28/12/2011

Argentine - Portrait d'un latin lover argentin

DSCN2727.JPGTôt levée après le carnaval nocturne des animaux, mon livre sous le bras du magnifique auteur Uruguayen, Carlos Liscano « L 'écrivain et l'Autre », je déambule dans le domaine de l'estancia où je loge, sous les magnolias en fleurs et les eucalyptus et  apprécie le doux balancement des roseaux du lac gris perle de Chascomús.

La cuisinière  m'invite à prendre le petit-déjeûner, le petit bout de femme énergique m'introduit dans un petit salon  où deux hommes sont déjà attablés. Ah ! Le piège, trop tard pour reculer,  c'est le principe de la maison, permettre aux  pensionnaires et aux invités de passage  de se rencontrer. Faisant bon cœur contre mauvaise fortune,  je  me résigne et  m'assieds. Un des deux hommes se lève, porte la main à son cœur, imite quelqu'un qui aurait la souffle coupé et s'exclame : »Quelle vision matinale, quel honneur de vous recevoir à notre table ! » . Devant cette scène toute théâtrale, un brin cornélien, je souris.  Il se présente, « Rodolfo » et me désigne son régisseur, un homme à la moustache taillée au sabre qui sourit  avec amusement des ronds de jambe du boss.  Rodolfo est propriétaire de l'estancia voisine et possède plus de mille têtes de bétail.

Tout en l'écoutant, j'étale précautionneusement mon dulce con lecce sur ma demi luna (un croissant) et observe rapidement par petits coups d'oeil furtifs mon interlocuteur. La cinquantaine au moins, des cheveux blancs, des sourcils en broussaille, blancs tournoyant comme des nuages au-dessus d'une paupière fatiguée. Des lèvres d'un rose fané qui ont tant embrassé et mal aimé, lèvres qui ont formulé tant de compliments, tant de doux mensonges.  Il chausse ses lunettes de soleil  en s'excusant, ses yeux bleus ne supportent plus la lumière et l'empêchent d'admirer « la divine » qui est à sa table. Je le console, la nature est bonne avec les humains, à un certain âge la vue baisse pour leur permettre de se concentrer essentiellement sur la beauté intérieure qu'ils ont réussi à thésauriser tout au long d'une vie.

Il porte un foulard en soie blanc, une chemise rose comme ses joues, un pantalon beige, des mocassins en daim . Il ne lui manque plus qu'une chevalière à ce descendant d'aristocrate espagnol. Il doit surveiller les peones et les gauchos s'occuper de ses bêtes depuis les sièges confortables en cuir de sa Bugatti.  Il raconte avoir appris quelques bribes de français grâce à son grand-père qui une fois par an se rendait à Paris pour y fréquenter ses maîtresses. Quant à lui, il préfère plutôt  Zürich pour ses coffres-forts, mais concilier les deux le ravirait.

Vous comprenez me dit-il : « je suis un latin lover,  et vous savez les Argentins sont de piètres maris, mais d'excellents amants, piètres parce qu'infidèles . »

Finalement, très content de lui, il me tend une carte de visite sur laquelle on peut lire son nom et prénom en grandes lettres italiques, rien de plus, ni numéro de téléphone, ni  adresse. Ces cartes de visite que les aristocrates désargentés tendaient au roi pour annoncer leur arrivée et quémander quelques services, quelques terres lointaines.

En quittant la table,   prêts à retourner à Buenos Aires, tous deux m'embrassent, ce qui est fréquent en Argentine de s'embrasser sans forcément bien se connaître,  c'est comme lorsqu'ils vous tendent la paille du maté qu'ils  sirotent et partagent  volontiers.

Après leur départ, enfin seule, je songe à ces estancias de riches pour qui ce ne sont que des passe-temps favoris, des estancias-alibis avec quelques maîtresses frivoles.  Tandis que Madame reste à la capitale fédérale faire du shopping, du fitness et du lifting et ingurgite quelques telenovelas par jour ( séries TV, véritable fléau qui  touche toute l'Amérique du Sud).  Elle ferme les yeux et tend la facture. Monsieur après avoir monté quelques chevaux durant le jour, finit,  le soir,  par monter des juments à la longue crinière soyeuse et à hauts talons rouges, sur un air de tango . Elles apprennent tout sur l'art d'élever des bovins tandis que l'épouse sait précisément combien cela rapporte. Et dans les deux cas notre éleveur du dimanche se transforme en distributeur de billets de banque.

Ainsi va la comédie humaine ! Notre latin lover argentin est dans le fond si humain, si tragiquement humain.

 

 

Commentaires

« je suis un latin lover, et vous savez les Argentins sont de piètres maris, mais d'excellents amants, piètres parce qu'infidèles . »

Une infidélité généreuse... On en redemande!!!!!

*Tandis que Madame reste à la capitale fédérale faire du shopping, du fitness et du lifting "


Cocue, mais contente! tirée.....par le lifting voyons, qu'allez-vous penser....:)))))))

OK! J'ai rien dit! LOLLLLL

Écrit par : Patoucha | 03/01/2012

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