23/10/2011

Elections tunisiennes - Résultats du vote des Tunisiens en Suisse - Ennahda, le parti islamiste favori.

P1040363.JPGPremiers résultats du vote des Tunisiens de Suisse qui a connu une forte mobilisation pour élire son Assemblée constituante. En Tunisie, ces premières élections libres ont bénéficié  d'un  taux de participation de 90 %, du jamais vu de mémoire de Tunisien. En lice, 109 partis qui se disputent les 217 sièges !

Pour certains, c'était  la première fois qu'ils votaient de leur vie,  ils n'ont pas manqué cette belle occasion,  des  élections tunisiennes libres nées de  la révolution, soit neuf mois après le renversement de Ben-Ali. Avant et de son temps,  ce n'était qu'une piètre mascarade à laquelle plus personne ne voulait se soumettre. Quelques minutes après la fermeture officielle du bureau de vote à Genève,  à 19h,  une femme qui avait réussi à obtenir la permission de sortir de l'hôpital ,  jambe dans le plâtre et béquilles, pour venir voter est  malheureusement arrivée quelques minutes trop tard. Elle s'est mise à pleurer en répétant : "j'ai attendu 30 ans pour voter" . Personnes âgées, jeunes, personnes handicapées, femmes, hommes ont tous pris ce nouveau chemin de la liberté avec un enthousiasme communicatif, une femme a même lancé des youyous joyeux.  Un doyen de 94 ans est venu tremper, lui aussi,  son index gauche dans l'encre (pour bien marquer les gens qui ont voté et s'assurer qu'ils n'iront pas voter ailleurs.)

Pas de surprise même en Suisse, le parti islamiste Ennahda est  déjà pressenti comme le grand  favori. En Suisse, il remporte le 34% des voix (1636 voix) , suivi ensuite par un parti progressiste Ettakattol du démocrate  Mustafa Ben Jâafar (789 voix,  16.4%) viennent ensuite le CPR qui prévoit un rapprochement stratégique avec Ennahda  718 voix 14.93%. Suivis par les sociaux- démocrates du  PDP (Parti démocrate progressiste) 9.83%- D'autres formations moindres ont grapillé les voix restantes. Au total 4810 votants dont environ 1430 à Genève.

Le jeu des alliances est donc ouvert. Le parti islamiste quant à lui se veut rassurant, il fait profil bas, et promet un islam modéré à la Turque.

Force est de constater, qu'aujourd'hui on paie pour 23 ans de tortures et de chasse aux islamistes sous l'ère de l'ancien dictateur et cela avec l'assentiment d'une Europe bienveillante qui a fermé les yeux et pendant ce temps,  l'ancien dictateur non seulement mettait  à sac le pays avec le clan Trabelsi de sa femme mais aussi taxait d'islamistes tous ces ennemis pour ensuite les briser,   "on aurait pu construire des autoroutes sur les corps des torturés,  tant il y en avait". Pour les Islamistes pourchassés, c'est l'heure de la revanche, ils  sont dorénavants présents et proches du peuple via leurs officines sociales dans tout le pays,  actives auprès des couches les plus défavorisées et les laissés-pour compte qui eux sont  importants en nombre et prêts à donner leur voix même pour un bout de pain.

On paie, pour une Tunisie qui pendant 50 ans a laissé la misère et le chômage s'installer dans les régions les plus pauvres qui affiche un chômage des jeunes qui s'élève jusqu'à  23% dans des régions comme Sidi Bou Zid, berceau de la Révolution,  où s'est immolé le jeune  Mohamed Bouazizi.

La seule façon de s'en sortir et il faut le marteler est de  s'occuper de la couche populaire la plus touchée par la pauvreté, celle-là même qui vote Ennahda et forte en nombre.

 

 

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4067d678-f30b-11e0-86f7-4edf1086eea3.jpgL'affaire des fausses-barbes pour faux ou vrais islamistes ?

