18/08/2011

De pont en pont

num%C3%A9risation0001.jpgUne artiste-peintre, Gloria Antezana, à ma demande,  m'a envoyé un magnifique tableau d'un pont issu de son imaginaire. Ce pont incroyable fait d'humains reliés  les uns aux autres et qui permet de passer de l'autre côté de la rive.  La femme vers l'homme, le Yin vers le  Yang et vice versa.  Un pont par-dessus les haines, les différences, les rivalités, un pont solidaire où tous différents nous parvenons à créer symboliquement accès à d'autres rivages, ceux d'un monde meilleur sans doute et qui nous permet d'aller toujours plus loin embrasser l'univers tout entier.

Les hommes ont toujours été fascinés par les ponts qui repoussent les limites territoriales et qui nous convient à découvrir de nouveaux horizons. Allégorie de la condition humaine, elle montre aussi nos fragilités, un pont qui explose et qui nous réduits par la force des choses  à nos limites bassement terriennes. Invite à l'entre-deux, nous rêvons d'être invités par-delà le pont à un monde imaginaire et féérique. Ponts légers qui nous transportent. Rimbaud leur a consacrés des poème où il chante ces architectures enchanteresses.  "Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent" . On y soupire, on s'y jette. Sous  le pont Mirabeau  d'Apollinaire coulent la Seine et nos amours.

Tandis que Ivo Andric nous transporte sur le pont de la Drina, un pont qui se trouve être héros principal du roman et qui retrace quatre siècles d'histoire de la ville bosniaque, Visegrad.  Un pont en fresque historique où Juifs, chrétiens, orthodoxes le traversent. Les métiers artisanaux disparaissent au profit de nouveaux métiers qui meurent à leur tour.  On y palabre, on y joue aux cartes, grands et petits au fil des siècles qui fraient les uns avec les autres, le pont les accueille tous de façon égale. Personnages principaux et secondaires se croisent et recroisent sur ce pont, une belle fresque de la Comédie humaine.

L'histoire a ses ponts, tel que le  Pont de la Corne d'Or, à Istanbul,  le Pont Galata,  dessiné par Léonardo da Vinci et qui sera refusé par Beyazit II suivi d'un autre projet de Michel Ange qui n'aboutira jamais. Michel- Ange aurait bien accepté de le faire s'il n'avait été menacé d'excommunication par le pape Jules II. Le pont de la rivière Kwaï en Thaïlande prévu pour rallier la Birmanie dans le but d'envahir l'Inde. Sous la férule des Japonais,  sa construction qui devait durer 5 ans a été réduite à 16 mois en faisant travailler des prisonniers jour et nuit, 30'000 alliés torturés pour les faire travailler plus vite à côté de 100'000 travailleurs asiatiques. Mais encore un autre  pont au cœur de la bataille celui de Mostar en Bosnie. Bombardés, explosés, on les reconstruits pierre par pierre, on y meurt, on y laisse chair et sang.

Et des tragédies plus personnelles comme celle racontée au Caire,  l'architecte qui se suicide après avoir constaté qu'il a mal calculé son pont sur le Nil.

A chaque pont son histoire, le Pont sur  la Rade de Genève s'il devait un jour exister fera couler l'encre grise des historiens qui s'étonneront dans un siècle, voire moins, que ce projet ait soulevé tant d'indignation. Mais ce pont est déjà entré dans l'histoire genevoise, son absence même a pris corps dans les annales du temps.

"Il est plus important de créer des ponts que des murs"

illustration de Gloria Antezana © 2011

12:49 | Tags : ivo andric, pont sur la drina, pont de la rivière kwaï | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | |

Commentaires

très beau, merci,

salutations

luzia

Écrit par : luzia | 18/08/2011

Dommage que l'on retrouve plus de couleurs sombres du coté masculin ...

