17/07/2012

Le « Tanit », un désordre tout "Titanic"

Tanit-3.jpgMarseille,  lundi 16 juillet. Le voyage en bateau redonne assurément le goût du voyage, c'est un autre rythme, un retour paisible au « slow voyage » tout aussi bienvenu que le "slow food" ,  art de vivre qui redonne du temps au temps.

Montés la veille, au port de la Goulette,  dans le nouveau ferry tunisien - le plus grand de la Méditerranée, projet pharaonique commandé sous l'ère Ben Ali et dont le  nom  « Tanit » est emprunté à une déesse d'origine berbère et reprise par les Phéniciens - les voyageurs ont eu la grande surprise de ne pas avoir de passerelle d'embarquement pour les piétons afin de  monter dans ce véritable immeuble flottant de 11 étages. Il leur a fallu rentrer par les câles qui accueillent les voitures. L'explication serait due au fait que les passerelles ne sont pas prêtes et qu'il fallait rentabiliser très vite le ferry,  donc mis à l'eau sans autre. Un peu ironique, je dis  au policier à qui je tends,  entre autres passeports, un passeport rouge à croix blanche que : » Inch'Allah avec l'argent de Ben Ali, on pourra l'avoir la passerelle. » Il me rend  le passeport avec un regard glacial : »On ne le reverra jamais plus cet argent ! ». Un passeport japonais est refusé bien que le Pont de Radès ait été construit par des Japonais, je souffle à la personne : »dis-lui que tu es  venue pour un contrôle technique du pont » ;  éclats de rire, elle tend un deuxième  passeport. Un autre employé qui a suivi le cours comment répondre toujours positivement aux passagers m'a assurée qu'en Algérie, il y a une passerelle adaptée. Le doute me submerge aussitôt et de m'enquérir : « mais ce ferry ne va pas en Algérie,  mais à Marseille, n'est-ce pas ?  » Heureux de mettre en pratique le cours, il opine de la tête et répond par l'affirmative appliquant le « Toujours répondre positivement .»

A Marseille du reste, idem. Pas de passerelle de débarquement piétons, non plus.  Sous le regard goguenard et moqueur des employés du "Port Maghreb" si on peut appeler cela un port;  les passagers sortent péniblement, après avoir transporté leurs bagages,  jusqu'au fond des câles,   soulevé,  s'aidant tant bien que mal les uns les autres,   leurs bagages par dessus l'alignement de capots de voitures.  Un propriétaire d'une BMW se transforme même en portefaix afin d'éviter qu'on lui érafle la carrosserie de sa voiture flambant neuve. Nous partons ensuite  par la  sortie véhicules, sous un soleil de plomb. Un vieux monsieur épuisé resserre les ficelles de ses sacs Tati accrochés aux valises. Un contrôleur me lance qu'on ferait mieux de voyager avec le « Méditerranée » le ferry français au lieu de voyager avec ce ferry africain qui est même trop grand pour le port de Marseille , je rectifie Coréen : »on s'en fout, il vient d'Afrique »aboie-t-il un brin FN , je le regarde traiter les gens comme du bétail avec un incroyable mépris.

Il est vrai  que le Tanit a de quoi impressionner;  il mesure 212 m de long et 30 m de large, sa capacité d'accueil est de 3200 passagers (2400 lits et 800 fauteuils confort) et de 1060 véhicules. Difficile pour le personnel de gérer, il faut attendre environ trois heures pour accéder à nos cabines qui ne sont pas encore nettoyées du passage précédent. 10 bras ballants pour un exécutant, chacun veut être le chef de l'autre et tous ceux s'estiment être les supérieurs hiérarchique de la seule et unique pauvre réceptionniste qui fait face à des centaines de passagers excédés. Finalement, tout le monde prend place dans les cabines réservées :  bon restaurant, self-service efficace et bon marché,  un joueur de luth et chanteur de musique malouf parvient à faire chanter quasiment tout le monde en choeur. Les cabines sont confortables. Un free shop tout coréen :  cigarettes, Calvin Klein et Toblerone,  quelques produits tunisiens, pas assez au goût des voyageurs qui auraient préféré acheter des dattes ou de l'huile d'olive.

Quelques jours après sa mise en service,un passager s'est jeté à la mer au large de Sidi Bou Saïd , heureusement il sera repêché par les gardes-côtes et emmené à l'hôpital, un geste malheureux qui entraînera un retard de 4 heures, mais même sans suicidés le retard se situe souvent entre  4 et 6 heures. Cette fois-ci le retard de 6h30 est aussi dû à  des vents forts qui ont entraîné un changement d'itinéraire.

A Marseille, les paroles des chansons arabes diffusées dans tout le ferry lors du trajet, maintenant silencieux, trottent encore dans les têtes :  « Oh !  dans tes yeux , je me suis noyé, noyé !!!! »  tandis que nous attendons indéfiniment que les immenses  passerelles vertes de débarquement des voitures soient baissées.  Une femme soupire : »Walla bel Hak, on leur a donné le mode d'emploi en coréen ! »

Le désordre est une véritable source de créativité; pour le  prochain voyage, je m'inscris à nouveau pour une traversée sur  le "Tanit",  la passerelle adaptée sera sans doute prête : Inch'Allah !

 

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Commentaires

"Une femme soupire : »Walla bel Hak, on leur a donné le mode d'emploi en coréen ! »

MDR MDRRRRRRRRRR EXCELLENT! Un humour décapant!

Genève devrait emprunter ce "Tanit/Tanic..." LOL pour la Traversée de la rade... en rade :)

Écrit par : Patoucha | 22/07/2012

Je suis directeur d'une société française qui envoie régulièrement des techniciens en Tunisie. Dernièrement mes collaborateurs ont effectué plusieurs voyages sur le Tanit. Ils m'on relaté divers incidents à chacun de leurs voyages. Je me suis donc joint à l'un d'eux afin d'effectuer la traversée du 5 novembre dernier de Genes à tunis et le retour au 11 novembre. Mon constat est le suivant : retard à l'aller de plus de cinq heures, et au retour de plus de huit heures. Aucunes information sur le retard ni d'excuse présentée par la CTN. Etat de l'intérieur du bateau qui laisse pressentir que ce bateau vieillira très mal. service et acceuil lamentable. Restaurants fermées lors de la traversée l'après midi. Boutiques fermées lors des horaires d'ouverture annonçés. Nous avons demandé à voire le commissaire de bord afin de s'entretenir avec lui. Il fut toujours introuvable. Ce bateau ne mérite pas la publicité que l'on lui a fait et leurs dires ne sont fait que pour tromper le client. je reprendrai donc les voyages de mes collaborateurs à 100% sur la compagnie SNCM. La CTN ne mérite pas de travailler et à perdu ma confiance..... Pour un pays qui a besoin de se relever, la CTN n'est vraiment pas un bon représentant...
quand aux restaurants qui vous affichent des plats suculents à la porte, ne vous y tromper pas, ils ne sont servi à l'intérieur; Seulement un piteux choix digne de nos restaurants d'autoroute....

Écrit par : LACOSTE | 14/11/2012

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