 

Qui manipule l'opinion  ? Nous avons vu récemment un groupe de Salafistes à l'oeuvre devant le Cinéma Africa, à Tunis,  avec le film sur la laïcité de Nadia el Fani, ils ont menacé les spectateurs et cassé les vitres, et  ce sont les mêmes qu'on voit attaquer le siège de la Télévision tunisienne  Nessma TV, puis ensuite c'est l'affaire du niqab à la faculté de Sousse. Un même groupe variant entre 200 et 300 personnes. Une caméra a filmé ces jeunes dont la barbe mal collée a fini par tomber, un de ces jeunes a été identifié à deux points différents.

Au port de Radès, une rumeur court qu'on aurait  intercepté un container de fausses barbes.  Un journaliste qui ne manque pas d'humour, a souligné qu'on avait peut-être trouvé-là  une solution au chômage des jeunes, la Tunisie pourrait exporter ses figurants avec leur fausse-barbe et qui deviendrait ainsi  le premier pays exportateurs de figurants islamistes.

Des incidents bien orchestrés, des barbes qui se décollent, comme si on n'avait pas déjà assez à faire avec les vrais islamistes pour ne pas lancer des figurants qui n'ont que pour seule mission de déstabiliser l'opinion. Les ex-RCD, sbires de Ben-Ali sont dans le viseur.

Qui finance et qui se cache derrière les  fausses barbes des (pseudo?) Salafistes ?

*Sur la photo, l'homme à gauche, on voit nettement  la différence de couleur   entre la barbe et les cheveux

 

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21/10/2011

L'extrême-droite et le manuel du trouillard

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A la veille de mon départ en Hongrie où je dois rencontrer des représentants de la communauté Rrom pour comprendre de leur bouche ce qui se passe face à la montée de l'extrêmisme à leur égard, je tente d'analyser les ingrédients qui sous-tendent une politique xénophobe démunie de tout complexe et qui s'affiche ouvertement.

Une période de crise, un ralentissement économique généralisé, les mouvements tels que Jobbik trouvent un bouc-émissaire, une minorité cause de tous les maux et pour laquelle il faudra imposer des "solutions à la machette", qui se traduit entre autres par le travail obligatoire pour les rroms prestataires d'allocations sociales, comme si la Hongrie ne comptaient pas d'autres chômeurs qu'eux.

 

Retour à une forme de purification de la race blanche et chrétienne, retour aux traditions et résurgence du sentiment nationaliste à travers le retour des grands mythes. Apparition de milices d'auto-défense qui se donnent pour but de "laver plus blanc" sur fond de campagnes populistes qui recrutent large pour une "meilleure Hongrie" auprès de la couche populaire la plus défavorisée .

Dans la ligne de mire, les Juifs ne sont pas épargnés avec une liste nominative d'une centaine de noms de grandes figures dont on dénonce l'influence perçue comme une attaque en règle des fondements mêmes de la société traditionnelle hongroise et trouvée sur un site d'extrême-droite.

Ailleurs en Europe, on pointe l'immigration, on exagère les statistiques des flux migratoires, des multiculturalismes, de la montée de l'Islam, qui mettent en danger les revendications identitaires.

Partout on voit émerger comme fond de commerce la peur de l'autre, l'exacerbation des haines comme ferment nationaliste.

Une situation qui inquiète et que l'on retrouve récurrente à la veille des grandes crises où "la trouille" engendrée par les incertitudes économiques est entièrement récupérée par des mouvements qui hormis les appels à la haine ont très peu de lignes directrices, un faible programme dans le fond d'amélioration des conditions sociales.

Mais plutôts constats à l'emporte-pièce et raccourcis qui alimentent les angoisses et appellent à la xénophobie crasse.

Et tout ceci permet d'éviter de pointer du doigt  le vrai coupable de la détérioration économique et sociale, le néo-libéralisme sauvage qui fait le lit de toutes les xénophobies.

Le mouvement des "Indignés" est sans doute le courant et on le souhaite vivement qui nous permettra d'y voir plus clair quant aux causes et sources profondes du malaise ambiant et de  la précarisation générale qui sont rarement le fait des minorités pointées du doigt, diabolisées et utilisées pour cacher une réalité encore plus cynique : un fossé entre riches et pauvres qui ne cesse de croître avec une lente et réelle érosion de la classe moyenne.

