27/09/2011

Creative writing ou comment devenir écrivain

images.jpegAux Etats-Unis les ateliers de "creative writing" font un tabac. Il y a une technique de narration influencée beaucoup par le conte populaire russe qui à chaque deux pages offre des rebondissements inattendus et qui se transmet par le biais d'atelier. On  reconnaît les serial writers à leur workshop où ils se sont initiés, les plus grands écrivains contemporains sont passés par ces cours, ils les ont suivis ou prodigués eux-mêmes. Philippe Roth, John Irving, Joyce Carol Oats pour n'en citer que quelques uns.

En Europe,  on semblerait plus réticent, on écrit pour se libérer, ou dans des ateliers thérapeutiques, dans les prisons, dans les asiles. Un défouloir, en sorte, l'écriture devient  une béquille médicale ou un acte libérateur.

Et pourquoi pas, dans le fond,  suivre des cours ? Les artistes-peintres peaufinent bien leur talent auprès de leurs maîtres pour affûter leurs pinceaux, acquérir des techniques nouvelles ou des techniques mixtes.

Mais en même temps, j'ai un léger doute, car le travail de l'écriture commence bien avant l'écriture. Très en amont, c'est un parcours intérieur imaginaire qui navigue, cherche dans l'odyssée de l'âme, identifie des  résonances lointaines que l'on perçoit et que l'on fait remonter à la surface. Finalement, lorsqu'on s'installe derrière sa table devant son carnet ou son ordinateur, le travail d'écriture  est déjà fait en grande partie.

Un fait qui surprend, interpelle, des images qui se succcèdent, qui impressionnent, un sentiment curieux qui nous ramène sans cesse vers l'objet de pensée, puis parfois qui se transforme  en histoire, une nouvelle qu'on couche comme pour se débarrasser à tout jamais de ce qu'elle véhicule et qui nous taraude sans relâche.

Ainsi, j'illustrerai cela par   un exemple précis . Il y a quelques jours, je mangeai avec une artiste qui me racontait qu'en Amérique Latine, les cirques animés par des Rroms accueillaient des résistants pourchassés par l'armée. Ils les cachaient sous la piste de cirque où se trouvaient les cages des animaux féroces, certains que les soldats craindraient de s'y rendre. Puis les Rroms  démontaient le cirque, les représentations finies et partaient vers une autre ville, emmenant  les résistants avec eux.

A ce stade du récit, l'imagination se met déjà en branle, j'imagine les résistants pris entre l'armée et les yeux féroces d'un fauve qui crachent du feu,  trembler tapis dans l'obscurité en entendant et sentant le souffle chaud des félins contre leur cou . Entre les interstices de la toile tendue au-dessus de leur tête, ils aperçoivent le spectacle, entendent la musique. Tout n'est que fête. Alors que leur vie  ne tient plus qu'à un fil, ils sont devenus, à leur tour des funambules avançant,  pas à pas,  dans le noir sous les mitraillettes de l'armée. 

Je dessine le cirque dans ma tête , imagine ses artistes , ses funambules, les orchestres, les cymbales bruyantes . Puis je revois les peintures de Chagall où son cirque se joue dans le ciel. Il ne se passe pas un jour sans que je ne rajoute un détail et pourtant je n'ai encore pas écrit la moindre ligne hormis celles-ci. J'ai immédiatement rappelé ma narratrice en la priant de m'en dire davantage sur ce pan de l'histoire de la résistance.

Alors comment devient-on un écrivain  ?  La réponse semble être donnée par Marguerite Duras qui précisait  qu'on commence à écrire son premier roman après le dixème roman publié.  Ce qui revient à dire que l'on finit par  bien écrire à force de transpirer et d'écrire encore et encore.

Maintenant il ne reste plus qu'à savoir pourquoi on écrit et pourquoi se laisser dominer par cette maîtresse envahissante;  l'écriture à qui le temps consacré ne suffit jamais, la chronophage qui dévore votre vie et qui en veut toujours davantage ?

 

 

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24/09/2011

Sur les routes de l’exil

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Monthey- Dans la bibliothèque interculturelle "A TOUS LIVRES" devant un auditoire pluriculturel attentif, je présente mes deux livres qui traitent de l'exil "Les clandestins de ma grand-mère" et "Sarajevo, le poisson rouge". Pour la plupart des personnes présentes, elles sont elles-mêmes réfugiées ou migrantes.

