08/08/2012

"Les paumés du Larzac" ou les douces utopies

478150_300-4.jpgA l'ombre des  platanes centenaires , sur la place du marché à Salernes, avec au fond de mon panier en osier, un tableau de  Giuseppe Arcimboldo;  une nature morte composée de fleurs de courgette et de basilic odorant. Tandis que mes mains moites,  par la chaleur d'un soleil  à son point culminant, se rafraîchissent collées au verre d'un "Perroquet" mélange anis-menthe. je me laisse lentement glisser dans une euphorie toute provençale bercée par le chant des cigales; jusqu'à ce qu'une scène m'extirpe de ma douce rêverie.

Une couple,  baba post soixante-huitard: elle les cheveux en broussaille retenus par une branche, une jupe brune, ample et longue   digne d'un personnage   à la  Pagnol dans la "Fille du Puisatier" ou "Honorine"en marchande non point de coquillages mais de rêves épars, ou à la Hugo et sa pauvre "Cosette". Son compagnon, à la coupe hésitante entre un Rasta et un Iroquois,  marche à grandes enjambées.  Tous deux suivis péniblement, par un enfant aux godillots trop grands, assurément ceux du père, sans lacets et qui béent au niveau de la cheville, la blessant légèrement, à chaque pas.  Les petites jambes fluettes du garçon de 6 ans sont infestées par des piqûres de moustique. Il n'y a pas un carré de peau sans points minuscules rouges. Ils doivent dormir à la belle étoile, à eux trois, on pourrait jouer aux osselets avec leurs os de chats faméliques. Ils arpentent le marché à la recherche d'un fruit, ou d'un légume tombé de l'étal d'un marchand distrait.  C'est cher payé l'utopie du back to the roots des "paumés du Larzac".

Au  Café des Négociants, je reconnais "Aigle blanc" ou "Chien vaillant" qui doit en être à son sixième pastagas, il a le visage rouge, le voici au fil des ans, transformé en Peau-Rouge par une couperose galopante, vivre au grand air y est pour un peu, et l'alcool pour beaucoup. Il est depuis plus de 30 ans habillé en Indien d'Amérique du Nord et chef de la petite communauté qui vit sous tipis dans la forêt d'Aups dans le Var. Je me souviens, il y a plusieurs années leur avoir rendus visite, vous pouviez découvrir leur façon de vivre en partageant la soupe au pistou contre  quelques  pièces sonnantes et trébuchantes. Une communauté d'une vingtaine de personnes, les célibataires vivaient seuls dans leur tipi en espérant découvrir l'âme soeur et déménager pour un plus grand deux-pièces sous toile , tandis que les familles vivaient dans une tente plus grande. La jeune femme habillée en " Pocahontas", le front  ceint d'un ruban, tirait d'une anse attachée  autour de sa cuisse, un couteau tranchant pour couper la salade. Ceci m'amusait énormément et je jurais à mes enfants que c'était mieux que le pavillon des Sioux de Disneyland en Floride.  Qu'au moins ceux que nous avions sous les yeux essayaient franchement de vivre comme des Indiens et pour de vrai, pas pour faire semblant.

Un architecte belge, riche héritier, avait renoncé à tout pour joindre cette nouvelle vie toute indienne.  A l'aide de boîtes d'allumettes vides, il fabriquait de petits immeubles, dernière nostalgie d'une autre vie. Les années passèrent, la plupart des hommes décrochaient des travaux de bûcheron et qui leur permettaient de subsister, grâce à cela,  eux et leur famille.

Puis,  l'âge et les joints accumulés ont fait que les mandats s'amenuisaient au fil du temps  et que cette joyeuse tribu d'utopistes a  fini profondément plongé dans le pastaga ou à l'assistance publique excédant par cela les politiciens de la région, de réaliser que  ces Indiens du Var étaient  plus paumés que ceux  d'une réserve américaine et tout aussi imbibés d'alcool.

Ah ! Les utopistes, pour qui je conserve, toutefois,  une certaine admiration. Ceux qui ont rêvé d'un monde meilleur, d'un retour à la nature, d'un partage des biens et des richesses. D'un tous égaux, unis dans nos forces cosmiques universelles et intemporelles. Malgré, un léger regard ironique, force est d'admettre que les utopies nous sont nécessaires, elles nous donnent l'espoir éternel d'un monde meilleur et si parfait. Douce nostalgie, d'un Paradis perdu, lorsque nous étions anges avant de devenir démons.