 

 

 

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20/10/2011

Elections tunisiennes- Le premier coup d'envoi à Genève

IMG_0001.jpgCe matin, debout à 5h, je me dirige vers l'Hôtel Warwick où se tiendra le bureau de vote tunisien et ce,  jusqu'à samedi 19h,  à  Genève. Je dois officier en qualité de membre bénévole vendredi toute la journée, mais je suis  déjà venue donner un coup de main et par la même occasion voter.  Il fait encore nuit, j'attends l'arrivée du Président en charge du bureau genevois, Abdeljelil, le nez plongé dans un livre à la lumière de la porte d'entrée de l'hôtel encore fermée à cette heure.

Dans la salle du sous-sol de l'hôtel, c'est dans une  joyeuse fébrilité que nous procédons à la mise en place de cette première journée, nous avons tous suivi un cours de formation pour cela.

 

 

 

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Je serai la première à glisser ma feuille dans l'urne, un moment historique , pile à 7 heures devant les premiers observateurs.

Grand moment d'émotion depuis ce jour où juste après la révolution, le 21 janvier je me dirigeai vers l'Ambassade de Berne pour obtenir le renouvellement de mon passeport que l'on me refusait depuis presque trente ans. Décidée, j'ai menacé de camper devant l'ambassade jusqu'à l'obtention de celui-ci, heureusement on me l'a octroyé quelques heures plus tard. Sous le coup de l'émotion, ce jour-là, j'ai failli prendre l'autoroute en sens inverse.

 

 

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De nombreux Tunisiens de Genève, des autres villes suisses et dans le monde se sont fortement mobilisés pour ces premières élections en vue d'établir l'assemblée constituante. Chacun a compris que la Tunisie, le premier pays du printemps arabe, le premier à avoir montré le chemin de la Révolution doit maintenant montrer à tous les autres pays qui ont suivi que nous sommes tous sur la voie de la reconstruction à travers ces premières élections libres qui nous changeront définitivement du 99,99% pour l'ex-dictateur.

 

 

 

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Des bénévoles fin prêts à recevoir les premiers votants.

 

 

 

 

 

Et pour moi personnellement et ma famille, le changement risque d'être essentiel, pouvoir enfin enterrer mon père, Lazhar Chraïti, dignement. Condamné et exécuté en janvier 1963, jusqu'à ce jour, nous ne savions pas où il avait été enterré avec ses compagnons de lutte, nous n'avions essuyé que des refus catégoriques. Les premiers test ADN viennent d'être effectués  et peut-être que d'ici quelques mois, nous pourrons enfin accomplir notre devoir à l'égard d'un être cher qui nous a quittés dans des conditions dramatiques. Il aura fallu attendre 48 ans et une Révolution  !

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18/10/2011

Le ras-le-bol des aides-soignant-e-s des HUG

Aides-soignant-e-s HUG en grève- Les raisons de la colère. Les aides-soignant-e-s HUG réclament depuis 2010 une réévaluation de leur fonction suite au nouveau cahier des charges, en vigueur depuis 2009,  et plus exigeant.

 

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15/10/2011

27 ème et dernière édition du Forum international médias Nord Sud

affiche_fimns_2011.jpgCe fut une soirée émouvante pour la dernière édition du Forum international médias Nord Sud. Créé en 1983,  le FIMNS baissait pour la dernière fois son rideau avec « Le monde bascule-t-il ? ». 5 jours d'échanges et de réflexion articulés autour de 50 films documentaires du Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud. Les Brics en mouvement, ces pays émergents qui pourraient changer la face du monde .

Puis l'heure des remerciements avec une brochette de grands noms qui ont participé au Forum depuis ses premiers balbutiements  : Roger Pfund, Jean Mohr, entre autres. De chaleureux remerciements à l'équipe, aux sponsors, aux amis fidèles de toujours prononcés par un Jean-Philippe Rapp ému aux larmes, fondateur de ce Forum de tous les engagements, on pouvait apprécier sa modestie  qui n'a d'égale que sa profonde générosité, son implication  totale  au service des grandes causes.

