28/02/2011

Ce que pense et dit mon ami Ioan - Le chapelet des dictatures

homme-chapeau-meilleures-photos-ombres_144522.jpgCe matin, j'ai croisé mon ami Ioan.  Il semblait plongé dans une  profonde réflexion philosophique, son chien le regardait d'un air compatissant, comprenant combien sont douloureuses les interrogations existentielles, fort heureusement épargnées à sa race, (et encore allez savoir !)

J'étais sur ma  bicyclette, rayonnante, joyeuse comme un pinson :

- Tu m'as l'air bien content ! me dit-il.

- Heureuse, répondis-je. Vive les révolutions, vive la liberté, à bas les dictatures !

Mon ami sourit avec indulgence face à cette joie imprudente, teintée de cette  innocence bienveillante qu'ont les grands optimistes. Une petite lueur ironique pétillant au fond du regard. « Ceci me rappelle une histoire.. » me dit-il.  Il laisse une pause et puis m'invite à écouter la fable suivante d'Esope :

Un renard distrait se laissa emporter par les courants rapides d'un fleuve. Fort heureusement, il parvint à s'accrocher aux branches des berges et résista  tant bien que mal sans parvenir à se hisser hors de l'eau. Une bande de sangsues se collent alors sur tout son corps et se nourrissent abondamment de son sang. Un hérisson compatissant passant par là lui propose de le débarrasser de ses persécutrices.

- Non ! Non ! Laisse-les sur mon corps- se défend le renard. Elles se sont déjà abondamment nourries et elles ne peuvent me tirer davantage de sang au risque d'exploser. Si tu les arraches, de nouvelles viendront, affamées, et me suceront le peu de sang qui me reste... Laisse-les donc sur mon dos, ces sangsues déjà repues.

Après une dictature, une nouvelle dictature un peu comme ces sangsues de la fable ? Pour ces peuples il est urgent de décider ce qu'ils veulent et comment, car, comme dit Joseph de Maistre, en démocratie une nation a le gouvernement qu'elle mérite. Et retenir qu' "une vraie révolution, c'est quand les rôles changent et pas seulement les titulaires. "

 

http://nasredin.blogspot.com/2007/10/sitting-by-watercour...

 

 

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27/02/2011

En direct de Tripoli - "Je ne quitterai pas la Libye, on doit pouvoir compter sur ma génération !"

18h30  - J'ai enfin pu parler avec ma correspondante âgée de 25 ans et qui vit à Tripoli, nous avons dû attendre quelques jours  avant de nous recontacter, elle était plus détendue ce soir, elle termine souvent ses phrases sur un rire cristallin.

"Cette nuit nous avons eu une sacrée frayeur,  à 1  heure du matin, un 4 X4 par pure provocation sillonnait les rues, on entendait des tirs à la kalachnikov, ceci pour  inciter les gens à sortir de chez eux et leur tirer dessus.  Les gens ne sont pas tombés dans le piège, tout le monde a éteint les lumières et personne n'est sorti de la maison. Les quartiers du centre ville sont totalement encerclés. Les habitants ont  opté pour la stratégie du repli, sans arme on ne peut rien faire, alors on ne bouge pas de chez nous.

Vendredi dernier, ça a explosé  dans le quartier Soug Al Jomaa de Tripoli, il y a eu beaucoup de morts.  A partir de 5 heures de l'après-midi, la ville ressemble à ghost City, on  entendrait même les mouches voler.

A la sortie de la prière, près de Gergaresh Road,  ils ont tiré sur la foule alors que les gens priaient encore. Ils fouillent les portables, contrôlent, demande les cartes sim , lorsque  les gens partent à l'étranger, ils filtrent les informations, effacent les photos prises . La salle de congrès a été repeinte spécialement pour le groupe de journalistes venus en Libye et accompagné par Saïf Al-Islam, pour  montrer qu'il ne s'était rien passé, que cette salle n'avait jamais brûlé, manque de pot,  des journalistes de Al Jazeera ont eu le temps de les filmer entrain de repeindre la salle des Congrès. Du reste, ils ont réussi à empêcher l'accès à la chaîne  Al Jazeera,  mais on peut la voir sous d'autres noms, avec des  changements de fréquence réguliers,  on se passe le mot et on arrive à la capter, on contourne ainsi la censure.

