27/11/2012

Carouge- L'amour sans frontière

get_attachment-1.php.jpegC’est Maria Julia qui a eu l’idée du titre de son association « Amour sans frontière ». Au 12 rue de Veyrier, elle s’active dans sa maisonnette, un ancien garage transformé en buvette, et en lieu d’accueil où les personnes seules, âgées, les malades, les enfants peuvent se retrouver en un lieu intergénérationnel, pour y boire un verre, surfer sur internet gratuitement, acheter des habits, manger, échanger entre jeunes et personnes âgées. Parce que l’amour n’a pas de frontière, ni d’âge,  ni de nationalité, ni de religion, ni de couleur de peau.

 Sur son visage solaire mangé par des lunettes rondes derrière lesquelles se cachent des yeux rieurs soulignés par   un sourire éclatant,  une énergie inépuisable. Lorsqu’on a des rêves, et une foi inébranlable en ses projets et  une vocation, on ne se fatigue jamais. Celle qui aujourd’hui, à  65 ans retrace le parcours de sa vie « mystérieuse » mais si riche, si intense. Orpheline de père et de mère en Angola, à l’âge de 6 ans,  elle se retrouve, à 24 ans,  à la tête d’un cheptel de 146 bovins et 50 hommes sous ses ordres. 

 

Avec ses quatre enfants et son mari, elle fuit la guerre angolaise en 1975 et se retrouve à Lisbonne, au milieu d’un quartier où  des immeubles imposants construits en pierre lui font croire qu’elle est dans un cimetière géant;  elle qui n’avait  vécu jusque là que dans une hutte et qui  n’avait vu pour construction en pierre que des tombes. Son mari la rassure : "Non ! Non ! Ce ne sont pas des sépultures mais ce sont bien des vivants qui demeurent là ! ». Elle recommence tout à zéro :  acheter à nouveau des bêtes, à Vale  de Cambra, construire une maison, puis créer une association pour les enfants : »Force de de la foi et de l’humanité. »

Elle se décide à partir en Suisse, en 1985, laissant ses 7 enfants déjà grands au Portugal, elle aura son dernier en Suisse à l’âge de 52 ans;  encore un mystère de la vie toute puissante qui prend place sans qu’on s’y attende le moins du monde. Elle connaît alors, les petits boulots à 650 francs par mois en travaillant de 9 heures à 1 h du matin. Tour à tour femme de ménage, jardinière,  gouvernante, cuisinière,  aide- soignante, elle n’oublie pas que son destin est de travailler pour continuer à aider les orphelins.

Elle rit d'elle-même de ne savoir ni lire, ni écrire, mais la poésie surgit naturellement, alors elle songe à l’association «  l’Amour sans frontière » parce qu’elle ne pourra jamais oublier son destin de pauvre et d’orpheline, et elle veut continuer à aider.  On ne peut pas changer le monde, mais on peut tout faire pour l’améliorer, concède-t-elle. 

Avec l’argent qu’elle gagnera grâce à son association, elle espère retourner tourner un film en Angola et y parler des pauvres toujours plus pauvres et des riches encore plus riches et continuer à protéger sous son aile maternelle ses enfants et des milliers d’autres enfants. Rêver donne des ailes et une force infinie !

Si ça vous en prend l’envie, un petit détour dans cette maisonnette magique  pour réaliser combien l’envie d’aider les plus démunis donne du courage et de la créativité.

 

L'AGASF ouvre ses portes tous les jours de 07h00 à 22h00 sauf le dimanche.

Rue de Veyrier 12

1227 Carouge

Tel.: 022 3002603

Port.: 079 9477609

 

get_attachment.php.jpeg

 

Juste en face de l'Association L'amour sans frontière, se trouve "Selle que j'aime" , encore une histoire d'amour, celui pour la petite reine.

 

get_attachment-2.php.jpg

 

Mais encore  

get_attachment-3.php.jpeg

 

Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

22:06 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

22/11/2012

Tunisie - L'agonie d'une révolution

282573_1964367424966_1116272412_31952914_3345677_n (2).jpgTunisie – Le jeune homme qui se tient devant le Centre de la presse et de la liberté d'expression me dit brusquement,  en réponse à ma question sur l'après-révolution que,  la prochaine fois ce n'est pas la révolution,  mais c'est la guerre qu'il nous faudra déclarer. Les mâchoires serrées qui jouent sous la peau, les prunelles incandescentes, il s'auto-consume dans sa colère noire et se prépare à participer à une conférence en lien avec l'impunité des ex-responsables du RCD (le parti de Ben Ali) qui semblent encore en place et capables de toutes les nuisances. Ils ont investi les administrations et n'en sont jamais sortis, en réalité.  

