18/06/2011

La nouvelle classe sociale : le précariat

images.jpgIls sont jeunes, surdiplômés, ils enchaînent les stages les uns derrière les autres. Un avenir flou, même pas artistique, mais  plutôt l'angoisse qui se nourrit des  couleurs les plus sombres de la palette, Le Courrier International dans son numéro 1075 (du 9 au 15 juin 2011) ,dresse un portrait effarant de cette nouvelle profession : Stagiaire qui se profile dans toute l'Europe et ailleurs. Un stage en espérant l'emploi, un emploi qui finalement n'existe plus. Une analyse point de situation qui laisse songeur.

Au royaume enchanté de Mickey en Floride, les stagiaires sont partout,  impossible de les compter tant ils sont nombreux. Les "cast members" entre 7 et 8'000 viennent du monde entier pour "décrocher les oreilles" c'est-à-dire le papier attestant du stage dans ce royaume désenchanteur. Pas de jours de congé,  pas de congé maladie, ils travaillent comme des forçats souvent tard le soir. Soit, de la main-d'oeuvre bon marché payée au lance-pierre.  Selon une enquête réalisée par Yougov pour l'organisation Internocracy, près d'un dirigeant d'entreprise sur cinq reconnaît prendre des stagiaires pour réduire ses coûts de main-d'oeuvre. Le travail gratuit stade ultime du capitalisme entraîne une déconnection complète entre les notions de travail et de rémunération.  On voit apparaître des stages non rémunérés adjugés aux enchères comme une place chez Versace qui a atteint 5'000 dollars.  Dream Careers vend 2'000 stages dans le monde. Le grand gagnant reste évidemment l'employeur. De mémoire d'homme, on n'avait  jamais vu une telle auto-exploitation.

925242-1096254.jpgCôté Grande-Bretagne où 37% des stages ne sont plus rémunérés (50% aux Etats-Unis) , on constate que la gauche n'a rien prévu, elle a laissé le précariat s'installer de manière inexorable et fait le lit de la montée de l'extrême-droite comme dans d'autres pays industrialisés. On se soulève comme en Espagne,  les indignados veulent tous le changement mais sous quelle bannière politique précise ?  Le 1 er mai, le précariat s'organise sous le label MondoMayDay, c'est la jeunesse du monde entier qui commence à défiler du Japon au Moyen-Orient.  En Grèce, les jeunes défilent sous la houlette de son mouvement Den plirono "Je ne payerai pas". Peur, fragilité, vulnarabilité partagée, même quand on travaille, on n'arrive pas à joindre les deux bouts. La mondialisation néolibérale fait ses victimes, on ne les compte plus, mais ce sont d'abord les jeunes qui sont touchés et qui cherchent des solutions dans des mouvements extrêmes, voire dangereux, on se retourne vers les étrangers, il faut bien trouver des coupables. Selon le Guardian "Si la gauche européenne ne répond pas aux aspirations des salariés les plus fragiles et les plus exposés à la crise, c'est l'extrême-droite qui s'en chargera. Il faut réinventer la trinité progressiste de l'égalité, de la liberté et de la fraternité."

Les gouvernements bénéficient volontiers de cette manne gratuite que représente le stage,  la plus forte concentration se trouve à Washington à la Maison Blanche, en Italie les ministres italiens en usent et en abusent, ni emploi, ni formation en perspective pour ces 200 jeunes par an qui passent par les différents ministères italiens. les ONG sont sur le banc des accusés, elles devraient mentionner des bénévoles et non plus de stagiaires.  Cette nouvelle économie d'emplois dérégulés nous laisssent sans repères.

Au Portugal près de 300'000 Portugais doivent cumuler les emplois pour joindre les deux bouts. Phénomène qui touche aussi les classes moyennes.  Un seul boulot ne suffit plus !

En Croatie, 30,7 % des jeunes sont sans emploi, le pays se retrouve en queue du classement européen. Le droit du travail dissuade les entreprises d'engager, charges sociales trop lourdes. 80% des jeunes commencent par un CDD, ce qui facilite leur renvoi.  Aujourd'hui, 71% des hommes et 50% des femmes âgés 20 à 30 ans vivent chez leurs parents. Ils hésitent à se marier  et avoir des enfants faute de pouvoir se loger entraînant ainsi une baisse de la natalité.  Qui pour payer les retraites dans quelques années à cette allure de dégradation se demande un démographe à la faculté de Zagreb ?

Quelles solutions pour mettre un terme à cette tragédie  ? L'émigration, l'exemple en Suède où chômage des jeunes est le plus élevé avec 25% contre 8% en Norvège,  ceux ci émigrent en Norvège pour prendre les emplois dont ne veulent pas les Suédois , ce sont 80'000 jeunes qui ont émigré ainsi vers un pays voisin où le coût de la vie y est nettement plus élevé.

Le chômage n'est pas une fatalité, on préconise le retour aux grands travaux . Pour Paul Krugman, Prix Nobel d'économie, il serait possible de créer massivement des emplois par la mise en place d'un Work Progress Administration, lancement sur le modèle du New Deal de grands chantiers pour donner du travail aux chômeurs sur des projets utiles au pays. En parallèle lancer des programmes de renégociation des emprunts pour ceux qui se seraient le plus endettés avec la bulle immobilière,  entre autres mesures.  Selon lui "Les décideurs politiques sont en train de sombrer dans un état d'impuissance autoalimenté : plus ils ne font rien, plus ils se convainquent qu'il n'y a rien à faire. Nous qui savons que c'est faux, nous devons tout mettre en oeuvre pour briser ce cercle vicieux ."

Il ne reste plus que l'indignation des Indignados et à nous de nous indigner avec eux !

 

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Résumé d'une série d'excellents articles source : Courrier International/No 1075/du 9 au 15 juin 2011

 

 

 

 

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Commentaires

#spanishrevolution. ¿Hacia la fortaleza?. Todos en la calle. En el camino del cambio constitucional: la Asamblea Democrática Constituyente. Las causas ignoradas del paro. Rebelión ante los desahucios. El Pacto del Euro. El acoso al movimiento 15-M. Idea del Deutsche Bank: caída de Grecia y efecto dominó. La infamia informativa. Otro policía secreta pillado. La guerra secreta en España. Supremo de Wisconsin contra los trabajadores. Ver:
[Vers la force?. Tout le monde dans la rue. Sur le chemin du changement constitutionnel: le Rassemblement Constitutionnel Démocratique. Ignoré les causes du chômage. Rébellion contre les expulsions. Le Pacte de l'euro. 15-M mouvement harcèlement. Idée de la Deutsche Bank: chute de la Grèce et l'effet domino. Infamy informatif. Un autre attrapé la police secrète. La guerre secrète en Espagne. Wisconsin contre les travailleurs. Voir:]

http://aims.selfip.org/spanish_revolution.htm

Écrit par : Dr. Iglesias | 19/06/2011

En Espagne, le rapport Caritas à fin Juin montre que près de 23% de la population de l'Espagne vit au seuil de pauvreté.

Écrit par : Galicia | 19/06/2011

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