29/04/2012

Merck Serono- "On se battra jusqu'au bout !"

 

P1040872.JPGVendredi 27- L'entrée de Merck Serono est désertée, la porte tournante, tourne, tourne comme un carrousel ; vide pareil à un sombre présage, il ne reste plus que le  vent pour faire tourner cette porte.

J'observe longuement l'immeuble en verre en quête de signes annonciateurs du grand désastre. Quelques  signes avant-coureurs ? Oui, un qui me fait un clin d'œil discret. Ces presque rien  invisibles qui prennent tout leur sens, qui se trouvent être-là sous nos yeux et qu'on n'a pas su interpréter ou qu'on s'est refusé à voir. Sur l'esplanade face à l'entrée, pas d'arbres, pas de fontaine, rien qui puisse bruisser, pousser ou prendre racine; au-delà de la conception architecturale, s'affiche une volonté d'éphémère ; aucune attache, aucun enracinement.  Tout paraît stérile dans cette ambiance de verre. Juste quelques chemises blanches repassées impeccables qui bougent encore derrièe les vitres bleues, le seul mouvement perceptible. Tout semble figé, même l'air saturé d'angoisse et d'interrogation.

Une jeune femme que j'aborde en interrogeant m'explique qu'il fallait s'y attendre. Cela faisait depuis deux ans qu'on sentait la menace planer. Des rumeurs, des bruits de couloirs  et vous savez comme elles circulent les rumeurs ;  insidieuses, chacun s'observe en silence. Qui partira le premier, quels « grades » seront  les  premiers touchés les - 11, les techniciens, les administratifs, le personnel cafétéria ?   Les + 12,  les  scientists seront-ils  mieux lotis ? On divise pour mieux guillotiner. Mais le couperet semble être bien prévu et   pour tout le monde.

Non ! L'employée  n'y comprend rien, à Genève les laboratoires donnaient de meilleurs résultats que Boston ou Darmstadt. On nous pressait comme des citrons et les résultats ils les ont eus. Selon elle, ce plan était prévu depuis longtemps les locaux de Boston les attendent depuis 5 ans. A moitié vides, ils étaient déjà prévus pour recevoir du monde. Tout était planifié, prévisible  ! Mais le problème c'est ça, elle montre le géant de verre qui les dévore tous aujourd'hui. Un géant qui revient trop cher à l'entretien, un bâtiment à 18 millions par an. Un monstre affamé qui dévore tout ; immense, imposant, derrière ce bleu acier, il vampirise les employés, il les ingère en silence, sans bruit il les fait disparaître comme s'il les aspirait.

Une autre employée me dit être encore en état de choc, "depuis cet email laconique de 3 lignes qui ont suffi à faire basculer nos  vies et  qui nous imposaient de tous être présents afin  que la direction nous dévoile le nouveau plan. Le mardi 24, nous étions tous là, le visage du CEO plutôt sympathique d'habitude avait la couleur grise des statues du musée Grevin, sa voix sombre résonnait dans un silence absolu. Dans les 5 premières minutes,  il a annoncé la couleur, d'une traite :  la fermeture,  nous sommes restés muets, paralysées par l'annonce que nous venions d'entendre, puis pendant 15 autres minutes, comment ils allaient s'y prendre. Certains ont osé siffler. Le package pour ceux qui acceptent un poste à l'étranger et qui refuseraient, pas de package pour ceux qui doivent être transférés sur un autre site en Suisse et qui s'y opposeraient". Elle pense avoir bien entendu ça :  « Excusez-moi, je suis en état de choc ! » Tout est un peu embrouillé. » Sa blouse aux couleurs printanières contraste avec ce qu'elle me dit. Mais elle est sûre que tout n'est pas perdu, on pourrait tous se se solidariser comme à Darmastadt 4'000 personnes qui se regroupent sur 6'000,  la direction a dû faire marche arrière.

Ici aussi, il faut devenir une force de proposition. Etre tous solidaires parce qu'on est tous logés à la même enseigne, tout le monde a peur.Tout le monde doit se mobiliser même les autres travailleurs genevois, il faut comprendre que ce ne sont  pas seulement 1'250 emplois qui passeront à la trappe, mais plus encore, le double assurément.  Les dégâts collatéraux se feront ressentir auprès des fournisseurs, de toutes les sociétés qui satellisent autour de Merk Serono. Des compétences globales amenées à disparaître. Il est difficile d'évaluer encore précisément les dégâts de cette décision, mais il est certain qu'ils dépasseront largement les 1'250 employés visés directement.

Une solution ? L'entretien d'un immeuble est devenu véritable gouffre, peut-être qu'on pourrait tous déménager pour des locaux moins chers, l'Etat nous soutiendra certainement. Il faut résister conclut-elle, se battre jusqu'au bout, nous n'avons plus rien à perdre. Tout sauf la résignation !

 

400 personnes seront effectivement présentes à l'Assemblée du personnel organisée par le Syndicat Unia. L'objectif est clair,  celui de maintenir la présence de  Merck Serono à Genève. Or, d'autres licenciements sont déjà prévus ailleurs sur d'autres sites : Espagne, France,  UK et également en Allemagne. 11 personnes se sont désignées volontaires pour former un comité.

Les banderoles du 1 er mai sont déjà prêtes. Il ne reste plus qu'à venir le plus nombreux possible. Oui, on va se battre !!! conclut-elle, tous ensemble on va parvenir à sauver nos postes.

 

Soyons nombreux à les soutenir le 1 er Mai, nous sommes tous concernés par la fermeture décidée du site de Genève !

 

 

 

 

 

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