06/09/2012

La saga des mots et de la pensée

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De retour de Chine en 1971, Ceaucescu lança sa propre Révolution culturelle et entre autres mots qu’il interdit aux camarades roumains furent l’utilisation des titres  : "Monsieur" et "Madame", jugés trop bourgeois par  le « Génie des Carpathes."

En Chine, depuis les Révolutions arabes, le mot « Jasmin » est censuré pour le cas où le nom de cette charmante fleur aux senteurs  enchanteresses exhalerait quelques parfums  de rébellion.

Nouveaux mots, mots censurés, l’Histoire nous a donnés tant d’exemples de ce langage manipulé au service d’une idéologie, d’une cause et qui vise le changement et la soumission de la pensée. 

S’attacher au langage pour toucher l’inconscient, soumettre de façon insidieuse une nouvelle représentation qui sert le politique. Pour Freud, le mot est par définition, une représentation, du reste il utilise indifféremment les deux désignations : mot (Wort) et représentation de mot (Wortvorstellung)

Pour Jacques Derrida, on déconstruit le langage pour reformuler une identité, on sépare le sujet et la signification, l'identité et sa représentation, le langage et la vérité. On recompose les signes et les identités, ce qui a pour but de participer à une déconstruction critique des usages culturels de la langue. Le langage est une appartenance à un groupe, il permet la sociabilité. L’exercice du pouvoir et le fait de communiquer réside dans le pouvoir des mots énoncés.

 Dès lors, la dictature se donne très rapidement les moyens de créer une « police des mots ». ne plus désigner correctement quelque chose induit le mensonge, la manipulation, on détourne un mot de son sens précis en vue de manipuler la pensée. Ne plus désigner, ne fait pas disparaître pour autant la chose répréhensible, elle vivra sous une autre forme, assurément dans l’inconscient , elle fleurira à l’ombre des interdits, un monstre que l'on verra réapparaître,  un jour, sous une forme inattendue. 

Confucius a su donner aux mots leur pleine valeur et a compris la nécessité de les rectifier pour faire cesser la violence qu’engendre l’ignorance. Pour le philosophe, perdre le sens des mots, c’est perdre sa liberté et qui ne connaît la valeur des mots ne saurait connaître les hommes.

 Derrière les mots, c’est bien la pensée qui se cache, le fil invisible entre les deux laisse croire que la pensée a besoin de mots pour s’exprimer et les mots, eux, l’enrichissent.

Heidegger considérait le langage comme la maison de l’être. Nous sommes à l’intérieur de notre langage, toucher à notre expression verbale touche notre pensée et laisser dépérir notre langage, le laisser manipuler, en détourner le sens revient à s’attaquer à cette pensée, donc in extenso à notre être .

 Par extension, transformer un mot sans revenir à sa représentation première n’a pas de sens. Pour exemple, le langage épicène a peu d’impact sur les représentations;  le mot masculin crée à l’origine, l’a été fait par des hommes et pour des hommes. Tenter de féminiser ce mot sans élaborer d’abord une approche de fond équivaut à donner des coups d’épée dans l’eau, il ne transforme en rien la pensée. En réalité, cette tentative désespérée tient plus du duel que du duo et reviendrait à enfiler une jupe à un homme et convaincre tout le monde que ce personnage étrange c'est un homme-femme. Derrière la jupe,  tout le monde voit l'homme, parce que le mot initial le désignait : LUI ! 

Dans le fond, ce sont les mots qu’il faudrait réinventer pour changer les représentations ancestrales. Des mots nouveaux pour des hommes et des femmes nouveaux auraient été plus adéquats. Un métagenre qui aurait plus de sens. 

Avez-vous remarqué que sur la bande droite de l'entrée du portail des  blogs de la  Tribune de Genève, aucune femme n'est citée ?  Et ce n'est pas par manque de mots, puisque la blogueuse est née en même temps que le blogueur. Les représentations ataviques et l'héritage ancestral quasi inconscient ont la dent dure et ce sont eux, aussi,  qu'il faut modifier et débarrasser  de leur vieille poussière. 

 

Lire l'article de Doris Lessing sur le Political Correctness

http://www.southerncrossreview.org/56/lessing-political-c...


Merci à Ioan de m'avoir envoyé ce lien 


 

 

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Commentaires

Eh oui, la passivité vis-à-vis des dérives, est la pire des complicités !!

Écrit par : Corto | 06/09/2012

Ceausescu en fait bien pire ... ceci n'est que la pointe de l'iceberg.
Et dire que ce fût un pauvre illettré analphabète ... et qu'avec la même attitude que pour la Syrie, Moscou l'avait installé sur le trône de la Roumanie.

Pas de chance ... le peuple roumain a du le supporter pendant presque 25 ans.

Écrit par : Victor Winteregg | 07/09/2012

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