Aujourd'hui, je n'ai pas regardé les informations, je sature, je me suis occupée de moi, j'avais besoin de me retrouver seule avec moi-même.

Il manque du sucre, des oeufs, il n'y plus rien dans les supermarchés, plus de provisions, un monde fou devant les banques, pour chercher les 500 dinars accordés à chaque livret de famille.  Le dernier cadeau en forme de pot-de-vin de Kadhafi, nombreux sont ceux qui ne vont pas le chercher. Pour les plus pauvres, c'est une aubaine même s'ils sont contre le régime au moins que ça aille dans leur ventre.

On ne veut pas d'invasion militaire étrangère, on s'est débrouillé jusqu'à présent et on finira seul le travail, l'Europe comprendra les erreurs commises autrefois, son soutien inconditionnel au dictateur.

Less Mercenaires sortent des ambulances des hôpitaux, ils  volent du  sang pour le revendre, ils tuent des médecins. Mon amie a un père  médecin, il a eu tel choc que ses jambes n'ont même pas pu le porter jusqu'aux sanitaires,  il s'est fait sur lui. On emporte les cadavres pour les jeter à la mer pour faire disparaître toutes traces de combats et toutes preuves d'exécutions.

Après Kadhafi ? La Libye sera un paradis sur terre, tout le monde viendra ici, regardez il n'y a pas eu un seul acte de vandalisme malgré les combats.  Le peuple libyen n'est pas un peuple agressif,  c'est un pays très serein dans lequel il fera bon vivre. Voilà l'après-Libye ?  Une vraie  démocratie, Incha'allah ! Après avoir été traînés dans la boue pendant 42 ans, il ne reste plus qu'à se laver et repartir à zéro. C'est un pays riche, chaque libyen pourrait vivre avec 1'000 dollars par jour, le pays est bien situé , on a  la mer, la montagne.

Maintenant la jeunesse libyenne  danse sur  le dernier tube qui passe sur  youtube "Zenga, Zenga!". Les blagues circulent entre nous: on les fait circuler, on chante, on essaie de s'amuser et de faire passer le temps comme on peut, en espérant que tout ceci finisse enfin !

- Quant à moi, "J'ai décidé de ne pas partir ! Si on ne peut pas compter sur ma génération, alors sur qui faudra-t-il  compter ?

 

Elle remercie encore tous les blogueurs et les manifestants pour leur soutien, ça fait du bien à l'âme.

 

 

 

 

 

 

 

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Berluskon ne faisait pas autant de manières avec les jeunes Marocaines

lampedusasara.pngA Lampedusa - C'est un spectacle hallucinant que nous offre les policiers italiens dans la façon de recevoir le flot de migrants.   Des "policiers portant béret, rangers, arme, mais aussi masque et gants blancs, comme pour se protéger d'une éventuelle maladie contagieuse. La gestion des migrants ou la gestion des déchets pestilentiels, on se pose franchement la question ?

 

 

 

 

M_Id_196543_Berlusconi_Ruby.jpg

 

Berluskon ne faisait pas autant de manières avec ses clandestines marocaines mineures, il en reste combien encore sous son lit, et si on allait aussi voir le flux migratoire de ce côté- là  et sans prendre de gants ?

 

A travers les bunga-bunga parties, c'est le vieux relent raciste et xénophobe des sexualités primitives qui perdure chez les cerveaux  primaires dont naturellement ceux de Berluskon et Kadhakon;  entre deux cerveaux primaires leur entente était parfaite.

