30/01/2013

LE PASSEUR

images.jpegL’horizon de sable, c’est tout ce que pouvait m’offrir l’avenir, éventuellement pour troubler ce silence une nuée de sauterelles qui arracherait tout sur son passage.

Jour après jour, la même misère ; une cigarette, un café, un café, une cigarette. Je voyais mes années s’envoler avec les volutes de fumée épaisses qui s’étendaient devant mes yeux et à travers lesquelles,  je dessinai mes rêves d’Europe, d’argent à flot, de beaux habits. Un argent que j’enverrais à ma pauvre mère aux mains rougies,  à force de frotter les habits,  dans sa bassine de fer.  Ses yeux pleins de reproche  silencieux,  plus fort que des injures et qui semblaient demander : »Mon fils quand ramèneras-tu de l’argent à la maison ? » - Ce n’est pas faute d’avoir essayé.  L’oliveraie dans laquelle je travaillais venait d’être vendue à un investisseur qui de mèche avec la banque avait réussi à la racheter pour une bouchée de pain après l’avoir fait mettre aux enchères et tous nous renvoyer de ces terres que nous avions travaillées à la sueur de notre front et qui nous permettaient de vivre, un tant soit peu. La corruption rampante qui nous dévore corps et âme. 

Un plan , il me fallait un plan pour quitter ce néant, ne plus voir cette ligne tracée, imperturbable et dont il ne fallait plus rien attendre.

 Un jour, un copain, m’annonça qu’il partait et que si je pouvais payer l’équivalent de 500 euros, il me suffirait de le suivre, j'ai pioché dans les poches de tout le monde en promettant un remboursement rapide.  Longer la mer, monter dans une barque,  pleine d’hommes tremblant de froid et de peur , de nuit et oublier les vagues qui vous donnaient envie de rendre l’âme.

 L’Italie, puis l’Autriche où m’attendait un job, déménageur, plongeur, puis celui de passeur d’Egyptiens en provenance de Pologne et d’Allemagne, et qui avaient certainement fait un détour par l’Ukraine.

Sans doute, un périple de fous, mais c’était une filière sûre, longue et difficile,  avec des repères garantis.  Il fallait les cacher dans la forêt quelques jours, attendre le signal, passer en douce la route nationale et rejoindre un pont sous lequel nous attendaient deux voitures, puis enfin les faire passer en Autriche.

J’avais refusé de prendre en charge  les Afghans et les Pakistanais, il n’était pas question que je me trouve coincé avec  du pachtou ou du ourdou, à hurler dans la nuit qu’il fallait courir et se retrouver pris au piège avec des gars qui n’y comprenaient rien à rien.

Avec les Egyptiens c’était plus sûr, ils payaient les mille dollars par tête, rubis sur l’ongle, cash. On m’avait engagé parce que je baragouinais assez bien l’Allemand, quelques bribes d’Anglais, le Français et l’Arabe. Mais surtout parce que je courais comme un lévrier dans le désert, fin et agile, avec cet espoir fou qui me coulait dans les veines. Je ne posai pas de questions, je dirigeai le groupe de pauvres hères, aux yeux hagards, transis de froid.

Dans le silence de cette forêt enneigée, il y en avait toujours un qui arrivait à capter les ondes d'une émission orientale sur sa petite radio, et alors de ces forêts allemandes s’élevait  la voix d’Om Kalthoum qui  planait chaude et intense sur ses sapins chargés de neige,  par dessus la brume glaciale qui nous recouvrait comme un linceul.   الف ليلة و ليلة - "Ya habibi, Ya habibi, Ya habibi, Ya hayeti",  ces mille et une nuits qui n’étaient pour nous plus que cauchemars et grincements de dents. L’amour on l’avait laissé loin derrière soi, perdu dans les méandres d’un espoir abondonné de vie  digne, avec l’assurance d’un toit sur sa tête et d’un repas par jour, au moins.  

T’es fou ou quoi ? Tu veux qu’on nous repère ? et l’Egyptien de répondre d'une voix plaintive:  " ça fait chaud au cœur, ça nous tient chaud ». Ce cœur qui lâchait parfois, et alors il fallait avec toute la rage au ventre, les mains tremblantes de froid;   creuser précipitamment cette terre gelée, avec toute la force du désespoir,  gratter avec les poings, les ongles, pour arriver à enterrer le mort au plus vite et prononcer la Fatiha entre les dents serrées, au milieu des  larmes versées par les amis que s’était fait le mort durant leur long voyage en enfer et qui auraient pour charge, la sale besogne d’annoncer que le fils n’était jamais arrivé, à bon port, celui de la fortune tant attendue et pour laquelle les parents s'étaient sacrifiés. Un fils abandonné à  cette terre étrangère, confié à ces  sapins droits comme des soldats qui le veillent dorénavant dans l'infime silence sépulcral d'une forêt allemande.  

On  engouffrait après le signal, un long sifflement lugubre, dans la nuit noire, les clandestins dans les voiture garées sous le pont , on roulait quelques heures en silence, puis on les lâchait à Vienne où ils se glissaient dans la foule.   Pendant quelques jours c’était la fête; les jeux, les dépenses somptuaires, l’argent envoyé en masse aux parents prétextant un travail dans un restaurant comme plongeur. La belle vie, un peu risqué, j’admets, j'étais jeune et insouciant, l'argent brûlait entre mes doigts. 

Combien j’en ai passé ? 100, 150, durant plusieurs mois. Mon Allemand était alors  presque parfait. Mais tout a une fin, une dénonciation peut-être ? Je ne sais pas. Un soir, on atteignit,  à pas de loup,   les voitures qui nous attendaient tous phares éteints, puis des lumières de phares  qui nous aveuglent, des voix stridentes, autoritaires :  « Polizei ! » .Les menottes, la prison, et me revoilà dans l’avion de retour chez moi.