Beau quand même. Bravo Luzia

Écrit par : zélig | 18/08/2011

il me semble que se sont deux femmes...d'un coté l'aube de l'autre le crépuscule ...

il y en a certains qui cherchent le mal par tout, sans même pas demander décident à priori que c'est négatif quelque part...par peur de dire qu'il détestent tout bien qui ne soit pas né d'eux...

ceux-la ne traversent jamais les ponts, ils restent sur le bords à critiquer l'eau qui passe...

par peur d'être enfin en paix avec la vie..

car sans cette peur il n'auraient aucune autre existence..

Écrit par : luzia | 18/08/2011

Ce n'était que mon ressenti Luzia ...

Écrit par : zélig | 18/08/2011

Je sais...

il y du ressenti par tout, certains voient du mal par tout parce que ils ont vécu un problème et il transfèrent la couleur de leur souffrance par tout, par tout il y trouveront ce qui leur permet de justifier par fois une antipathie ou un dérangement, ceci est une excusant..par tout ils y trouvent leur histoire...

l'art est avant tout un lieu ou l'on voit ce qu'on ressens,comme m'a fait remarquer mon amie Djemâa, ou l'on se voit et parfois c'est magique..car on y trouve des chose que le peintre n'avait pas mis, ou même pas imaginé, l'art est création bien au-delà de l’œuvre...

pour revenir au sujet, le pont de mon enfance a été entre un continent et un autre, j'ai du le traverser malgré moi; il y a des ponts qui permettent aux gens de s’enfuir et d'autres qui nous amènent des nouvelles personnes chaque jour, il ne faut pas oublier que un pont avant tout est un lien, ce fameux lien décrit dans les évangiles, je ne suis pas croyante mais je me souviens d'avoir lu cette histoire je ne sais plus ou, un lien qui a relié une femme malade avec jésus à première vue, mais ce sont les hommes qui on avaient bâti ce lien permettant la rencontre qui m'avaient émue..

des nos jours ils existent des vrais ponts en pierre, en bois, en métal, en câbles,suspendus,flottants, mais il y a aussi des ponts virtuels comme internet,la littérature, l'art, tout ce qui amènent le lien est un pont à mon avis, tout ce qui permet de relier une réalité avec une autre..et qui laisse circuler la vérité et la connaissance..

certains y voient venir les agresseurs les envahisseurs, les voleurs, d'autres comme moi, y voient circuler la lumière, de nuit au jour, de l'aube au crépuscule, d'été en hiver, des âmes, des esprits, des rencontres, des miracles du renouveau, regarder ce que cela nous unis et non ce qui nous différencie et culpabilise...

par choix personnel et par réponse à la douleur et à la souffrance j'ai opté pour y voir le coté accueillant du pont et pas le coté vide, sur ce pont j'y vois l'ami arriver avec toute sa différence et non pas l'ennemi envahisseur porteur de malheur..j'y vois l'espoir et l'ouverture ...

sur mon ce pont le pont que j'ai traversé plusieurs fois dans ma vie j'y ai amené tout le courage, le pardon et la merveille de vivre...que j'ai trouvé en allant vers l'inconnu, et j'ai décidé de ne pas garder avec moi les impactes néfastes qui parfois on doit surmonter, parce que lorsque l'on traverse un pont que se soit en pierre ou dans son âme c'est toujours avec espoir et innocence..qu'on le fait ...

petite je traversais en courant un pont local avec ma sœur, nous rions et crions, nos parents nous voyaient disparaitre derrière la monté du pont, ils nous entendaient tout de même, et on revenait transpirées et des fois il y avait des gens qui passaient dans le sens contraire, des chiens, une vache, des charrettes, une fois on a croisé une famille de réfugiés qui venaient de passer la frontière à pieds on a pu seulement pu dire bonjour et notre silence était du respect et compassion, car nous avions parcouru le même pont années avant et ce respect était en " lien " avec notre gratitude pour eux , pour nous,

oui il y a des ponts et des ponts, mais les ponts plus importants que nous traversons ce sont ceux de notre âme....

Écrit par : luzia | 23/08/2011

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