 

 

Je posai la question à un professeur d'Université en philosophie qui  soulève le sourcil gauche en accent circonflexe  et un brin moqueur me répond :"quelle révolution? Je ne sais pas de quoi tu parles. " -Le jasmin  de la Révolution semble desséché, il a perdu de sa fraîcheur, seule  l'odeur de putréfaction plane sans qu'on sache précisément d'où vient cette senteur désagréable, mais tout le pays en est imprégné.

En déambulant au centre ville, je vois devant une grande mosquée financée par les Saoudiens, des Salafistes qui encombrent le trottoir et vendent des corans qu'ils ont reçu gratuitement de leur copains qataris et saoudiens; à cela s'ajoutent les habits pour femmes fabriqués dans ces mêmes pays et qui contrastent avec le type de vêtement local, afin de les voiler et de les grillager, puis  de l'encens, en veux-tu en voilà,  plein les stands, sans doute, pour aveugler tout le monde dans un écran de fumée épais. Les hommes portent une barbe longue et des baskets américaines, le code vestimentaire résume à lui tout seul, les influences auxquelles ils sont soumis :  qataro-saoudien en haut avec la barbe, américain en bas avec les chaussures.  Une signature significative.

Ghannouchi ? s'exclame un autre. il se prend pour le nouveau "Khomeiny" tunisien, il joue les modérateurs contre les Salafistes pour faire croire aux gens que Ennahdha est plus réservé, mais si tu grattes bien sous le masque, c'est le salafiste que tu vas trouver et payé et soutenu par les Qataris et donc par les Américains. Un vendu aux puissances étrangères !

 Marzouki ? ricane une jeune femme :"c'est la marionnette de Ennahda, il ne résiste à rien, il accomplit, il marche aux ordres. Il n'a aucun pouvoir."

 Du côté des Tunisiens juifs , c'est la prudence. Une femme me dit louer son appartement à l'année et ne rien oser acheter :" parce que tu sais on peut tout te voler du jour au lendemain, elle se souvient avec amertume comment en 1967, un homme lui a craché dessus alors qu'elle n'avait que 12 ans. " Depuis elle vit entre Paris et Tunis. Son fils a ouvert, après la révolution, une entreprises de webmaster, à Tunis, il y a engagé une vingtaine de jeunes;  doublé les salaires et huit mois après , il a tout fermé et rapatrié ses affaires en France. Les Tunisiens n'ont pas compris qu'il fallait se mettre vraiment au boulot ! Ils ne sont pas compétitifs. Tandis qu'elle me raconte cela, elle achète une "mloukhia" pour la congeler et la transporter en France pour ses enfants, des vrais "Tunes" me lance-t-elle en me montrant leur photo.

Sur l'avenue Habib Bourguiba, les "attentistes" n'attendent plus que boire leur café, dans la vie, qu'ils sirotent à longueur de journée;  en commentant les bombes israélo-palestiniennes et en maudisssant Israël et en pleurant sur les Palestiniens. Il faut rendre toute la dignité aux Palestiniens clament-ils, en regardant passer une vieille française, ils se la montrent de la tête . Allez qui y va ? Un visa pour la France peut-être ou au moins un peu d'argent. Elle est vieille répond l'un . L'argent n'a pas de rides ! rétorque un autre en riant.

 Finalement, j'entends partout la même chose, la corruption continue à sévir, rien n'a changé, les voyous sont restés en place et continuent comme avant. Pareil à la peste, le clientélisme paralyse toute énergie. On n'engage pas sur les compétences mais en fonction de son réseau. Et l'incompétent qui n'ose en général pas prendre de responsabilités parce que justement il n'est pas homme de décision  n'a pas les moyens de juger d'une situation; il faut le sortir de sa léthargie avec quelques centaines de dinars ou quelques milliers selon l'importance de l'affaire. Et chacun craignant  la dénonciation, ou le chantage  car tout se sait, on finit toujours par savoir qui  a touché précisément combien,   ne voit  comme seule issue pour s'en sortir  de ne plus rien faire pour ne pas être susceptible de voir les agissements dénoncés.  Bref, une  paralysie générale .