Aujourd’hui, je travaille, on m’a engagé parce que je parle couramment l’Allemand et l’Anglais. Non je ne regrette pas, j’ai du boulot, c’est tout ce que je demandais, du travail et vivre dignement dans mon pays.

 

Inspiré d’un vrai récit

 

 

 

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24/01/2013

Tunisie- "Salafistes, dégagez !"

safe_image.php.jpegTunisie- L'humour ne manque pas en Tunisie, le dernier objet des moqueries, c’est la chute de deux Saoudiens qui lors du match opposant  Tunisie-Algérie auraient été poussés  par des supporters déclenchant aussitôt  l’enthousiasme des internautes faisant écrire à l’un deux sur la page officielle du roi saoudien Abdallah Ben Abdelaziz Al Saoud :  «Le peuple tunisien est navré de l'humiliation de deux de vos concitoyens et vous propose d'appliquer le principe ''œil pour œil, dent pour dent''. A vous de choisir n'importe quel ministre présent dans la délégation tunisienne (en visite actuellement en Arabie saoudite, Ndlr) et le jeter par-dessus la plus haute montagne du royaume. Si cela ne vous satisfait pas, nous allons vous envoyer l'ensemble des députés de l'Anc».*

 

L’intervention française  au Mali fait dire à bonne part de Tunisiens , bien qu’ils n’apprécient pas forcément la présence française en Afrique  que c’est un excellent avertissement pour les Islamistes qu’ils jetteraient volontiers aussi au fond d’un puit. Un jeune très créatif me propose la solution suivante et  intéressante, soit de renvoyer les Salafistes à la case départ chez les Qataris ou les Saoudiens avec leur barbe, soit les envoyer aux USA avec leur Nike, au choix,  et profiter de l’occasion pour leur enlever leur citoyenneté tunisienne puisqu’ils se prennent dorénavant pour des qataro-saoudiens en bonne connivence avec les Américains. On leur offrirait même des billets gratuits, un aller simple.

Quant aux bâtiments français  en Tunisie, et particulièrement l’ambassade, ils  sont sous haute surveillance, protégés par des barbelés qui bloquent des rues dorénavant interdites aux voitures pour parer à toute attaque en représaille à l’intervention française au Mali contre des Islamistes.

On aurait retrouvé à Médenine des dépôts d'armes. Plusieurs personnes liées à des réseaux terroristes, dont deux Libyens, ont déjà été arrêtées en relation avec la découverte de ces dépôts d'armes.

Devant la mosquée Al-Fath (Conquête) , lieu de ralliement des Salafistes, quelques rues plus loin, et devant laquelle   les jihadistes  vendent leurs livres, produits et habits importés du Golfe persique se montrent plus discrets et un peu nerveux. « S’ils pouvaient,ils voileraient toute la Tunisie ! » lance une Tunisienne en regardant une femme en niqab et baskets Adidas et de rajouter :  « On n’a jamais vu ça dans ce pays, ça nous vient droit des Emirats arabes, ces costumes  !  Nous sommes envahis !  Pourquoi, ne partent-ils pas là-bas ? Salafistes, dégagez! Les Islamiste nous ont promis une réduction du chômage de 30%, nous sommes à une augmentation de plus 40%, à force de se voiler la face, on n’y voit plus rien, on voulait la diminution du chômage nous voilà,  en réponse à la crise,  avec du niqab, ma parole, c'est encore un truc pour cacher la misère ».  Mon accompagnatrice soliloque tout en marchant à mes côtés.

En attendant,  la vidéo des deux  Saoudiens bousculés dans le stade, - certains prétendent-même qu’ils auraient exhibé leur drapeau - fait le buzz depuis quelques jours et montre le ras-le-bol des Tunisiens quant à l’intrusion culturelle, religieuse et vestimentaire des wahhabites et à leur sale manie de vouloir changer les habitudes locales.

Autre sujet de discorde, c’est le braconnage en Tunisie  des outardes, espèce en voie de disparition  et des gazelles pratiqué par les Qataris et dénoncé par l'ornithologue et militant écologiste Abdelmajid Dabbar qui accuse le gouvernement et l'armée de ne pas réagir au braconnage des outardes et des gazelles que l'on retrouve éventrées et abandonnées par centaines par les émirs du Golfe (essentiellement saoudiens et qataris) dans le désert tunisien.

Les Qataris ont  passé 94 jours à chasser au coeur du désert, sous la protection de l'armée nationale et cela malgré des conventions signées par la Tunisie et les pays du Golfe interdisant la chasse. Autre fait intéressant, en arrivant dans le désert tunisien , l’ornithologue a reçu un message SMS dans cette  zone non couverte par le réseau national, de « Bienvenue au Qatar ». 

 

* Source kapitalis.com

19:58 | Tags : tunisie, salafistes | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

20/01/2013

Mali-Algérie Le retour des barbouzes

img_606X341_1901-mali-military-operation.jpgCocorico ! Cocorico !  La France des pieds-nickelés repart en guerrer protéger ses anciennes colonies d’abord et ses intérêts économiques surtout. Protéger ce Mali généreux qui donne de l’or et de l’uranium.  Cette même France qui n’a pas hésité,  à livrer,  à la veille du génocide rwandais les 65'000 machettes aux Hutus pour massacrer les Tutsis et tout ça pour du coltan, tandis qu'elle s'était déjà fort  activée  en Bosnie pour s' assurer que les tueries se déroulent bien. 

 

Une France qui tente par tous les moyens de surveiller et garder une influence auprès de ses anciennes colonies et dont les nouveaux régimes  gardent constante la trace de soumission et qui n’hésitent jamais à courber l’échine en tendant la main. La relation dominé-dominant est demeurée intacte malgré les 50 ans qui marquent la fin de l'Algérie française. 

