04/10/2011

Nr D'écrou 9377 - Cellule 82, Boîte Prison 69, 0000 L'ENFER

PRISON CODE.jpgTexte écrit par une ex-détenue en passe de devenir une écrivaine talentueuse et qui soigne ses bleus en écrivant !

« Une vie peut rapidement basculer et amener chacun de nous dans les méandres de l'enfer : L'inimaginable, l'irrationnel, une microsociété dans laquelle un individu n'a plus d'identité. Il n'est plus qu'un numéro et appartient désormais à l'administration pénitentiaire. Au-delà des murs, seul le bruit lointain du trafic, de sirènes de pompier lui rappellent qu'il n'y a pas si longtemps, il était lui aussi un acteur de cette société dont brutalement, il  est à présent bien écarté.

Ces enceintes infranchissables, ces barreaux et grillages qui viennent encore assombrir le nouveau quotidien de la détenue, quotidien devenu que souffrance et peur. Ces cris de douleur et de désespoir emplissent ces longs couloirs, caisses de résonnance. Le bruit métallique des clés qui ne font qu'ouvrir et fermer. Ces femmes en bleu à qui tous les rôles sont attribués : psychologues, secouristes et bien sûr  « matonnes »,  « porte-clés »  et qui chaque jour doivent gérer l'enfermement ainsi que la détresse des détenues. Dans leur choix professionnel, elles ont pris perpétuité..123 femmes, 17 nationalités, de la petite voleuse de sacs à main aux crimes les plus abominables. La « gardienne »  ne juge pas mais devient souvent la confidente tout en conservant son devoir de neutralité.

Les plus fidèles compagnons sont les pigeons qui se font rapidement adopter. Toujours ponctuels, dés les premières lueurs du jour, ils viennent partager le petit déjeuner. Ensuite, le moment le plus important, c'est la distribution du courrier. Les 10 jours suivant l'incarcération, les « missives » provenant de l'extérieur, sont retenues afin de bien insister sur le nouveau statut de « non droit » de la détenue. Par la suite, les courriers sont lus par « l'instruction ». Quant au premier parloir, c'est le moment le plus douloureux quand la détenue a la chance d'avoir de la visite.

En prison, la sexualité existe. Malgré l'homophobie régnante dans la structure, notamment par l'ignorance, des couples assez insolites se forment, même dans une cellule de 9 m².

Vient alors le moment de « l'extraction » dans le cadre d'une audition avec un magistrat. Le retour de la détenue en Maison d'Arrêt se traduit souvent par une surveillance accrue compte tenu de l'issue chaotique de l'entretien.

On oublie souvent que des femmes donnent la vie en prison. Un départ dans la vie peu ordinaire pour l'enfant mais une chose est sûre, c'est qu'il sera avec sa mère jusqu'à l'âge de 6 mois.

Enfin, les prisons françaises sont dramatiquement « peuplées » d'hommes ou de femmes souffrant de graves pathologies psychiatriques. En 2011, le taux de suicide est alarmant, notamment chez les jeunes détenus alors que d'autres solutions que l'incarcération pourraient être envisagées. En 2000, le numéro d'écrou 9377 a été témoin d'un suicide et de 6 tentatives dans la même cellule en 3 mois, sans compter les femmes atteintes d'épilepsie chronique, soit 2 à 3 fois par jour.

Les bagarres quotidiennes pour des raisons anodines sont également monnaie courante et terriblement violentes.

A sa sortie, la détenue devra « renaître ». Elle doit faire le parcours du combattant, tel que se réimmatriculer auprès des administrations avec son billet de sortie car elle n'existait plus dans la « grande société », rechercher du travail, un logement car elle a tout perdu, elle ira pendant quelques semaines « s'échouer » dans un foyer pour femmes et elle ne sera plus jamais la même. Elle est stigmatisée et pendant des mois, chaque cliquetis, chaque bruit métallique la tétanisera, à la vue d'un uniforme, elle paniquera mais, le matricule 9377 a par introspection découvert d'autres vertus de sa personne, elle se dépassera car elle sait qu'il ne faut jamais baisser les bras."

 

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MON COMMENTAIRE

Le regard social continue à emprisonner au-delà des cellules, l'enfermement est marqué à vie par l'exclusion. Un rejet qui englobe l'entourage du "puni", une léprosité étendue à tout futur devenu quasi inacessible, exposée au regard omniprésent de la justice qui n'en finit plus de punir. Alors à quoi sert la prison, si l'accusé ne paie jamais plus sa dette aux yeux des autres ?  Dès les premiers jours d'incarcération, le système devrait offrir la possibilité aux ex-détenus de retrouver leur place vraie et entière au sein de la société. La prison qui se veut "normalisatrice" invite à la non-normalisation, au nom retour à la vie normale, une schizophrénie aux effets pervers.  Fichés à vie, casier judiciaire,  ils porteront à vie les stigmates d'un séjour carcéral qui rendent illusoire la libération, elle n'est qu'un leurre.  Au Moyen-Âge on marquait visiblement les condamnés pour qu'ensuite la société continue à les juger et reconnaître la force du pouvoir, de nos jours ils sont marqués administrativement, le pouvoir continue à s'exercer au-delà de la période d'incarcération, pour revenir à l'essai de Michel Foucault, "Surveiller et punir", il s'agit plus pour le système de montrer son pouvoir que de rendre à la société un être qui a effacé sa peine par des mois, voir des années de prison.

