29/04/2012

Merck Serono- "On se battra jusqu'au bout !"

 

P1040872.JPGVendredi 27- L'entrée de Merck Serono est désertée, la porte tournante, tourne, tourne comme un carrousel ; vide pareil à un sombre présage, il ne reste plus que le  vent pour faire tourner cette porte.

J'observe longuement l'immeuble en verre en quête de signes annonciateurs du grand désastre. Quelques  signes avant-coureurs ? Oui, un qui me fait un clin d'œil discret. Ces presque rien  invisibles qui prennent tout leur sens, qui se trouvent être-là sous nos yeux et qu'on n'a pas su interpréter ou qu'on s'est refusé à voir. Sur l'esplanade face à l'entrée, pas d'arbres, pas de fontaine, rien qui puisse bruisser, pousser ou prendre racine; au-delà de la conception architecturale, s'affiche une volonté d'éphémère ; aucune attache, aucun enracinement.  Tout paraît stérile dans cette ambiance de verre. Juste quelques chemises blanches repassées impeccables qui bougent encore derrièe les vitres bleues, le seul mouvement perceptible. Tout semble figé, même l'air saturé d'angoisse et d'interrogation.

Une jeune femme que j'aborde en interrogeant m'explique qu'il fallait s'y attendre. Cela faisait depuis deux ans qu'on sentait la menace planer. Des rumeurs, des bruits de couloirs  et vous savez comme elles circulent les rumeurs ;  insidieuses, chacun s'observe en silence. Qui partira le premier, quels « grades » seront  les  premiers touchés les - 11, les techniciens, les administratifs, le personnel cafétéria ?   Les + 12,  les  scientists seront-ils  mieux lotis ? On divise pour mieux guillotiner. Mais le couperet semble être bien prévu et   pour tout le monde.

Non ! L'employée  n'y comprend rien, à Genève les laboratoires donnaient de meilleurs résultats que Boston ou Darmstadt. On nous pressait comme des citrons et les résultats ils les ont eus. Selon elle, ce plan était prévu depuis longtemps les locaux de Boston les attendent depuis 5 ans. A moitié vides, ils étaient déjà prévus pour recevoir du monde. Tout était planifié, prévisible  ! Mais le problème c'est ça, elle montre le géant de verre qui les dévore tous aujourd'hui. Un géant qui revient trop cher à l'entretien, un bâtiment à 18 millions par an. Un monstre affamé qui dévore tout ; immense, imposant, derrière ce bleu acier, il vampirise les employés, il les ingère en silence, sans bruit il les fait disparaître comme s'il les aspirait.

Une autre employée me dit être encore en état de choc, "depuis cet email laconique de 3 lignes qui ont suffi à faire basculer nos  vies et  qui nous imposaient de tous être présents afin  que la direction nous dévoile le nouveau plan. Le mardi 24, nous étions tous là, le visage du CEO plutôt sympathique d'habitude avait la couleur grise des statues du musée Grevin, sa voix sombre résonnait dans un silence absolu. Dans les 5 premières minutes,  il a annoncé la couleur, d'une traite :  la fermeture,  nous sommes restés muets, paralysées par l'annonce que nous venions d'entendre, puis pendant 15 autres minutes, comment ils allaient s'y prendre. Certains ont osé siffler. Le package pour ceux qui acceptent un poste à l'étranger et qui refuseraient, pas de package pour ceux qui doivent être transférés sur un autre site en Suisse et qui s'y opposeraient". Elle pense avoir bien entendu ça :  « Excusez-moi, je suis en état de choc ! » Tout est un peu embrouillé. » Sa blouse aux couleurs printanières contraste avec ce qu'elle me dit. Mais elle est sûre que tout n'est pas perdu, on pourrait tous se se solidariser comme à Darmastadt 4'000 personnes qui se regroupent sur 6'000,  la direction a dû faire marche arrière.

Ici aussi, il faut devenir une force de proposition. Etre tous solidaires parce qu'on est tous logés à la même enseigne, tout le monde a peur.Tout le monde doit se mobiliser même les autres travailleurs genevois, il faut comprendre que ce ne sont  pas seulement 1'250 emplois qui passeront à la trappe, mais plus encore, le double assurément.  Les dégâts collatéraux se feront ressentir auprès des fournisseurs, de toutes les sociétés qui satellisent autour de Merk Serono. Des compétences globales amenées à disparaître. Il est difficile d'évaluer encore précisément les dégâts de cette décision, mais il est certain qu'ils dépasseront largement les 1'250 employés visés directement.

Une solution ? L'entretien d'un immeuble est devenu véritable gouffre, peut-être qu'on pourrait tous déménager pour des locaux moins chers, l'Etat nous soutiendra certainement. Il faut résister conclut-elle, se battre jusqu'au bout, nous n'avons plus rien à perdre. Tout sauf la résignation !

 

400 personnes seront effectivement présentes à l'Assemblée du personnel organisée par le Syndicat Unia. L'objectif est clair,  celui de maintenir la présence de  Merck Serono à Genève. Or, d'autres licenciements sont déjà prévus ailleurs sur d'autres sites : Espagne, France,  UK et également en Allemagne. 11 personnes se sont désignées volontaires pour former un comité.

Les banderoles du 1 er mai sont déjà prêtes. Il ne reste plus qu'à venir le plus nombreux possible. Oui, on va se battre !!! conclut-elle, tous ensemble on va parvenir à sauver nos postes.

 

Soyons nombreux à les soutenir le 1 er Mai, nous sommes tous concernés par la fermeture décidée du site de Genève !

