28/02/2013

"La brillance du pauvre"

P1050732.JPGUne tendre dame en partance, qui sur la pointe des pieds, pas à pas, a décidé de s’en aller, et de laisser une vie riche d’engagement derrière elle,  m’a invitée à  vendre un  tableau en sa possession et quelques aquarelles.   Une vente au meilleur prix,  afin que le bénéfice de cette transaction aille à des projets pour femmes migrantes et en lien avec la formation.

Le tableau en question est généreux  de formes et de couleurs.  Jean Raine était un peintre surréaliste, membre du mouvement artistique CoBra , que la dame a accueilli,  il y a de nombreuses années de cela. Un artiste contrarié, à l’âme chamboulée, qui après des périodes d’ivresse et de profonde dépression reprenait ses pinceaux pour offrir  une peinture sombre, nébuleuse, teintée d’une mélancolie amenée,  sans doute,  par le retour au réel après les dissipations éthyliques. Un retour au monde qu’il fallait ingurgiter à dose homéopathique, puis finalement, le voile dissipé,  la couleur revenait comme le goût à la vie. En observant attentivement ses tableaux on peut identifier  à quelle étape du cycle il se trouvait ; les abysses ténébreuses ou les sphères légères d’une âme en goguette.

 Chargée de cette toute nouvelle mission, ô combien nouvelle, dans un milieu que je ne connais guère, je soumets par-ci par-là, l’oeuvre en question. La Tribune des Arts,  en avril publiera gratuitement le résultat de l’expertise du ledit tableau! Une première expertise a déjà dépité sa propriétaire : »Ah, non! , c’est un affront pour le peintre, à ce prix je le garde!" se révolta-t-elle.   Je crains naturellement que l’adorable  dame à l’engagement infaillible ne soit plus là, lorsqu’il sera finalement vendu.

 La question me tarabuste :  pourquoi un tel titre ?  : « La brillance du pauvre » Jean Raine l’explique peut-être  : »: il faut payer le prix de la famine et de l'indigence. Je doute que sur ce plan d'une austérité non consentie, une religion fasse face au tragique du problème que pose ceux qui payent d'une malnutrition le génie qui les habitent. »

En attendant, j'admire et lis du  Jean Raine, et pour faire passer le temps, j’ai promis à  cette chère amie italienne , de lui concocter dimanche un risotto, et en buvant du Chianti avec elle, je lui chanterai en italien « Bella ciao », instant précieux  pour lequel je m'exerce déjà et en choeur nous reprendrons le refrain.

Tout le monde s’étonne, tu vas chanter ? Evidemment, lasciatemi cantare!  Quand la vie s’en va, il ne reste plus que la fête joyeuse , la douce ivresse, et les couleurs  chatoyantes d’une peinture, belles comme les  fleurs si étrangement belles par   un jour de printemps, par un dernier jour qui en quelques secondes voit une vie partir, délicate comme une rose qui se fermerait à tout jamais sur ses secrets :

 

o bella, ciao! bella, ciao! bella, ciao, ciao, ciao!

Tutte le genti che passeranno,

(E tutti quelli che passeranno)

Mi diranno «Che bel fior!»

(E poi diranno «Che bel fior!»)

«È questo il fiore del partigiano»,

(E questo è il fiore del partigiano)

o bella, ciao! bella, ciao! bella, ciao, ciao, ciao!

«È questo il fiore del partigiano,

(E questo è il fiore del partigiano)

morto per la libertà!»

(che è morto per la liberta')

 

 LE TABLEAU EST DONC A VENDRE AU PLUS OFFRANT ! 

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Commentaires

Oui, tâche très délicate en effet que d'interpréter. Ce qui est dommage est que ce blog ne permet pas de zoomer sur cette oeuvre. un conseil photographique : une prise de vue en oblique à 45°, flash éteint, et une BdB à régler on the spot (c'est difficile dans une expo...). Les appareils électroniques sont intelligents mais jusqu'à une certaine limite.
Jean Raine ne se contente pas des mots qu'il trouve insuffisants, insignifiants. Il les décrit par un langage tel que la "Brillance du pauvre". Il sait utiliser les couleurs et l'encre de l'"écriture visuelle qui est la lumière, car il sait que la "brillance" vient de l'intérieur et que la luminosité vient de l'extérieur.
Très belle mission Djémâa et elle te correspond très bien.
Nambukkai

Écrit par : nambikkai | 28/02/2013

Dans l'expression dans tous ces arts, On nous impose des émotions qui nous touchent pas forcément mais que nous sommes contraints d'adopter. Mais, c'est bien qu'on le veut. Jean Raine, outre la picole, était un type qui avec de forts moyens financiers auraient pu s'illustrer au milieu de scénaristes contemporains, ces derniers nous faisant bouffer une logique. Leurs scénarios ! Il n'y a pas plus étroits d'esprit !
Je reviens sur les couleurs du tableau "Brillance du pauvre" : ce qui est révélateur est que Jean Raine a bien su exposer son humeur dans son oeuvre : Il joue avec les contrastes et sub-contrastes. Les rapports de couleurs notamment en niveau orange, bleu, jaune noir montrent son fonctionnement en pleine lucidité qui l'indispose car il ne veut pas se définir et se fixer. Il est taciturne mais il met en composition des couleurs chaudes comme le Orange qui illustre sa lucidité et se mélange avec une sorte de duel entre le bleu, indigo, une tracée de noir.
Mon avis perso, il se représente dans sa moîture, celle dans laquelle on est quand on boit trop ou qu'on a trop bu..et dans laquelle, il y a de grandes chances que ça devienne un quotidien.
C'est sympa de penser à lui Djemâa. Il lui faut une mémoire !
Nambikkai
Et là, Djemâa, c'est une mission très pénible.

Écrit par : nambikkai | 28/02/2013

Celui qui écrit ce blog paraît très honnête et dit beaucoup de choses intéressantes sur l'art, et sur le marché de l'art...

http://lartpourtous.blog.tdg.ch/archive/2013/02/15/ventes.html

Écrit par : Géo | 28/02/2013

Toujours attentif à tes textes, et ô combien lecteur de tes écrits souvent pertinents, si je puis me permettre une estimation réaliste de l'oeuvre de cet artiste, malheureusement "Oublié" par le "bizness-art", Mouvement Cobra né pour CO - BR - A, début des lettres des Capitales du Danemark, de la Belgique, et de la Hollande, voir les Maîtres Période Cobra, cette oeuvre a un valeur, marché de l'art actuel ARTPRICE, située dans une fourchette de 1500 à 2500€.
Cordialement, Vermont....

Écrit par : Alain Vermont | 28/02/2013

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