08/08/2011

L'AFGHANISTAN RACONTEE PAR DIMA EX-SOLDAT SOVIETIQUE

 

2007-11-28-19-11-02_0052-copie-1.JPG.jpegC'est le 1er septembre 1987, le jour de la rentrée des classes, la « fête des fleurs » également. Dima n'accompagnera pas sa petite fille de 3 ans à l'école pour rencontrer la future institutrice de sa Macha comme il en avait toujours rêvé.

Il a été mobilisé par l'armée rouge pour intervenir en Afghanistan, un conflit qui s'enlise depuis 1979. Il doit intégrer la 40ème Armée dans le cadre du plan « Chtorm 333 » destiné à maintenir « la paix en Asie Centrale ». Depuis presque 10 ans, cette guerre a fait des milliers de morts, civils et militaires. Ce conflit est en fait entretenu pour alimenter la propagande anti-moudjahidines, des « guerriers saints » mais fondateurs de l'Afghanistan qui est devenu un enjeu économique dans la guerre froide.

Dima a bien conscience qu'il  n'est pas sûr d'en revenir. Il n'a plus de nouvelles de ses copains partis quelques mois auparavant. Encore une fois, l'Ukrainien servira de chair à canon pour les bons « tovaritchis » (camarades) soviétiques. Les hommes désertent dans toute l'URSS pour éviter cet engagement non fondé.

Il atterrit à Tachkent, en Ouzbékistan où il devra faire ses armes. Sur le tarmac, il fait déjà 45 °c. Dima n'aime pas cette chaleur.

Lui et ses « camarades » sont conduits dans un camp militaire « en transit ». Des camions attendent dans la cour de la caserne. A l'appel, la plupart des soldats ne veulent pas embarquer. Ils pleurent et appellent leur mère. Ils savent qu'ils ont peu  de chance de la revoir.

Oui, les « Patchounes » n'ont pas l'intention de se laisser « coloniser », ni par les Soviétiques, ni par les AMIS (Américains). Ils sont chez eux et ont construit leur société, que cela plaise ou pas. Même depuis Alexandre Le grand jusqu'à Brejnev, les Patchounes ont imposé leurs « lois » et l'indulgence, ils ne connaissent pas. Seuls, Genghis Kahn avait su les « driver ».

Dima arrive dans un aéroport près de Kaboul. Il tient la photo de sa petite Macha dans ses mains moites. Dans le camp, les autres soldats ont déjanté. Il y a en un qui creuse avec ses mains pour s'échapper de l'enfer et l'autre qui a vu la vierge.

Le lendemain, à 4h30, Dima doit lui aussi monter dans le « camion ». La plupart de ses compatriotes se sont défoncés avec de l'opium et de la vodka,  toute la nuit. Eux  sont des « Zombis ». Le MI-24 Hind, un hélicoptère typiquement soviétique, s'éloigne de la vie. Il amène les nouvelles recrues dans les montagnes afghanes. Les jeunes soldats n'ont jamais sauté en parachute. Ce n'est pas grave ! On les pousse ! Dima par chance, rebondit  dans un « bouquet d'arbres » qui amortit sa chute. Mais les balles sifflent de toutes parts. Il se réfugie avec deux autres « Tovaritchis » (camarades) dans une petite grotte.

Mais, malgré le « drapeau blanc » que Ivan et Iaroslav déploient, les « Patchounes » après des années d'invasion, ne font pas de concessions. Ils dessoudent les deux « pacifistes ». Dima se cale derrière un rocher, il n'en bougera plus pendant plusieurs jours. Il a faim et commence à délirer. La seule chose en sa possession, c'est l'ouvrage de Tolstoï « Guerre et paix » qu'il lit sans répit.

Après avoir consommé les rations de ses camarades, ça pue la charogne. Ses camarades se décomposent sous un soleil de plomb. IL entend les Migs tournés au-dessus de sa tête mais il ne peut pas se signaler.

Un soir, il voit un berger avec son troupeau de petites chèvres. Il sort aussi le drapeau blanc. L'homme, un « Patchoune » a pitié de ce « spectre soviétique ». Il l'emmène dans sa ferme située un peu plus bas. Dima est sauvé.

Dima retrouva sa famille après 18 mois d'absence. Aujourd'hui, il dénonce le « non fondé » des agressions américaines ou occidentales sur ce territoire. Nul ne peut vaincre les « Patchounes » et c'est pour cela que Ben s'y était réfugié alors que les compromis qu'il avait pris avec la « Maison Blanche » n'avaient pas été tenus.

 

MERCI A  CHANTAL, VOYAGEUSE-BAROUDEUSE  D'AVOIR RETRANSCRIT L'INTERVIEW DE DIMA, EX-VETERAN UKRAINIEN  ET MERCI A DIMA DE NOUS AVOIR MONTRES AVEC COURAGE ET A VISAGE DECOUVERT L'ENFER DE L'AFGHANISTAN

 

 

07:08 | Tags : afghanistan, chtorm 333 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |

Commentaires

Un très chaud merci, Djemâa, de nous montrer que sur le terrain les événements sont si différents de ceux qui sont discutés politiquement dans des bureaux bien sécurisés.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 08/08/2011

Envoyer pareillement des hommes à la mort pour une cause qui ne les concerne en rien est de la boucherie, de la sauvagerie barbare inadmissible au XX ième siècle. Qu'ils désertent et qu'ils sauvent leur peau. Que la boucherie cesse !

Écrit par : patchoune | 08/08/2011

Que la boucherie prenne fin, c'est une honte.

Écrit par : reponse | 08/08/2011

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