A l'aéroport des chauffeurs de taxi se battent, on comprend qu'il y a du "mic-mac", les policiers touchent de l'argent pour laisser passer d'abord un tel, ou un autre qui n'est pas chauffeur de taxi et ne paie donc pas de patente et qui lui glisse quelques euros qu'il vient de soutirer à une touriste à qui il fait croire qu'une course jusqu'à Tunis coûte 40 euros, en réalité quatre fois moins cher, tandis que les autres qui paient leur dû patientent durant des heures sans voir les clients arriver. Des policiers qui continuent à faire pression et à toucher de l'argent, exactement comme autrefois, parce que rien n'a changé. En passant, notre maison familiale est squattée par un policier de la Police nationale et qui est entré par effraction en explosant la serrure et qu'on a un mal fou à sortir, tant les administrations sont léthargiques et tant il est couvert. Après le viol, le vol ! 

 

Le clientélisme est pratiqué à tous les échelons, en fonction du parti auquel tu appartiens, en fonction de ton réseau, de ton argent. Les jeunes le savent bien, alors ils haussent les épaules et concluent que maintenant, pour sortir du gourbi, c'est la guerre qu'il faut déclarer.

Sans doute une guerre redoutable, une lutte de tous les jours contre le corruption qui paralyse tout projet et atteint toutes les couches, tous les secteurs  et surtout  toute velléité de changer les chose. Un pays qui a connu la domination de l'empire ottoman, la colonisation française, puis 50 ans de dictature et qui aujourd'hui continue à fonctionner avec ce que les Tunisiens ont toujours vu et connu : corruption , oligarchie et népotisme.

 Un homme se plaint : "tu sais j'aimerais bien changer et ne plus donner de l'argent à gauche et à droite, pour arrêter la corruption,  mais qui va nourrir alors mes enfants ? Comment je vais faire pour gagner le peu que je peux, si je distribue pas un peu à tous les échelons, du plus bas au plus haut. "

 Une révolution qui se meure, gentiment, or  ce sont les mentalités qu'il faut changer, une auto-révolution qui commencerait par soi-même. Accepter de sortir de la spirale infernale de la corruption qui installe des dictatures dirigées par des incompétents; une peste invisible qui contamine le système et tue tout projet. Une plaie purulente sur laquelle tout ce qui se construit est aussitôt infecté.

 Il est temps en Tunisie de créer, une commission neutre et indépendante de lutte contre la bête immonde qui dévore tout sur son passage. Un organisme qui ne soit pas financé par l'Etat et qui permette un vrai travail pour arrêter cette chose odieuse  qui continue et continuera à s'attaquer aux plus pauvres d'abord, et à faire le lit de l'intégrisme qui ne fera,  naturellement pas mieux que ses prédécesseurs,  voire pire. Ce même intégrisme  qui ose  faire  croire à des jeunes que seul Allah les sortira de cette spirale infinie et qui y croient dur comme fer, tandis que sous leurs yeux, une nouvelle oligarchie s'installe avec son lot d'injustice et de mépris  et que du travail leur  sera donné ou pas  en fonction de la longueur de leur  barbe, de leur obéissance et de leur capacité à courber profondément l'échine et qui ne marquera que le passage d'une dictature,  à l'autre.

 

La fin de la corruption au nom de la justice sociale ! C'est ça la vraie révolution, le  début de la démocratie. 

 

mon site www.djemaachraiti.ch

18/11/2012

Quelques réflexions en roulant les grains de mon couscous

images.jpegDans la cuisine à m’affairer pour un repas familial; je m’active en pensant  aux derniers événements. Des bombes qui tombent, des femmes, des enfants  des hommes qui meurent de part et d’autre. Des gens terrorisés qui ne savent plus  combien ils ont de jours, d’heures de minutes,  à vivre

Puis, je me souviens de cette phrase d’un rabbin prononcée lors d’une bar-mitzvah : « pour obtenir la paix, il faut la faire avec son ennemi ». Mais plus encore dans même cette synagogue genevoise. « aime l’étranger comme toi-même » inspiré de la Torah. Mais  faudrait-il encore avoir assez d’amour en soi pour en offrir aux autres?  Si chacun des deux peuples proposait son amour à l’autre, vous imaginez quel gage de paix ? 

 Concernant le conflit qui oppose Palestiniens aux Israëliens, je sais au fond de moi, au plus profond de notre conscience,  que c’est eux qui doivent trouver comment ils vont vivre ensemble, on ne fera disparaître ni les Palestiniens, ni les Israëliens, ni la Palestine, ni Israël. Ils sont forcés de trouver un moyen de cohabiter.  Ni les Arabes qui soufflent sur les braises, ni les Juifs qui entretiennent le feu, ni tous les autres qui utilisent ce conflit pour leurs propres intérêts .Eux, seuls doivent trouver une autre façon de vivre ensemble.