Une Guynéenne poétesse raconte ce jour où elle a réalisé son statut précaire d'exilée, assise dans sa minuscule chambre du Centre de requérants de Vallorbe. Elle ne possédait pour tout bagage, là devant ses pieds, qu'un minuscule petit carton qui ne contenait qu'un habit ou deux dont certains donnés par Caritas.

A 43 ans, voilà toute ma vie, dans ce carton, songeait-elle, elle est là dans ces deux trois affaires éparses. Un long sanglot, elle s'arrête de parler : Excusez-moi !" . Un long  silence plane dans cette chaleureuse bibliothèque sise dans une ferme. Elle ravale difficilement ses larmes.

 

Un autre réfugié de Srebrenica demande au public d'imaginer :" Vous êtes chez vous dans votre pays,  depuis toujours, depuis  plusieurs générations, vous avez votre famille, vos enfants, vos amis, vos voisins, votre travail. Un jour, sans vous y attendre le moins du monde, un plus fort enfonce votre porte et vous fuyez en laissant tout derrière, tout ce qui faisait votre vie.

Imaginez ! C'est impossible n'est-ce pas, ça ne peut se produire et pourtant telle est la réalité.  Votre vie se résume à un minuscule carton dans un pays que vous n'avez pas choisi et dont vous ne connaissez même pas la langue.

Et l'exil, c'est une solitude immense, on avance comme enfermé vivant dans un tombeau, si seul ............................................ ............................................................

 

 

 

 

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22/09/2011

Les assurances, des pachydermes boulimiques aptes à la censure mais plus grave encore .......

pachydermes.JPG Inutile de revenir sur ce cas  qui a déjà fait couler beaucoup d'encre, un blogueur, Haykel Ezzedine qui photographie une affiche MCG qui fustige une assurance, il reprend cette photo sur son blog et se retrouve sous le coup d'une plainte  pénale initiée par l'assurance en question.

Les assurances comme tout le monde le sait sont constituées en lobby puissant, suffisamment puissant pour faire pression sur la société civile au point de faire la pluie et le beau temps et de censurer si nécessaire. On s'exécute, du moins tel est le vœu pieux de ces pachydermes boulimiques.

Une métaphore qui prend ancrage dans une réalité de plus en plus évidente, que entre le loyer, les assurances les impôts, les ménages moyens  y consacrent un 50 % de leur budget, soit 10 % seulement pour les assurances. Les assurances sont aussi propriétaires d'immeubles et n'hésitent pas à augmenter avec autant de célérité de façon scélérate  les loyers.

En général,  lorsqu'on a payé les primes, on n'a quasiment plus les moyens de se soigner et de payer les franchises, les prestations complémentaires et prestations tout court sont soumises à des décisions arbitraires, des refus de prises en charge inexpliqués et incompréhensibles.  Tout le  monde réalise que le prix des assurances augmente et que les prestations diminuent de façon drastique, sans compter la surcharge administrative imposée aux médecins pour qui le métier les  transforme en remplisseurs de CAC (cases à cocher)  des assurances papivores par  excellence, il faut bien nourrir les pachydermes !

Mais plus grave encore , la triste réalité c'est que l'on constate  peu à peu l'inexorable et lente érosion de la  classe moyenne, une classe qui est l'épine dorsale d'une économie saine au coeur de tout régime démocratique. Il y a des signes précurseurs face auxquels il serait temps de réagir promptement. Une classe moyenne tondue comme des moutons mais encore pire, vampirisée, et peu à peu réduite à néant. Elle supporte les augmentations d'impôt, les augmentations de loyer, les augmentations inconsidérées des primes assurances.

Pauvres familles  de la classe moyenne avec enfants,  je vous plains !  Une mère de famille de la classe moyenne travaillant à plein temps avec son mari et qui ne peuvent bénéficier d'aucune aide vient de me confirmer que son niveau de vie s'est détérioré  en quelques années et qu'ils sont passés  à la polenta deux fois par semaine pour remplacer la viande, les vacances et le ski, on oublie. Heureusement, qu'ils peuvent utiliser les comptes à découvert ça leur permet de boucler le mois, mais le 5 du mois suivant ils sont de nouveau au débit du compte.