Depuis quand les Islamistes sont-ils devenus un problème pour la France ? Les Qataris sont reçus comme des rois et financent les mouvements radicaux  extrémistes dans les banlieues en  radicalisant des jeunes prêts à se faire sauter,  au Mali et ailleurs  au nom du Tout Puissant. Une France qui soutient les rebelles en Syrie, et qui a soutenu les islamistes contre Khaddafi en Libye.  Ces incohérences révèlent  que la politique française est surtout opportuniste.

 

Un autre volet qui est frappant est de réaliser jusqu’à quel point ces pays devenus « indépendants » comme l’Algérie ou le Mali sont toujours tournés vers leurs anciens colonisateurs à demander la charité. Des pays qui sont suffisamment riches pour  fonctionner sans les aides des « alliés ». Mais la corruption, les oligarchies démontrent bien que l’argent reste concentré entre quelques mains de quelques familles et que le reste de la population pour s’en sortir plonge dans le radicalisme le plus absolu.  Une population de laissés-pour-compte qui devient un danger pour le régime en place et en même temps devient victime, à son tour,  de nouvelles  manipulations, au service d’autres colons et pour de  nouvelles formes de  pouvoir toujours aussi aussi dominantes. 

 

Nous l’avons vu avec les pays du « Printemps arabe » , nous avons observé les récupérations de tous bords et qui démontrent que les effets de la colonisation perdurent, que les pays anciennement dominés  ont une peine folle à se créer une identité propre ; ils passent d’une soumission à l’autre et que les gens au pouvoir dans le fond sont toujours les mêmes avec les mêmes travers, les têtes changent, les systèmes restent :  dos courbés, mains tendues.

 La seule solution, invoquer la justice sociale pour une meilleure répartition des richesses, la fin de la corruption et vous verrez apparaître une diminution proportionnelle  de l’islamisme radical et naître le début de l’instauration d’ une véritable indépendance qui ne s’est jamais pleinement  réalisée jusque-là.

 En attendant la France assure ses intérêts et rappelle sa prédominance dans ces régions tout en entraînant  l’Algérie dans le bourbier malien.

La France a mieux à faire, en luttant contre le chômage dans son propre pays, surtout celui qui frappe les jeunes et contre la maimise des banques qui ruinent les travailleurs, des banksters qui sont devenus de véritables électrons libres  appliquant  leurs propres lois iniques et mafieuses.   La France a mieux à faire en s'occupant de ses propres islamistes qui se répandent comme de la mauvaise herbe sur tout le territoire français et envers lesquels, elle ferme les yeux. 

La France divertit son peuple  pour lui faire oublier sa misère avec un Mali lointain et à défaut de chasse au lion, on propose la chasse à l' islamiste !  La France coloniale est de retour. 

 

 

Les ressources naturelles au Mali : 

Gold: Mali: Africa’s third largest gold producer with large scale exploration ongoing. Mali has been famous for its gold since the days of the great Malian empire and the pilgrimage to Mecca of the Emperor Kankou Moussa in 1324, on his caravan he carried more than 8 tonnes of gold! Mali has therefore been traditionally a mining country for over half a millennium.

Mali currently has seven operating gold mines which include: Kalana and Morila in Southern Mali, Yatela, Sadiola and Loulo in Western Mali, and mines which have recently restarted production notably Syama and Tabakoto. Advanced gold exploration projects include: Kofi, Kodieran, Gounkoto, Komana, Banankoro, Kobada and Nampala.

Uranium: encouraging signs and exploration in full swing. Exploration is currently being carried out by several companies with clear indications of deposits of uranium in Mali. Uranium potential is located in the Falea area which covers 150 km² of the Falea- North Guinea basin, a Neoproterozoic sedimentary basin marked by significant radiometric anomalies. Uranium potential in Falea is thought to be 5000 tonnes. The Kidal Project, in the north eastern part of Mali, with an area of 19,930 km2, the project covers a large crystalline geological province known as L’Adrar Des Iforas. Uranium potential in the Samit deposit, Gao region alone is thought to be 200 tonnes.

Diamonds: Mali has potential to develop its diamond exploration: in the Kayes administrative region (Mining region 1), thirty (30) kimberlitic pipes have been discovered of which eight are show traces of diamonds. Some eight small diamonds have been picked in the Sikasso administrative region (southern Mali).

Precious stones consist of the following and can be found in:

Circle of Nioro and Bafoulabe: Garnets and rare magnetic mineralsCircle of Bougouni and Faleme Basin: Pegmatite mineralsLe Gourma – garnet and corindonsL’Adrar des Ilforas – pegmatite and metamorphosing mineralsHombori Douentza Zone: quartz and carbonates

Iron Ore, Bauxite and Manganese: significant resources present in Mali but still unexploited. Mali has according to estimates more than 2 million tonnes of potential iron ore reserves located in the areas of Djidian-Kenieba, Diamou and Bale.

Bauxite reserves are thought to be 1.2 million tonnes located in Kita, Kenieba and Bafing- Makana. Traces of manganese have been found in Bafing – Makana, Tondibi and Tassiga.

 Other mineral resources and potential in Mali

Calcarous rock deposits: 10 million tonnes est. ( Gangotery), 30 million tonnes est. ( Astro) and Bah El Heri ( Nord de Goundam) 2.2 Million tonnes est.

Copper: potentialities in Bafing Makan ( Western Region) and Ouatagouna ( Northern Region)Marble : Selinkegny ( Bafoulabe) 10.6 MT estimated reserves and traces at MadibayaGypsum: Taoudenit ( 35 MT est.), Indice Kereit ( Nord de Tessalit) 0.37 MT est.Kaolin: Potential estimated reserves ( 1MT) located in Gao ( Northern Region)Phosphate: Reserve located at Tamaguilelt, production of 18,000 t/per annum and an estimated potential of 12 million tonnes. There are four other potential deposits in the North of 10 million tonnes.