 

 

 

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26/02/2011

Ce que pense et dit mon ami Ioan - Les différents points de vue

homme-chapeau-meilleures-photos-ombres_144522.jpgMon ami Ioan aime penser ; une sorte de Socrate, mouche de coche des temps modernes, le chapeau vissé sur la tête et rabattu sur les yeux, il a toujours l'air de réfléchir, indomptable, une espèce d'inspecteur Colombo de la pensée, surtout de la vôtre. Il adore chercher, farfouiller, analyser, vous pousser l'air de rien dans vos derniers retranchements. Tel l'inspecteur, il pose sa question d'un air innocent, et vous plongez directement, sans même vous en apercevoir, au cœur de questions incontournables qu'on ne se pose pourtant jamais.

La dernière en date. Il lance :

« Alors qu'en penses-tu ? » (Peu importe le sujet.) Je donne mon point de vue, malheur à moi. « Un seul point de vue ?! » dit-il.  Mais encore, il m'invite à songer plus loin, autrement, sous un  autre angle. Finalement, il me tend une perche............m'indique une piste.

« Sais-tu à quoi on mesure l'intelligence ?  A la capacité d'avoir plusieurs points de vue sur un sujet et la façon dont tu les appliques à quelque chose ou quelqu'un.  La bonne nouvelle,  me rassure-t-il,  réside dans le fait que tu peux t'améliorer  quand tu multiplies tes points de vue. Le plus de points de vue le plus d'intelligence."

  
http://wisdom.tenner.org/blog.html

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23/02/2011

En direct de Tripoli - Nous n'avons même plus peur !

En direct de Tripoli  20h  - Ma correspondante a 25 ans

"Nous sommes enfermés à la maison, située dans un immeuble du centre-ville ,  pas loin de Gergaresh Road. Je  suis avec ma  tante et mon jeune frère. Nous avons pu faire des provisions de première nécessité, en Libye, dans toutes les maisons ou appartements, il y a une pièce affectée à la conservation des provisions et des conserves souvent bien approvisionnée et nous avons acheté plusieurs bonbonnes de gaz, les prix ont quadruplé. Près de nous,  la salle de Congrès est partie en fumée, il y a 3 jours, depuis c'est une fumée tenace en permanence qui nous fait tousser. Des avions militaires survolent la ville, à basse altitude dans un bruit effroyable.  Tandis que la ville est remplie de militaires,  impossible de sortir de chez soi. Sur Gorgee road, il y a des  manifestations pro-régime, un nombre ridicule de participants qui s'amenuise tous les jours. On sent la fin venir, mais le dernier chapitre nous coûtera cher, il nous plongera dans un bain de sang. Les hôpitaux sont surchargés, nous avons amorçé le virage  du non retour.

Nous sommes déçus par les chaînes françaises que nous avons contactées, hier, après une heure d'attente, on nous a finalement  annoncé  qu'on allait nous rappeler, personne ne nous a contactés depuis , nous nous  sentons très isolés. Hier, j'étais très déprimée !

On a entendu parler de 2'000 cadavres à Benghazi, des gens morts partout en Libye, les femmes et les enfants restent cloîtrés chez eux.  Les gens risquent leur vie tous les jours à se rendre visite. Kadhafi a menacé de faire fouiller maison par maison , quartier par quartier, les menaces sont  pesantes. Nous avons organisé notre  propre sécurité dans les quartiers,  les gens s'organisent, surtout les jeunes. Ici, c'est comme dans le film Matrix, on ne sait pas qui est l' agent potentiel à la solde de Kadhafi et sous quelle forme il apparaîtra.

Les policiers se sont ralliés au peuple, ce sont des milices privées  déguisées en policier qui agissent en leur nom dorénavant.

Personne  n'a rien vu venir.  Suite aux événements en Tunisie et en Egypte, dans ce pays soumis à dictature depuis toujours , on ne pouvait pas imaginer cela un instant. J'avais parié mon salaire, que ça ne bougerait pas en Libye, je crois avoir perdu mon pari. Mais nous, contrairement aux deux autres pays, nous ne payons pas le même prix, le sacrifice est incomparable.