 

Ceci me rappelle ce que disait un vieux palestinien à Gaza que chacun s’occupe de ses affaires, « les Arabes n’ont pas à utiliser notre cause pour oublier leurs propres échecs : Nous devons, nous , avec les Israëliens, arriver à un compromis, et nous seuls pouvons y parvenir. « - Je crois que le vieux est sage, il a certainement raison.

 

Je coupe des oignons, les larmes coulent abondamment, je ne crois pas que les oignons y soient pour grand chose. Il me suffit de songer à la souffrance de ces gens qui tremblent de peur, de ces enfants qui font des cauchemars sur le sort que les adultes leur réservent, ces adultes qui ne leur ont dessiné qu’un avenir tissé  de mort et de menace.

Tout dirigeant qui n’est pas capable d’offrir la paix à son peuple est un mauvais dirigeant et de rappeler que : "Tuer un homme ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme."

 Un appel humaniste, contre la haine et contre la violence. Soyez nombreux à y répondre ! 

"Israelien  and Palestinien we love you !  We care for you !" - Répétez- le, ils en ont tant besoin .

 

Lire la suite

01:42 | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | |

16/11/2012

From Carouge with love

get_attachment-2.php.jpegMon invitée Iris Mizrahi, Carougeoise

Carouge, le jour. Les vitrines de la cité sarde se parent de leurs plus beaux atours en rivalisant d'appâts gourmands. Les bourses des passants sans soucis se délient, les cafés s'emplissent de palabres feutrés, certains diront même que l'atmosphère s'embourgeoise. Mais en son cœur, Carouge recèle encore des espaces encombrés et un peu poussiéreux, sur lesquels le temps, la mode, les frivolités n'ont aucune prise, des lieux où les métiers se pratiquent, les mains travaillent, les objets vivent. Rue St-Joseph, une vitrine interpelle. Une table en frêne côtoie une rarissime commode à micro tiroirs. Des milliers d'outils, de planches, de clous, de rabots, de pots de peinture et de teintes témoignent d'une activité incessante depuis des décennies. Dans l'air, des particules de bois s'agitent lorsqu'apparaît l'artisan, "l'ébéniste", celui qui répare les failles du temps et les dégâts des hommes sur les meubles auxquels on tient.
 
 
 
 
 

get_attachment-1.php.jpeg

get_attachment.php.jpeg

 
Jacques Travagli
Restauration de meubles
13, rue St-Joseph
 
 
Texte et photos Iris Mizrahi Carougeoise
 
 
 

10:55 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

13/11/2012

Carouge se découvre

get_attachment.jpgCarouge, la nuit,  ressemble à ces paysages de contes de  fées. Ombres et lumières jouent à cache-cache. Une atmosphère magique qui se révèle en déambulant entre ses anciennes façades, ses portes en bois avec leur heurtoir richement décoré,  ses volets ajourés qui nous invitent à percer les secrets de quelques vieilles maisons.
 
Une fin de règne empreinte de nostalgie où le temps a suspendu son vol;  la vie se concentre à l'intérieur des  cours dans lesquelles  des jardins discrets invitent à quelques rêveries sardes.  Dans les plis et replis intimes des souvenirs d'antan résonnent les vers des joutes poétiques qui enluminent la place  de mille et une rimes.
Une cité drapée dans ses ambitions   d'autrefois,  où Genève était traitée en vieille matrone au visage sévère et impénétrable;  voisine acariâtre, rigide et pudibonde pour faire vibrer à  ses portes la joie de vivre, la musique, la danse et l'amour. A cette fête éternelle s'invita la tolérance; Juifs, Catholiques et quelques réfugiés protestants se donnèrent la main pour une ronde fraternelle.  La  gaieté s'y érigeait en  barrière contre le joug du Consistoire qui "frottait" méchamment les bons vivants férus de joyeuses ripailles.
 
A ces mystères d'un autre temps,  s'ajoutent des architectures de courbes et d'ondulations, de formes vrillantes, de réverbères qui surveillent le sommeil des justes, tandis que les fontaines   racontent une histoire sans fin,  en un bruissement continu.
 