Lead and zinc: Tessalit in the Northern Region ( 1.7 MT of estimated reserves) and traces in Bafing Makana ( Western Region) and Fafa (Northern Mali)

Lithium: Indications in Kayes ( Western Region) and estimated potential of 4 million tonnes in Bougouni ( Southern Region)Bitumen schist: Potential estimated at 870 million tonnes, indications found in Agamor and Almoustrat in the Northern Region.Lignite: Potential estimated at 1.3 million tonnes, indications found in Bourem ( Northern Region)Rock Salt: Estimated potential of 53 million tonnes in Taoudenni ( Northern Region)Diatomite: Estimated potential of 65 million tonnes in Douna Behri ( Northern Region)

Mali’s Petroleum potential already attracting significant interest from investors

Mali’s Petroleums potential has been documented since the 1970’s where sporadic seismic and drilling revealed probable indications of oil. With the increasing price of global oil and gas resources, Mali has stepped up its promotion and research for oil exploration, production and potential exports. Mali could also provide a strategic transport route for Sub-Saharan oil and gas exports through to the Western world and there is the possibility of connecting the Taoudeni basin to European market through Algeria.

Work has already begun to reinterpret previously gathered geophysical and geological data collected, focussing on five sedimentary basins in the North of country including: Taoudeni, Tamesna, Ilumenden, Ditch Nara and Gao.

11:11 | Tags : mali, algérie | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | |

19/01/2013

EQUATEUR - CHEVRON-TEXACO , LA FIN DE L’IMPUNITÉ

images.jpegC’est le jugement du siècle, 19 200 000 000 de dollars d’amende confirmée en appel en Equateur, et  exigée par les 30 avocats qui représentent les intérêts des indigènes et paysans qui composent l’Assemblée des victimes de Texaco. Une somme difficile à recouvrer en Equateur d’où l’entreprise a retiré ses fonds, mais possibe au Canada,  Brésil, Argentine et Colombie.

Le 7 novembre 2012 , l’Argentine a été la première à  décréter la saisie des fonds mettant en colère les investisseurs. Une colère qui ne peut être  plus grande que celle des victimes qui ont  vécu le plus grand épandage toxique de l’Histoire. Quarante ans après l’installation de l’entreprise, la région de Quito est devenue la région la plus pauvre de l’Equateur avec un taux de cancer le plus élevé du pays.

L’essence a tout envahi, l’air, la terre, l’eau, la peau, les poumons des gens, asphyxié la nature, étranglé les forêts. Comme une main géante aux serres dévastratrices, la compagnie américaine a tout dévasté sur son passage. Adieu l’eau potable, poissons en abondance, forêts aux remèdes ancestraux.

Dans la région de Sucumbos, on voit apparaître des maladies de peau, des allergies, des enfants qui avaient pour habitude de se baigner dans la rivière dès lors contaminée et qui quelques jours plus tard, avant de mourir, vomissent du sang.

Un lent processus de destruction qui amène en 1993 un groupe d’avocats, Colons et indigènes à  porter  plainte, à New York.  Comptant sur la corruption en Equateur, le groupe Texaco transfère la plainte vers ce pays. C' était sans compter sur la résistance populaire. Une lutte juridique inéquitable contre les milliards que pouvaient engager la société américaine et faire passer l’Association de  victimes pour « association criminelle », intimidation parmi tant d’autres et qui a échoué. 

L’avocat Pablo Fajardo se réjouit de la décision du Tribunal Equatorien qui par son  deuxième jugement  confirme l’amende colossale : « Nous sommes en train de démontrer que c’est possible et que ça peut se faire, qu’il est possible d’aller beaucoup plus avant, qu’on peut changer les choses, qu’elles ne sont pas intouchables, qu’ils ne sont pas invincibles ».»

Il s’agit de l’amende la plus importante de l’histoire du droit de l’environnement. Elle dépasse  celle infligée à ExxonMobil pour la marée noire de l’Alaska en 1989, de 4,5 milliards de dollars et pourtant à peine déstabilisée, car le groupe ExxomMobil nous remet ça en Papouasie Nouvelle Guinée identifiée comme "zone riche en ressources" pour l'extraction de gaz, un projet qui démarrera en 2014 et qui a déjà transformé la société papoue en la divisant. A combien se montera la facture dans 30 ans pour les dégâts sociaux et environnementaux causés  ? 

 

Annexe:Une note importante sur le souci environnemental de  Chevron sur son site officiel 

Environment and Safety

"As a company and as individuals, we take great pride in contributing to the communities where we live and work.

We also care about the environment and are proud of the many ways in which our employees work to safeguard it.

Our persistent efforts to improve on our safe work environment continue to pay off. In 2011, Chevron achieved significant levels of safety as measured in days-away-from-work ratings in both Upstream and Downstream operations.

.............We're committed to helping meet the world's need for energy in a safe and environmentally responsible manner. We believe that is the right thing to do and that it is critical to our success in a world in which energy sources should be compatible with an environment that's clean, safe and healthy.

That's why we are continually working to improve our processes to reduce pollution and waste, conserve natural resources and reduce potentially negative environmental impacts of our activities and operations.

and some more lies about : fresh Water, climate change, social investment, Health&Safety, Human Rights, Diversity, Business Ethic, Corporate Responsibility

 

source

http://www.diagonalperiodico.net/global/30000-indigenas-y...

13/01/2013

Le vieil homme et la Suisse

P1050486.JPGTrinidad- Dans l ’une des plus belles villes de Cuba, enclavée entre la mer des Caraïbes et les montagnes de l'Escambray,  Luis Taxi, attend de charger et décharger des bagages  sur sa brouette, qu’il pourra transporter à travers les ruelles étroites pavées de galets millénaires posés par les esclaves d'antan, entre les maisons colorées  d’architecture espagnole coloniale de cette véritable ville-musée.

