25/12/2011

L'infini brun du Rio de la Plata

Provincia_de_Buenos_Aires_-_Martínez_-_Río_de_la_Plata.jpgSe rendre en Uruguay depuis le port de Buenos Aires est un jeu d'enfant. Il suffit de prendre le ferry express et en une heure vous vous retrouvez à Colonia del Sacramento, ancienne colonie portugaise.  Un bourg charmant, où les restaurants vous proposent soit de la viande, soit du poisson, soit de la fondue au fromage.

En quelques heures, vous avez fait le tour de cette ville pittoresque; son phare, son église, ses places ombragées, ses généreuses bougainvillées qui grimpent paresseusement  le long des murs ocres, des pavés ancestraux  rendent la balade malaisée.

Sur le trajet de retour vers Buenos Aires, j'ai le nez collé contre la vitre du bateau. J'observe le Rio de la  Plata, immense estuaire qui constitue l'embouchure des fleuves Parana et  Uruguay et long de 250 kilomètres. Ses eaux chargées d 'alluvions fines les brunissent ou les jaunissent selon,  cet estuaire large comme une mer offre plutôt un spectacle affligeant, tout est agité, en soubresauts, on croirait le dos d'un ours qui frénétiquement musarde dans la ruche d'une abeille.  Tout n'est que mouvements rapides, vaguelettes courtes et nerveuses.

Ce paysage insolite pour mes yeux de néophyte fraîchement débarquée heurte mes univers intérieurs nourris d'horizons bleus, de mers turquoises, de Bosphore céruléen, de bleu du Nil, d'Océans aigues-marines ou  de beau Danube bleu, des tableaux  nourris de ciel flamboyants, de soleils incandescents qui plongent s'enivrer de la douce lumière des mers et des fleuves.

Habituée à ces célestes épousailles entre ciel et mer, je contemple cette ligne brune à l'horizon avec stupéfaction. Mes repères  esthétiques explosent, plus rien ne résiste face à ce spectacle affligeant, mes points d'ancrages se désagrègent. Cette ligne brune qui dessine un trait parfait au loin,  là-bas , offre, en observant davantage,  sur les côtés une légère inclinaison, l'orbite terrestre sans doute et qui nous ramène  à notre "sphéritude".

En regardant le Rio de la Plata,  large comme une mer, j'avance telle une funambule sur la ligne d'un horizon infini; une équilibriste qui appréhende ce nouveau décor en posant de nouveaux pas  sur ce fil brun collé au bleu du ciel.  Un paysage à la puissance esthétique qui contraint à  voir autrement, une force si profonde que le voyage intérieur ne cesse plus depuis cet infini brun du Rio de la Plata.

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