Carouge, la magnifique ! 

get_attachment.jpg

get_attachment.jpg

get_attachment.jpg

 

get_attachment.jpg


 

Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

22:36 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

11/11/2012

Le Tampon « J » ou l’histoire d’une amnésie

2592315654.jpgSarah Weiss se tient devant moi, droite et fière. Les épaules légèrement voûtées par les ans. Pour ce grand rendez-vous avec sa mémoire qu’elle veut représenter dignement, elle s’est rendue chez le coiffeur comme si elle allait poser pour la postérité.  Du haut de ses 95 ans, les vaguelettes  de mèches aux fils d’argent lui donnent  un air de presque jeune fille avec ce quelque chose dans le regard qui mêle l’intelligence vive à la tristesse la plus profonde.

Dans ses yeux pers perdus dans un doux visage rond au menton gracieux et légèrement bombé qui dénote  une belle énergie, voire une forme de résistance subtile ;  luit une ombre étrange, une marque que  rien, ni personne n’est parvenue à  effacer. Dans le fond de ses grands yeux, une ombre fantomatique qui semble avoir plané sur toute sa vie ; une trace indélébile qui a pesé sur la mémoire, torturé l’âme,  une empreinte profonde faite de meurtrissure et d’humiliation  en forme de " Tampon  J ."

 

De ses minuscules mains aux belles flétrissures qui racontent la vie qui a passé ; de ses petites menottes tremblotantes à moitié recouvertes de la fine dentelle d’une blouse en soie couleur améthyste pourpre, elle me tend, sans mot dire, l’objet témoignant de la façon la plus cruelle par lui-même,  un document portant pour titre « autorisation de séjour, d’établissement ou de tolérance » et datant de  1937,  établi par la Canton de Vaud avec,  en grand,  posé d’une main rageuse et autoritaire un « J » qui s’impose ; en avant , de façon visible, et même, il faut l’avouer sans détour, on ne voit plus que ça. L’âge, la date de naissance, le lieu de naissance n’ont aucune importance. Ceux qui ont imposé la présence de ce tampon ne voulaient   rien d’autre que savoir juste et uniquement s’ils avaient affaire à des Juifs ou pas, réfugiés d’Allemagne. Tout le reste, c’est-à-dire tout ce qui pouvait être susceptible de leur rappeler une quelconque forme d’humanité, les laissait parfaitement indifférents.

 

Sarah Weiss avait alors 20 ans, en traversant la frontière suisse  avec ses parents, elle rêvait d’une vie nouvelle qui commençerait, une vie où on oublierait, les monstruosités, les menaces constantes. Etre enfin dans un pays libre où il ferait bon vivre.  Ses espoirs furent de courte durée, elle réalisa très vite que la haine ne connaissait  pas de frontière.

Un pays où un certain Heinrich Rothmund, chef de la police des étrangers, en 1941 martelait sans relâche : «Entre autres tâches, je combats aussi  l'enjuivement de la Suisse depuis plus de 20 ans avec la police des étrangers et j'ai empoigné avec une particulière énergie le problème des émigrés juifs d'Allemagne».[1].

 Un long silence implicite, plus fort que les mots,  plane dans le petit salon où nous nous trouvons. Seul, le tintement de nos cuillères,  pour meubler le calme soudain tombé comme  une brume épaisse,  sur nous, tournent inlassablement dans les tasses à thé en porcelaine et tintinnabulent pour rappeler que malgré ce souvenir odieux, qui ne donne qu’une envie,  celle de mourir et d’oublier, la vie est encore là.

Sarah soupire profondément espérant, une fois encore,  tenter de chasser cette oppression qui l’a étreinte toute sa vie, de s’en libérer pour toujours.

 Elle n’avait jamais, jusqu’alors  osé montrer le tampon. Comprenez-moi ! me dit-elle avec cet accent qui lui est resté en héritage ;  en  léger roulement de billes cristallines qui s’entrechoqueraient délicatement : « il n’est pas bon de montrer à ses enfants et ses petits-enfants la façon dont on a été humilié, un jour. Ce n’est pas bon pour leur propre construction, vous comprenez, n’est-ce pas ?  Alors je l’ai caché jusqu’à présent. Mais il ne m’a jamais quittée. Les stigmates sont profondéments ancrées, le « J » m’a poursuivie chaque jour de ma vie. « 

 Je lui rappelle que la Suisse s’est excusée, le 7 mai 1995 par le biais de son président Kaspar Williger. Mes propos tombent pareils à des insanités. La petite dame est secouée par des rires qui tiennent plus de la nervosité que de la joie. « Il aurait mieux fait de s’abstenir, parce qu’il a carrément manipulé l’histoire, c’était encore pire que s’il n’avait rien dit ».  Il fait croire qu’en 1938 les Allemands exigèrent  la présence du tampon sur les passeports alors qu’en 1937, les Suisses l’apposaient déjà et que ce sont eux , en réalité, qui  demandèrent  aux Allemands d’en faire de même pour pouvoir identifier et sélectionner les bons réfugiés des mauvais,  à la frontière. Et c’est bien dans ce sens que les Allemands ont fait une concession aux Suisses et non  l’inverse, comme ils tentent  de nous en convaincre, jusqu’à maintenant.

