16/04/2013

"Un grain de sable nomade poussé par le vent"(1)

"Un grain de sable nomade poussé par le vent", c’est ainsi que se décrit mon interlocutrice chinoise en traçant d’un large mouvement de bras le long parcours entre Pékin et Genève. Pourquoi avoir choisi Genève ? Silence, nous sommes au restaurant, la coutume chinoise veut qu’on reste discret au restaurant lorsque le serveur s’approche, on interrompt alors la conversation par discrétion et par politesse. Pour écouter ce qu’il nous propose et le complimenter sur les plats qu’il nous apporte. Donc pourquoi  Genève ? pour la simple raison qu’elle est arrivée d’abord en France voisine sans doute par mariage, je ne vérifie pas, outre mesure.

La  jeune femme chinoise qui se tient assise en face de moi commence à éveiller ma curiosité, c’est la métaphore du grain de sable qui a retenu toute mon attention. En levant la manche de son chemisier, elle me montre des taches rouges, des piqûres de punaises de lit. Elle m’explique en avoir partout sur le corps. Sa voix légèrement nasillarde monte d’un cran, un tantinet perçante, elle est très énervée contre ces punaises qu’il l’empêchent de dormir. Excédée, elle mène une enquête,  remonte la filière du linge lavé, des produits utilisés,  puis pousse l’investigation plus loin, plus haut chez le voisin qui admet en avoir aussi. Finalement, elle lance une pétition auprès de tous les locataires de son immeuble , le traitement des punaises tous ensemble en même temps, une grande opération menée d'un pas martial par le petit bout de femme énergique mais surtout agacée.

 Elle se plaint de ne rien savoir, ni n’avoir jamais vu de sa vie des punaises, ni à la télévision, ni sur internet, ni dans un livre.  Pour finir, aiguillonnée par la curiosité, à mon tour, je surfe sur internet pour lui  raconter, la prochaine fois,  à quoi ressemble la vie d’une punaise dans un lit. C’est affolant !

La sexualité des punaises des lits est passionnante. Elles peuvent copuler jusqu’à 200 fois par jour, légèrement aveugles elles confondent les partenaires. Qu’à cela ne tienne, le mâle vise où il peut à l’aide de son pénis perforateur et laisse sa semence à n’importe quel endroit du corps de la femelle. Au printemps, les spermatozoïde, du moins ceux qui ont survécu se retrouvent près des ovaires, les transpercent et s’y enfoncent. Hermaphrodites, si un mâle a transpercé par erreur un autre mâle, ce n’est pas grave, lors d’un prochain accouplement avec une femelle, elle recevra le sperme des deux mâles. En Afrique, une espèce particulière les Antochorides scolopelliens, grâce à leur sexe-canon tirent à distance.

 Bref, lors de mon prochain dîner avec le « grain de sable nomade poussé par le vent », je baisserai le ton à l’arrivée du serveur pour lui raconter tout ce que je sais dorénavant sur les punaises de lit. Et lui expliquerai , que  tandis qu’elle dort paisiblement, c’est un véritable lupanar qui s’organise dans son matelas et  englué dans ses  amours folles, pris dans un élan passionné la Cimex Lectularius s’en donne à cœur joie et pique à tout va;  un véritable vampire qui peut piquer jusqu’à 90 fois en une seule nuit, auparavant, il lance un premier jet qui anesthésie et qui lui permet ensuite de passer à table et sucer   du sang humain jusqu'à plus soif sans que la victime soit incommodée, sur le moment, car  elle ne s'en aperçoit pas immédiatement. Après les ébats amoureux, que voulez-vous, il faut bien reprendre des forces ! 

 

Mon site www.djemaachraiti.ch 

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