la jeune femelle caribou
et le vieux mâle encore debout

c’etait surtout
la jeune femelle caribou
et le vieux mâle
vagabond fou

COUPLET 2

vieux mâle au doux regard
celui d’monsieur Bernard

qui s’est battu
pour sauver son chalet du feu
avec son fils
4 nuits sans fermer les yeux

c’est fascinant à voir
un bout d’forêt toute noire

y a des souvenirs de jeune femme
qui s’enflamment au fond de soi
se consumant tout comme
un ancien feu de joie

COUPLET 3

debout je marche la vie
debout je prie la vie

pour que la riviêre de tes rêves
soit aussi belle
que la petite Manicouagan

devant laquelle j’écris
la tendresse de mes cris

parce qu’une nuit
t’as pris l’bateau
qui t’a conduite
de Bécomo à Rimouski

Pierrot
vagabond céleste


Pierrot est l'auteur de l'Île de l'éternité de l'instant présent et des Chansons de Pierrot. Il fut cofondateur de la boîte à chanson Aux deux Pierrots. Il fut aussi l'un des tous premiers chansonniers du Saint-Vincent, dans le Vieux-Montréal. Pierre Rochette, poète, chansonnier et compositeur, est présentement sur la route, quelque part avec sa guitare, entre ici et ailleurs...

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nous fûmes nomades Cassandre

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Écrit par : pierrot, vagabond des mots et des routes | 30/05/2013

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