Toute la Libye  semble s'être rangée du côté des manifestants, à l'exception de Tripoli où des mercenaires des pays de l'Est, Serbes entre autres  et Africains s'en prennent aux gens. L'armée est inutile car désarmée. Les soldats n'ont droit qu'à  une  seule balle,  que voulez-vous qu'ils  fassent ? L'armée ne peut donc pas soutenir le peuple.

Les chaînes Al Jazeera, Al  Hurra , NB soutiennent vraiment l'information et consacrent une grande partie de leurs émissions à la Libye,  c'est ainsi que nous sommes informés, vraiment on les remercie.

Nous avons été déçus par  Saïf Al-Islam , on le croyait meilleur  que le père , on a juste découvert qu'il n'en était que sa prolongation . Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre. La claque !!! Ils sont tous issus de la même graine.  Mais on constate aussi que Kadhafi semble très isolé. Le seul espoir c'est que sa garde proche se retourne contre lui et l'achève. (La Tante rajoute qu'elle aura bientôt son anniversaire et la seule chose qu'elle demande en guise de cadeau et qu'elle s'en contentera , c'est le départ de Kadhafi, Inch'allah !)

Toutes les forces sont concentrées sur Tripoli.  Ici, tout le monde essaie de résister, nous recevons des crédits sur nos téléphones portables offerts on ne sait même pas par qui et qui nous aident bien.  Les  lignes téléphoniques sont brouillées, mais lorsqu'on en tient une, alors elle fonctionne bien. De nombreux Libyens inquiets ont tenté  de rentrer au pays, mais ils  ont été renvoyés . Un Libyen a quitté le Caire pour rejoindre sa future femme, il a été renvoyé à la case départ.

Toutes les Libyens  ont été torturés d'une façon ou  d'une autre ou réduits au silence, on n'a plus le choix, il faut continuer  avec dignité . On n'a même plus peur, point de non retour, s'il faut en finir, autant en finir avec dignité, si on s'arrête on payera le prix fort, alors allons-y battons nous de toutes nos forces  ! Payer pour payer, on payera pour notre liberté et pas pour mourir ! Non ! Nous n'avons plus peur !!"

 

Si vous le souhaitez, soutenez-les en laissant des commentaires encourageants,  posez vos questions, je les transmettrai et répondrai sur ce blog demain soir, je reste discrète sur la façon de procéder  !!

 

 

 

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De Herostrate à Kadhafi : Les innommables

khadafi_addis[1].jpgPour assurer son immortalité, *Herostrate  en juillet 356 av. J-C,  incendia le temple d'Artémis  à Ephèse, lieu sacré considéré comme une des sept merveilles du monde.  Tout ceci afin de faire parler de lui et attirer les regards de tous. A défaut d'être glorieux , il devint un incendiaire et pourtant naquit ce même jour un Alexandre le Grand qui lui fera définitivement de l'ombre.  Pour le punir, voué aux oubliettes, après son jugement la cité interdira de le nommer, il devient l'innommable.

Le Kadhafi est sans conteste l'Herostrate des temps modernes, fou de sa gloire, d'un ego surdimensionné, le peuple libyen n'existe plus à ses yeux, il est prêt à l'achever à coups de machettes par des mercenaires engagés à l'étranger pour continuer à trôner au-dessus de tous et de tout, à brûler non pas un temple, mais le pays tout entier, à sacrifier tout un peuple de la façon la plus machiavélique.  Le peuple libyen a disparu face au narcissisme démoniaque d'un homme devenu fou de pouvoir, d'un tyran aveugle, uniquement émerveillé par sa propre gloire, décadente du reste.

Usons du même sort, faisons disparaître à tout jamais le nom du monstre,  devenu l'innommable, trouvons-lui des surnoms "Le Roi déchu des Africains"- "Le fou du désert" "Le scorpion des sables" - "Le roi sanguinaire" tout, à l 'exception de son nom

K..................est devenu innommable !!!!!