 

Sur son chariot, un sac avec à l'intérieur, des cahiers remplis de son écriture ample  et généreuse. Géographe, il imagine en attendant les clients,  les villes de ses rêves, comme Genève où selon lui, l’équivalent de la Tour Eiffel à Paris, c’est le jet d’eau. Il me décrit Genève, me raconte, dans les moindres détails historiques,  Calvin puis sans hésiter repart sur une longue description de la Chaux-de-Fonds, ville horlogère, mais encore Neuchâtel et son lac bleu . Je lui demande s’il a déjà voyagé en Suisse, pour seule réponse : Jamais  ! Mais le poète-voyageur rêve ces villes, les imagine, s’informe auprès des touristes puis note les impressions que lui laissent les descriptions des voyageurs.

P1050488.JPG

 

Il  m’écrit un poème en quelques minutes, fait surprenant à Cuba, les gens peuvent sur le coin de la table vous rédiger quelques vers d’un mouvement de main. Il paraît que dans les campagnes, on parle encore en rimes et en vers, les gens retiennent des poèmes par cœur et peuvent les réciter de mémoire sans faillir.

 

 

 

 

 

P1050487.JPGGinebra !  soupire-t-il.  Puis-je lui décrire le Mont-Blanc, comment le voit-on depuis la rade genevoise ?   Sans doute, un prochain voyageur pourra découvrir de nouvelles pages imaginaires d’un Cubain poète et voyageur,  qui rêvait de Genève et de ses paysages montagneux.

 

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12/01/2013

Le billet doux

images.jpegCuba - Havane- Mon logement, un appartement indépendant au rez d’une maison chez l’habitant donne à côté d’un orphelinat pour "Los niños de la patria" (enfants de la patrie) ,  c'est ainsi que l'on nomme  les petits orphelins de père et de mère, soit abandonnés soit de parents disparus. La première nuit, je tends l’oreille, de petites voix stridentes hurlent et brisent le silence. En vain, je m’étonne, ils n’appellent ni « Papa »  ni « Maman », mais seul, un cri immense dans un dortoir qui se noie dans une froide indifférence. Le lendemain, j’apprends par mes logeurs que deux enfants sont atteints psychiquement et souffrent d’asthme, ils se réveillent en ayant l’impression d’étouffer et le manque de ventilation n’aide pas dans ce climat tropical, dans une chaleur lourde et humide. 

Le matin, très tôt, une espèce de bonne nounou arrive leur parle haut et fort et les fait chanter joyeusement. Sur la corde tendue au milieu de la cour, on peut voir les habits des petits et les deviner derrière leurs vêtements suspendus. Avec mon imagination fertile, je dessine les longs corridors, les dortoirs; les berceaux  des nourrissons, la couleur des draps, la tête de chacun d'eux.   Le moindre bruit devient l'occasion d'imaginer ce qui peut se passer derrière les  murs de l'institution. 

 Dans le courant de la matinée, je trouve un billet glissé sous ma porte, une déclaration en bonne et due forme écrite par le fils de ma logeuse. Sur une feuille d’agenda déchirée, il aligne quelques phrases en espagnol :  « désolé de vous déranger, mais dès que je vous ai vue, complètement impressionné et ravi par la douceur de vos mains que j’ai senties en vous saluant, j’aimerai avoir l’opportunité de vous revoir et de mieux sentir la douceur de votre peau . ». Un mal de  crâne soudain me saisit, après les cris des enfants voici arrivées les lamentations d’un «  amoureux . »

 

Depuis la missive, je frôle les murs en sortant tôt,  le matin,  pour échapper à la vigilance de mon « admirateur »  et reviens tard le soir, si bien que je me dérobe ainsi  à sa surveillance. Deux jours après cet événement, j’appelle sa mère pour lui dire que je n’ai pas de couteau adéquat pour découper l’ananas que je viens d’acheter. La mère très attentive à l’avenir de son fils et du sien par ricochet, le mettrait volontiers dans un avion sitôt qu’une occasion se présenterait, profite donc  de cette occasion inespérée pour lui demander de me rendre ce service. 

La matrone  a déjà  réussi à envoyer  sa fille en Europe qui a épousé un Italien, mais,  l’Italien, rusé , a prévenu sa future épouse : »C’est toi que j’épouse et pas ta famille ! ». Du coup, elle n’a jamais réussi à soutirer de l’argent à son mari pour la famille, ce dont la mère se plaint amèrement.

Donc, ma logeuse profite de ma demande, pour appeler son rejeton, âgé de 35-40 ans environ qui arrive tel un héros avec un couteau et qui découpe amoureusement le fruit sous mes yeux comme s’il le déshabillait, pan par pan, « il effeuille la nana ! » et qui me rappelle la chanson de Juliette Greco : »déshabillez-moi, en souplesse, et doigté de votre main experte ! »- Tandis qu’il s’applique consciencieusement, il me lance des œillades expressives sous l’œil ravi de sa mère qui surveille attentivement l’évolution de la situation sous mon regard curieux et  ennuyé.

Le dernier jour arrivé, alors que je règle mon séjour, ma logeuse s’installe confortablement pour m’exposer son projet. Elle a donc 63 ans et souhaiterait rencontrer un Monsieur plus âgé, même 84 ans ne lui poserait aucun problème. Il pourra s’il le souhaite  s’installer dans le petit appartement indépendant  où je me trouve actuellement, et chaque jour, elle   prendrait  soin de lui, lui ferait  des massages, à manger, lui obtiendrait  la résidence, à son tour il payerait un peu,  par exemple 300 dollars  par mois  et plus si entente.