 

 

 

 

 

 

P1040318.jpgQuant à moi, j'ai retenu le passage éclair du pontonnier  Toni Rüttimann « Toni el Suizo »,l'ingénieur constructeur  aux 560 ponts qui présentait son travail avec une simplicité qui le caractérise. « Ce que je peux faire tout le monde peut le faire, il suffit de se demander comment on pourrait venir en aide aux autres et parfois ce sont les idées simples qui créent de grands projets. »  Lui, depuis l'âge de 20 ans, c'est avec les ponts construits en Equateur, en Colombie, au Honduras, au Nicaragua, au Costa Rica, au Salvador, au Mexique, au Cambodge qu'il aide à retisser des liens entre les uns et les autres, de rapprocher les deux rives.  Il repartira bientôt pour la Birmanie.

En 2002, frappé par le syndrome de Guillain-Barré, il se retrouvera paralysé en moins de 40 heures. Allongé dans un lit d'hôpital en Thaïlande, il a imaginé un logiciel qui lui permettait de dessiner des ponts à partir de mesures envoyés par des amis. Dans le fond, cette maladie lui a permis de créer plus de ponts qu'auparavant grâce à la conception de ce nouveau logiciel, un par semaine dorénavant. Même dans les épreuves, il y a quelque chose de bon à en tirer, elles peuvent servir de tremplin, conclut-il.

Le Forum international Médias Nord Sud représentait aussi un pont jeté entre les deux rives du Nord vers le Sud. Un pont qui disparaît. Comment rejoindre dès lors , l'autre rivage ? Faudra-t-il désormais compter sur une nouvelle construction qui partira du Sud vers le Nord ?  Compter sur ces énergies puissantes et émergentes pour réveiller un Nord qui s'assoupit et s'étiole ? Oui, certainement le monde bascule.

Bravo, Monsieur Jean-Philippe Rapp, vous êtes aussi un grand bâtisseur de ponts !

 

Mais encore sur ces  ponts qui nous lient

http://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2011/08/18/de-p...

 

 

 

 

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14/10/2011

Laissez-moi chanter contre vents et maréchaussées

Ce matin, une scène pas triste au marché hebdomadaire d'Annemasse. Un policier municipal empêche un chanteur péruvien de chanter et lui arrache son portable. La négociation côté policier portait sur " remballer  les affaires du musicien dans  la camionnette, et ensuite il rendrait le portable." Le musicien soutenait qu'il n'avait pas le droit de le lui prendre  et exigeait le retour immédiat de celui-ci. Très en colère le chanteur s'approche, le policier le menacera de sortir la matraque tout en gardant le portable derrière son dos.  Pour finir, de nombreuses personnes sont intervenues, celles qui parlaient en Espagnol avec le musicien et d'autres qui faisaient remarquer  au policier que la vie d'artiste, c'est une vraie vie de chien et qu'il devrait être plus cool ! Après que tout le matériel ait été rangé dans la camionnette, le policier municipal en  lui rendant son portable le laisse tomber par terre ? L'a-t-il fait exprès ou n'est-ce qu'un pur hasard  ? L'appareil a-t-il simplement glissé en passant d'une main à l'autre ?

 

Le chanteur s'adresse à la foule en espagnol en disant qu'il lui a pris son portable !

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Portable derrière le dos, il lui ordonne de remballer ses affaires et surtout de ne pas s'approcher de lui.

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Toujours le portable derrière le dos, le policier lui hurle reculez-vous, le chanteur ne comprend pas le français. Il crie très en colère en espagnol, "Dàmelo" !

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Le vendeur de chapeaux observe attentivement la scène, il est très peiné pour le chanteur et interviendra comme un bon vieux sage africain auprès du policier municipal.

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La dame s'insurge contre ce traitement, elle confirme connaître le chanteur et trouve que c'est un vrai artiste, un bon gars qui chante bien.

