01/12/2012

LA CUEILLETTE DES OLIVES

1869894608.jpgDans tout le bassin méditerranéen,  on s'active à la cueillette des olives. Les moulins sont ouverts, parfois de vieux pressoirs qui s'essoufflent et s'activent depuis le Moyen-Âge et qui attendent comme autrefois,  la livraison par tonne des récoltes. Un mois plus tard,  l'huile pressée et mise dans des cuves géantes peut être récupérée par leur propriétaire.  

Pour ma part, j'en ai encore les doigts gelés. Dans le Var, je m'active depuis le matin, dans une aube fraîche aux couleurs encore automnales et qui vous accueille avec un,  à peine  3 degrés qui vous saisit  de la pointe des pieds au sommet de la tête. Quelques heures plus tard, voire une journée, une centaine de kilos ont été cueillis. La cueillette s'achève sur un fond de soleil incandescent, dans un silence sépulcral,  les senteurs de thym et de romarin diffusent leur dernier parfum. 

Arbre après arbre, les oliviers m'amusent, ils ressemblent tant aux personnes. Le gros olivier presque millénaire, qui vous offre son kilo d'olives du haut de sa grandeur, juste placé sous le chêne, son ami le plus intime avec qui il fraie depuis 150 ans, et qui daigne année après année marquer sa présence vivante par quelques fruits encore si verts, si tendres. Une façon de narguer le temps et de nous rappeler que nous les humains, ne lui arrivons pas à la racine avec nos parfois presque cent  ans que nous traînons péniblement avec nos vieux os usés et nos rhumatismes sans fin.

Le petit là-bas qui ne paie pas de mine et qui,  à peine âgé de  trois ans est chargé d'olives noires. Contre toute attente, alors qu'on en espérait encore  rien. Le vieux rabougri derrière lui, qui durant toute l'année n'a démontré aucun intérêt, ni perturbé par le soleil, ni incommodé par les inondations, indifférent au mistral, l'arbre tourmenté c'est  d'un coup éveillé et nous force à remplir une caisse pleine à ras bord.

Tandis que le gros touffu auquel on a prodigué tant de soins et dont on attendait des remerciements à profusion en forme de grappes chargées, est resté muet, ses branche désespérement vides, on a beau l'observer sous tous les angles, rien à l'horizon de cet arbre qu'on croyait si prometteur. 

Et eux tous, exigent de les observer  d'une façon attentive durant toute l'année, et quand il s'agit de la récolte, on continue à les regarder encore de plus près, on reste toujours surpris par le résultat. Parfois, en les scrutant longuement on finit par trouver leurs fruits tout au sommet, tandis que certains les cachent discrètement sous leurs feuilles en bas de l'arbre. Les plus farceurs s'amusent à vous les offrir en tapis, à leur pied, il faut les ramasser à quatre pattes.

Et lorsque debout sur l'échelle, après mille et une contorsions on tient enfin le fruit entre nos petits doigts, ferme et mûr, un mouvement bizarre et tout bascule, vous voilà par terre les mains vides, l'échelle renversée. L'olivier semble mort de rire, il se tord devant ce spectacle inédit que vous lui offrez malgré vous. 

Mais comme les personnes, chacun paraît avoir sa personnalité, les oliviers donnent en fonction de ce qu'ils ont reçu, parfois il faut davantage de temps à certains, ne jamais se fier aux apparences et être d'une patience sans borne. Des oliviers ont mis cinq ans pour démarrer et se sont fait largement pardonner ce retard d'éclosion.


Pareils à des oliviers, nous mûrissons quelque chose à l'intérieur encore d'indéfini, à peine palpable, un profond travail qui finira par donner ses fruits, mais on ne sait jamais quand. Le bon moment pour nos projets de fleurir sont ceux de leur longue maturation, silencieuse et insoupçonnée, quand bien même certains s'impatientent, piaffent de rage parce qu'ils ne  perçoivent rien. La créativité en va ainsi, elle plante profondément ses racines et préparent à son rythme des fruits magnifiques, d'une beauté rare. Souvent ce n'est qu'une question de temps et de foi et par-dessus tout continuer à y croire très fort. Mais surtout ancrer prodondément ses racines qui permettront de vaincre autant de tempêtes et d'intempéries.

 

Ah..

D'olive en olive

L'arbre se dévoile

Son art se voile

Et voilà mûr l'olivier 

 

Poème Lazhar Cader 

 

Mon site www.djemaachraiti.ch


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Commentaires

L'olivier, source d'inspiration éternelle. Et oui "d'olive en olive, l'arbre se dévoile" et de la base de son tronc solide jusqu'à l'extrémité de chacune de ses branches : toute une symbolique : éternité, sérénité, force, accomplissement, vitalité, persévérance, robustesse et j'en oublie probablement. Toutes ces vertus dont nous devrions nous enchérir à force de sagesse et d'ardeur, devraient offrir les fruits de notre labeur à nous-mêmes, à ce qu'on aime et à notre succession

Écrit par : Sacha | 03/12/2012

Etonnant le silence général vis-à-vis de la Tunisie !!!

Écrit par : Corto | 06/12/2012

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