J’observe ma logeuse du coin de l’œil , une femme énergique, petite et ronde, des bras musclés, toujours prête à rire. J’imagine, un vieux Monsieur qui sortirait de son EMS où il se sentirait dépérir tristement,  à vue d’œil, pour goûter au ciel bleu de Cuba, au riz et frijoles (haricot rouge) , l’après-midi, ils iraient dans un de ces cafés très fréquentés par les personnes âgées écouter un concert de salsa live et se démener sur la piste de danse pour une rumba ou un boléro, en buvant des mojito et cela jusqu’à 7heures du soir, heure de fermeture de ces "rhum dansant".

 

Je lui promets d’en toucher un mot en Europe, voilà qui est fait  et au moins l'arrangement a le mérite d'être clair !

 

 

 

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11/01/2013

QUAND CUBA ETAIT LE BORDEL DES ETATS-UNIS

havana.1841.jpgAvant la chute de Batista en 1959, on comptait à Cuba environ 20 000 établissements spécialisés dans le business du sexe et 100 000 prostituées sur une population de 6 millions d'habitants, presque toutes d'origine paysanne et avec un pourcentage élevé de Noires.

John Fitzgerald Kennedy en personne,  était connu pour sa grande consommation de chair fraîche,  dès son arrivée au mythique Hôtel Comodoro, il  bénéficiait de la très spéciale et exclusive  suite livrée avec trois prostituées et dont le propriétaire, le mafieux Santo Trafficante pouvait lorgner à sa guise l’orgie,  derrière des miroirs à travers lesquels il voyait la chambre,  et  se moquer  ouvertement du jeune sénateur américain qui prônait, loi, ordre et décence.

Casinos où la femme de Batista venait en personne, au moyen d’un grand sac rançonner les propriétaires des salles de jeux , soirées spéciales avec des hommes et des femmes et très jeunes filles  à peine âgées de 14 ans, la cocaïne abondante. Le Shangaï Theater qui attirait foule pour le spectacle donné par "Superman", le meilleur coup de l'Amérique  latine selon la légende née en raison d'un  organe proéminent.   L’Amérique entière semblait s’encanailler à Cuba pour ses "Havana nocturne",  où le sea, sex and sun était déjà le slogan d’usage, but with a lot of sex surtout and drugs. 

Qu’en est-il en 2013 ?  Force est de constater que Cuba n’est plus le bordel des Américains exclusivement , mais le bordel de tous. Un business qu’on ne peut  ignorer  et pratiqué par des femmes, en particulier, de toutes catégories, à commencer par des collégiennes  âgées de 11 à 15 ans qui ne voient rien d’anormal à coucher avec des touristes et qui peut aller jusqu’à des diplômés polyglottes, des mères de famille prêtes à laisser leurs enfants derrière elles,  si elles  trouvent un sugar daddy ou un homme tout court  qui l'embarque en Europe. 

Assise à la terrasse de la « La Pasteleria Francesa », j’observe le bal des vieux européens aux cheveux teints, ces sugar daddies qui rentrent le ventre, avec une grosse chaîne en or pour impressionner les jeunes jiniteras cubaines, soit les cavaleuses.  Ils paraissent des vautours agglutinés sur la terrasse qui fondent sur la chair fraîche qu’ils dépècent ensuite à coups de bec pour quelques dollars.  

Assise à côté de moi, une jeune qui doit avoir à peine 16 ans*, fume cigarette sur cigarette, sur son visage un air dégoûté, ce n’est ni la torta de capuchino cubano ou le paste sfoglie leggere ripiene di marmellata qu’elle vient de manger et qui l’auraient écoeurées, mais c’est bien le petit ventripotent aux joues rouges et ballotantes qui revient avec un croissant qui lui donne envie de vomir, il a au bas mot 70 ans. Elle recompose un visage amène et souriant dès qu’il s’assied à la table, il faut serrer les dents, elle sait qu'elle finira par s'y habituer c'est ce que lui a expliqué sa copine plus âgée d'un an ou deux, qui assise en face d'elle lui lance des clins d'oeil entendus. 

Le castrisme n’a pas éradiqué la prostitution malgré des campagnes virulentes, des pères, des frères , des mères  sont prêts à vendre leur fille ou sœur pour les prostituer.  Toute une économie fleurit autour du sexe, la jeune fille que l’on installe dans une chambre dont le propriétaire fait tourner le compteur.  Des policiers, employés d’hôtel à qui il faut graisser la patte pour fermer les yeux. Ce ne sont pas des systèmes politiques qui enraient ce phénomène mais la fin de la pauvreté. 

 Et parfois une d’entre ces cavaleuses  parviendra en Europe au bras de son « vieux », voilà enfin l’Eldorado tant rêvé pour s’apercevoir très vite que ceci ne valait sans doute pas le sacrifice de toute une jeunesse.

A 23 ans, ces jeunes filles sont déjà estimées vieilles, elles se convertissent souvent plus tard,  à leur tour,  en proxénètes auprès des plus jeunes .

Les femmes européennes, à leur tour profitent elles aussi de la pauvreté pour se payer des jeunes. A l’aéroport, j’en observai une qui devait avoir 60 ans avec un jeune de 25 environ , ils se becquotaient longuement, le jeune essayait de faire croire à une larme au coin des yeux  qu’il frottait vigoureusement avec les poings serrés et dès qu’elle passa le contrôle de police, il sauta de joie, les poches pleines. Bingo ! et bon débarras.

Quant aux Européens qui adorent dénoncer la vague de migration sauvage en provenance des pays du tiers monde et tout son cortège de délinquance, ils  pourraient  nous dire comment appeler cela !

 

Age de la majorité sexuelle à Cuba 16 ans 

 

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10/01/2013

Cuba - Tendre portrait d'un voyageur

La Havane - Lorsque vous voyagez, non seulement vous découvrez de nouveaux paysages,   mais encore vous rencontrez des voyageurs loin de chez eux qui se confient, qui s’abandonnent à de pudiques révélations tenues secrètes jusque-là. Les frontières géographiques s’estompent, celles qui nous séparent aussi. 

