21/03/2011

L'amour de clic en clic - 233 jours et des poussières

30+janvier.JPGParis- Un livre iconoclaste repéré au Salon du Livre à Paris et imprimé à compte d'auteur. 233 jours d'échanges email entre deux amants, la naissance d'un amour-passion, un feu d'artifice aux couleurs lumineuses d'une relation qui se déploie, atteint son paroxysme et s'achève, pour mourir, se faner après valses-hésitations.  Il n'y  a qu'un expéditeur qui est la femme et qui nous laisse deviner les réponses de l'homme.

Le email permet une correspondance qui n'a rien à envier aux échanges épistolaires amoureux d'antan, à la différence près que l'autre est juste au bout d'un clic, si proche, si présent bien que virtuel. Une correspondance intime et secrète, puisque tous deux sont mariés, qui s'offre des airs d'indépendance et de liberté retrouvée. A l'ère des nouvelles technologies, on se demande dans quel registre inscrire cette nouvelle forme  de correspondance amoureuse qui peut se targuer d'appartenir définitivement à la littérature, mais d'un genre contemporain qui sied à notre temps.  Dans le fond, rien n'a changé, les mots sont toujours présents, à aller et venir, la syntaxe, la ponctuation, hormis lorsque la femme voyage et que le clavier asiatique l'empêche d'écrire certaines lettres, mais tout y est. Les ingrédients des plus grands épistoliers amoureux sont au rendez-vous.

A l'exception, qu'on ressent comme une frénésie, un bouillonnement incessant, une urgence, qui ne permet pas la distanciation d'autrefois où il fallait des semaines pour recevoir la réponse de l'aimé-ée;  tout fuse, s'enflamme, le titre choisi dans l'objet du email annonce la couleur, il est plus difficile de se retenir, tant il est devenu simple de s'écrire, mais la pensée elle, est là,  intacte, pleine. L'érotisme plane comme une brise légère au dessus d'un clavier, face à un écran lumineux.

"...Je te rencontre, tu me séduis, tu m'attires, je me lis en toi, me lie à toi... " Clic - "..J'aimerais ressentir ce délassement dans tes bras et me laisser emporter par lui, ma peau contre la tienne, sans avoir à me soucier de l'heure guillotine ...." Clic - "Dieu qu'il faut être solide pour transiter ainsi d'un homme à l'autre, d'un amour passionnel à la linéarité conjugale...." Clic.

Une oeuvre originale qui donne à repenser la littérature sous un jour nouveau, peut-on encore s'aimer par email ?  Peut-on exprimer aussi aisément ses sentiments ?  Force est de constater que  l'écriture est la même,  seul  le medium  change.

pour accéder à l'oeuvre : http://www.thebookedition.com/233-jours-et-des-poussieres...

 

Souvenons-nous  des lettres de Georges Sand au poète Alfred de Musset, à lire d'une traite pour les romantiques,  une ligne sur deux pour les plus coquins en commençant par la première ligne, pudibonds s'abstenir  :

 

Lettre de Georges Sand à Alfred de Musset

Cher ami,

Je suis toute émue de vous dire que j'ai

bien compris l'autre jour que vous aviez toujours

une envie folle de me faire

danser. Je garde le souvenir de votre

baiser et je voudrais bien que ce soit

une preuve que je puisse être aimée

par vous. Je suis prête à montrer mon

affection toute désintéressée et sans cal-

cul, et si vous voulez me voir ainsi

vous dévoiler, sans artifice, mon âme

toute nue, daignez me faire visite,

nous causerons et en amis franchement

je vous prouverai que je suis la femme

sincère, capable de vous offrir l'affection

la plus profonde, comme la plus étroite

amitié, en un mot : la meilleure épouse

dont vous puissiez rêver. Puisque votre

âme est libre, pensez que l'abandon ou je

vis est bien long, bien dur et souvent bien

insupportable. Mon chagrin est trop

gros. Accourrez bien vite et venez me le

faire oublier. À vous je veux me sou-

mettre entièrement.