D'où le clivage ce sont toujours les petits qui paient ou du moins qui ont l'impression de payer, les grandes organisations mafieuses et soutenues par les gouvernements ne sont pas jugées puisqu'elles représentent le pouvoir qui lui n'a pas pour autorité de se juger mais de montrer son pouvoir sur les autres en les condamnant pour des infractions mineures en rapport à ce que les grands pratiquent. La justice ne devrait donc plus être le déploiement de force d'un système, mais démontrer plutôt la volonté de punir puis d'intégrer pour rendre au corps social ceux qui manquent et qui marquent la société par leur absence lourde de conséquence. Parmi les prisonniers nombreux sont ceux qui ont besoin de soins et non pas exclusivement de barreaux.

 

 

Lecture : Michel Foucault, Surveiller et punir, naissance de la prison, Gallimard, 1975

 

 

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Commentaires

histoire de mon fils a 16ans detenu chez les mineurs commence le depart gendarmerie cachot nenotte insultes par les hommes en bleu
jugement immediat 2mois prison ferme plus de nouvelles pendant 2semaines impossible de savoir ou ce trouve mon fils quel penitencier ? HORREUR POUR UNE MERE enfin des nouvelles arrive je sais ou et mon fils a 200kms de moi ecrire au juge pour visite parloir attendre encore enfin au bout d un mois permission de parloir merci la justice il a pas tuer il a pas fumer de la drogue juste voler une voiture avec ses potes seul lui sera puni dans la societé il a le riche et le pauvre
la prison pour un enfant c est de dire oui a tout jamais refuser aucune visite obeir aux ordres rester dans sa celule toute la journée juste une heure promenade dans la cour
le plus dur pour un enfant c est la sorti on ouvre la grande porte et la suite c est l enfer nous sommes montrer du doigt ont nous rejete
dur pour trouver un boulot j ai jamais baisser les bras pour mon fils il a fait une betise sa arrive a tout le monde et c est arriver dans ma famille
pendant 2mois il et le seul qui a eu la visite de sa mere et sa soeur le autre detenus eux ont été rejeté par leus familles
un jour je vous raconterai ce qui ce passe dans les interrogatoire des garde a vue
ce message je le dedicte a mon fils que j aime

Écrit par : l'indienne | 05/10/2011

"il a pas tuer il a pas fumer de la drogue juste voler une voiture avec ses potes"
Vous ne pouvez pas banaliser le vol comme un fait qui n'est pas grave, si vous la mère estimez que ce n'est rien alors comment éduquer votre fils ? Le vol est grave, le reconnaître par sa mère c'est lui permettre de distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais. Si pour vous ce n'est rien, alors la prochaine fois il continuera à voler puisque ça n'a pas d'importance, voire peut-être un jour tuer.
En tant que mère, vous aussi êtes obligée de reconnaître que votre fils a volé une voiture et que la justice condamne pour cela.

Écrit par : pasbanal | 05/10/2011

Mais enfin "pasbanal", je vous trouve bien banal. Pourquoi parler de drogue ? Et rajouter un peu plus de souffrance à "Indienne". C'est vous qui devriez prendre des biscuits "space cake". Vous n'avez alors jamais eu 16 ans. Et des parloirs, vous semblez ignorer ce que c'est. tant mieux pour vous. Non, voler une bagnole n'est rien par rapport à une vie qui s'échoue au fond d'une geôle. Remettez la "pitance", la "guillotine" en vigueur et vous verrez ce qui arrivera dans notre démocratie. Vous êtes incroyablement intolérante et rikiki dans vos pensée. Posez vous "pasbanal" et réflichissez

Écrit par : kochka | 06/10/2011

pour infos c est le detenu qui a ecrit ses commentaires bonjour je repond a la personne kochka qui j imagine ne doit pas connaitre vraiment les prisons des nimeurs
oui c est vrai on va en tole a 12ans reflechir a quoi ? a la justice au jugement immediat dite moi
vous etes peu etre le personnage qui en face de la realité baisse la tete et qui aimes juste les critiques ?
la drogue oui c est quoi sa j avais oublié que des gosses de 12a vend pour leurs plaisirs peu etre vous me faites bien rire avec votre commentaire
ce que l enfant decouvre en garde a vue je connais sa par coeur vous non vu que vous etes majeur
alors avant de faire votre jugement sur l inconnu regader vous dans une glace et dit moi ce que vous voyez ??
ET EN PENSANT A MOI JE VOUS OFFRES LES BISCUITS

Écrit par : indienne | 07/10/2011

Pour l'indienne : Vous, votre "tôle" est bien cabossée. Bobo a à la tête. Peut être arrêter les biscuits. Et, la garde à vue, je sais très bien ce que c'est. L'attente interminable en se demandant à quelle sauce on va être mangés. Allez courage, fuyons !

Écrit par : kochka | 07/10/2011

quelle tristesse de voire autant de mots dur jusque pour un commentaire
chacun a droit de s exprimer comme il le vois chaque etes humain a son histoire quoi qu il c est passée pour indienne ou pour tout ses mineurs et les autres c est sur le chemin de notre vie
c est la societé c est notre pays c est nos lois

ce qui ce passe derriere les barreaux c est notre histoire notre calvaire .
a par vous qui peut vraiment vous croires ??

Écrit par : jerem | 08/10/2011

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