 

 

 

 

 

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27/04/2012

Merck Serono - « La question est de savoir si l'on veut devenir un industriel, ou riche » dixit feu Fabio Bertarelli

 

data_art_5964079_news624-01.jpgLorsqu'on perd tous repères, il est toujours bon de faire appel à la sagesse des  anciens d'autant plus lorsque l'un d'entre eux porte l'illustre nom de Fabio Bertarelli (paix à son âme) , l'Industriel , père du fils Ernesto dit Le Riche.

Pour mémoire Serono appartenait à la famille Bertarelli depuis trois générations ;  Fabio qui succède à Pietro, puis Ernesto à Fabio  et ce jusqu'à la vente historique de 2006 à Merck. Un beau coup à 16 milliards et qui  annonçait vraisemblablement la catastrophe à laquelle nous assistons,  aujourd'hui,  et qu'on pourrait sans risque intituler chronique d'une débâcle annoncée mettant en péril le gagne-pain de 1'250 personnes.

 

Revenons à la célèbre phrase de Fabio Bertarelli, certainement visionnaire avant l'heure et qui a surtout  compris que soit on investit dans l'industrie et les gens qui la font vivre, soit on vise l'argent au détriment et de l'industrie et des personnes qui en vivent . D'un côté,  la dynamique de vie, le mouvement, l'espoir, la solidarité, la fierté du travail accompli, les projets d'avenir à l'horizon.  De l'autre,  une dynamique mortifère, des billets qui s'accumulent, de l'argent qui ne passent plus d'une main à l'autre, mais d'une action à l'autre, cet argent qui était un moyen de communication entre les hommes et qui leur permettaient de survivre n'est plus que l'expression autiste de riches qui se sont enfermés dans leur ghetto de façon quasi pathologique ;  un lieu d'enfermement toujours plus étroit et dont les effets nauséabonds se font ressentir  à l'ensemble de l'humanité. Le diagnostic est posé !

 

Un père industriel qui dirigeait un navire au moyen duquel on conduisait des hommes et des femmes vers  des conditions de vie décente, une dignité au travail. La génération d'après, un riche qui lui ne tire que sur les ficelles d'un petit voilier en solo en s'observant, content de lui et de ses exploits. Il paraît que le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre, le riche Ernesto finira-t-il à l'image de son père par redevenir un industriel qui aujourd'hui a le devoir de sortir Genève, la ville choisie par son père, de la situation intenable dans laquelle il l'a plongée ?

Les employés de Merck Serono n'ont plus à payer pour des incapables qui ne veulent pas être des industriels mais juste s'enrichir sur le dos des autres, ces autres ; des hommes et des femmes, des pères et mères de famille  qui payeront non seulement de leur poche mais de leur vie.

Fabio Bertarelli, merci pour la leçon et que votre fils l'entende aussi et la comprenne surtout et que le groupe Merck Serono s'en imprègne   !

 

 

 

 

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08/04/2012

18 ème commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda

340697-genocide-tutsi-survenu-rwanda-1994.jpgSamedi à Onex -  L'Association Ibuka qui œuvre pour la mémoire et la justice a choisi pour thème « Sortir du génocide et témoigner pour réapprendre à vivre " . Un génocide qui a touché  1 million de personnes tuées en 100 jours, dès le 7 avril 1994.

Dans une salle comble où les participants venaient principalement de la Suisse et de la Belgique et de la France,  ce fut un instant empli de dignité et de douleur. On pouvait voir sur certains rescapés les coups de machette mutilant atrocement .  Le témoignage d'une rescapée a littéralement bouleversé la salle, un long récit entrecoupé de silences douloureux,   Marie Niyonteze, auteur du livre : Retour à Muganza : Récit d'un avant génocide, et qui nous a retracés les signes avant-coureurs du génocide dont elle-même a été victime.

Deux représentants pour les communautés ;  juive avec son représentant  M. Victor GANI, Vice-Président  de la (CICAD) ,  et arménienne en la personne de  Stefan Kristensen, philosophe, membre de l'Union arménienne de Suisse (UAS)  sont intervenus pour rappeler combien les génocides se ressemblent. Comment, les mémoires historiques sont ensuite récupérées,  comment les  détracteurs de la mémoire  manipulent la mémoire collective, le négationnisme rampant, le révisionnisme sournois que les victimes doivent de surcroît supporter.   Et pour résister, il ne reste plus que la mémoire des survivants, ces récits qui doivent devenir un preuve devant des tribunaux.  Des horreurs qui ont pris  des années à pouvoir être révélées , quand elles le sont, comment trouver les mots pour raconter l'indescriptible ? Où trouver la force pour raconter et ensuite ne pas parvenir à trouver d'oreilles attentives. On préfère l'oubli. Cet oubli qui permettra de tout effacer pour tout recommencer.  Participer encore une fois à «  L'agonie de l'humanité « selon la poème de  Deogratias Mazina  -  Une humanité, broyée, hachée, violée, coupée en morceaux, mise à genoux.

" Devenir témoin, un processus difficile ". L'exposé d'une psychologue et psychanalyste,  Mme Godard , retrace le long parcours jusqu'au témoignage. Et puis après quoi ? Croiser parfois le tortionnaire qui,  lui,  n'a pas été condamné, par manque de preuve et qui s'en glorifie au coin d'une rue devant la jeune fille qu'il a violée. Comment répondre à cela ? Lorsque victimes et tortionnaires se retrouvent à vivre,  côte à côte, à se croiser au quotidien.  Des groupes de soutien se sont constitués, des tribunaux  populaires « les gacacas » qui signifie sur l'herbe,  en langage kinyarwanda. Les Rwandais ont trouvé par ce biais-là, la seule manière de traiter des cas à une si large échelle. Pratique d'un point de vue logistique. Mais certains témoins se sont vus menacés ou intimidés, et pourquoi exposer les violences sexuelles alors que les coupables ne sont plus là ?