Un long rire douloureux secoue la dame, et elle suffoque en toussotant tout  en secouant la main comme pour dire mais cessez donc de dire n’importe quoi : « il aurait mieux fait  de se taire ou alors de s’excuser pour de vrai. »

 Elle me chuchote dans l’oreille en guise de conclusion : » Ceci me fait du bien de vous l’avoir montré, j’ai l’impression de témoigner de quelque chose d’important pour les générations futures. Merci, mon petit, il ne faut jamais oublier l’histoire, c’est à partir d’elle que découle  la suite, il faut donc en reconnaître les fondations pour ne pas construire sur du sable ou créer des mythes mensongers à partir desquels on bâtit des mirages évanescents. »

 

 [1] «Suisse 1900 -1942. Un essai sur le racisme d'Etat», Anne Weill-Lévy, KarI Grünberg, Joelle Isler, Editions CORA, collection «Des noms. Des faits. Des dates», 1999, Lausanne.

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

 

22:53 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

06/11/2012

Au lit ! sous les ponts, à Genève

 

rom-sous-les-ponts-geneve-2.jpg

 

Sous les ponts, sur les chemins de l’errance, j’ai déposé le ballot de ma vie. Si légère !

Au milieu des visages las, parmi la rutilance des panses éclatantes, ma faim accrochée à mes lèvres, a réussi, encore une fois,  à me faire sourire. Un sourire pour cette liberté de ne rien posséder, juste un matelas sous un pont pour tracer mon passage dans cette ville désabusée, où la seule joie mauvaise est de s’acharner sur ma vie si légère, si légère qu’on en devient jaloux !

Bonne nuit ! Faites de beaux rêves, comme les miens sur les chemins croisés des destins contrariés .

Lacio Drom 


Un grand merci à Eric


Eric Roset, Photographe RP
9 rue Guillaume de Marcossay
Case Postale 9
CH - 1211 Genève 4
Tél. : +41 79 273 81 72

http://www.eric-roset.ch

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch

23:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

03/11/2012

Jeunes, ivres et violeurs

 Le-Binge-drinking-la-menace-des-jeunes_mode_une.jpgIl a 15 ans, il titube dans le salon,  se heurte à tous les meubles, finalement, il vomit, s’étale dans la salle de bains et laisse une longue traînée derrière lui, d’un rouge épais, celui qu’il a bu, avec tous les autres alcools plus forts mélangés à de la bière. Plus tard, presqu’à l’aube alors que tous sont affalés, un peu partout,  dans  la maison;  deux autres jeunes à peine âgés de 16 ans, violent une jeune fille, qui elle,  se trouve dans un quasi coma éthylique ; elle ne s’aperçoit de rien, tandis qu’une amie encore, un brin  lucide arrivera à témoigner de ce qu’elle a vu. C’était leur première expérience amoureuse, à tous trois : un viol !

Pourtant tout avait bien commencé, les parents de « Sébastien* » partaient en week-end, ils laissaient pour la première fois leur cadet organiser sa première grande soirée chez eux, pour son 16 ème anniversaire. Les jeunes ont « facebooké » durant une semaine pour la superbe partie qui s’annonçait. Chacun apporta quelque chose évoqué sur la  liste très fouillée : chips au paprika, chips nature, chips à l’ancienne et marshmallows. Par contre, pendant une semaine, ils se sont mis à préparer en douce , la réserve d’alcool pour s’éclater la tête et "binger" un max, cachant les bouteilles  dans la cave d’un pote en vue de la « big soirée. »

Quant aux parents, ils quittèrent des adolescents joyeux  pour trouver des violeurs,  à leur retour.

Un phénomène de société qui se répand. L’alcoolisme qui frappe de plus en plus les jeunes qui ne conçoivent plus une soirée sans se bourrer, avec toutes les dérives de ces comportements à risque.

