22/07/2012

Les "Briks d'Isaac"

282651_243735582319376_4661267_n.jpgÇa court plus vite que le Petit Futé , le Guide du Routard ou Lonely Planet,  dans cette région de la planète où personne n'a le temps de se sentir lonely et où les nouvelles vont plus vite que le vent. « Ah ! Tu vas à Djerba, n'oublie pas de manger les "briks d'Isaac ».  Les briks d'Isaac,  c'est devenu une adresse, un quartier à lui tout seul depuis que la TV tunisienne a réalisé un reportage sur ses briks.

Arrivés le soir sur l'île, dans la nuit noire on cherche les « Briks d'Isaac », tantôt annoncées dans une caravane, puis dans un palais;  Isaac est décrit comme très gros, puis très maigre, long, court sur pied, on finit dans une ruelle de Hara Kbira, une des deux bourgades avec Hara Sghira entièrement juive, où toute la ruelle semble surfer sur la nouvelle réputation et où tout le monde semble s'affairer  à faire des briks.  Mais, si on désigne celui qu'on cherche on vous le montre  d'un signe de la tête. Presque tous portent la Kippa, à côté une boucherie casher, en face,  on s'affaire à cuire des croissants, ailleurs des brochettes de poulet. Dans ce seul quartier, on compte 11 synagogues.

 

Un petit local situé au rez d'une  villa, à un étage,  annonce l'endroit recherché et devant lequel, c'est la cohue. On y fait du coude à coude. Isaac gère son  succès avec un flegme tout  philosophe, il va lentement de la feuille de brik à la pomme de terre écrasée, de la pomme de terre à l'œuf et cela sans stress, il semble claudiquer légèrement. On  commande nos briks par dizaine pour être sûr d'en avoir assez et ne pas être obligés de refaire la queue. A côté de lui,  une enfant tient ce qui fait office de  caisse, une boîte de conserve dans laquelle on entend les pièces dorées tunisiennes tintinnabuler, Isaac garde les billets dans sa poche, de temps en temps, il jette furtivement un coup d'oeil sur  ce que l'enfant rend comme monnaie. Elle monte parfois, à l'étage, dans les appartements,  chercher les keftas à la cannelle et aux épices que sa mère prépare dans la cuisine, elle redescend les œufs par paquet de 50, puis remonte chercher des feuilles de brik (Malsouka) .

Tout en attendant mon tour, à rêvasser sereinement, assise sur les marches des  escaliers, j'observe l'enfant âgée entre  10 et 12 ans aux grands yeux velours brun en amande, tranquilles comme des lacs de montagne par un jour de printemps ensoleillé;  des pommettes un brin  saillantes, sa peau légèrement ambrée, elle a attaché ses cheveux d'un châtain très clair,  retenus en arrière,  ses os sont fins comme de la dentelle. Peu à peu, je réalise que j'ai devant moi assurément une beauté millénaire, quasi biblique. Les images défilent, le Temple de Salomon aux colonnes d'airain, sa destruction, une spirale de poussière qui désespère le ciel, puis les navires en bois de cèdre et de cyprès des Cohanim qui emportent  des reliques du Temple et qui sait, l'Arche de l'Alliance.  Gardiens de grands secrets, ils ont traversé les millénaires sans faillir à leur tâche, ne serait-ce qu'un seul jour. Et pour les consoler, une île de lumière et de beauté où les flamants roses s' extasient, chaque jour, à l'aube,  devant l'horizon. Une île devenue réceptacle des trésors du monde.

L'enfant me sort de ma longue rêverie pour m'annoncer que les briks sont prêtes, je perçois l'or de l'Ophir scintiller encore dans ses yeux.

La feuille croustillante et chaude s'effrite en mille sons de fracassement dans ma bouche,  j'imagine le temple broyé dans la gueule géante de Nabuchodonosor, le monstre sanguinaire.

Une belle occasion de rappeller que la Tunisie est une terre de culture et de civilisation, de traditions et de tolérance et que tout doit être mis en oeuvre pour protéger notre patrimoine ancestral.

 

 

 

 

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Commentaires

Vu comme ça, ça donne sacrément envie, surtout que j'ai un petit creu !

Mais, moi, n'étant pas un amateur de ce qui contient des oeufs, j'opterai pour le couscous poisson de Sous, un de ces miracle chaud que l'univers nous ait concocté, je ne sais pas et ne saurais jamaiss comment il est possible de marier la terre et la mer avec autant de hautes technologies ? Mais le résultat n'en est que plus croustillant, on ne parle plus d'épices, mais de subtiles fragrances transperçant les membranes célullaires de chaque nurone encore vaillant, comme une drogue pouvant créer une accoutumance, une de ces sensation ne vous quittant plus jamais, même après la mort !

En fait, je parle d'une vie antérieur !!!!

Écrit par : Corto | 22/07/2012

Il est vrai que la politique en Tunisie traine tellement loin derrière les plaisir de la vie et de la table, dans ce pays magique, lorsque vous célébrer un repas simple, c'est comme une transe mystique, rien ne pourra dépasser les saveurs de la cuisine dans un pareil pays !!!

Écrit par : Corto | 22/07/2012

Pour une "brick" - à l'oeuf s'entend... - nous voilà transportés...

Une brick biblique en somme! :)

Écrit par : Patoucha | 22/07/2012

J'ai comme l'impression d'en avoir gouté une ou deux ...d'ailleurs je suis sure que Isaac serait d'accord avec moi de penser que le monde fut construit briks par briks... :)

salutations à toi mon amie...

luzia

Écrit par : luzia | 23/07/2012

Le vrai nom, n'est-il pas "bourek" ???

Écrit par : Corto | 25/07/2012

Je sois m'excuser, mais le silence à peine déguisé par les censures maladives du système TDG, font qu'un lourd silence plane sur la Syrie et ses horreurs enfuies.

Bien à vous de revenir sur terre

Écrit par : Corto | 25/07/2012

Je voue recommande aussi les boulettes ainsi que la soupe de fèves!!!
Nabil

Écrit par : Nabil BOUABID | 04/06/2014

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