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13/10/2011

Rencontre cinéma et migration

 

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Un rendez-vous à ne pas manquer. A travers trois courts métrages, des Migrants qui parlent de la question de la migration à Genève et en Suisse.  Ce qu'on apprécie dans cette démarche, c'est la volonté de  laisser la parole aux migrants eux-mêmes qui nous offrent à travers différents axes un regard de l'intérieur avec des perspectives nouvelles et inattendues.
La table ronde aura pour thème "Projets culturels d'intégration: c'est quoi?".
Les intervenants sont :
Marie-Claire Caloz-Schopp, philosophe,
Jenny Maggy, sociologue,
Ninian Hubert Van Blyenburgh, collaborateur scientifique en charge de la diversité à la Ville de Genève.

 

 

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07/10/2011

17 octobre 1961-"La Seine était rouge du sang des Algériens"

cache-250x247_manif17oct61-250x247-c5e78.jpgPour lutter contre 50 ans d'oubli

"Ce jour-là, je m'en souviens comme si c'était hier. Nous avions mon père et moi pour se laver,  tiré les quelques gouttes d'eau du robinet installé devant notre baraque faite de bois et de tôle, dans le bidonville de Nanterre.  Il m'avait dit nous allons défiler comme des hommes, montrer aux Français que nous ne sommes ni des rats, ni des animaux sauvages, que  nous ne  courbons pas le dos, ni ne rampons, mais que nous sommes des hommes et des femmes debout et fiers qui voulons vivre décemment et permettre aux Algériens de vivre dans une Algérie indépendante. Il m'avait même mis un peu de son gel dans les cheveux, je portais mes plus beaux habits pour ce grand défilé qui me faisait grandir d'un coup.  Cette grande manifestation qui me fera effectivement vieillir en quelques minutes, devenir vieux pour toujours.  Je lui tenais la main, des milliers de gens nous entouraient . Ma mère, mon petit frère et ma petite soeur devaient participer à une manifestation identique le lendemain. Ils chantaient, criaient, tapaient des mains en rythme, riaient. Puis, je ne sais plus ce qui s'est passé, tout est devenu trouble, cris, coups de feu. Nous nous sommes mis à courir, mon père est tombé, des policiers l'ont tapé et tapé, j'entendais le bruit de ses os se fracasser,  bien que je me bouchais les oreilles, les mains collées très fort contre elles. J'étais caché derrière une voiture, puis ils l'ont attrapé à plusieurs et l'on jeté par-dessus bord avec beaucoup d'autres hommes . J'ai fermé les yeux et je ne sais plus comment je suis arrivé chez moi...........Ma mère suppliait en demandant : où est ton père ? Je répondais inlassablement, la rivière l'a dévoré, il a été emporté par l'eau, l'eau rouge, si rouge de Paris. "

 

cache-255x258_rafle-255x258-f2511.jpgUn pan de l'histoire française post-coloniale qu'on a voulu noyé dans une amnésie générale. Le 17 octobre 1961, à 20h30 malgré le couvre-feu imposé  aux "Français musulmans d'Algérie" de 20h30 à 5h30  , à peu près 30'000 Algériens passent outre l'interdiction,  sous l'impulsion du F.L.N,   et  défilent dans une manifestation pacifique. En face 7'000 policiers, les ordres de Maurice Papon appuyé par Charles de Gaulle  étaient clairs :   "si vous tirez les premiers, vous serez couverts", mais encore ; "pour un coup rendu, vous en donnerez dix". Rafles, disparitions, tortures, corps balancés dans la Seine étaient déjà monnaie courante avant le massacre du 17 octobre . Des policiers qui  en-dehors de leurs heures de service, s'adonnaient à la "ratonnade" comme on pratiquerait la chasse, mais la chasse à l'homme, la chasse  à l'Algérien, la chasse au faciès.  Malgré la circulaire du 7 octobre  du F.L.N qui mettait  fin aux attentats débutés en 1958 dans la métropole et qui visaient particulièrement l'appareil  de production (ports, raffinerie)  et des policiers, malgré le fait que le F.LN avait passé le mot d'ordre,  pas d'armes, pas de violence durant la manifestation, contrôlant eux-mêmes les manifestants, les fouillant pour s'assurer  qu'ils ne portaient rien sur eux, ils seront pris pour cible.   La police charge violemment la manifestation pacifique  : matraques, coups de crosse,  coups de pieds.