J'entre  dans le grand appartement où je viens d'y louer une chambre, la porte d’entrée donne sur un salon, ample,  décoré de meubles anciens, les plafonds sont très hauts, placés à 5 mètres, suivi par un long couloir étroit ouvert et d'où on aperçoit un coin du ciel, décoré de plantes vertes avec au bout un bassin en pierre où s’ennuie ferme une tortue tandis que les deux chambres louées aux pensionnaires sont situées,  l’une à côté de l’autre. Elles n'ont pas de vitres mais des persiennes en bois qui laissent voir l'intérieur de la pièce et que, le soir venu, ont peut  fermer en abaissant une manette.   

Dans l’obscurité du salon, assis par terre à faire des exercices, je rencontre le deuxième pensionnaire, Erik, d’origine hollandaise, qui m’explique faire sa gymnastique quotidienne, il est assis à même  le carrelage ancien aux couleurs fanées de cet ancien appartement.  Je constate ses deux longues jambes si fines.   Dans la pénombre, on peut  déceler les béquilles et  la chaise roulante pliée. Il est très grand, le visage hâve,  tout semble si fragile chez lui. De grands yeux bleus rehaussent le creux des joues, avec au fond du regard cette transparence subtile, on croirait effleurer l’âme du doigt.

 

P1050637.JPGIl est atteint d’une multiple sclérose, qui le ronge rapidement, comme il me l’expliquera le lendemain à la table du petit-déjeûner durant lequel je m’entretiens longuement avec lui en anglais.  Dans la grande cuisine,  s’affaire notre logeuse, ancienne étudiante en Ukraine qui parle couramment le russe et qui parfois intervient dans notre conversation en espagnol, tandis qu’elle suspend son linge à 3 mètres de hauteur,  à l’aide d’une longue perche qui lui permet de placer les habits accrochés à un cintre, sur une barre tendue entre les deux murs. 

Erik raconte cette terrible maladie qui chaque mois le réduit davantage. Avant d’être entièrement paralysé, il décide alors de voyager pendant qu’il peut encore se mouvoir. Tout seul, avec ses béquilles et sa chaise roulante. A peine âgé de 45 ans, tout n’est qu’effort, anticipation;  un rien l’essouffle, tout ce qu’il fait lui prend plus de temps;  il est dépendant des autres qui doivent l'aider à descendre et monter dans une voiture, ou quelconque autre moyen de locomotion, mais il est si heureux de pouvoir encore s’offrir un voyage: peut-être le dernier !

 

 

 Des regrets ? Oui, il aurait dû accepter de partir en vacances de ski avec ses parents, il y a quelques années encore, ils lui avaient proposé une station de ski en Suisse , puis en Autriche, à chaque fois il a répondu, plus tard, puis ce fut trop tard. Il ne connaîtra plus cette sensation délicieuse de glisser sur la neige, reconnaît-il.  

 La maladie il la connaît parfaitement, il l'a étudiée et analysée sous tous les angles, il sait qu’elle ne pardonne pas, elle le dévorera gentiment, cruellement, jour après jour, elle le réduira à néant.  Le plus dur, c’est la tristesse de ses vieux parents. Ses yeux alors embués de larmes, il me dit que c’est encore cela qu’il faut supporter, la tristesse des autres que l’on porte comme un autre poids et contre laquelle on ne peut rien,  non plus.

Mais depuis il a appris, lorsqu’il lui  prend l’envie de faire quelque chose, de ne plus remettre au lendemain, il décide alors de le réaliser immédiatement. C’est ainsi qu’il a goûté à  une nouvelle forme de bonheur qu’il ne connaissait pas avant;  la jouissance de l’instant présent, sans penser à rien d’autre qu’à ce qu’on vit de bon,  au moment où on le vit et dans ces moments-là, on goûte à la joie de vivre, intense et entière. 

 

La maladie lui a appris à vivre des moments de bonheur, hic et nunc qui  donne l'impression de retenir l'éternité au creux de la main.   Vous voyez Madame, me dit-il, "  j’ai un grand plaisir, en cet instant,  à boire le café avec vous et discuter.  Je me sens heureux d’avoir pris la décision de venir à Cuba,  la maladie me volera sans doute,  tout,  mais certainement pas mes plus beaux souvenirs de voyage."

 

 

 

 

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09/01/2013

Cuba – La meute

P1050435.JPGViñales 5h45 du matin – Dans une aube opalescente, quelques dernières étoiles luisent encore et se meurent lentement dans les premières lueurs du jour. Dans un paysage de brume d’où l’on voit surgir des mogotes, collines calcaires au dos rond et qui semblent avancer parmi les champs de canne à sucre, de tabac avec au milieu des grandes feuilles vertes des huttes de séchage de tabac dont le toit en feuille de palmier touche presque le sol, des bananiers qui tanguent doucement dans les brises matinales. 

 

Dans cette exquise « amanacer » qui annonce l’ explosion de couleurs pastel puis plus franches et plus crues  à mesure que les heures avancent, une clameur fantastique s’élève de la plaine;  une symphonie  pastorale menée d’abord par le cri puissant  des coqs, relayés par les  oies qui  cacabent tandis que les poules caquettent entourées par le piaillement de leurs  poussins. Les cochons enfermés dans des cabanons en bois grognent pour ne pas être en reste, alors que les chevaux hennissent en tendant le cou comme pour invoquer  le soleil qui arrive en grand seigneur, à pas de géant et comme par magie impose un silence ému.