Le signe évident à l'aube des grandes crises et à la veille des grandes guerres. La paupérisation de la classe moyenne, un élargissement de la classe pauvre toujours plus pauvre avec une élite qui ne cesse de s'enrichir et à qui on continue d' offrir tous les avantages fiscaux , voilà les ingrédients de tous les soulèvements et de toutes les guerres. Une société malade qui ne présentera plus que deux classes, celles des  très pauvres et des  très riches !

Je dédie une grande et profonde révérence irrévérencieuse aux pachydermes boulimiques : les assurances si aptes à la censure et qui nous font penser aux périodes les plus noires de la répression !

 

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19/09/2011

ET LA LIBERTE D'EXPRESSION, BORDEL !

Notre blogueur fétiche de la Tribune de Genève qui a su porter haut voire aux nues le Jet d'Eau de Genève, fidèle sur les blogs du quotidien depuis trois ans  vient d'être condamné pour avoir publié la photo d'une  affiche du MCG qui pointait du doigt certains assureurs.

Après toutes les luttes, toutes les révolutions que nous avons vécues récemment dans les pays du printemps Arabe, faudra-t-il songer à  une "Révolution de l'Edelweiss" pour lever la censure qui se répand sournoisement comme tache d'huile de façon insidieuse et qui s'abat sur les personnes qui n'ont pour mission que celle de faire de façon correcte leur travail, à savoir informer les lecteurs.

La Suisse serait-elle en passe de devenir une République bananière où les lobbies et les puissants peuvent frapper, à tout moment et de manière aveugle et injuste,  des journalistes qui ne font que leur métier de façon consciencieuse et qui rappellent que  le peuple a le droit de recevoir une information juste, claire et transparente ?

Au nom de la liberté d'expression, je soutiens notre co-blogueur Haykel Ezzedine.

 

 

 

 

 

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18/09/2011

La symphonie vivante

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Une petite note joyeuse dans la grisaille ambiante avec en ouverture concerto d'un solfège amoureux pour traiter de l'influence de la musique sur les animaux et les plantes. Quoi de bien étonnant à cela, nous sommes tous des êtres vivants.

Des tests effectués par des psychologues ont démontré quel les rats préfèrent la musique de Bach à la musique rock.

 

Les animaux chantent aussi pour séduire leurs compagnes, tels que les chimpanzés et les rossignols pour qui   chanter les aident à attirer des compagnes; les chimpanzés créent carrément des chœurs pour enchanter leurs tendres moitiés, ils ont compris qu'en se mettant à plusieurs le chant aura plus de chance de porter qu'un chant seul.

 

Certains préfèrent le classique, d'autres des musiques plus entraînantes. Un doux filet musical pendant nos absences rassurent nos animaux domestiques.  Selon une étude, on a observé que des poules écoutant Le Danube Bleu) pondaient davantage, tandis que Bach favorise la lactation chez les vaches.

 

Concernant les  plantes des tribus indiennes d'Amazonie jouaient de leurs instruments pour favoriser la croissance de celles-ci ou imitaient le chant des oiseaux. Même en Europe, les agriculteurs autrefois chantaient devant leurs champs. Un cultivateur chinois a carrément placé des hauts parleurs dans ses champs, au programme musical Symphonie pastorale de Beethoven le matin et des mélodies plus douces l'après-midi à l'heure de la sieste. Il a constaté une croissance plus rapide des plants. Un musicien et physicien français, Joël Sternheimer, a pousé l'expérience jusqu'à créer des séquences uniques qui s'harmonisent à la structure de la plante qui elle, en réponse produit plus de protéine favorisant ainsi sa croissance, a contrario certaines ondes sonores peuvent tuer les plantes.

Fort de ce constat, dans certaines prisons d'Amérique latine, la musique classique est diffusée plusieurs heures par jour par restimuler un peu d'humanité auprès de grands criminels, le personnel pénitentiaire a  constaté une diminution de la violence. La musique nous rendrait meilleurs.

Il suffirait d'écouter très attentivement pour réaliser que tout n'est que symphonie et harmonie, juste réduire le son cacophonique du bruit des humains pour entendre le bruissement de cette grande musique que nous offre la nature avec laquelle nous ne faisons qu'un. La musique du vent et le bruissement des roseaux, la rivière qui gazouille, le chant des oiseaux. Et si cela développait chez nous, la protéine du bonheur ? Tendre l'oreille pour mieux entendre.