 

 

 

matraque-051ea.jpgLa chasse durera toute la nuit, pendant des jours et des jours on verra des cadavres remontés à la surface de la Seine.  Plus de 11'730 Algériens sont interpellés puis internés au Palais des Sports, au Parc des Expositions, au stade de Coubertin, au Centre d'Identification de Vincennes, durant  quatre jours.  Impossible de dénombrer exactement le nombre de morts, le pouvoir organise la  censure, aucun accès aux archives autorisé, toute commission d'enquête sera interdite.

Il faudra attendre 1980 pour que la presse puisse enfin lever le voile sur ce massacre, sur les ratonnades d'octobre et qui pointera du doigt nettement Maurice Papon, identifié comme auteur de crimes contre l'humanité et qui ne sera jamais ni traduit devant un tribunal, ni jugé, ni puni pour cette nuit d'horreur.  Ce même Maurice Papon qui a été condamné à Bordeaux en 1998 à dix ans de réclusion criminelle pour son rôle dans l'arrestation de Juifs lorsqu'il était secrétaire général de la préfecture de la Gironde entre 1942 et 1944. Après plusieurs recours, en 1999,  il fuira en Suisse, retrouvé, il sera  incarcéré à la prison de Fresnes, un mois plus tard transféré  à la Prison de la Santé.  Finalement la peine de celui qui portait fièrement et illégalement  l'insigne de commandeur de la  Légion d'honneur est suspendue pour des raisons de santé. L'ancien fonctionnaire de Vichy et le complice de crime contre l'humanité sera enterré avec sa croix de commandeur de la Légion d'honneur reçue des mains du Général de Gaulle.  Les symboles sont plus forts que les crimes ! Quelle insulte à la mémoire de toutes les victimes de Maurice Papon.

Le massacre du 17 octobre 1961 en aura  mis du chemin pour se faire une place dans la mémoire collective aprés l'amnésie, puis la tentative d'oubli durant 50 ans .  Dorénavant, misons  sur la juste mémoire, pour ne pas s'enterrer avec l'oubli, pour ne pas s'empêcher de recréer un identitaire solide afin d'ancrer ses savoirs dans les racines d'une réalité non-refoulée. Un oubli qui empêcherait de reconfigurer sa propre histoire, la vraie, pas celle d'un imaginaire fallacieux et trompeur qui rend toute destinée si friable, même celle d'un peuple tout entier.

 

Le CCA commémore le 17 octobre 1961 - 50 ans d'oubli - par la :

Présentation de la pièce "La Pomme et le Couteau"

Dans le cadre des commémorations du 50e anniversaire des évènements du 17 octobre 1961, le Centre culturel algérien de Paris organise, le vendredi 14 octobre en soirée, une présentation théâtrale de la pièce "La Pomme et le Couteau" d'Aziz Chouaki. La pièce, adaptée des écrits d'Abdelmalek Sayad et Jean-Luc Einaudi, est mise en scène par Adel Hakim. Dans le cadre de ces commémorations, l'association Les Oranges de Nanterre, le collectif Daja et des comédiens du théâtre des Quartiers d'Ivry, dirigé par Adel Hakim, ont décidé de travailler ensemble sur ce spectacle consacré à cette tragédie.

LE FILM "ICI, ON NOIE LES ALGERIENS" DE YASMINA ADI

 

 

23:03 | Tags : 17 octobre 1961, la pomme et le couteau | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | |

"LA SUISSE, C'EST PAS L'ARMEE DU SALUT !"

2327151835_small_2.jpg"Si la police fait pas son boulot et ben c'est nous qui le ferons et sans hésiter, on y retournera quand y faudra!". Tout en  dégustant mon café sur une terrasse, j'écoute les propos d'un milicien qui s'adresse à sa copine qui pipe pas mot, du reste il ne lui laisse pas le temps de s'exprimer, parti dans sa longue diatribe monologuée.