Au moyen de ces  gacacas, c'était une autre tentative de réconciliation nationale . Pardonner , oui ! Oublier, jamais !

A mon avis, pardonner certes ! Mais faudrait-il encore que les bourreaux, que les tortionnaires fassent un travail sur eux. Un travail qui devrait être mené en parallèle à celui des victimes. Analyser avec les massacreurs comment ils en sont arrivés à se transformer, plus bas que la bête la plus sauvage. Un processus qui doit aussi être décrypté et compris par les bourreaux. Afin que cela ne se reproduise jamais plus.

Et puis comment pardonner,  lorsqu'on sait qu'un évêque valaisan, Monseigneur Perraudin, a été enterré avec tous les honneurs quand on sait quelle a été sa participation dans le génocide. Comment l'église catholique a fermé ses portes aux Tutsi qui se faisaient massacrer à la machette, inondant le parvis de l'Eglise du sang des innocents ou alors à l'intérieur même des églises où ils s'étaient réfugiés pensant être en sécurité. Que l'Eglise reconnaisse aussi son implication dans cette tragédie. Comment pardonner, lorsqu'on a vu un Papon se faire enterrer avec tous les honneurs et son insigne de la  légion que j'appelerai de "déshonneur"  ?

Pardonner oui, mais que chacun, au préalable,  reconnaisse ses responsabilités, que les pays impliqués reconnaissent leur participation active dans ces massacres.

Le pardon  a un prix, celui de la reconnaissance des actes des bourreaux  et du silence complice du monde.

 

Paix à l'âme des Tutsis génocidés et à tous les génocidés du monde.

 

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DISCOURS PRONONCES LORS DE LA COMMEMORATION :

Votre Excellence Madame l'Ambassadeur,

Chers compatriotes,

Chers invités,

Mesdames, Messieurs,

Je vous prie de vous lever et de garder une minute de silence en hommage aux victimes du génocide.  Merci.

Le mot rwandais « IBUKA » qui est le nom de  notre association, veut dire « souviens-toi, sous entendu, ce qui s'est passé au Rwanda en 1994.

 

Aujourd'hui, nous nous souvenons qu'il y a exactement 18 ans, notre pays a connu l'inoubliable printemps. En effet, le printemps rwandais de 1994, a été celui de larmes et de sang. Les Tutsi ont subi des horreurs et des atrocités inimaginables. Je ne dois pas les répéter ici, le monde entier a pu suivre ces scènes atroces sur les télévisions et dans la presse écrite.

Au lendemain de ce génocide, l'associatioon IBUKA- Mémoire et Justice, a été créée à Genève, le 28 mai 1995. Il s'agit d'une association sans but lucratif qui regroupe les survivants du génocide des Tutsi, les proches des victimes ainsi que toutes les personnes soucieuses de la mémoire des victimes et du sort des rescapés.

Elle se propose de réagir face aux causes et conséquences de ces terribles événements en œuvrant contre l'idéologie génocidaire, en soutenant les rescapés vulnérables, en promouvant la conservation et la transmission de la mémoire des victimes, et enfin, en appelant à toutes les instances concernées pour que justice et réparation soient faites.

 

Notre association, comme toutes les associations qui ont pour but de faire connaître au  monde les tragédies qui se déroulent un peu partout, agit bénévolement. Or, nous avons de multiples projets dont le but est de venir en aide aux rescapés.  Des projets d'envergure, comme des soins médicaux pour des cas graves nécessitant une intervention chirurgicale à l'étranger ainsi que la prise en charge des antirétroviraux, nécessitent bien sûr un investissement financier important que notre association n'est pas à même de prendre en charge à elle seule.

Nous espérons, avec l'aide de ceux et celles qui sont solidaires à notre cause, pouvoir réaliser quelques uns de ces projets. Si par exemple, chacun de vous, présents ici, met une contribution dans ce panier-ci, cela nous aidera à soulager des rescapés en mettant un peu de paume sur leurs profondes blessures.

Nous avons aussi les dépliants qui décrivent brièvement nos activités, nos coordonnées et quelques bulletins de versement. Servez-vous, je vous en prie.

Je vous remercie d'ores et déjà de votre générosité et de votre attention.

Samuel Musabyimana, responsable de la mémoire au sein de l'association Ibuka Suisse.

Je passe la parole au Maître de cérémonie, Albert Mukwiye.

 

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Votre Excellence Madame l'Ambassadeur,

Chers compatriotes,

Chers invités,

Mesdames, Messieurs,

 

Au nom de l'association que j'ai l'honneur de présider et en mon nom personnel, je tiens à vous remercier sincèrement d'être venus nombreux partager avec nous le souvenir des nôtres emportés par le plus odieux crime contre l'humanité, le génocide des Tutsi perpétré au Rwanda en 1994. Permettez-moi de vous dire que les témoignages de solidarité et de sympathie que vous nous exprimez par votre cordiale présence nous vont droit au cœur et les mots ne sauraient exprimer pleinement notre gratitude.

Chers invités, votre présence est un signe de soutien aux rescapés et aux survivants : des hommes et des femmes qui ont souffert dans leurs corps, dans leur âme et dans leur dignité ; des hommes et des femmes qui, tous, ont perdu des êtres chers ; des hommes et des femmes qui, s'ils n'étaient pas pris dans l'ignominie du carnage, ont vu l'horreur se perpétrer devant les caméras du monde et dans l'indifférence du monde. Et qui resteront marqués à jamais.