 

Votre poupée

 

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Commentaires

En partant du constat que le prosaïque sujet de l’adultère continue depuis la nuit des temps à alimenter la littérature ; en supposant que la thématique d’une correspondance amoureuse puisse aujourd’hui encore intéresser le lecteur ; en admettant que le style épistolaire jouisse d’un renouveau grâce à la magique immédiateté de la communication virtuelle , je me permets, en toute modestie, de porter un éclairage sur le roman en question, l’échange épistolaire et l’écriture virtuelle.

233 jours et des poussières est un texte hybride, un croisement entre le roman épistolaire à une voix et la publication d’une correspondance amoureuse véritable. Ce texte se veut être un roman, mais un roman vrai à défaut d’être fidèle. Il importe donc peu que l’histoire rapportée soit authentique dans ses moindres contours. 233 jours… est, par certaines inventions ou déformations référentielles, une autofiction que l’éthique ne saurait admettre sans ces modulations. Aussi, seules les lettres de l’auteur sont conservées ; l’absence matérielle d’une moitié de la correspondance est doublée ainsi par l’absence physique de celui qui l’incarne ; il en résulte du point de vue de la narratrice une présence pensée comme une excroissance à la vie réelle et, pour le lecteur, une présence reconstituée par les échos perçus en filigrane dans les lettres de l’auteur.

Dans l’idéal kafkaïen, les lettres devaient établir une continuité sans faille, assurer la présence enchanteresse de l’autre. Cet idéal, qui, par définition est inatteignable, semble presque à portée de plume (de clavier) dans 233 jours… , tant l’écriture se greffe sur l’absence en emplissant chaque particule d’espace vacant. Dès que l’éloignement physique s’impose, l’écriture investit la distance, réinvente la présence, devient aussi nécessaire à l’élaboration de la relation que les rencontres, parvient même à se substituer à elles.
Leur situation maritale ne permettant pas aux amants de 233 jours… de vivre ensemble, la lettre (le email) est également une sorte de substitut à l’existence non partagée, une façon de vivre la vie de l’autre. Une sorte de vie par procuration ou mieux, une double vie. Également prétexte à se raconter, le destinataire est « utilisé » parfois dans cet unique dessein, non seulement afin de servir de public à des bribes de vie d’apparence anodine, mais surtout d’en être le témoin, la confirmation, d’ancrer l’instant dans un temps insaisissable. Dans 233 jours…, la gradation dans l’intensité de l’échange est proportionnelle à la place grandissante de l’écriture au sein de la relation. La lettre finit même par se substituer à la relation en acquérant une indépendance à laquelle elle semblait, dès les premiers balbutiements, prédestinée.
Peu à peu, l’écriture détrône le vécu et s’auto-confère le premier rôle jusqu’à exister indépendamment de la perception/réception de l’autre. Qu’importe que l’autre lise, l’acte d’écrire est en lui-même consolateur, voire rédempteur. L’équilibre subtil entre le vécu et la lettre est essentiel non seulement pour le plaisir de la correspondance mais également pour celui de l’échange vécu, l’un alimentant l’autre dans un mécanisme au rouage parfaitement huilé. Cependant, l’épistolarité a un indéniable avantage sur le vécu ; elle perdure. Le tracé qu’elle inscrit sur le sismographe de l’émotion perpétue le caractère éphémère du vécu en l’inscrivant durablement ; n’est-elle pas en fin de compte l’ultime empreinte, la preuve irréfutable que même une mémoire trouble ne saurait renier ?

Un grand merci à Djemâa pour son intelligente lecture.

Écrit par : Siri | 22/03/2011

AFP - Des journalistes palestiniens de la bande de Gaza ont protesté samedi contre le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle ce territoire, après une attaque des forces de sécurité contre un caméraman.

Une délégation a rencontré le ministre de l'Intérieur du Hamas, Fathi Hammad, après un raid de la police au bureau de l'agence de presse Reuters, dont l'un des caméramans a eu une main fracturée.

Selon les collègues du caméraman, la police cherchait à l'empêcher de filmer les forces de sécurité en train de disperser sur une place proche un rassemblement de jeunes appelant à la réconciliation entre le Hamas et le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, qui contrôle la Cisjordanie.

L'Association de la presse étrangère, qui représente les journalistes étrangers en Israël et dans les territoires palestiniens, a précisé que plusieurs journalistes avaient été attaqués lors de ce rassemblement.