Tout de jeans noir vêtu, veste et pantalon, une cinquantaine d'années, les cheveux mi-longs blancs légèrement ondulés à l'arrière, les yeux bleus sur un visage buriné et  hâlé, la boucle à l'oreille gauche, bague, collier, montre en or. Un tatouage aux signes  cabalistiques sur le poignet droit, notre "gorille milicien" est tout petit, plus petit que moi qui mesure 1m58.  En se levant de table, il rentre le ventre,  gonfle les épaules et marche comme un gaucho argentin, court, trapu, jambes écartées. Il pourrait même avoir eu 10 ans de taule dans les gencives, ce gars-là.

Sa copine n'arrive pas à en placer une, il déverse sans tarir. "Ces macaques qui se croient tout permis, qui pensent qui sont encore chez eux et qui font la loi. Ça parle pas le français, ça respecte pas les lois, ça se croit chez eux, ça vous vole au bonneteau  !" - Mais moi quand je vais chez eux, je discute pas, je fais comme ils disent, je me soumets à leurs lois et traditions sans poser de questions. Ben, tiens l'exemple, en Tunisie,  je voulais rentrer cul nu dans un hammam pour hommes, on m'a dit :  Non ! Tu mets le short. Même si après mon short était tout mouillé, et ben j'ai pas discuté, je me le suis enfilé sans poser de questions !

Ces macaques qui bossent pas, qui font tout péter comme les terroristes , qui volent les gens! Et la police qui en fout pas une, c'est nous qui allons faire le ménage, tu verras !  Mais j'suis pas un raciste, y a des étrangers intégrés tout corrects, qui bossent qui sont polis. Pas tous des voleurs ! C'est à force de pas faire son boulot, que la police rend les gens racistes parce qu'ils finissent par se dire qu'on ne punit jamais les indésirables qui foutent le bordel chez nous.

Il secoue la tête "De Dieu, de Dieu, la Suisse , c'est pas l'Armée du Salut ! "

 

 

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04/10/2011

Nr D'écrou 9377 - Cellule 82, Boîte Prison 69, 0000 L'ENFER

PRISON CODE.jpgTexte écrit par une ex-détenue en passe de devenir une écrivaine talentueuse et qui soigne ses bleus en écrivant !

« Une vie peut rapidement basculer et amener chacun de nous dans les méandres de l'enfer : L'inimaginable, l'irrationnel, une microsociété dans laquelle un individu n'a plus d'identité. Il n'est plus qu'un numéro et appartient désormais à l'administration pénitentiaire. Au-delà des murs, seul le bruit lointain du trafic, de sirènes de pompier lui rappellent qu'il n'y a pas si longtemps, il était lui aussi un acteur de cette société dont brutalement, il  est à présent bien écarté.

Ces enceintes infranchissables, ces barreaux et grillages qui viennent encore assombrir le nouveau quotidien de la détenue, quotidien devenu que souffrance et peur. Ces cris de douleur et de désespoir emplissent ces longs couloirs, caisses de résonnance. Le bruit métallique des clés qui ne font qu'ouvrir et fermer. Ces femmes en bleu à qui tous les rôles sont attribués : psychologues, secouristes et bien sûr  « matonnes »,  « porte-clés »  et qui chaque jour doivent gérer l'enfermement ainsi que la détresse des détenues. Dans leur choix professionnel, elles ont pris perpétuité..123 femmes, 17 nationalités, de la petite voleuse de sacs à main aux crimes les plus abominables. La « gardienne »  ne juge pas mais devient souvent la confidente tout en conservant son devoir de neutralité.

Les plus fidèles compagnons sont les pigeons qui se font rapidement adopter. Toujours ponctuels, dés les premières lueurs du jour, ils viennent partager le petit déjeuner. Ensuite, le moment le plus important, c'est la distribution du courrier. Les 10 jours suivant l'incarcération, les « missives » provenant de l'extérieur, sont retenues afin de bien insister sur le nouveau statut de « non droit » de la détenue. Par la suite, les courriers sont lus par « l'instruction ». Quant au premier parloir, c'est le moment le plus douloureux quand la détenue a la chance d'avoir de la visite.