Votre présence est la preuve vivante pour tous les génocidaires, que le monde n'a pas oublié, que le monde ne veut pas oublier, ne peut pas oublier. C'est aussi le signe tangible pour les trop nombreux négationnistes qu'aucun génocide, que ce soit celui des Arméniens, des Juifs et des Tutsi ne disparaîtra jamais des mémoires. Par votre présence, vous exprimez que vous ne pouvez pas permettre que le négationnisme tue une deuxième fois les victimes, en les précipitant dans l'oubli de l'histoire. Vous voulez prouver que vous devez empêcher l'oubli.

 

Aujourd'hui, le 7 avril 2012, marque le triste 18ème anniversaire du déclenchement du génocide des Tutsi au Rwanda.

Nous avons intitulé le thème d'aujourd'hui, « Sortir du génocide et témoigner pour réapprendre à vivre ».

Au Rwanda, en 1994, les Tutsi furent tués pour ce qu'ils étaient, c'est donc un génocide qui est défini comme « l'extermination physique, intentionnelle, systématique et programmé d'un groupe ou d'une partie d'un groupe en raison de ses origines  ethniques, religieuses ou sociales ».[]

 

Le titre du livre rédigé par Alison Des Forges « Aucun témoin ne doit survivre le génocide au Rwanda » en dit long sur le but des génocidaires. Quel était ce but ?

« Exterminer les Tutsi de telle sorte que nos enfants aillent voir au musée de quoi ils avaient l'air », tels étaient les propos des autorités de la première République. Les Hutu et les faux histories prétendant que les Tutsi étaient venus de l'Ethiopie, où ils devaient retourner par le Nil, voici ce qu'a dit un ancien journaliste de la triste célèbre Radio Libre des Mille collines  « Renvoyez-les d'où ils sont venus par les voies les plus rapides » disait Léon Mugesera à Kabaya en 1992 (aujourd'hui dans les prisons rwandaises, extradé du Canada): La suite est connue : des milliers de corps que les rivières Akanyaru, Akagera et Nyabarongo charriaient et exposaient aux écrans de télévision du monde entier. Les pêcheurs du Lac Victoria ont été les seuls à crier au secours parce qu'ils étaient privés de poissons pendant plusieurs jours. Personne d'autre ne s'était inquiété de la catastrophe.

Comme pendant les autres génocides qui ont précédé celui des Tutsi au Rwanda, le pouvoir en place tenaient des discours politiques qui diabolisaient la minorité tutsi en la qualifiant d'étrangers usurpateurs et ingrats et des discours qui déshumanisaient et chosifiaient les Tutsi aux yeux des Hutu en employant les termes tels que : serpents, ennemis, cancrelats, etc.

 

L'histoire s'est plusieurs fois répétée. Après la Shoah, combien n'ont-ils pas cru qu'une chose pareille n'était plus possible, que les nations ne permettraient plus que de tels crimes ne se perpétuent, que les peuples de la terre se mobiliseraient à temps ?

 

Parlant de l'holocauste, en 1958, Primo Levi n'a-t-il pas écrit, je le cite : « si une chose est certaine en ce monde, c'est assurément que ça ne nous arrivera pas une deuxième fois ». En 1986, presque trente ans plus tard, le même auteur a écrit, je le cite encore : C'est arrivé, cela peut donc arriver de nouveau ; tel est le noyau de ce que nous avons à dire. Cela peut se passer, et partout », fin de la citation.

Il avait raison. Cela s'est passé au Rwanda en 1994. Pourrions-nous affirmer que l'histoire ne se répétera plus ?

Capable du meilleur et du pire, l'espèce humaine comporte une formidable dose d'ambiguïté et nous ne serons pas en paix avec nous-mêmes tant que nous n'aurons pas la certitude que ces pulsions sanguinaires de masse qui font d'ordinaires et paisibles concitoyens des meurtriers d'une violence inimaginable sont définitivement derrière nous. C'est pourquoi il faut encore et toujours en parler. Témoigner pour réapprendre à vivre comme le dit notre thème.

 

Seuls les témoins, les survivants peuvent de façon crédible nous en parler. La vie continue et il le faut. Mais la vie qui continue ne doit pas occulter le souvenir, le souvenir traumatique de la réalité de la bête humaine et la nécessité d'humaniser l'humanité.

 

La tentation d'oublier est grande, trop grande. L'oubli, c'est non seulement insulter les victimes, trahir leur mémoire, c'est aussi occulter la terrible ambiguïté de notre espèce, la nécessaire méditation sur notre vraie nature, sur ce qui peut conduire à pareille catastrophe et comment on peut prévenir l'apparition du mal absolu qu'est le génocide, le massacre des innocents par millions, la victoire de la haine sur l'amour, la chute abyssale où l'homme va infiniment plus bas que la pire des bêtes.

 

Notre objectif à tous est clair : la défense de la mémoire de ces hommes et ces femmes, en dernier hommage à celles et ceux qui ont vécu ce douloureux pan de l'Histoire. Une reconnaissance de leurs souffrances. Un témoignage pour qu'hier ne se conjugue pas avec demain.

 

Partager avec toutes les générations cette expérience effroyable. Raconter, témoigner de l'assassinat de vies très chères qui ont été rayées de la surface de la terre, mais jamais de nos mémoires. C'est grâce au récit des rescapés et des témoins que nous assurons la pérennité de notre histoire collective et individuelle. Cette histoire est liée à une terre, à un peuple, à un continent.

