12/01/2013

Le billet doux

images.jpegCuba - Havane- Mon logement, un appartement indépendant au rez d’une maison chez l’habitant donne à côté d’un orphelinat pour "Los niños de la patria" (enfants de la patrie) ,  c'est ainsi que l'on nomme  les petits orphelins de père et de mère, soit abandonnés soit de parents disparus. La première nuit, je tends l’oreille, de petites voix stridentes hurlent et brisent le silence. En vain, je m’étonne, ils n’appellent ni « Papa »  ni « Maman », mais seul, un cri immense dans un dortoir qui se noie dans une froide indifférence. Le lendemain, j’apprends par mes logeurs que deux enfants sont atteints psychiquement et souffrent d’asthme, ils se réveillent en ayant l’impression d’étouffer et le manque de ventilation n’aide pas dans ce climat tropical, dans une chaleur lourde et humide. 

Le matin, très tôt, une espèce de bonne nounou arrive leur parle haut et fort et les fait chanter joyeusement. Sur la corde tendue au milieu de la cour, on peut voir les habits des petits et les deviner derrière leurs vêtements suspendus. Avec mon imagination fertile, je dessine les longs corridors, les dortoirs; les berceaux  des nourrissons, la couleur des draps, la tête de chacun d'eux.   Le moindre bruit devient l'occasion d'imaginer ce qui peut se passer derrière les  murs de l'institution. 

 Dans le courant de la matinée, je trouve un billet glissé sous ma porte, une déclaration en bonne et due forme écrite par le fils de ma logeuse. Sur une feuille d’agenda déchirée, il aligne quelques phrases en espagnol :  « désolé de vous déranger, mais dès que je vous ai vue, complètement impressionné et ravi par la douceur de vos mains que j’ai senties en vous saluant, j’aimerai avoir l’opportunité de vous revoir et de mieux sentir la douceur de votre peau . ». Un mal de  crâne soudain me saisit, après les cris des enfants voici arrivées les lamentations d’un «  amoureux . »

 

Depuis la missive, je frôle les murs en sortant tôt,  le matin,  pour échapper à la vigilance de mon « admirateur »  et reviens tard le soir, si bien que je me dérobe ainsi  à sa surveillance. Deux jours après cet événement, j’appelle sa mère pour lui dire que je n’ai pas de couteau adéquat pour découper l’ananas que je viens d’acheter. La mère très attentive à l’avenir de son fils et du sien par ricochet, le mettrait volontiers dans un avion sitôt qu’une occasion se présenterait, profite donc  de cette occasion inespérée pour lui demander de me rendre ce service. 

La matrone  a déjà  réussi à envoyer  sa fille en Europe qui a épousé un Italien, mais,  l’Italien, rusé , a prévenu sa future épouse : »C’est toi que j’épouse et pas ta famille ! ». Du coup, elle n’a jamais réussi à soutirer de l’argent à son mari pour la famille, ce dont la mère se plaint amèrement.

Donc, ma logeuse profite de ma demande, pour appeler son rejeton, âgé de 35-40 ans environ qui arrive tel un héros avec un couteau et qui découpe amoureusement le fruit sous mes yeux comme s’il le déshabillait, pan par pan, « il effeuille la nana ! » et qui me rappelle la chanson de Juliette Greco : »déshabillez-moi, en souplesse, et doigté de votre main experte ! »- Tandis qu’il s’applique consciencieusement, il me lance des œillades expressives sous l’œil ravi de sa mère qui surveille attentivement l’évolution de la situation sous mon regard curieux et  ennuyé.

Le dernier jour arrivé, alors que je règle mon séjour, ma logeuse s’installe confortablement pour m’exposer son projet. Elle a donc 63 ans et souhaiterait rencontrer un Monsieur plus âgé, même 84 ans ne lui poserait aucun problème. Il pourra s’il le souhaite  s’installer dans le petit appartement indépendant  où je me trouve actuellement, et chaque jour, elle   prendrait  soin de lui, lui ferait  des massages, à manger, lui obtiendrait  la résidence, à son tour il payerait un peu,  par exemple 300 dollars  par mois  et plus si entente.

J’observe ma logeuse du coin de l’œil , une femme énergique, petite et ronde, des bras musclés, toujours prête à rire. J’imagine, un vieux Monsieur qui sortirait de son EMS où il se sentirait dépérir tristement,  à vue d’œil, pour goûter au ciel bleu de Cuba, au riz et frijoles (haricot rouge) , l’après-midi, ils iraient dans un de ces cafés très fréquentés par les personnes âgées écouter un concert de salsa live et se démener sur la piste de danse pour une rumba ou un boléro, en buvant des mojito et cela jusqu’à 7heures du soir, heure de fermeture de ces "rhum dansant".

 

Je lui promets d’en toucher un mot en Europe, voilà qui est fait  et au moins l'arrangement a le mérite d'être clair !

 

 

 

17:53 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Encore une fois : qui ne peut pas être épris de Djemâa ? Quand on la voit, on ne l'oublie jamais. C'est peut être l'une des dernières plus belles images. Djemâa, on l'aime ou on ne l'aime pas mais bien heureux ou heureuse celui ou celle qui l'aimera

Écrit par : evlan | 24/01/2013

Les commentaires sont fermés.