 

*Herostrate ou Erostrate ou  Erostratos, en grec ancien Ἡρόστρατος

 

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21/02/2011

Frères Libyens , nous soutenons votre Révolution !

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Pour chaque goutte de votre sang versé, nous verserons nos larmes. Peuple libyen en révolte, nous soutenons votre droit à la liberté, ne vous laissez pas impressionner par les discours menaçants du voyou Saïf  Al-Islam qui vous menace dans votre chair, tandis que son père se serait  peut-être déjà réfugié au Vénézuela, caché entre les deux seins généreux de son garde du corps Ukrainien, le Berger des Syrtes aurait ainsi abandonné son troupeau, tout lâche qu'il est.

Le monde entier vous soutient dans vos revendications, ce n'est plus qu'une question de jours, lorsqu'il y a autant de morts, on ne peut plus renoncer,  vous avez le devoir d'aller  jusqu'au bout.

Le Che Guevara disait que dans une révolution on doit triompher ou mourir, alors mes frères,  Triomphez ! Triomphez de la façon la plus digne et la plus grandiose.

Vive la révolution libyenne !

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20/02/2011

POUR UNE TUNISIE LAÏQUE

En aucun cas les islamistes n'ont contribué à la révolution, je suggère  donc qu'ils continuent à rester planqués chez eux, ils ne feront pas la loi en Tunisie et nous y veillerons.  Les actes extrêmistes doivent être sévèrement punis, ils sont peut-être encore l'oeuvre des pro-benali (Ben Ali serait déclaré  mort) qui souhaitent déstabiliser ainsi le nouveau régime de transition,  semer la zizanie et le décrédibiliser aux yeux du monde entier.

Une manifestation s'est déroulée samedi à Tunis pour dénoncer plusieurs incidents avec des islamistes qui s'en sont pris à une rue dédiée à la prostitution et à la mort d'un prêtre polonais, le prêtre, âgé de 34 ans, a été retrouvé mort, égorgé dans le parking d'une école catholique.  «Arrêtez vos actes extrémistes», «Laïcité = liberté et tolérance»... scandaient les manifestants.

Les poussées islamistes sont  à craindre et les risques de dérapage sont très forts. Il est temps de rappeler que la Tunisie veut s'afficher comme pays tolérant qui refuse le fanatisme, il est temps de renforcer la laïcité dans la loi, c'est un combat à mener de suite. Avant que la pieuvre fanatique n'enserre et étouffe un pays en quête de liberté.

En Tunisie plusieurs  mouvements ont dénoncé ces agissements dont Ennahda . Emboîtant le pas au ministère de l'Intérieur, le département des Affaires religieuses a, à son tour, condamné samedi cet "acte criminel" et appelé "instamment les hommes de religion et les composantes de la société civile à agir avec détermination pour éviter que de tels actes se reproduisent".

 

Dans un communiqué diffusé par l'agence gouvernementale TAP, "le ministère des Affaires religieuses réaffirme son attachement au principe de coexistence entre les races et les nationalités et à la liberté du culte aussi bien au niveau des croyances qu'au niveau des pratiques", et ce "conformément aux idéaux et à l'esprit de la grande révolution du peuple tunisien".

Vendredi, le ministère de l'Intérieur a accusé "un groupe de terroristes fascistes d'obédience extrémiste d'être derrière ce crime, comme l'attestent la façon dont il a été assassiné". Il a assuré que les auteurs de ce "crime odieux" et leurs complices seront "sévèrement punis ".

Mettant l'accent sur "les valeurs d'ouverture et de tolérance dont le peuple tunisien, toutes catégories confondues, est imprégné", le communiqué "appelle les autorités compétentes à faire la lumière sur les circonstances réelles de cet acte et ses auteurs afin d'éclairer l'opinion publique avant d'adresser des accusations" à quelque partie que ce soit.