 

Cette prise de conscience est le résultat d'un travail de volonté, d'acharnement et de beaucoup de patience. Notre engagement à tous pour une noble cause est aussi synonyme de sacrifice au bénéfice de la défense de cette Mémoire, de notre Mémoire. Ce passé funeste que nous voulons partager pour alerter contre les atrocités d'aujourd'hui et les massacres de demain engage chacun de nous à devenir les porteurs de ce flambeau de la Mémoire. Telle est la mission que nous devons nous assigner pour défendre cette Mémoire.

 

Mais cela n'est pas encore suffisant. Gardons à l'esprit ceux qui continuent à nier notre Histoire, à souiller la mémoire des victimes. Je pense aux « assassins de la mémoire », comme Pierre- Vidal Naquet les désigne.

 

Ne croyez pas que ce combat ne soit destiné qu'aux « Autres ». Nous devons aussi nous battre contre nos propres démons et contre la volonté de certains de favoriser l'émergence de débats sordides et interminables sur la comparabilité des crimes et des souffrances. Les oppositions se déplacent et les victimes luttent entre elles plutôt que de faire front commun. Contre cela aussi nous devons nous battre.

 

C'est en effet une tâche difficile de défendre la mémoire et combattre l'oubli. Nous savons que notre cause est juste et nous avons accepté de relever ce défi.

 

Vous tous, réunis aujourd'hui, êtes conscients que notre histoire forge notre identité, modèle nos pensées et guide notre engagement.

 

Nous tous, avons la conscience de ce qu'est l'atrocité et la souffrance.

 

C'est ensemble que nous devons lutter car nous sommes les meilleurs remparts face à la haine.

Permettez-moi encore une fois de m'inspirer de l'association HEVEL pour rappeler que chaque fois qu'un peuple victime marque un point dans son combat pour la dignité, cela conforte tous les autres peuples victimes, même si parfois le chemin peut leur sembler encore long à parcourir : toute compétition entre victimes ne profite qu'aux bourreaux. Les peuples victimes ne peuvent vaincre le négationnisme que s'ils s'unissent et s'entraident ; afin de comprendre et d'expliquer les mécanismes et les procédés des négations ; afin de guérir ensemble du traumatisme trans-générationnel, et afin de prévenir de futurs génocides. C'est la raison pour laquelle je me réjouis de la présence parmi nous, de Monsieur Victor Gani, Vice- Président de la Coodination Intercommunautaire Contre l'Antisemitisme et la Diffamation (CICAD) et Monsieur le Docteur Stefan Christensen, membre de l'Union arménienne de Suisse, des représentants des communautés qui ont subit le génocide et qui nous donneront un message de soutien et de réconfort.

 

Pour terminer, je vous réitère mes remerciements de votre présence, merci à tous ceux et à toutes celles qui, de près ou de loin ont contribué à l'organisation de cette cérémonie. Un grand merci va à SE Madame Soline NYIRAHABIMANA, Ambassadeur du Rwanda en Suisse, qui prononcera une allocution de circonstance.

Mes remerciements vont à Monsieur Gervais Gahigiri qui représente Madame Carole- Anne KAST, Maire d'Onex qui n'a pas pu assister à notre cérémonie. Il prononcera une allocution de circonstance. Un grand merci va également à Madame Marie Niyonteze, venue de Belgique pour nous apporter son témoignage comme rescapée de ce génocide et accompagner nos réflexions pendant le deuil et le recueillement en hommage aux nôtres.

Un grand merci va à Madame Marie-Odile Godard, notre intervenante principale venue de France et dont son exposé va nous réconforter dans notre combat.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

Dr. Michel Gakuba,

Président de l'association IBUKA - Mémoire et Justice Section Suisse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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03/04/2012

Les 10 Fatwas de l'année -The best Of des fatwas les plus remarquables

6a01156fb0b420970c0133f20208fa970b-800wi.jpgDe Chawki Amari (Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan )Les fatwas, avis religieux de spécialistes mais qui n'ont pas valeur de loi, sont nombreuses, presque autant que les musulmans eux-mêmes. Le Best Of des fatwas les plus remarquables.

Chacun peut émettre lui-même une fatwa, un avis religieux concernant telle pratique ou phénomène nouveau qui n'est pas prévu par la loi coranique.

Cette fatwa n'a pas valeur de loi mais dans la pratique, une fatwa émise par un éminent juriste, un célèbre prédicateur ou une prestigieuse université islamique comme l'Egyptienne Al-Azhar, a beaucoup plus de valeur que celle émise par le mécanicien du coin, fut-il fervent musulman.

Al-Azhar, garante du dogme sunnite, est d'ailleurs en Egypte une grande productrice de fatwas, devenue un appareil politique de par la portée et l'implication de ses avis sur le comportement des Egyptiens et de la majorité des musulmans du monde.

Fatwas «sauvages» d'origine non contrôlée qui posent des problèmes  ou en résolvent d'autres, contre fatwas politiques savamment gérées par les régimes en place, l'affrontement est quotidien.

Dans les fatwas, on trouve évidemment de tout, du comment tuer les fourmis et insectes nuisibles aux droits du mort, et de la possibilité pour les femmes célibataires d'utiliser des sex toy ou d'acheter des esclaves masculins pour les consommer (fatwa koweitienne de Salwa al-Mutairi), en passant par les opérations de change Forex Trading, récemment autorisées par la plus haute autorité musulmane de Malaisie.

Bien sûr, chaque fatwa n'est pas suivie aveuglément, comme celle du controversé cheikh marocain Abdelbari Zemzami explique que «l'islam autorise l'acte sexuel sur un cadavre quelques heures après la mort», pour peu que cette relation nécrophile soit du fait d'un veuf qui vient de perdre son épouse. Bref, de tout et de rien, Best of des fatwas de l'année.

