27/09/2011

Creative writing ou comment devenir écrivain

images.jpegAux Etats-Unis les ateliers de "creative writing" font un tabac. Il y a une technique de narration influencée beaucoup par le conte populaire russe qui à chaque deux pages offre des rebondissements inattendus et qui se transmet par le biais d'atelier. On  reconnaît les serial writers à leur workshop où ils se sont initiés, les plus grands écrivains contemporains sont passés par ces cours, ils les ont suivis ou prodigués eux-mêmes. Philippe Roth, John Irving, Joyce Carol Oats pour n'en citer que quelques uns.

En Europe,  on semblerait plus réticent, on écrit pour se libérer, ou dans des ateliers thérapeutiques, dans les prisons, dans les asiles. Un défouloir, en sorte, l'écriture devient  une béquille médicale ou un acte libérateur.

Et pourquoi pas, dans le fond,  suivre des cours ? Les artistes-peintres peaufinent bien leur talent auprès de leurs maîtres pour affûter leurs pinceaux, acquérir des techniques nouvelles ou des techniques mixtes.

Mais en même temps, j'ai un léger doute, car le travail de l'écriture commence bien avant l'écriture. Très en amont, c'est un parcours intérieur imaginaire qui navigue, cherche dans l'odyssée de l'âme, identifie des  résonances lointaines que l'on perçoit et que l'on fait remonter à la surface. Finalement, lorsqu'on s'installe derrière sa table devant son carnet ou son ordinateur, le travail d'écriture  est déjà fait en grande partie.

Un fait qui surprend, interpelle, des images qui se succcèdent, qui impressionnent, un sentiment curieux qui nous ramène sans cesse vers l'objet de pensée, puis parfois qui se transforme  en histoire, une nouvelle qu'on couche comme pour se débarrasser à tout jamais de ce qu'elle véhicule et qui nous taraude sans relâche.

Ainsi, j'illustrerai cela par   un exemple précis . Il y a quelques jours, je mangeai avec une artiste qui me racontait qu'en Amérique Latine, les cirques animés par des Rroms accueillaient des résistants pourchassés par l'armée. Ils les cachaient sous la piste de cirque où se trouvaient les cages des animaux féroces, certains que les soldats craindraient de s'y rendre. Puis les Rroms  démontaient le cirque, les représentations finies et partaient vers une autre ville, emmenant  les résistants avec eux.

A ce stade du récit, l'imagination se met déjà en branle, j'imagine les résistants pris entre l'armée et les yeux féroces d'un fauve qui crachent du feu,  trembler tapis dans l'obscurité en entendant et sentant le souffle chaud des félins contre leur cou . Entre les interstices de la toile tendue au-dessus de leur tête, ils aperçoivent le spectacle, entendent la musique. Tout n'est que fête. Alors que leur vie  ne tient plus qu'à un fil, ils sont devenus, à leur tour des funambules avançant,  pas à pas,  dans le noir sous les mitraillettes de l'armée. 

Je dessine le cirque dans ma tête , imagine ses artistes , ses funambules, les orchestres, les cymbales bruyantes . Puis je revois les peintures de Chagall où son cirque se joue dans le ciel. Il ne se passe pas un jour sans que je ne rajoute un détail et pourtant je n'ai encore pas écrit la moindre ligne hormis celles-ci. J'ai immédiatement rappelé ma narratrice en la priant de m'en dire davantage sur ce pan de l'histoire de la résistance.

Alors comment devient-on un écrivain  ?  La réponse semble être donnée par Marguerite Duras qui précisait  qu'on commence à écrire son premier roman après le dixème roman publié.  Ce qui revient à dire que l'on finit par  bien écrire à force de transpirer et d'écrire encore et encore.

Maintenant il ne reste plus qu'à savoir pourquoi on écrit et pourquoi se laisser dominer par cette maîtresse envahissante;  l'écriture à qui le temps consacré ne suffit jamais, la chronophage qui dévore votre vie et qui en veut toujours davantage ?