Amigos, je vous laisse  ! Je remets les nocturnes de Chopin en écoutant la pluie tomber "qui jouent des claquettes" contre la vitre  et vous invite à visionner une video sur le perroquet qui danse le rock tout en chantant.  Un moment de joie !

 

 

 

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16/09/2011

Gilles-Jacob Lellouche, un Tunisien de confession juive candidat à la Constituante

 

Gilles_Jacob_12_09_2.jpgPatron du restaurant "Mamie Lily" à la Goulette, on peut d'emblée dire qu'il n'a pas sa langue dans la poche. Personnage haut  en couleur  qui manie avec art le sens de l'humour et de la dérision, véritable enfant de la Goulette, gouailleur à souhait,  il  se définit comme un grand gamin pour qui la vie n'a de sens qu'à travers la communication. Non pas la communication qui serait au discours ce que le pois chiche est aux sauces mais celle que sous tend l'envie de transmettre et d'échanger.

En février, il démentait les fausses rumeurs pendant la révolution  en déclarant que tout allait bien "que son restaurant n'avait pas été saccagé et lui pas massacré, qu'il se porte bien et sa mère aussi et qu'il fallait arrêter le déballage de conneries!" et sur la même lancée que "NON le président de la communauté juive Roger Bismuth n’a jamais quitté le pays en abandonnant derrière lui les juifs du pays. NON, le Directeur de la maison de retraite Albert Chiche n’a pas abandonné les petits vieux de sa maison. NON, aucune synagogue n’a été incendiée. NON, aucun restaurant n’a été saccagé. NON, aucun juif n’a été victime d’exactions. Tous les Tunisiens sont embarqués dans la même galère et au même titre que tous les Tunisiens nous sommes en train de ramer pour redresser la barre, et remettre le pays à flot. Juifs et Musulmans nous sommes tous des Tunisiens !"

"Aujourd'hui, Gilles Jacob Lellouche s'inscrit sur la liste électorale de l'Union populaire républicaine (Upr)et ne passe pas inaperçu. Peu ordinaire, l'info fait débat sur le Net et dans les cercles politiques.

Parmi les 8 noms de la liste de l'Upr de Tunis 2, on trouve l'artiste Sadika Keskes à la première place. A la 3e, une autre femme, Boutheïna Mzabi. Et entre les deux on trouve Gilles Jacob Lellouche, un Tunisien de pure souche. Sa seule différence : il est de confession juive. Les Tunisiens sont partagés sur sa candidature, assez inattendue.

Il est Tunisien et c'est de son droit

Interrogée par Kapitalis, Mme Keskes plaide pour son colistier (et concitoyen). Pour elle, il est Tunisien à part entière et la Tunisie se distingue par la diversité et la tolérance. «Nous devons défendre les minorités. Si on veut un Etat juste et démocrate, on n'a pas le droit de regarder si le Tunisien est noir, juif ou chrétien. Sinon on est en dehors de la démocratie et du droit universel», dit-elle, tout en passant en revue le militantisme de M. Lellouche au sein des associations. «Il a toujours travaillé pour le bien des enfants tunisiens sans jamais faire de ségrégation», insiste-t-elle.

Le numéro 3, Mme Mzabi a, elle aussi, deux mots à dire pour contrer certains commentaires déplacés sur le Net (et ailleurs) : «Notre parti est sincère. Du moment où Gilles a la carte d'identité nationale, il est de son droit de faire de la politique. Je ne vois pas pourquoi l'exclure», nous a-t-elle expliqué au téléphone.

La Goulette, jeudi en fin d'après midi. Nous sommes au n° 14 de l'avenue Pasteur, plus exactement au restaurant Mamie Lily. M. Jacob en est le propriétaire. Dans les jardins, l'accueil est méditerranéen avec café turc et tout ce qui suit.

Comment est-il venu à la politique ?