1 - L'alcool rendu licite

Une nouvelle fatwa d'Al-Azhar tombée début janvier sème la polémique et l'euphorie dans le monde musulman. Le cheikh Saâdeddine El-Hilali, juriste islamique affirme qu'il est «halal de boire de la bière ou du vin de dattes, tant qu'on n'est pas ivre.»

Selon ce vénérable cheikh de l'institution d'Al Azhar, considérée comme l'autorité et le référent en matière de pratique, les buveurs qui ne boivent pas jusqu'à l'ivresse sont autorisés à le faire. Pour l'instant, cette fatwa n'a pas été encore appliquée mais pour les buveurs, c'est un grand soulagement, boire avec autorisation religieuse.

2 - Le printemps arabe

La religion au secours du politique. Une fatwa d'Arabie Saoudite considère l'émeute et la révolte illicite, reprise immédiatement par Abdelmalek Ramdani, chef spirituel des salafistes algériens (en exil en Arabie Saoudite), qui exhorte les musulmans à ne tenir aucun compte des appels au changement.

Dans une fatwa de 48 pages, il appelle les musulmans à ignorer les appels pour le changement parce que la démocratie est contre l'islam. Idée forte «tant que le commandant de la nation est un musulman, vous devez obéir et écouter.»

Pour le changement, il y a une autre méthode. Abdelmalek Ramdani explique que «face à un dirigeant non désiré, un musulman pratiquant peut seulement prier et faire preuve de patience.»

Cette fatwa contre-révolutionnaire va à l'encontre du plus médiatisé des producteurs de fatwas, le Cheikh Al Qaradoui lui-même, qui avait appelé l'année dernière sur Al Jazeera à se révolter contre Kadhafi, estimant qu'il était «licite de le tuer».

Et il y a quelques temps, une fatwa a été émise en appelant à une intervention militaire en Syrie. En février dernier, le dignitaire religieux saoudien Cheikh Raed Al Karani a décrété une fatwa rendant licite l'assassinat du président syrien Bachar Al-Assad.

3 - La destruction des Eglises

Passée presque inaperçue, le 12 mars dernier, le Cheikh Abdul Aziz bin Abdullah, émetteur régulier de fatwas, déclarait qu'«il est nécessaire de détruire toutes les églises de la région.»(Golfe persique)

4 - Téter sa collègue

Bien que datant de quelques années (2007), cette fatwa avait provoqué un tollé dans le monde musulman. Elle avait quand même été reprise l'année dernière par des religieux fanatiques.

Selon deux professeurs de l'Université d'Al Azhar, la seule façon permise pour un homme de se retrouver seul avec une collègue de travail dans un bureau est de la téter.

L'idée n'est pas aussi absurde, elle provient d'une tradition du prophète Mahomet, qui avait demandé à une femme d'allaiter son fils adoptif, alors adulte, pour devenir ainsi sa mère de lait, après l'interdiction de l'adoption dans l'islam. Cette femme lui aurait donné à boire de son lait dans un bol et non directement de son sein.

Mais il n'en fallait pas plus aux deux cheikhs d'Al Azhar pour légiférer et demander la tétée au bureau, pour que la femme, dont d'autres fatwas interdisent d'être seule dans une pièce avec un homme (en dehors du mariage ou sans lien de parenté proche) pour contourner la problématique. Il lui suffit de donner le sein, même petit.

Dans le même registre, le Cheikh Abd As-Sattâr Fath Allah As-Saïd vient de déclarer licite par une nouvelle fatwa les implants mammaires.

«Si une femme, victime d'une émaciation considérable du sein, induisant une souffrance physique et psychologique chaque fois que son mari la voit, alors elle peut traiter ce défaut de manière à éliminer cette gêne qui lui empoisonne la vie.»

Le silicone est donc autorisé, qui n'est pour le religieux que «chirurgie plastique utilisée pour réparer une partie déformée du corps lorsque l'opération offre une meilleure qualité de vie.» Un bémol cependant, «si cela est fait en vue d'un excès de plaisir ou de séduction envers son mari», précise-t-il. Quelle est la limite? 95C?

5 - OTAN et les forces US

Convoqué par l'Arabie Saoudite lors de l'invasion du Koweit par Saddam Hussein, le vénérable Cheikh Ibn Baz avait permis dans une fatwa que des «musulmans puissent demander l'aide de non-musulmans pour défendre des musulmans et même obligatoire». C'est ainsi que les troupes US débarquèrent en Arabie Saoudite pour protéger le royaume des prétentions irakiennes.

La suite est connue, les Américains sont restés et cette fatwa a été réutilisée l'année dernière en Libye lors de l'intervention de l'OTAN. C'est d'ailleurs le même Ibn Baz, aujourd'hui décédé, qui avait émis une fatwa en 2000, expliquant que c'est le soleil qui tourne autour de la Terre et non le contraire, que celle-ci était plate et que toutes les images satellites qui disent le contraire n'étaient que la partie d'un «vaste complot occidental conte le monde musulman.

6 - Mickey Mouse et les rongeurs

Il y a tout juste une semaine, la célèbre souris de Walt Disney a été victime d'une mise à mort, par l'intermédiaire d'une fatwa qui demande sa tête. Le cheikh saoudien Mohammed al-Mounajid, ancien diplomate et habitué des plateaux TV d'Al Jazeera, a réclamé l'extermination de toutes les souris, y compris les rongeurs et la célèbre souris de dessin animé. Mickey Mouse représente un animal sale, honni par l'Islam. Elle est par ailleurs de nationalité américaine, ce qui n'arrange pas son CV.

