20/05/2012

Mao et la Chine cannibale

mob341_1223622280.jpg(Personnes sensibles s'abstenir) - Quelques amis bien intentionnés m'ont proposé plusieurs titres pour ce billet  : « Mao Zedong aux petits oignons » ou « la Chine gourmande ».  C'est difficile de faire de l'humour avec de l'anthropophagie au fond de la casserole. Mais il s'agit d'un pan de l'histoire de l'humanité qu'on ne pourra pas évincer. Et avec les oeuvres chinoises traduites on découvrira cette période sombre de l'histoire chinoise, encore peu connue.  Le bouillon, il faudra bien le boire jusqu'à la lie,  la plus amère et la plus rebutante. Pour lâcher finalement encore un énième "Jamais plus ça"- Ces jamais qui se suivent et s'accumulent, au fil des siècles.

Plongée dans l'œuvre du Chinois Ma Jian - "Beijing coma"- pas moins de 895 pages ; plusieurs pages traitant de cas de cannibalismes m'ont interpellée, après avoir investigué,  force est de constater, qu'il ne s'agissait pas de quelques cas  isolés ;  mais bien d'un phénomène répandu,  dans cette Chine,  qui a connu la plus grande famine de l'histoire (1959-1961). Mao Zedong a,  sans doute,  été le plus grand génocidaire de l'histoire du monde ; malgré l'échec de sa réforme économique, à force de s'obstiner, sourd et  aveugle,  il a,  hormis le fait de répandre la terreur, plongé le pays dans une pauvreté sans précédent. La Révolution a engendré 65 millions de morts,  dont 30 millions de façon directe.

Pour revenir à l' anthropophagie, elle  est profondément ancrée en Asie et elle  réapparaît de façon spontanée lors de grandes famines ou de guerres.  Les raisons peuvent aussi varier,  soit  pour des raisons médicales, sacrifices rituels, soit s'inscrire - comme on l'a vu précédemment -  dans un processus de cohésion sociale pour bien montrer à quel camp on appartient et comment on traite l'ennemi. Dans Stèles rouges - Du cannibalisme au totalitarisme-  Zheng Yi  qui a soutenu la révolte estudiantine comme Ma Jian qui la cite dans son oeuvre colossale, sur la place Tian An Men,   en juin 1989,  révèlent et l'un et l'autre;  outre la résistance des étudiants , un pan  tragique de l'histoire chinoise avec son corollaire le plus atroce :  l'anthropophagie pratiquée sur des milliers de personnes.   Les régions de Guangxi ont été particulièrement concernées par ces horreurs et tout cela attisé par Mao, au nom de la révolution politique et de la lutte des classes .

Le cannibalisme largement pratiqué avait pour but de montrer qu'on était d'abord un bon citoyen révolutionnaire, puis accessoirement on utilisait les organes du mort comme médicament. « Deux foies séchés » dont le paysan se servait d'un petit bout, à chaque fois,  qu'il avait des douleurs à l'estomac. Séchée,grillée, assaisonnée, marinée, épicée, il ne s'agissait pas de manger la viande crue mais finalement de la préparer  au mieux, tant qu'à faire,  au moins qu'elle ait du goût.  Pour exemple, dans les camps de rééducation de Gansu , 1700 personnes sont  mortes de faim,  les autres prisonniers ont  survécu et on sait comment, pour la plupart, dorénavant.

A Guangxi, notamment, les Comités révolutionnaires devaient non seulement tuer l'ennemi des classes mais de surcroît le dévorer. On cuisait les récalcitrants au régime,  dans de grandes cuves avec des pieds de porc, face à  la quantité de personnes tuées on décidera de ne garder plus que le cœur, le foie et la cervelle. 350 personnes dévorées ainsi rien que pour l'année 1968, dans cette région. Inutile de préciser que les dévorés disparaissaient définitivement, on ne retrouvait plus aucune trace de ces victimes.

D'autres cas plus cruels étaient mentionnés lors des « tontines », durants lesquelles  l'on s'échangeait  les enfants pour les manger. Pour ne pas dévorer ses propres enfants on les troquait  avec d'autres familles, et c'est en pleurant que l'on déchirait cette chair tendre pour survivre. Des parents rendus fous par la faim. D'autres cas ont été révélés,  entre autres, des principaux de collèges dévorés par leurs élèves lorsque ceux -ci avaient osé critiquer la politique de Mao.