«En tant que Tunisien impliqué directement (et indirectement) dans la révolution à travers Facebook et blog, j'ai vécu au quotidien notre révolution. Je ne peux pas être insensible à ce qui se passe dans mon pays», dit-il. M. Lellouche aime tant participer à l'histoire de son pays, même si ses ambitions sont limitées. «J'ai été contacté par les membres de plusieurs partis dont Ettajdid. Ainsi qu'Ettakatol, mais là dans un esprit d'adhésion. Au final, j'ai choisi l'Upr du Dr Lotfi M'Raïhi. Les membres de ce parti ont eu le courage d'insister pour que je m'implique directement et ouvertement dans leur action», raconte avec enthousiasme M. Lellouche, qui a vite sauté sur l'occasion sans même connaître le programme.

«Au début, ce n'est même pas le programme qui m'a séduit. Mais c'est le parti qui se veut au centre, modéré et contre les extrémismes (de droite ou de gauche) et qui a pour objectif majeur de redresser le pays et de lui redonner un élan pour re-fonctionner normalement à travers des actions concrètes», ajoute-t-il tout en rappelant notamment l'action citoyenne de l'artiste Sadika dans «Chamrou âla dhrahkom» (Retroussez vos manches !), la mise en place des microcrédits et autres actions prometteuses. «En faisant appel à moi, ce parti était déjà en action. Et ce n'est certainement pas pour faire de moi un élément décoratif. Mais plutôt un membre actif dans la vie pratique de ce parti».

L'Upr a le courage de ses idées

L'idée, il la trouve géniale et la démarche courageuse. «Etant de confession israélite, il n'y aura pas d'unanimité autour de ma candidature. L'Upr a le mérite de montrer le vrai visage de la Tunisie pluriculturelle et plurireligieuse».

Quelles sont ses ambitions ? A cette question, M. Lellouche dit qu'il n'en a aucune. Il est déjà impliqué dans le social via Dar Edhekra (la Maison de la mémoire). De quoi s'agit-il ? «L'association a été fondée le 28 février 2011. Son objectif est la sauvegarde et la promotion du patrimoine judéo- tunisien (75% des musulmans et 25% juifs). C'est du boulot. Puis, je sais très bien que je n'aurais pas un siège mais que la classe politique tunisienne puisse donner une place aux minorités. Welleêb thal maâya (le jeu s'est ouvert avec moi)».

Peut-on faire confiance à un juif pour être président ? C'est une phrase qui circule sur Facebook, qu'en pense Gilles ? La réponse a certainement mijoté dans la tête du restaurateur. Calmement, il répond que cette information est à la fois «insultante et inutile». Car, selon lui, notre constitution ne permet pas à un non musulman d'accéder à ce poste. M. Lellouche ajoute aussi, avec un grand sourire : «Lorsqu'on a posé une question à l'ancienne ministre du Sport de France [Rama Yade, Ndlr], en cas d'un conflit entre la France et son pays d'origine, dans quel camp elle se rangerait, elle a répondu qu'elle s'engagerait plutôt avec son pays d'origine. En ce qui concerne les juifs tunisiens, leur pays d'origine est la Tunisie».

Les gens du Livre savent cohabiter

Les islamistes montent dans les sondages, comment appréhendez-vous cette tendance ? Gilles, qui a déjà la réponse sur les lèvres, dit calmement : «L'Islam, de par sa définition, de par ses dogmes et son Livre, a toujours respecté ''Ahl al kitab'' (les gens du Livre). Qu'est-ce qui viendrait aujourd'hui perturber cet ordre, peut-être des velléités politico-religieuses qui dérangeraient les minorités et l'ensemble des Tunisiens ?». Si les islamistes sont de vrais musulmans, ils doivent savoir que les peuples du Livre ont toujours bien cohabité. Le candidat de l'Upr rappelle qu'il est Tunisien depuis 25 générations et que sa famille paternelle est arrivée en Tunisie avec l'invasion turque. Et dans le conflit palestino-israélien, dans quel camp se rangerait-il ? Réponse : «Sincèrement, que Dieu soit avec eux, je veux dire les Palestiniens».

M. Lellouche est sensible à la cause de la Palestine, mais il a d'autres priorités : s'occuper des affaires tunisiennes et sauver son pays. «Nous avons aujourd'hui un défi, c'est reconstruire ''lebled'' (le pays) sur des bases solides», dit le militant.