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Commentaires

Salut mon amie,

Ce que je pense de tout cela c'est que l'on ne peut pas créer la vie dans la mort, ni paradis dans l'enfer,ni le jour dans la nuit, ni changer l'inchangeable, ni réparer l’irréparable. Ceux qui pensent de pouvoir améliorer ce système sont ces utopistes mais c'est du temps perdu.
ce que nous pouvons faire c'est aller vers un nouveau monde, en tournant le dos à celui-ci avec ses incohérences sans jamais plus se retourner,
comme disait Bob Marley faut reconnaitre que nous tendons ver Babylone, nous sommes la Mésopotamie idolâtre qui a changé le paradis pour l'enfer par curiosité et il n'y a pas de retour, il y a seulement " le changement " . qui comporte l'abandon du vieux pour le mieux,un voyage qui ne permet d'amener des souvenirs, ....


Babylon System ( Bob Marley )
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We refuse to be
What you wanted us to be;
We are what we are:
That's the way (way) it's going to be. If you don't know!
You can't educate I
For no equal opportunity:
(Talkin' 'bout my freedom) Talkin' 'bout my freedom,
People freedom (freedom) and liberty!
Yeah, we've been trodding on the winepress much too long:
Rebel, rebel!
Yes, we've been trodding on the winepress much too long:
Rebel, rebel!

Babylon system is the vampire, yea! (vampire)
Suckin' the children day by day, yeah!
Me say: de Babylon system is the vampire, falling empire,
Suckin' the blood of the sufferers, yea-ea-ea-ea-e-ah!
Building church and university, wo-o-ooh, yeah! -
Deceiving the people continually, yea-ea!
Me say them graduatin' thieves and murderers;
Look out now: they suckin' the blood of the sufferers (sufferers).
Yea-ea-ea! (sufferers)

Tell the children the truth;
Tell the children the truth;
Tell the children the truth right now!
Come on and tell the children the truth;
Tell the children the truth;
Tell the children the truth;
Tell the children the truth;
Come on and tell the children the truth.

'Cause - 'cause we've been trodding on ya winepress much too long:
Rebel, rebel!
And we've been taken for granted much too long:
Rebel, rebel now!

(Trodding on the winepress) Trodding on the winepress (rebel):
got to rebel, y'all (rebel)!
We've been trodding on the winepress much too long - ye-e-ah! (rebel)
Yea-e-ah! (rebel) Yeah! Yeah!

From the very day we left the shores (trodding on the winepress)
Of our Father's land (rebel),
We've been trampled on (rebel),
Oh now! (we've been oppressed, yeah!) Lord, Lord, go to ...

[*Sleeve notes continue:
Now we know everything we got to rebel
Somebody got to pay for the work
We've done, rebel.]

Écrit par : luzia | 09/08/2012

Les Hitlériens, Maoïstes, Staliniens, Polpotiens étaient aussi des utopistes, rêver peut mener au bain de sang de millions d'individus.

Écrit par : robert | 09/08/2012

Cher Madame, anis et orgeat = mauresque et non perroquet...

Écrit par : Ivan Skyvol | 09/08/2012

Cher Madame, anis et orgeat = mauresque et non perroquet... A votre santé...

Écrit par : Ivan Skyvol | 09/08/2012

Ivan Skyvol - Exact, vous avez raison c'était bien un Perroquet mais avec anis-menthe , anis-orgeat c'est bien Mauresque, à votre santé et avec des glaçons, svp.

Écrit par : djemâa | 09/08/2012

Ce n'est pas tout de vivre extérieurement comme les Sioux, je crois qu'ils avaient aussi des notions de médecine et de chasse qui échappent assez à l'Occidental moyen.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/08/2012

Oui, Rémi, c'étaient en partie des animistes qui se ressourçaient et cherchaient la guérison auprès de notre Mère-Nature. Ils furent les premiers écologistes à comprendre que s'attaquer à notre terre, équivalait à fragiliser notre propre nature, que nous formions un tout indissociable. Notre environnement et nous = un, indivisible.
A travers ces quêtes de retour aux sources, ils y a une volonté de revenir à nos sources premières, celles qui nous maintiennent en vie. Sans doute, acte de survie !

Écrit par : djemâa | 11/08/2012

Oui, mais encore faut-il s'en donner les moyens, à mon avis, car la relation avec la nature n'est pas seulement un acte de foi, l'âme de la nature n'est pas un tout indifférencié, mais varie en un grand nombre de nuances, de couleurs, et la médecine (traditionnelle) est fondée précisément sur la connaissance précise de ces variations de "l'anima mundi". Car les plantes selon leur nature captent justement ces différentes forces, et c'est le lien entre l'animisme et la médecine appliquée chez les Amérindiens (mais aussi chez les Chinois). Or, en Occident, on rejette ce type de démarche, soit on est dans une foi dénuée de pensées claires, soit dans une raison attelée aux éléments chimiques. Il faut voir comment en France les médecines alternatives qui s'appuient sur une connaissance des facettes multiples de "l'anima mundi" sont traitées... Elles sont bien pourchassées.

Écrit par : Rémi Mogenet | 11/08/2012

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