Des jeunes surincités sur les réseaux sociaux, exposés régulièrement à de la pub qui vient  se glisser entre leurs commentaires, ou des invitations sur des sites de rencontres jamais très loin de ceux de la pornographie et qui les exposent à des  images avilissantes qui finissent par leur faire penser que ces comportements « normaux » sont à  adopter comme modèles de référence. A leur tour, ils balancent sur la toile leurs "performances" dont la dernière née, "friend vomiting" qui les mène, ivres,  jusqu'à vomir dans la bouche de l'autre pour lui montrer combien on l'aime, le tout "smartphoné" et envoyé sur facebook. La chute est longue et infinie, profondément abyssale  !

Des parents largués face à cette émergence des nouvelles technologies, et des connections hors contrôle sur les réseaux sociaux qui modifient considérablement les comportements des uns et des autres et qui constatent  que leurs enfants grandissent de plus en plus vite , tout en se sentant démunis face à un changement trop immédiat et radical. Une transformation  des moeurs induit par une société de surinformation et d'incitation à la surconsommation où tout devient consommable : l'alcool, le sexe, les médicaments, les personnes,  etc...

Quelles solutions face à ces dérives ? Une meilleure conscientisation des risques, un plus grand contrôle sur facebook et autres réseaux  sur lesquels il devrait y avoir au lieu de la publicité des messages de prévention en lien avec le harcèlement, entre autres qui commence à faire son lot de suicides et sur les méfaits de l’alcool pris à trop haute dose, à un âge toujours plus jeune. Des campagnes de prévention calqués  sur d'autres exemples européens;  Irlande, Grande-Bretagne qui ont quelques années d'avance, sur d'autres pays en matière de prévention de l'alcool chez les jeunes.     

Une société certainement en perte de repères qui fait le lit de toutes les dérives et de tous les extrémismes. Une société sans doute où il est nécessaire de perpétuer coûte que coûte le  dialogue avec nos enfants à  qui il faut peindre sans cesse les dangers, leur  expliquer, les prévenir  et surtout leur enseigner les valeurs et le respect des autres, à commencer par eux-mêmes.

Le rôle des parents est sans doute plus complexe face à des  jeunes toujours plus exposés. Nous devons tous prendre nos responsabilités de parents et d'adultes face à ces manifestations d'un genre nouveau qui révèlent un mal-être croissant chez nos adolescents. Perte évidente de repères, mais les adultes ont-ils un projet de société à leur proposer  ? La racine du mal est peut-être là, nous ne savons plus quel modèle leur proposer dans un monde où nous-mêmes, avons  de plus en plus de difficulté  à savoir, vers quoi on se dirige.   

Nous avons toutefois  le devoir de continuer à préserver nos jeunes contre les dangers émergents et souvent contre eux-mêmes.  Il est temps de s'attaquer à de véritables solutions, car le temps court et les victimes sont toujours plus nombreuses.  Il est temps d'en faire un débat de société !

 

*Prénom fictif pour un scénario presque vrai

 

Exemples de campagne de prévention contre le Binge Drinking (boire un maximum d'alcool en un minimum de temps ) . Les pays comme l'Irlande et le Royaume-Uni frappés de plein fouet par ce phénomène ont mené des campagnes choc, avec des films assez trash. Les filles sont autant concernées que les garçons et les chercheurs ont observé que le Binge Drinking fait des ravages sur le cerveau des adolescents. La Suisse rejoint le peloton des pays touchés par ce fléau qui vise des jeunes toujours plus jeunes.

La prévention passe aussi par une forte communication visuelle qui touche directement le public-cible. Un film réalisé par des jeunes et qui tournera sur les réseaux sociaux, relayé par les jeunes eux-mêmes. A proposer, un concours du meilleur clip auprès des écoles d'Arts Visuels, entre autres,  réalisé par des  étudiants. Ensuite le faire tourner dans les écoles et le faire commenter par les jeunes dès 15 ans. 

Campagne menée par la Ville de Paris et réalisée par des jeunes lors d'une mise au concours du meilleur film : "Boire, c'est le cauchemar"

 

images-2.jpeg

 

anti-binge-drinking-ad.jpg

 

binge-drinking-campus.png

 

 

ET ENFIN LES AFFICHES DE LA CAMPAGNE GENEVOISE 

29 octobre - 12 décembre 2012 - Programme de prévention de l'usage abusif d'alcool dans les établissements du post-obligatoire

 

binge drinking

binge drinking

binge drinking


Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch


09:58 | Tags : binge drinking | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