 

 

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Commentaires

Beau texte, Djemâa. Surtout l'évocation du cirque. Très poétique, réaliste et chargée aussi de cette mélancolie si particulière à cet univers où se mêlent pourtant exploits et rêves.

Pour ce qui est de savoir comment on devient écrivain et si ou comment on apprend à le devenir, il faudrait déjà s'entendre sur le terme "écrivain".

Je ne parle pas ici des écrivains publics mais de toute personne qui écrit et se définit comme écrivain.

Il y a des traditions littéraires et des genres. Certains les défendent, d'autres les rejettent ou les transgressent. A voir, à discuter, avec plaisir et si vous le souhaitez.

Bien à vous,

Hélène Richard-Favre

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 27/09/2011

Ce fameux débat entre le fond et la forme ! La forme est-elle toujours au service du fond ?

Écrit par : Franck Leuluche | 28/09/2011

Frank Leuluche, je crois que le débat va bien au-delà de cette distinction entre forme et fond, elle-même, très discutée.

Il y toutes sortes de manières de s'approprier une langue ou une histoire,personnelle ou collective.

Dans ces conjugaisons, se forme l'écrivain.

Sa reconnaissance ou non est issue, pour sa part, de critères de divers types. Socio-culturels, économiques, politiques, religieux, idéologiques et j'en passe...

Cela dit, il y a des tendances, des écoles, des influences admises ou contestées, des prix, bref, la palette est large de ce qui définira ou non un écrivain.

Enfin, ce sont là jetés en vrac différents points de vue et constats qui mériteraient d'être développés bien sûr et/ou discutés!

Bien à vous,

HRF

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 28/09/2011

"La forme, c'est le fond qui remonte à la surface" (Victor Hugo)...

Écrit par : Franck Leuluche | 28/09/2011

Belle citation, Franck!

Un point de vue parmi d'autres à méditer.

Car cette distinction entre forme et fond est une construction, une vision de l'esprit qui distingue ce qui n'a pas lieu d'être.

Victor Hugo le prouve en quelque sorte ici.

Merci de nous dire d'où est tirée cette citation, si vous le savez, Franck

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 28/09/2011

Cette citation vient du Net...

Écrit par : Franck Leuluche | 28/09/2011

Merci Franck!

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 28/09/2011

je pense qu'un écrivain est avant tout une voix qui dessine des paroles dans l'immensité collective, car le verbe et la parole est symbole du peu d'évolution que l'être humain a développé en harmonie avec le ciel,...

et même s'il ne restent plus de gens pour témoigner d'un fait, écris-le quand même, raconte nous ces faits comme si tu étais, puisque tu y étais, car ton inconscient collectif est commun à l'histoire qui t'inspire et aux gens qui vivaient ces faits, parce que dans la vie on devient pas résistants , on t'y oblige et tu ne prends pas de notes pendant que tu vis à cent à l'heure en essayant de survivre,

l'écrivain comme le peintre a le don d’arrêter le temps et de se promener dans le passé en pensant au présent et raconter une histoire non pas se basant sur son contenu, mais dans la relation intime des personnages qui revivent a travers sa plume, et qui cessent de disparaitre, peu importe qui le raconte, car le conte est ancestral et collectif, nous témoignons de notre humanité, nous y sommes dans les cages avec les fauves, nous entendons les pas de militaires enragés sur nos têtes, et on y retourne et ainsi on oublie pas...

des écrivains qui ne savent pas relier ce sentiment collectif dans un contenu qui parcours les veines, son des écrivains qu'on oublie...

la merveille de l'écriture pour moi est celle-la, un moment de communion avec le ciel, une communion avec l'inconscient collectif de l'humanité, ou l'impossible est possible, à travers des mots, tout le reste est secondaire, ...

salutations..

luzia

Écrit par : luzia | 29/09/2011

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