7 - Les transexuels

Si l'homosexualité est condamnée par la plupart des muftis de l'Islam, ce n'est pas le cas de la transexualité. L'imam iranien Khomeyni, plus connu ailleurs pour d'autres fatwas plus répréhensibles, avait légiféré en ce sens, estimant qu'«une femme ou un homme qui ne se sent pas bien dans son sexe, peut en changer».

De fait, héritage spirituel oblige, aujourd'hui encore, des fatwas équivalentes sont émises pour conforter cette appréciation. Résultat, les transexuels sont admis par la société. Avis aux amateurs.

8 - Fellation et cunnilingus

Ce grand débat a alimenté pendant des années les musulmans et musulmanes, soumis à de nouvelles pratiques sexuelles. Les deux actes sont aujourd'hui considérés comme licites.

Le cheikh Al Qaradaoui, encore lui, avait explicité que ces «caresses bucco-génitales» étaient permises, à la condition pour la femme de ne pas boire le sperme, «liquide impur», reprenant d'autres théologiens de l'Islam, qui «ont autorisé le baiser génital (entendez :), aussi bien celui de la femme pour son mari que celui du mari pour sa femme, et il n'y a aucune honte à cela», précisant que «si une personne prend son plaisir par la bouche, c'est un comportement qui sort de l'ordinaire, mais on ne peut l'interdire, surtout si c'est avec l'accord de la femme et qu'elle aussi y prend du plaisir.»

En revanche, autre fatwa récente d'un religieux égyptien, l'interdiction pour les femmes de toucher aux bananes et aux concombres, à cause de leur forme phallique. Fatwa faisant suite à une ancienne fatwa d'Al-Qaïda en Irak, qui exigeait que les vendeurs séparent les tomates et les concombres sur leurs étals sous prétexte que ces légumes seraient de sexe différent, et a décrété que seuls les hommes pouvaient acheter des concombres.

A la suite de cette histoire à l'époque, aux Maldives, la télévision publique a censuré le mot concombre par crainte de représailles, pendant qu'un musulman indien, lecteur du Hindustan Times, demandait si dans ce cas, un homme peut toucher un melon. Tous les goûts sont dans la nature.

9 - La violence et le terrorisme

Ambigüe et au centre de la problématique, la condamnation de la violence dans l'Islam a toujours suscité de nombreux débats, jusqu'à aujourd'hui. Pris dans le jeu macabre, les Occidentaux et les chrétiens (d'Irak et d'Egypte particulièrement) ne cessent de réclamer des fatwas claires et sans ambigüité contre le terrorisme.

Celles-ci existent déjà pourtant depuis longtemps, même s'il faut les chercher dans le bazar des avis religieux émanant de partout. La plus connue de ces fatwas anti-terroristes et probablement la plus célèbre est celle du pakistanais Shaykh-ul-Islam Muhammad Tahir-ul-Qadri.

En 2010, avec un argumentaire théologique des plus complets, il émet une fatwa de 600 pages condamnant fermement le terrorisme et le meurtre d'innocents. Le reprenant, Mohamed El Koury Ould Abd El Hay, célèbre juriste et exégète mauritanien, qualifie aussitôt cette fatwa «d'argument décisif et impératif pour ceux qui croient en Dieu», convaincu que «son impact sera très fort dans notre monde islamique.»

10 - Les fatwas contre les fatwas

On le voit bien, la fatwa, avis religieux à l'origine, est une arme à double tranchant. Une fatwa peut en annuler une autre et changer la morale ambiante en quelques lignes, redéfinissant en permanence la frontière étroite entre le bien et le mal. A ce titre, la plupart des pays musulmans ont déjà instauré des centres de promulgations de fatwas «officielles», pour contrer l'assaut des fatwas pirates venues de partout.

Si au Maroc, un Conseil suprême des oulémas ou des fatwas vient de voir le jour, sous l'autorité directe du roi Mohamed VI, en Algérie, on attend toujours l'institutionnalisation de la fatwa et d'un mufti général, à même de représenter l'Islam.

D'une manière générale, pour centraliser cette forme d'anarchie de fatwas contradictoires, la plupart des pays n'autorisent qu'une seule structure d'émission de fatwas. Même l'Europe a mis en place un Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, tout comme l'Australie a créé aussi un Dar ul Fetwa (maison de la fatwa) pour officialiser le licite et l'illicite musulman.

Mais rien n'interdit à un imam ou un autre d'émettre une fatwa. Pour toutes ces structures officielles, il suffit donc d'une fatwa sauvage pour décréter qu'elles sont illicites et les réduire à néant. Avec près de 1,5 milliards de musulmans sur la Terre, une bonne fatwa peut changer la face du monde.

Chawki Amari,

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

Source : http://www.slateafrique.com/84623/les-10-fatwas-de-lannee...

 

Et pourquoi ne pas créer votre propre fatwa ? la meilleure sera sélectionnée.

Voici la mienne : La fatwa du chien

La fatwa dit qu'en Europe où il est nécessaire de ramasser les crottes de chiens, un homme musulman  ne peut pas se pencher ramasser les crottes d'une chienne, il se retrouverait à hauteur des organes sexuels de la chienne et inversément pour les femmes avec un chien mâle. En conclusion, chacun ne peut sortir que le chien qui sied à son sexe. Le chien mâle avec l'homme et la chienne femelle avec la femme. Cette fatwa s'intitule "La fatwa du chien" .


