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Jean Revillard, le Robin des Bois n'est plus

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ob_07715d_huelgoat-mfls-101510.jpgJean Revillard n'est plus ! La forêt l'a englouti avec ce lien étrange qu'il avait à elle et qui sublime ce départ.  A 51 ans, foudroyé par une crise cardiaque, la forêt de Huelgoat, connue pour ses mille légendes et qui signifie "Haut Bois"  en breton" l'a emporté dans son  linceul de tendre feuillage aux nuances chaudes de couleurs hivernales  et dans les vapeurs d'encens de résine.  La forêt enchantée l'a enveloppé, bercé sous le regard bienveillant des fées qui aiment à se baigner par soir de pleine lune dans la "rivière d'argent" et brosser  leur longue chevelure avec de fins peignes d'or.  Notre Robin des Bois s'en est allé sur les traces de Merlin l'Enchanteur et du Roi Arthur  pour  immortaliser sur sa dernière pellicule l'écrin sylvestre vert et granitique  des  légendes bretonnes. 

En novembre dernier, curieux, il écoutait avec la plus grande attention mon récit de forêts mongoles et de chamans tandis qu'il me parlait de son prochain  reportage sur les bateaux de migrants, quitter la forêt pour la mer. Il s'agissait de placer au centre du sujet d'abord les bateaux qui emmenaient ces pauvres hères qui touchaient profondément la sensibilité du photographe. Je l'interrogeai dubitative sur l'esthétique de ses photos qui flirte avec l'horreur, il me répondit en haussant légèrement les épaules : "On n'échappe pas à la beauté, elle règne partout en maître au coeur même de la pire laideur!"

Nous nous étions promis de nous revoir pour échanger nos rêves et projets et faire la fête chez son ami vigneron, nous avions décidé de photo et de poésie pour performance, à ce soir-là.

Un billet écrit en novembre 2011 et qui résonne avec une telle singularité aujourd'hui, la forêt était déjà au rendez-vous, au coeur de l'existence de Jean Revillard, celle  qui l'accompagnera tout au long de sa vie  et l'étreindra au dernier jour.

 

Jean Revillard, Robin des Bois des temps modernes

1252319822.jpgJean Revillard, le photographe suisse, a une relation particulière à la forêt. Il nous la présente tantôt protectrice où les cabanes  se multiplient de façon sauvage au gré des flux de migrants. Les "Jungles de Calais" aux abords de la Manche, des jungles humaines où chacun se bat pour sa survie, habitats de fortune, abris de désespoir. Le danger est là, à chaque instant qui guette. Mais aussi de la solidarité, sans doute.

 

_DSC3291.jpgForêt tantôt destructrice pour ces nymphes perdues, ces africaines exploitées que l'on prostitue dans les forêts proches de Turin. C'est  le cas de Sarah que Jean Revillard a rencontrée un jour de mars dans une forêt, au bout d'un chemin de terre d'une route de campagne au Nord Est de Turin. Jean Revillard a réussi à force de patience à apprivoiser la « luciole » - c'est ainsi qu'on nomme les prostituées en Italie - qui s'est s'est livrée en toute confiance après avoir dépassé leurs peurs communes. Il repère longuement les lieux durant des mois, à l'aube, il s'approprie l'espace extérieur et l'intègre aussi dans un long parcours intérieur. C'est sa façon de travailler,  découvrir peu à peu la logique géographique et planter enfin son univers photographique et narratif qu'il nous renvoie entier et qui incite à interroger le monde, à se poser des questions.

_DSC5022.jpgAu bout du chemin, Sarah retrouvera sa liberté. Cette nymphe lumineuse qui dans son habit doré illumine la forêt sombre où les gens des villes viennent noyer leur manque d'amour.

"Sarah on the Bridge", une reine plantée au milieu d'un décor où elle paie de son corps la traversée qui l'a amenée en Europe, elle rêvait de devenir couturière, dès lors, elle tisse le pont qui l'éloignera à tout jamais de cette forêt maléfique. Un conte moderne, où les fées sont des Africaines qui à force de patience et de résistance se libéreront des méchants nains profiteurs. Par leur magie, elles illuminent dans la nuit profonde, d'un éclat particulier toute cette noirceur. Après un an de prostitution à attendre sur une chaise, Sarah décide d'arrêter et de s'échapper, elle s'enfuit au moyen d'un faux passeport vers la Grèce et y demande l'asile. Elle y fêtera ses 20 ans.

 

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La forêt de Robin des Bois, celle des Justes, si rare, clairière au milieu de la sauvagerie existe aussi.   Celle d'un  Jean Revillard qui nous présente au-delà de la clandestinité, de la migration une métaphore d'un monde qui se libéralise et de façon paradoxale nous ramène dans la jungle, nous réduits à notre animalité. Un Robin des Bois qui crie à l'injustice et nous montre à travers une perspective esthétisante l'insupportable réalité de la jungle.

 

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 Jean Revillard était un enfant de Dardagny, un enfant solitaire de la campagne genevoise qui aimait observé la nature qu'il préférait nettement à l'école. Assis à la table de la cuisine conviviale d'un artiste peintre ou sculpteur, il découvrira le monde de la création. Dès l'âge de 10 ans, il sait qu'il deviendra photographe. A l'âge de 14 ans, Il se présentera à l'Ecole de Photo de Vevey. Il suivra les conseils du directeur qui le trouve fort jeune et qui en attendant de grandir l'incitera à obtenir un CFC d'employé de commerce puis la matu. Finalement il fréquentera l'école d'Yverdon où il y suivra les enseignements de Luc Chessex, Jesus Moreno et Christian Caujolle. En 2001 il fonde son agence Rezo.ch avec d'autres photographes, au sein de laquelle il remporte un World Press Award avec son travail sur les cabanes des migrants de Calais

 

 Adieu Jean !Adieu notre Robin des Bois!

 

 

Lien permanent 3 commentaires

Commentaires

  • je t'ai trouvé sur internet par hasard est ce que tu es le Jean de Dardagny pour qui j'etais au-pair il y a tres longtemps??
    J'aimerai bien savoir.
    Renée

  • je t'ai trouvé sur internet par hasard est ce que tu es le Jean de Dardagny pour qui j'etais au-pair il y a tres longtemps??
    J'aimerai bien savoir.
    Renée

  • Merci encore à lui d'avoir accepté de suivre les étudiants de la Communication Visuelle de la HEAD dans le mandat de la Fondation Bea pour Jeunes Artistes pour le projet "Opulence et Précarité-Apprenons à partager"en 2010.Il mettait toute son énergie pour stimuler les jeunes artistes.
    Certainement un très beau souvenir pour tout le monde et un résultat qui a été présenté 2 ans plus tard à l'Espace SIG au Pont de la Machine à Genève.
    Ce projet commun nous a fait comprendre sa curiosité et sa recherche de proximité avec les plus démunis.Merci à toi,Jean.

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