03/06/2012

Merck Serono : la sclérose en vrac d'un management et quelles perspectives futures pour Genève

interferon.jpgChangement de stratégie incohérent, élimination de produits en cours de développement.  Trop craintifs, pas assez l'esprit d'entreprise. La liste des incompétences du management est longue selon un chercheur pour qui depuis Serono, avec son Rebif  contre la sclérose en plaque et l'hormone de croissance (Saizen) ,  Merck n'a pas développé grand-chose. Tous les deux ans, on voyait un changement de stratégie alors que la recherche exige patience et endurance. Pour exemple, Merck Serono s'était orienté vers la dermatologie, avait engagé des experts puis décide de renoncer,  lesdits experts sont ensuite réorientés dans un domaine pour lequel ils sont moins compétents. Du côté des managers c'est un turn over sans fin ;  l'équipe initiale,  des grandes têtes de Serono, découragées par une bureaucratie trop lourde  partent et quittent un bateau qu'ils pressentent déjà instable.

Toutes les recherches en  neurologie telles que maladie d'Alzheimer,  Parkinson, sont stoppées alors qu'il aurait fallu, bien au contraire,  développer.  Un domaine phare comme l'immunologie (traitement des maladies auto-immunes et inflammatoires), expertise des anciens laboratoires de recherche de Glaxo,  alors repris par Serono, est malmené. Les experts partent , à leur tour pour d'autres grands laboratoires vers d'autres pays. Le laboratoire immunologie  devient labo de rhumatologie, deux ans plus tard, la direction de la firme allemande  change,  à nouveau d'avis,  pour revenir à nouveau à l'immunologie. Mais il est difficile de faire revenir les experts, véritable hémorragie des cerveaux et dorénavant, il est  impossible  alors de recruter des chercheurs de haut niveau. La mauvaise réputation de MS  a bien fait le tour des laboratoires, les gens de talent s'abstiennent.

Et ceux qui restent,  travaillent dans des conditions toujours plus stressantes avec toujours moins de moyens. Achat de brevets non réalisés. Outils manquants.  De mauvais choix sont effectués sur des molécules acquises à l'extérieur, des  fonds de tiroirs, mais bon marché, tandis que des start-up obtiennent de meilleurs résultats.  Et quand un produit est finalement développé, il est mal commercialisé, les économies de bouts de ficelle engendrent des pertes immenses.

Cladribine, une molécule mal développée, est refusée par les autorités sanitaires en Europe et aux USA, certaines études n'ont pas été faites et cela pour gagner du temps. Acceptée sur le marché en Russie et en Australie, elle est ensuite retirée. Depuis peu, on s'intéresse aux marchés des pays émergents : Asie, Chine, où les autorités sanitaires sont moins regardantes.   Qu'à cela ne tienne ! La direction de Merck Serono délocalise,  là,  où elle pourra inonder des produits mal aboutis.

Pour Genève, hormis le fait de sauver des emplois, on en mentionne 300 constitués de chercheurs et développeurs,  peut profiter de cette occasion pour retenir des compétences qui ont fait leur preuves et les adjoindre à des entités existantes, telles que des start-up déjà bien engagées dans ce type de recherches. Il ne serait même pas nécessaire de repartir à zéro; financer ces laboratoires, les élargir et permettre à Genève de développer de façon plus dynamique des recherches qui ont été malmenées par un management sclérosé d'une entreprise bureaucrate, à souhait et dont les managers n'avaient pas les compétences scientifiques adéquates ou insuffisantes.

Les actionnaires ne manqueront pas de réorienter leurs investissements pour de vrais résultats envisagés par de vrais entrepreneurs qui, eux,  n'ont pas froid aux yeux et sauront apporter des résultats tangibles en matière de recherche.

 

Photo -image d'interferon

 

 

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Commentaires

Le seul manager qui n' a pas été remplacé chez Merck Serono est le directeur de la recherche, il aurait des liens avec la famille Merck. Dommage car il porte une grosse part de responsabilité dans ce fiasco. Il a accepté les changements perpétuels de stratégie imposés par des supérieurs incohérents et incompétents. Trop de copinage également, quelques managers scientifiquement incompétents dans des positions de premier rang et ce sont des cascades de médiocrité et d'incompétence qui empoisonnent la recherche dans certains secteurs. Bizarrement ces incompétents ont été replacés dans d'autres postes (postes qui doivent partir dans le canton de Vaud) quelques semaines avant l'annonce de la fermeture.

Il est important pour le canton de Genève de garder les compétences de Merck Serono dans la région. Une fois partis, il sera impossible de les faire revenir. Offrir aux jeunes et talentueuses entreprises biotech de Genève , la possibilité de recruter un maximum de talents, leur permettre d'élargir leurs domaines de recherche est la solution la plus simple et la plus efficace. Les autorités du canton doivent le comprendre et aider. Certains pourraient même prendre des postes universitaires. De nombreux techniciens, ingénieurs, docteurs (PhD) ont été formés dans les laboratoires de Serono, puis Merck Serono dans les meilleures conditions imaginables. Tout ceci a été tué le 24 avril. Certains partiront dans leurs propres projets de start-up, mais il ne faut pas se leurrer, seuls un petit nombre d'emplois seront sauvés par ces initiatives.

Sans l'aide du canton, il ne se passera pas grand chose.

Écrit par : Ancien de Serono | 03/06/2012

Merck Serono a annoncé cette semaine son intention de se lancer dans les biosimilaires. En retard sur ses concurrents, ils ont décidé de griller quelques étapes en collaborant avec les laboratoires Dr Reddy's en Inde. C'est un peu comme si le groupe Swatch décidait de vendre des copies d'anciens modèles de Rolex, copies créées en Chine. A terme ces biosimilaires seront peut-être produits dans les usines de Merck Serono (il faut quand même s'assurer de l'origine des matières premières utilisées dans les fermenteurs si on souhaite éviter quelques ennuis de santé aux futurs patients).
Encore une fois la direction de Merck montre toute son incohérence, car il y a quelques mois ils ont vendu leur branche de médicaments génériques. Cette initiative est également un signe, Merck Serono va-t'elle changer de business et se retirer de la recherche et du développement de médicaments nouveaux? En tout cas c'est bien parti dans cette direction, ...

Écrit par : Employé de MS | 09/06/2012

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