En prison, la sexualité existe. Malgré l'homophobie régnante dans la structure, notamment par l'ignorance, des couples assez insolites se forment, même dans une cellule de 9 m².

Vient alors le moment de « l'extraction » dans le cadre d'une audition avec un magistrat. Le retour de la détenue en Maison d'Arrêt se traduit souvent par une surveillance accrue compte tenu de l'issue chaotique de l'entretien.

On oublie souvent que des femmes donnent la vie en prison. Un départ dans la vie peu ordinaire pour l'enfant mais une chose est sûre, c'est qu'il sera avec sa mère jusqu'à l'âge de 6 mois.

Enfin, les prisons françaises sont dramatiquement « peuplées » d'hommes ou de femmes souffrant de graves pathologies psychiatriques. En 2011, le taux de suicide est alarmant, notamment chez les jeunes détenus alors que d'autres solutions que l'incarcération pourraient être envisagées. En 2000, le numéro d'écrou 9377 a été témoin d'un suicide et de 6 tentatives dans la même cellule en 3 mois, sans compter les femmes atteintes d'épilepsie chronique, soit 2 à 3 fois par jour.

Les bagarres quotidiennes pour des raisons anodines sont également monnaie courante et terriblement violentes.

A sa sortie, la détenue devra « renaître ». Elle doit faire le parcours du combattant, tel que se réimmatriculer auprès des administrations avec son billet de sortie car elle n'existait plus dans la « grande société », rechercher du travail, un logement car elle a tout perdu, elle ira pendant quelques semaines « s'échouer » dans un foyer pour femmes et elle ne sera plus jamais la même. Elle est stigmatisée et pendant des mois, chaque cliquetis, chaque bruit métallique la tétanisera, à la vue d'un uniforme, elle paniquera mais, le matricule 9377 a par introspection découvert d'autres vertus de sa personne, elle se dépassera car elle sait qu'il ne faut jamais baisser les bras."

 

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MON COMMENTAIRE

Le regard social continue à emprisonner au-delà des cellules, l'enfermement est marqué à vie par l'exclusion. Un rejet qui englobe l'entourage du "puni", une léprosité étendue à tout futur devenu quasi inacessible, exposée au regard omniprésent de la justice qui n'en finit plus de punir. Alors à quoi sert la prison, si l'accusé ne paie jamais plus sa dette aux yeux des autres ?  Dès les premiers jours d'incarcération, le système devrait offrir la possibilité aux ex-détenus de retrouver leur place vraie et entière au sein de la société. La prison qui se veut "normalisatrice" invite à la non-normalisation, au nom retour à la vie normale, une schizophrénie aux effets pervers.  Fichés à vie, casier judiciaire,  ils porteront à vie les stigmates d'un séjour carcéral qui rendent illusoire la libération, elle n'est qu'un leurre.  Au Moyen-Âge on marquait visiblement les condamnés pour qu'ensuite la société continue à les juger et reconnaître la force du pouvoir, de nos jours ils sont marqués administrativement, le pouvoir continue à s'exercer au-delà de la période d'incarcération, pour revenir à l'essai de Michel Foucault, "Surveiller et punir", il s'agit plus pour le système de montrer son pouvoir que de rendre à la société un être qui a effacé sa peine par des mois, voir des années de prison.

D'où le clivage ce sont toujours les petits qui paient ou du moins qui ont l'impression de payer, les grandes organisations mafieuses et soutenues par les gouvernements ne sont pas jugées puisqu'elles représentent le pouvoir qui lui n'a pas pour autorité de se juger mais de montrer son pouvoir sur les autres en les condamnant pour des infractions mineures en rapport à ce que les grands pratiquent. La justice ne devrait donc plus être le déploiement de force d'un système, mais démontrer plutôt la volonté de punir puis d'intégrer pour rendre au corps social ceux qui manquent et qui marquent la société par leur absence lourde de conséquence. Parmi les prisonniers nombreux sont ceux qui ont besoin de soins et non pas exclusivement de barreaux.

 

 

Lecture : Michel Foucault, Surveiller et punir, naissance de la prison, Gallimard, 1975

 

 

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