Il est temps de mettre de l'ordre dans la maison et de s'occuper de nos enfants, estime le membre du l'Upr. «Leur offrir une éducation et une formation saine, penser à leur avenir est une priorité. Ceci ne se fera qu'à travers des actions», ajoute-t-il. C'est ainsi qu'on peut assurer l'avenir et la pérennité du pays, dit encore le président de la Maison de la mémoire.

L'histoire n'est pas un long fleuve tranquille

Une autre chose est importante aux yeux de M. Lellouche : apprendre aux enfants l'histoire 3 ou 4 fois millénaire de la Tunisie. L'histoire n'est pas un long fleuve tranquille. «Il y a des moments pénibles que l'on doit également assurer. Ce qui nous blesse et nous fait peur nous rend encore plus forts», insiste-t-il, avant de se tourner vers le futur.

Le militant semble satisfait de la première campagne qui s'est déroulée à la Marsa et à la Goulette (Boussalsla, Corniche, la Goulette, le Kram ouest et environs). «Pendant la campagne, je porte la "jebbah sakrouda", verte ou en lin, j'aime bien la tenue traditionnelle de mon pays», dit-il avec un brin de fierté.

Pas très loin du métier de son feu père, le patron de la boucherie La Rose blanche du quartier Lafayette de Tunis, M. Lellouche, docteur en gestion marketing (Paris 9 Dauphine) est tombé par hasard dans la restauration. Divorcé, le père de Joachim (dans les finances aux USA) et d'Ava (dans la restauration à Paris) a auparavant monté Made in La Goulette, un atelier d'artisanat en France. «Dans ce métier de cuisine, on fait appel aux 5 sens», dit-il avec un trait d'humour.

La politique est aussi un métier qui demande de la passion, du bon sens et du courage. Et le judéo-tunisien n'en manque pas.

Source : kapitalis.com

et Harissa.com

 

 

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14/09/2011

Oman - Un sultan mélomane

01(@WATG)_B.jpgLe Royal Opera House Muscat, premier Opéra de la péninsule arabique et dont les travaux ont débuté en avril 2007.  sera officiellement inauguré le 12 octobre. Avec ses 80'000 m2 dont la moitié consacrés aux jardins, il  sera prêt dorénavant  à concurrencer la Scala de Milan, le Royal Opera de Londre, mais encore l'Opéra de Sydney ou le Metropolitan Opera à New York. Selon l'architecte du projet, Hamed Bin Abdallah al-Ghazali,  ce projet conçu par l'agence WATG "est unique dans son genre au Moyen-Orient et peut-être même dans le monde». Avec ces allures de palais des mille et une nuits, le somptueux édifice  proche de la mer avec  ses jardins aux formes géométriques cache des trésors de spécificités hautes-technologiques dans le domaine de la construction des théâtres musicaux et de  la pureté de l'écho acoustique. Adaptable au public et conçu pour 1'1'00 personnes il peut-être ramené à de plus petites dimensions par une mécanique complexe pour n'accueillir que 850 personnes.

 

 

Un design qui mélange subtilement l'architecture traditionnelle omanaise et la touche contemporaine. La façade extérieure est recouverte de cristal de rose du désert tandis qu'à l'intérieur le public reconnaîtra le design arabe traditionnel. Les lieux se conformeront aux différentes représentations, soit musicales, par des concerts symphoniques, des récitals, de la  musique de chambre, aussi bien que pour  l'opéra ou la danse.

Le Royal Opéra House de Muscat «  sera un véritable opéra italien du XVIe siècle », souligne la directrice générale, Iman Hindawi,  un lieu de rencontre consacré aux différents courants artistiques orientaux et occidentaux. Pour sa première saison, on nous promet un « évènement musical mondial de premier plan ». Les classiques seront à l'honneur à partir du 12 octobre, avec des oeuvres comme Turandot, dirigé par Franco Zeffirelli, et Carmen de Bizet dirigé par Gianni Quaranta. Les ballets ne seront pas en reste, puisque l'American ballet et le State hermitage Orchestra interprèteront Don Quichotte. La musique arabe sera, quant à elle, éminemment représentée par ses plus grandes voix, comme la Diva Riham Abdul Hakim, accompagnée par le Selim Sahab Arab Music, entre autres.