"Lors d'un petit rassemblement, les forces du Hamas ont frappé un caméraman d'Associated Press et l'ont arrêté brièvement ainsi que son chauffeur", selon un communiqué. "Elles ont ensuite mis à sac le bureau de Reuters (...). Des employés ont été battus et intimidés".

Les bureaux des télévisions américaine CNN et japonaise NHK ont fait l'objet de raids similaires, selon l'association.

A l'issue de la réunion avec la délégation, le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, a qualifié l'agression contre les journalistes d'"inacceptable" et réclamé la création d'une commission d'enquête.

Mardi, des dizaines de milliers de personnes avaient manifesté dans les territoires palestiniens pour l'unité entre Palestiniens. Mais même si les deux mouvements semblent prêts à discuter, le Hamas a depuis eu recours à la force contre les manifestants.

L'organisation Human Rights Watch a appelé samedi le Hamas à punir les responsables de ces attaques. Selon des témoins cités par l'ONG, les forces de l'ordre ont utilisé des matraques pour disperser la foule, ont tiré en l'air et ont roulé en moto sur des manifestants.

Écrit par : Corto | 22/03/2011

l echange entre Djemâa et Siri est riche et interessant,stimulant pour penser le rapport entre L ecriture amoureuse etle vécu d une rlation amoureuse dont l acmé serait le plaisir eprouvé et pris a la présence de l etre aimé et a la jouissance que procure le contact de son corps.De ce point de vue l allusion a Kafka presenteune interrqgation insistante . La beauté des lettres a MILENA est indéniable, la puissance des sentiments et l effet produit sur le lécteur est saisissant,a fortiori sur le destinataire.La différence avec Felice a qui kafka sera fiancé 2fois tient ,a mon sens ,outre les singularités propres a l une et a lautre,au fait que Milena etait mariée ce qui rend problématique toute idée de mariage.Kafka avait horreur de la conjugalité.Blanchot écrit a ce sujet:"l intimité conjugale,qui,chez ses parents lui inspira toujours du degout,parce qu elle lui rappelait qu il etait né de la et avait toujours a naitredans la dépendance de ces "choses répugnantes"" .Cest ce qu on appelle la scène primitive et elle semble avoir produit sur Kafka des effets ravageurs. Le rapport entre lettre d amour et présence vécue de l etre aimé est inséparable de sa pathologie propre. Parlant des rapports de Kafka avec les femmes Deleuze a trouvé une expression magnifique pour désigner celui ci :"un vampire anorexique"chez qui toute consommation est devenue impossible.
Je lirai bien entedu le livre que vous nous recommandez, DJemâa ,avec un enthousiasme
si communicatif.

Écrit par : Mamoun Slama | 29/03/2011

l echange entre Djemâa et Siri est riche et interessant,stimulant pour penser le rapport entre L ecriture amoureuse etle vécu d une rlation amoureuse dont l acmé serait le plaisir eprouvé et pris a la présence de l etre aimé et a la jouissance que procure le contact de son corps.De ce point de vue l allusion a Kafka presenteune interrqgation insistante . La beauté des lettres a MILENA est indéniable, la puissance des sentiments et l effet produit sur le lécteur est saisissant,a fortiori sur le destinataire.La différence avec Felice a qui kafka sera fiancé 2fois tient ,a mon sens ,outre les singularités propres a l une et a lautre,au fait que Milena etait mariée ce qui rend problématique toute idée de mariage.Kafka avait horreur de la conjugalité.Blanchot écrit a ce sujet:"l intimité conjugale,qui,chez ses parents lui inspira toujours du degout,parce qu elle lui rappelait qu il etait né de la et avait toujours a naitredans la dépendance de ces "choses répugnantes"" .Cest ce qu on appelle la scène primitive et elle semble avoir produit sur Kafka des effets ravageurs. Le rapport entre lettre d amour et présence vécue de l etre aimé est inséparable de sa pathologie propre. Parlant des rapports de Kafka avec les femmes Deleuze a trouvé une expression magnifique pour désigner celui ci :"un vampire anorexique"chez qui toute consommation est devenue impossible.
Je lirai bien entedu le livre que vous nous recommandez, DJemâa ,avec un enthousiasme
si communicatif.

Écrit par : Mamoun Slama | 29/03/2011

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