01/11/2012

Le Corbusier- Lumière et cristal

get_attachment-1.php.jpeg

Tout a quasiment été dit ou écrit sur Charles-Edouard Jeanneret , dit Le Corbusier, nom d’un de ses lointains ancêtres qu’il adoptera en 1920.  Une vie intense, pleine, aux facettes multiples. Génial dans tout ce qu’il entreprend, le graveur, né à la Chaux-de Fond,  débutera  sa carrière parisienne en gravant des montagnes suisses sur les horloges. Puis, le dessin le prédestinera à l’architecture, il sera  reconnu par ses pairs comme un des plus grands architectes du monde, cet exceptionnel autodictate.  Un magicien qui paraît tenir une baguette magique, tout ce qu'il touche se transforme en oeuvre d'art. Peintre, écrivain, poète, dessinateur, designer, les Muses l'ont doué pluriel.  

En me remémorant l’exposition du Musée Rath : "Le Corbusier et la Synthèse des Arts », je me souviens avoir été frappée par sa collection de cristaux, puis finalement, l’évidence s’est imposée. Cette transparence, cette luminosité semblaient être la quête d'une vie. Cet homme qui «  s’imposait une discipline de fer, vivant comme un moine, heureux , habitué au silence, au travail intérieur. ». Il se polissait de l'intérieur, effaçant toute trace, toute impureté, retouchant sans cesse pour chasser   rugosité et aspérité;  un interminable labeur qui façonnait les valeurs profondes, qui aplanissait toutes les saillies pour offrir un bijou étincelant de lumière, ses oeuvres reflétaient cet acharnement sur soi ,  cette soif de transcendance.

Un artiste qui a aussi connu une longue période d’échecs, entre 1937 et 1950 où tout ce qu’il entreprenait semblait ne jamais aboutir, essuyant refus sur  refus pour tous ses projets.

Mais tout au long de cette vie, on perçoit une constance;  un modèle récurrent, la fascination pour la transparence,  hymne à la lumière.

Cette translucidité qui sera la force libératoire de l’individu planté dans un environnement constitué  d’espace et de lumière. Un être inondé de lumière, parce qu’il est nécessaire de bâtir dans le soleil,  fournir du silence, dans un cadre de verdure. Construire « une œuvre architecturale magistrale, faite de rigueur, de grandeur, de noblesse, de sourire et d’élégance. ». L’individu peut enfin accéder à l’infiniment pur, les espaces solaires sont libérés pour lui offrir une voie vers l’éblouissement et la transparence.

Le graveur-architecte, en réalité, continue, éclat, par éclat à ciseler et polir, dorénavant  du cristal, offrande de pureté et de splendeur, pour faire entrer le soleil dans la maison et dans le cœur des gens .  La maison de l’homme , dépasse le cadre de ses murs et de ses fenêtres.  Le Corbusier ne propose  pas moins que l’infini,  à travers,  la pureté du cristal. Il le dit, lui-même,  « l’architecture c’est une tournure d’esprit et non un métier ». C’est une quête, un dépassement. Et nous avons renoncé à construire des palais, voilà un signe des temps, se plaint-il.  

L’artiste doit oser et vouloir créer, mais surtout vouloir se surpasser et se transformer pareils aux prismes du cristal qui rayonnent d’une lumière légèrement différente mais toujours éclatante selon l’angle par lesquels on les observe. Chaque éclat est travaillé dans " un duel terrible entre l’artiste et son art ; une bataille terrible, intense, sans pitié, sans témoins ; un duel entre l’artiste et lui-même." Le simple est un choix, une cristallisation ayant pour objet la pureté même

La recherche de l’harmonie est la plus belle passion humaine, et sa quête de  pureté cristalline, assurément son plus grand combat. .

 get_attachment-1.php.jpeg

 

Le 27 août 1965, alors, âgé de soixante-dix huit  ans, Le Corbusier meurt à Cap Martin au cours d'une baignade dans la Méditerranée. C’est là, dans la lumière et la transparence cristalline de l’eau que son long voyage a pris soudainement fin.  Une mort à l’image de la quête de toute une vie : transparence et pureté.

 

 

 

 

 

 

 

Falaise d'où le Corbusier aimait plonger à Roquebrune

 

get_attachment-2.php.jpeg

 

Vue sur Monaco depuis le Sentier des Douaniers

get_attachment-3.php.jpeg

 

Un grand merci pour ces photos  à Bruno Toffano, la suite des photos  sur son blog Tribune de Genève

http://aphroditepixart.blog.tdg.ch/

 

Pour découvrir mon site  http://www.djemaachraiti.ch