Le Sultan Qaboos bin Saïd  est un passionné de musique, il avait ordonné la création il y a vingt ans d'un orchestre de musique classique qui compte aujourd'hui, une élite de musiciens omanais qui se produisent partout dans le monde.

Un  mélomane averti qui a pour l'occasion lancé une nouvelle chaîne nommée Oman Classic et qui diffuse de la musique tout au long de la journée.

On se réjouit de découvrir bientôt le secret le mieux gardé de Mascate !

 

 

 

 

 

 

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12/09/2011

Du sultanat d' Oman à l'île de Zanzibar

sayyed-said-bin-sultan-imam-of-muscat-and-oman-sultan-zanzibar.jpgMascate à Oman, le samedi 10 septembre - La nouvelle du  naufrage du ferry à Zanzibar qui se dirigeait vers l'île de Pemba  s'est répandue  comme une traînée de poudre à Oman.  Dans les grandes demeures on s'inquiète, on téléphone, on s'enquiert des noms des disparus. Vous me direz quel lien entre le sultanat d'Oman au sud de la péninsule d'Arabie et Zanzibar  au large de la côte continentale de la Tanzanie ?  Le lien est historique, les arabes d'Oman ont créé leur royaume au XVIIème siècle dans cette île surnommée "Terre des noirs" -"Zinj el Barr"   de l'Arabe "Zinj" qui  vient de "Zang", qui veut dire Noirs en persan et "Barr" de l'arabe signifiant terre. Porte de l'Afrique de l 'Est, le destin historique de l'île est restée liée  à l'histoire omanaise.  « Alizés, boutres, et clous de girofles » brassent, bercent et parfument le sultanat.

 

En 1668, les Omanais débarquèrent  en boutres toutes voiles dehors,  chargées d'épices et d'encens  à Zanzibar mettant fin à  150 ans de domination portugaise  sur la petite île. En 1840,  le Sultan Sayyid Saïd bin Sultan Al-Busaïd,séduit par la beauté de l'île y  transférera la capitale Mascat d'Oman, il  y restera   jusqu'à sa mort. Il lança la culture  des clous de girofle  grâce à la traite des esclaves et portera  aux nues l'essor économique de Zanzibar qui vivra-là son âge d'or.  Elle restera partie intégrante d'Oman jusqu'en 1856 et sera dès lors mise sous l'autorité britannique. Depuis 1964, marquée par une révolution sanglante, elle fera  partie de la Tanzanie.

 

Au sujet de Zanzibar, Marco Polo écrivit en 1295 : "ce peuple a un roi, des richesses, de nombreux éléphants." Toutefois Marco Polo n'aurait jamais été à Zanzibar contrairement au grand voyageur intrépide Ibn Battûta pour qui  trouver  une femme dans chaque port s'appliquait parfaitement et qui  décrivit  la ville  au 14 ème siècle.

Etonnamment, ce sont les Omanais qui apprirent  le Swahili, la langue de commerce de toute la côte est et jusqu'à l'intérieur du continent africain.  Tanzanie, Kenya, Ouganda, Congo, les Omanais étendent  leur comptoir et  élargissent leur réseau commercial.  Les mariages mixtes apportent  la dernière touche de cet entrelacement entre les populations.

Aujourd'hui,  Oman assure trois  vols par semaine vers Zanzibar, à prix réduits pour les Omanais.  De part et d'autre,  des liens familiaux se sont tissés, Les échanges  avec ces anciens comptoirs sont restés étroits. Un tel m'annonce qu'il repart à Dar-Es-Salam en Tanzanie, une telle au Rwanda et Burundi.

Affalée profondément dans un sofa aux coussins tissés d'or, les yeux encore emplis du scintillement d'un lustre de huit tonne en cristal Swarovksy de la mosquée du sultan Qâboos, j 'écoute des Omanais parler Arabe, Swahili, Anglais, Français avec en sourdine, une musique indienne qui provient de la cuisine où deux cuisinières indiennes cuisent des chapatis.   Tandis que le nom de Zanzibar éveille  des rêves de voyages et d'épices , les mots du  marin Bâtâyi dans un long poème me reviennent : « Quand tu suis une étoile ne change plus de cap, reste au milieu du golfe claire et tu auras l'esprit calme et tranquille. Entre au pays du clou de girofle. »

 

Source : Zanzibar its history and its people de W.H Ingrams

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