Dans la fraîcheur matinale, nous sommes un groupe à attendre le bus qui doit nous amener à Trinidad. Des chiens errants se sont appropriés les rues désertes, ils sont dans un piteux état, on croirait une bande d’ivrognes qui se seraient battus toute la nuit. Le poil taché, parfois manquant par zones entières, il y a  celui qui avance avec les yeux carrément recouverts par des touffes bouclées poussiéreuses, des plaies purulentes.  Un genre indéfinissable, ils sont appelés chien sato à Cuba où ces hordes de chien sont fréquentes, affamés, maltraités, on les voit partout.  Tandis que des camions passent, on reste effaré en se disant qu’il y en un qui vient de passer sous la roue.  Pensez donc, avec la plus grande indifférence,  ils regardent défiler ces choses rondes et énormes, ils ont investi  les trottoirs, les routes, des quartiers entiers.

 Ils sont organisés en bande, se reconnaissent un chef. Justement, un chien sombre au pelage raz et luisant au soleil  passe devant eux. Leur leader se met à aboyer, appelle la meute très affairée à renifler tout ce qu’elle voit passer. Le chien insiste pour qu’on s’occupe du solitaire qui ose s’aventurer sur leur territoire. Le chien brun avance tranquillement comme si de rien n’était, sans les regarder,  avec dignité, lentement, les ignorant superbement.  Finalement, sur  l’appel insistant du caïd les autres, une dizaine,  arrivent, l’ entourent, puis l’encerclent de plus près. Le chien au milieu se met en position d’attaque et montre des crocs blancs énormes, les lèvres retroussées, la gueule féroce, il grogne bruyamment, tourne en rond très vite, menaçant,  pour montrer à tous ce dont il est capable.

Les touristes aussitôt se séparent en deux groupes, les femmes qui hurlent : "le pauvre, il est seul, ils vont le tuer ."-  Les hommes, eux, sont électrisés comme lors d'un combat de coqs; ils brandissent leur appareil photo ou leur portable pour immortaliser la scène,  fascinés par la bravoure du chien .

Cette scène primitive doit réveiller en nous quelque chose de profond, cet instinct primitif qui dort en nous et qui nous captive chez les bêtes parce qu’il s’offre encore sans fioriture ni mascarade. Puis, un paysan descend de sa bicyclette et lance un coup de pied dans le tas séparant les adversaires, les plus pleutres partent aussitôt en courant, cul à terre. Tout le monde respire,  enfin soulagé.

10 minutes plus tard, un autre chien arrive, seul, même triste scénario, le  chef se remet à aboyer pour rappeler ses troupes, en vain, plus aucun des chiens ne répond à l’appel, ils ont gardé en mémoire le  coup sec d'un pied dans les flancs encore douloureux; ils préfèrent continuer à fureter, c’est prendre moins de risque. De guerre lasse, le caïd abandonne sa nouvelle victime et repart profondément dégoûté par son bataillon d’éclopés. 

21:04 Publié dans Nature, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Cuba - Des touristes et des alligators

P1050381.JPGLes bas salaires entraînent à Cuba des situations pour le moins étranges. Un médecin, un ingénieur, dentiste ou vétérinaire gagne entre 25 et 36  dollars par mois. Et comme partout, il faut bien arriver à joindre les deux bouts.

Pour exemple, Rodolfo  est vétérinaire, il a décidé pareil à de nombreux cubains et système pratique qui fonctionne  superbement et très répandu dans tout le pays quoique   soumis au contrôle et à l’autorisation de l’Etat, de transformer quelques pièces de son logement en « habitacion » pour touristes à la Havane. Un endroit charmant, ancien, les hauts plafonds sont  richement décorés, les fenêtres ont des barreaux à travers lesquels on peut guigner et apercevoir ses habitants rêvasser dans leur rocking- chair qui tout en se laissant bercer par une salsa ou une rumba,  sirotent quelque rhum traditionnel en fumant un cigare. 

 Toutefois,  il n’était  pas question pour notre vétérinaire de renoncer à sa profession chérie qui consiste entre autres à prendre soin des alligators, ainsi il prit la décision de concilier touristes et alligators. D’une ferme située hors de la ville, il ramène ceux qui semblent avoir le « blues » et s’en occupe tout en administrant ses chambres. Ce qui fait  que les deux alligators dont il prend soin, âgés de 8 ans, et qui sont considérés comme très jeunes lorsqu’on sait qu’ils peuvent vivre 120 ans, se promènent soit dans le patio, soit se baignent dans la fontaine ou encore, comme l’un des deux aime à le faire, il se cache sous le buffet de la salle à manger cherchant un endroit calme et au chaud. Tandis que vous prenez tranquillement votre « desayun » composé de papaye, de banane, d’œufs, de pain grillé, de saucisse et de poulet dont ils raffolent, vous priez le ciel et tous ses saints pour que l’odeur alléchante du poulet ne les attirent pas précisément sous votre table au risque de sentir le long zigzag des dents prêt à confondre vos chevilles avec la chair ferme du gallinacé que vous dégustez, à ce moment-là.

 

P1050376.JPGAlors que vous rentrez d’une balade dans le vieux Havane, lieu où  Ernest Hemingway aimait à se rendre, vous trouvez vos animaux de compagnie de la famille des alligatoridae entrain de se dorer la pilule au soleil,  juste à l’entrée de la pension,  sous l’œil bienveillant de leur propriétaire et vous passez discrètement en rasant les murs tandis que les « choses » quasiment immobiles clignent seulement de la paupière et vous rappellent que ce n’est pas là  un objet décoratif que leur immobilité parfaite  laisserait parfois croire. Vous vous rassurez en vous consolant, votre logeur aurait pu de surcroît avoir une passion pour les serpents, les mygales et quelque autre bête étrange.

 

Le soir, après que Rodolfo les ait nourris abondamment de poulet,  repus;  ils viennent s’installer à côté de lui pendant qu’il travaille sur internet, le doux cliquetis des doigts sur le clavier de l’ordinateur apaise gentiment nos internautes d’un genre très  particulier. 

 

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