17/02/2012

Jonction - Un sinistre qui lève le voile sur une autre réalité

 

precaire_web-01.jpgIls sont une centaine dont une vingtaine d'enfants à avoir dû quitter le 9 avenue de la Jonction, leur immeuble a pris feu lundi peu avant l'aube. Durant 7 heures les pompiers lutteront contre le feu, on ne déplore aucun brûlé. Seul, un homme sautera par la fenêtre et se blessera. Les politiciens seront à la hauteur du drame ; Maudet interrompt son voyage et se rend sur les lieux, Salerno dépêche ses deux collaborateurs les plus proches, on constate la présence d' Esther Alder.  Les organismes caritatifs suivent de près, couvertures, habits, jouets. La cellule cantonale  d'intervention psychologique AGPsy- Police est là avec entre autres psychologues , Alfredo Camelo, intervenant dès les premiers instants auprès des personnes sinistrées.

En début de soirée, je me faufile en douce au PC de Varembé, les journalistes sont interdits, mon air latino n'attire pas spécialement l'attention, je me faufile parmi d'autres arrivants,  des amis qui viennent, inquiets,  demander des nouvelles  .  Les sinistrés sont en partie regroupés dans la salle à manger. Visages fatigués, cernes profondes, pour certains ils semblent un peu perdus face à ce qu'ils ont vécu et face à cette foule de choses à faire sans savoir précisément par où commencer. Comment imaginer que ces gens-là ont tout perdu : habits, papiers, souvenirs. Toute une vie partie en fumée.

Les personnes mandatées par la régie Foncia-Géco  leur expliquent qu'elles doivent passer à  la régie avec copie de leur bail pour autant que le document ne soit plus que cendre,  leur mois de loyer sera remboursé ainsi que  la caution. Pour ceux qui sous-louent, il faut demander la copie de ce papier aux locataires qui leur permettra de se présenter comme personnes sinistrées auprès des différentes administrations. Le lendemain, plusieurs locataires pourront se rendre dans leur ancien appartement y ramasser quelques affaires, pas de meubles surtout, et seulement pour des appartements identifiés comme non dangereux sans  risque d'affaisement etc.

Les questions fusent, qu'en est-il des cinq logements mis à disposition par la Régie ? Des mères de famille n'en ont jamais entendu parler, une d'entre elle tient son enfant de moins d'un an dans les bras. Il paraît que deux logement ont été refusés :  "Comment pourrait-il  exister des logements encore plus insalubres que ceux de la Jonction où nous  vivions ?" demande quelqu'un .

Les uns se plaignent d'avoir perdu leurs papiers, les documents d'identité sauvés in extremis par les pompiers peuvent être récupérés au poste de police de Carl-Vogt, pour ceux qui ont joué aux chats et à la souris pendant des années, c'est impensable.  Ils ont reçu un chèque de 500 francs à retirer à la poste mais ceux qui ont perdu leurs documents d'identité ne peuvent pas retirer cet argent dans l'impossibilité qu'ils de prouver que ce sont bien eux les bénéficiaires.  Pour ces sans-papiers dont la plupart sont  en Suisse depuis plus de 10 ans avec un travail régulier, des factures payées, leurs enfants à l'école, c'est leur vie qu'ils voient partir en fumée.

Les enfants ont été conduits dans un Centre aéré emmenés par les véhicules de la protection civile , ils chantaient dans le bus, ravis d'avoir ces bouffées d'air extérieures qui les extraient de cette tension permanente, de ces interrogations sans fin.  Le responsable du PC Varembé les rassure, contrairement à la rumeur qui court :" il n'est pas question de vous jeter dans la rue ¨" leur précise-t-il , une traductrice  leur répète en espagnol  ces mots magiques. Soupir de soulagement suivi d'applaudissements.

Et la suite ? Assurément une meilleure concertation entre les partenaires s'impose, que l'élan de solidarité ne soit pas qu'un feu de paille :  Que l'Etat,  la Ville, le Collectif des sans-papiers, l'Hospice Général, Caritas, la Croix -Rouge, Hug s'organisent aussi pour des solutions à long terme. Le Syndicat des travailleuses et travailleurs devrait aussi intervenir énergiquement  puisque les sinistrés sont en grande majorité des personnes qui travaillent et qui continueront malgré l'incendie à le faire.

A l'horizon, une autre solution qui paraît la seule possible dans de telles circonstances ;  une décision humaine à la hauteur du drame humain. Inscrire dans un processus de régularisation collective ces peronnes concernées par ce sinistre et qui répondent aux critères définis par L'Etat de Genève, soit la presque quasi totalité de ces  sans-papiers, actives dans notre économie souterraine genevoise, qui paient leurs factures, leur loyer, leurs assuranes et dont les enfants ont suivi toute leur scolarité à Genève. Certainement, une solution qui demandera beaucoup d'intelligence et une vue à long terme. Régulariser une situation qui perdure et qui maintient des familles entières dans la précarité alors qu'elles participent activement à  l'économie de notre pays, leur apport est indéniable et  leurs enfants totalement intégrés sont déjà notre jeunesse de demain.

Cessons d'être hyprocrites et régularisons-les tout simplement ! Maintenant  que le voile est levé, nous ne pouvons plus faire semblant de n'avoir rien vu.

 

 

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Commentaires

Bin oui régularisons-les. D'accord avec vous.
Sauf que cela risque de donner des idées à d'autres et voir se multiplier d'autres drames non ?

Écrit par : Loredana | 17/02/2012

Des trucs comme ceci doit recevoir un twit ou un signet, votre contenu est magnifique et je vous remercie pour cette lecture formidable

Écrit par : relocation | 16/04/2012

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