On mentionne 1969,  toutefois cette pratique qui trouve aussi ses sources dans des rituels ancestraux semble continuer à se perpétuer sous d'autres formes tout aussi barbares et aujourd'hui,  pour des raisons médicales ou pour s'assurer des performances sexuelles.  Je ne vous inviterai pas à découvrir (personnes sensibles s'abstenir, images insoutenables) la soupe de fœtus,  - ledit foetus  vendu  par des parents pauvres qui ne souhaitaient  pas une fille ou malgré l'interdiction avaient fécondé un deuxième enfant ,-  et servie dans des restaurants cannibales chinois pour 4'000 dollars et consommée par de richissimes vieillissants

Pour revenir à la Révolution culturelle chinoise, durant ces prochaines années, des registres de région finiront par être révélés aux historiens et traduits et on comprendra définitivement la mégalomanie d'un fanatique qui voulait remuer et révolutionner  le ciel et la terre.

En attendant on a surtout révolutionné des chaudrons en touillant  dans des bouillons infâââmes !

 

 

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Commentaires

A la différence de Staline, Mao n'était pas un autocrate comme vous le suggérez ici. S'il s'est servi de son prestige pour inspirer des grandes "réformes" comme Le Grand Bond en Avant ou la Révolution Culturelle, et qui ont tourné au vinaigre:
1/ ce n'est pas lui qui a fait appliquer ces réformes mais le PC chinois avec lequel il était en général en grave désaccord puisque l'objectif des réformes en général était bien d'évincer les "mandarins";
2/ l'explosion de violence de la Révolution Culturelle est liée tout autant aux immenses rancoeurs accumulées depuis l'époque des Seigneurs de la Guerre, et au fait qu'on a libéré l'énergie d'un peuple qui n'était pas encore assez éduqué pour la canaliser.

Bref, la responsabilité de Mao est claire parce qu'il a laissé faire plus que commandé de nombreuses exactions, dégénérer des luttes intestines en considérant que c'était ça la Révolution. Il a aussi imaginé des concepts économiques irréalistes (un haut fourneau dans chaque village). Laisser entendre toutefois qu'il a lui même piloté l'ensemble des crimes qui ont été commis, c'est refuser de comprendre l'Histoire, en particulier suggérer qu'il ait encouragé le cannibalisme comme vous le faites. Si des traditions cannibales sont attestées (à vérifier, personnellement je connais uniquement les cas de cannibalisme sur les foetus que vous évoquez), c'est bien ces traditions qui ressurgissent au cours d'épisodes dramatiques et pas une politique organisée.
Encore une fois Staline et Mao sont très différents, si l'URSS et la chine communiste ont échoué sur le long terme, la première l'a fait par excès d'organisation entraînant la paralysie, la seconde au contraire par des épisodes de désorganisation extrême qui ne sont pas cohérents avec l'hypothèse d'une dictature autocratique à la soviétique...

Écrit par : gege | 29/05/2012

Aaa, quelle belle explication! Le bon père du peuple, le saint, le dieu vivant reste pur, c'est les autres qui ont tout pourri! Ce n'est pas le totalitatisme bestial, communiste, fachiste, integriste, c'est juste l'imperfection et la faiblesse des executants! L'idéal reste intacte, pur dans son utopie.
Vive les intellectuels!

Écrit par : Ioan Tenner | 31/05/2012

A défaut de pouvoir écrire l'histoire, c'est plus facile de la simplifier
en fonction de ses propres ressentiments contre quelqu'un en particulier.
Ces histoires de cannibalisme sont glaciales. Les faire porter à Mao me semble
un peu trop facile. D'autant plus par quelqu'un qui n'aime pas les intellectuels

Écrit par : Fred Liechti | 03/06/2012

Les cas de cannibalisme sous Mao refont effectivement surface. Dans l'ouvrage de l'universitaire chinois Yang Jisheng : "Stèles. La Grande famine en Chine, 1958-1961" publié en français en 2012, il est mentionné une pratique de cannibalisme dans l'ensemble de la Chine. La collectivisation engagée, a détruit la société rurale jusqu'à la famille. Dès la fin 1958 la famine apparait, des villages entiers sont effacés, les survivants perdent la raison, les cas de cannibalisme se multiplient...

Écrit par : Langladure | 13/10/2012

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