24/06/2012

Saint François d'Assise au chevet des entreprises

saint_10.jpgAu XII ème  siècle, Saint François d'Assise avait déjà des problèmes avec l'accumulation des biens.  Issu d'une famille riche - le père commercant prospère dans la vente de tissus - il renoncera après quelques années de « Dolce Vita »  aux joies éphémères de la possession pour transformer sa vie et lui donner un sens.  Cette quête lui fera préféer  la pauvreté à la richesse, pour celui né dans le brocard de soie et d'étoffes les plus précieuses, il  portera désormais le vêtement du pauvre de son époque : une simple tunique avec une corde comme ceinture.

Solidaire avec les pauvres, les marginalisés. Il n'aura de  cesse de dénoncer les injustices. Il a compris que l'appropriation entre les mains de quelqu'uns fragilise un maximum de gens et les rends si vulnérables.

Quel lien me direz-vous entre Saint François d'Assise et les entreprises du XXI ème siècle ? Il porte pour nom le Père Nicolas Buttet , Fondateur et Modérateur de la Fraternité Eucharistein qui constate que le XXI ème siècle  fabrique aussi ses pauvres, que le monde du travail est devenu un lieu d'appauvrissement, de souffrance et de maltraitance.

Face à ce constat, il faut du courage, du courage prophétique;  les idées existent pour un monde meilleur, mais maintenant c'est  de la folie qu'il faut pour les appliquer,  pour aller à contre-courant ;  dénoncer une dérive de plus en plus frappante d'un système économique qui montre ses limites et trop souvent les dents.

Sortir des sentiers battus, arrêter de croire que l'on va continuer à colmater en surface via des processus, des audits, un système alors que ce sont les fondations mêmes qu'il faut revoir. Et pour cela, il est nécessaire de resituer l'humain au centre, de faire appel aux valeurs.  La responsabilité personnelle, l'émergence de la compassion, la vulnérabilité doivent avoir leur place dans une société qui ne cesse de se crisper. Tous les signes sont là : la crise financière qui attaque l'économie réelle, l'augmentation de la faim dans le monde.

On juge un système économique, une démocratie à la façon dont les vulnérables sont traités. Le questionnement sociétal doit prendre toute sa place. « L'impératif catégorique Métanoïaque »  est indispensable .  La conversion doit avoir lieu, le changement d'intelligence doit se faire, une nouvelle façon d'appréhender un monde en évolution,  on ne peut plus y échapper. Chacun, chacun est interpellé dans cette nécessité du changement. L'émergence et la complexification  de la globalisation amène à penser à la responsabilité personnelle . Le visage de l'autre m'engage éthiquement, l'autre m'engage (Levinas).

Aujourd'hui, le plus tragique est l'absence de courage, les valeureux manquent à l'appel pour nous aider à appréhender ce monde  qui nous change inexorablement et pas pour le meilleur alors que c'est nous qui devrions le changer.  La nécessité de réfléchir sur la place de l'homme dans notre système économique.

Remettre l'humain au centre et être animé par le sens de la justice . Il est de temps de rebondir et de se ressaisir, c'est notre responsabilité sociale et personnelle au nom du Bien Commun.

 

 

*Interview en marge du Zermatt Summit avec le Père Nicolas Buttet Membre du conseil de Fondation Zermatt Summit et Modérateur de la Fraternité Eucharistein ainsi que l'Institut Européen Philanthropos. Avant d'être ordonné prêtre dans l'Eglise catholique romaine, Nicolas Buttet était largement impliqué dans la politique fédérale suisse. Il défend aujourd'hui d'appuyer une réflexion anthropologique sur la place de l'homme dans notre système économique.

 

 

 

 

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Commentaires

La vie de saint François d'Assise fait remarquablement écho à celle de Gautama Bouddha. Sinon, vous dites vrai, mais malheureusement, cela fait plusieurs siècles, qu'on parle de cette façon. L'économie en outre est-elle réellement un système? Peut-être pas plus que la nature. La politique elle crée des systèmes permettant de garantir les droits de chacun au sein de la vie économique. Mais dire que l'économie est un système créé par l'intelligence peut laisser croire qu'il suffit de changer d'idée pour changer de mode de fonctionnement. Or, en elle-même, l'économie répond à des principes, qui ne sont pas d'ailleurs forcément ceux qu'on croit, mais qui n'en sont pas moins généraux et indépendants de la volonté humaine. L'Etat peut garantir les droits et créer des limites à l'activité économique en relation avec ces droits à garantir, mais il ne peut pas réellement la contrôler, je ne pense pas.

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/06/2012


Tout d'abord félicitations pour votre note, à la fois limpides et enrichissantes. Sans critiquer, j'attends d'en lire plus. Simplement un moyen de souligner que je suis empressé de lire la suite

Écrit par : faire part naissance fille | 29/06/2012

j'envoie ce lien sur Tumblr car c'est franchement un site web étonnant

Écrit par : assurance auto | 29/08/2012

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