02/05/2012

Deux personnages en quête d'auteur

1175.jpgQuand vous rencontrez sur votre chemin des personnages à la Kerouac, ça vous décoiffe ! Pour vous parler de ces deux-là, je ne sais même pas par où commencer, tant il y a de la confusion, du chaos, de la tendresse, du génie......

Ce soir-là, ils s'étaient déjà avalé quelques bouteilles de bière, la femme  écrivaine-journaliste qui a découvert tard l'écriture et le cameraman qu'on envoyait régulièrement en mission ;  avec pour tâche, ramener des images de guerre,  d'éviscérations, d'enfants brûlés vifs, torturés, de femmes battues, violées,  d' explosions, de charniers, de destructions  et ceci jusqu'à ce jour, ô combien fatal, où la seule chose qu'il avait vue et qu'il avait réussie à ramener de sa mission étaient  des anges. Il avait vu des anges, il en avait plein la tête. Sans doute,  pour ne plus voir l'horreur pour ne pas devenir fou. Evidemment, renvoi immédiat de la chaîne de télévision.

Donc, ces deux tendres égarés qui ont commencé leur vie avec  un mode d'emploi à l'envers, l'une ayant subi des agressions très jeune, le second ayant perdu sa mère sous la roue d'un camion sous ses yeux, alors qu'il n'avait que trois ans, se rendent à une manifestation  contre les replis identitaires. Grands défenseurs de liberté,  ils  ont toujours défendu l'Irak, la Révolution tunisienne, la Syrie, contre l'apartheid, pour l'idée d'une France multiculturelle. Deux Français, elle,  menue,  avec ses yeux d'un bleu  pervenche, ses jolies fesses;  petites  boules de pétanque rangées très serrées dans le jeans, tandis que lui, ma foi, c'est bien vrai , il a une gueule d'ange. Un visage poupin, de grands yeux, lacs de montagne bleu profond, des cheveux blonds dorés, ondulés comme des champs de blé.  Il a sûrement vu des anges en se regardant dans le miroir et il s'est confondu avec l'un deux , une fraction de seconde.

Après la manifestation, les voilà arrivés  avec leurs deux bicyclettes volées, chargés de rêves d'une humanité meilleure et d'alcool devant une disco réservée uniquement  « Black ».  On refuse aux deux Blancos d'y entrer, du racisme mais à l'envers, cette fois-ci .  Elle hurle en trépignant : « De Dieu, quand je pense tout ce qu'on s'est battu contre le délit  de faciès à l'entrée des discos »,  ils gueulent,  abreuvent allègrement les malabars,  à l'entrée,  en les traitant de tous les noms d'oiseaux,  avant de les quitter. Ils   enfourchent leurs bicyclettes, un vent fort et l'alcool aidant, ils zigzaguent dangereusement, s'emboutissent, s'écroulent sur l'asphalte en un bruit épouvantable.

La voiture de police débarque tous girophares allumés ; contrôle d'idendité, elle,  éméchée trouve que le flic  lui parle mal, elle lui balance une claque et notre « ange » a la vessie pleine à craquer, tout naturellement il confond la voiture de police 17 avec un urinoir et se lâche abondamment et bruyamment. Enfin soulagé ! Il ferme les yeux de plaisir tandis que le chaud liquide bruisse doucement contre la carrosserie immaculée  de la voiture. Les seuls mots qui lui parviennent de façon cohérente : »Eh ! Le con, il pisse contre notre bagnole  ! » lâché par un homme à l'uniforme qui se tient juste à côté de lui et qui n'en croit pas ses yeux et  encore moins ses oreilles.

Tout ceci s'est fini devant un juge, encore un peu biturés d'une autre fête, ils ont bafouillé, éructé, se sont énervés pour finalement écoper, un mois pour elle, trois mois pour lui.

Je les vois tricoter cette  vie comme ils peuvent, avec maladresse, humour, exagération. Ils essaient de faire tout juste, comme les autres, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, une maille.....En un rythme méthodique, régulier, aucune incohérence, ça file tout droit, tout ennuyeux. Et tout un coup,  paf ! C'est plus fort qu'eux, ils vous lâchent une maille ou deux, une béance à travers laquelle, vous pouvez découvrir  leur vie d'estropiés au grand cœur. On leur tape sur les doigts, reprenez les aiguilles et reprenez le grand tricot de votre vie,  tout droit, ni gauche, ni droite, pas une maille  de travers. De la discipline, voyons, faites comme tout le monde, pardi !

Dorénavant, ils sont passés à la Badoit, qu'ils ingurgitent à grands baquets, cul sec !

 


 

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