 

 

 

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01/04/2012

Tunisie- Gilbert Naccache va porter plainte contre les salafistes auteurs d’ appels au meurtre de Juifs

clip_image001-1.jpgLe militant de gauche annonce sur sa page facebook qu'il va porter plainte contre ceux qui ont appelé, dimanche dernier, au meurtre des Juifs, et a chargé Me Bochra Bel Haj Hmida de le représenter dans cette affaire. Voici le texte de son post.

"Je me décide, pour la première fois de ma vie à porter plainte devant la justice tunisienne contre les individus qui, sur l'avenue Bourguiba, ont appelé, ce dimanche 25 mars, à l'assassinat des Juifs.

J'ai déjà été l'objet d'une agression raciste en 2000, mais je n'avais pas voulu porter l'affaire devant les tribunaux, estimant qu'il s'agissait de jeunes inconscients trompés par une propagande venue de l'étranger. Rien de semblable aujourd'hui : il s'agit d'un mouvement politique qui fait de l'antisémitisme et de l'appel au meurtre des Juifs un de ses modes de propagande habituels. Il s'était déjà pareillement illustré, voilà plus de deux mois à l'aéroport de Tunis-Carthage, et le gouvernement n'a rien fait pour prendre les mesures légales appropriées.

Aujourd'hui encore, une semaine après les faits, on ne voit toujours pas de suite pénale à ces agissements, non seulement inadmissibles, mais tout simplement illégaux : qu'un gouvernement puisse tolérer des appels à la haine raciale et au meurtre sans réagir vigoureusement dépasse l'entendement. On le voit certes menacer, mais nul doute qu'un journaliste qui publie une photo jugée indécente se retrouve en prison dans les 24 heures, alors que ces excités...

Je porte plainte contre ceux qui ont proféré de telles énormités, d'abord parce que le pouvoir exécutif tardant à faire respecter la loi, j'espère que la justice, encore une fois saisie de l'affaire, montrera que les lois doivent être appliquées et que ces jeunes manipulés, qui n'ont de courage qu'en nombre et à condition d'être assurés de l'impunité, sauront qu'on ne peut pas dire n'importe quoi, sauront que certains appels conduisent en prison.

Je porte plainte en tant que Tunisien solidaire de tous ses compatriotes injustement attaqués, et parce que je ne veux pas que soit sali le passé de mon pays, un passé de civilisation millénaire, fait surtout de vivre ensemble et de tolérance.

Je porte plainte en tant que Juif tunisien solidaire en cela de tous les Juifs, et aussi de tous les Tunisien(ne)s non juifs(ves) qui se sentent trahis par de tels comportements, parce que je suis également menacé et que je n'ai à prouver devant personne mon droit de vivre sur cette terre qui est aussi la mienne.

Je porte plainte au nom de la révolution de la dignité qui a frappé le monde entier par son caractère pacifique et ouvert, et qui est menacée par ces mêmes irresponsables qui ont déclaré blasphématoires ces demandes de liberté et de démocratie.

Je porte plainte parce que ces appels au meurtre, qui n'ont rien à voir avec le sentiment des Tunisiens, sont un des moyens par lequel veut se réintroduire la contre-révolution, sous le prétexte de ramener un ordre que l'actuel gouvernement ne peut faire respecter et que, en mettant la justice en demeure de faire son travail, je contribue à désamorcer cette menace.

Je porte plainte, enfin, parce que les salafistes auteurs de ces appels au meurtre sont les ennemis déclarés des femmes, des artistes, des créateurs, des penseurs, de ceux qui sont les piliers de l'âme du peuple.

Pour toutes ces raisons, et pour celles que chacun pourra trouver au fond de lui-même, en me solidarisant des actions judiciaires déjà engagées, j'appelle toutes et tous à nous accompagner dans ce refus de ces pratiques odieuses, dans l'exigence de les voir rapidement disparaître.

Pour ce qui me concerne, j'ai chargé Maître Bochra Bel Haj Hmida, dont l'engagement antiraciste ne s'est jamais démenti, de me représenter dans cette affaire."

 

Les Salafistes sont des éléments sous influence étrangère et financés par elle, principalement par l'Arabie Saoudite. Les membres de ce mouvement radical  portent atteinte à la sécurité du pays et à l'esprit de démocratie et de tolérance, défendus par les révolutionnaires. Révolution à laquelle, ils n'ont pas participé du reste, ils se sont contentés de prendre le train en marche tout lâches qu'ils sont. Cette secte dont les membres perturbateurs via de nombreux prédicateurs  déstabilisent le pays mettent la Tunisie sous une influence étrangère qui ne sied ni à son histoire, ni à l'esprit de tolérance qui a toujours survécu dans ce pays.

Je rappelle que les Saoudiens en terme de morale et de probité n'ont aucune leçon à apporter aux Tunisiens. Je ne ferais pas le panégyirque de toutes les perversités courantes dans ce pays que sont l'Arabie Saoudite et le Qatar. Je suggère que les prédicateurs s'occupent notamment des problèmes récurrents de viols sur enfants, fillettes et garçonnets,  et sur les femmes avant de venir donner des leçons de bonne moralité, sans compter que le viol  entre femmes est le plus élevé au monde  dans les écoles de fille et cela entre elles  .Que l'alcool et la drogue sont de véritables fléaux auprès des jeunes, sans compter toutes les maladies liées à l'obésité.  La Tunisie n'est pas un pays à envahir ! Et s'il faut résister, nous résisterons. Les mouvements salafistes et les incitations à la haine doivent être condamnables !

Mohamed Bouazizi ne s'est pas immolé pour tuer des Juifs mais pour dénoncer sa condition de chômeur. Les Tunisiens ne veulent pas des prêches haineuses  qui viennent les détourner de leurs revendications premières , mais ils veulent du travail. DU TRAVAIL !!!

 

 

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