Dans un autre communiqué, il se démarque par ailleurs des incidents antisémites survenus dernièrement devant la grande synagogue de Tunis ainsi que des manifestations d'éléments islamistes ayant ciblé des points de vente de boissons alcoolisées et des maisons closes, y voyant des "atteintes aux fondements de la démocratie qui sous-tendent notre société"

Dans cette période de transition, les minorités religieuses doivent être spécialement protégées et tout acte à leur encontre être sévèrement puni. Il est temps de rappeler que la Tunisie sera et restera un pays laïc où  chacun doit pouvoir marcher dans la rue ou pratiquer sa religion sans être menacé.

 

 

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19/02/2011

La "réclame" à la Foire du livre de Bruxelles

colporteur.jpgVendredi matin- 4h30, les pare-brises de la voiture sont gelés, les roulettes de ma valise , pleine de livres emmaillotés pareils à des bébés,  résonnent dans  ce matin rempli encore de nuit glaciale.

Je claque des dents, tout ça pour aller "faire de la réclame" sur mon dernier bouquin "Sarajevo, le poisson rouge" à Bruxelles lors d'une dédicace. Semblable à ces colporteurs, autrefois,  qui vendaient des balais-brosses d'un village à l'autre,  je pars faire connaître la dernière nouveauté.

Dans une grande fabrique aux briques rouges Tour & Taxis, les stands sont serrés les uns contre les autres, la voilà ma table. Sagement assise derrière ma pile de livres , les paupières lourdes de sommeil, au fur et à mesure des heures, je m'éveille et observe  le ballet. Des classes entières qui défilent, les écoliers leur papier de la piste au trésor vous demandent de les aider. Qui a assassiné Monsieur John dans une baignoire ? Mince, ce n'est pas moi, le mien s'appelle Georges et meurt au salon.  Mon voisin de droite ne cesse de déclamer ses poèmes, à des groupes entiers de jeunes filles émues aux larmes, elles applaudissent le poète. Quel espoir magnifique de voir ces jeunes adorer la poésie, elles courent chercher d'autres copines qui ont entre 12 et 14 ans, elles se plantent devant mon voisin d'à côté  et , à leur tour veulent entendre ses sonnets, généreux, il les déclame, à chaque fois, avec autant de passion et d'enthousiasme.

A ma droite un vieux monsieur très digne vient de publier un livre sur l'art de vieillir, il est psychanalyste. Des personnes âgées viennent parler de la vieillesse, enfin, s'exprimer sans tabous, interroger. "Vous comprenez vieillir c'est accepter de revenir à l'essentiel, c'est un retour sur soi, on voyage moins, nos mouvements sont réduits , nous sommes encore plus proches de nous-mêmes comme jamais. C'est une chance peut-être,  souvent aussi accompagnée de douleurs " me glisse-t-il entre deux visiteurs.

A mon tour, je visite les stands et achète deux ouvrages sur le stand "Lettres israéliennes " - Amos Oz - Seule la mer et Les Arabes dansent aussi de Sayed Kashua, je demande quelques éclaircissements sur un dicton inscrit sur un des livres "Deux Juifs dans une pièce, donnnent trois avis", on interprète, on discute, chacun donne son sens, on finit par parler d'arguments et contre-arguments.  Chacun y va de son interprétation. Un peu plus loin, je choisis un livre de poésie.

De retour sur mon stand, un homme m'achète mon autre ouvrage , "Trou dans le CV et Vue sur la mer", une bouffée d'air selon lui après 15 mois en clinique psychiatrique. J'offre le livre sur "Sarajevo" à un éducateur de prison (je n'ai pas le sens des affaires paraît-il )

Finalement à la fin de la journée, je conclus que les lecteurs veulent des réponses, sur l'amour, la vie, la mort. Non plus  des questions existentielles aux réponses vagues et incertaines, mais de vraies réponses qui engage celui qui les donne, voilà ce qu'ils veulent, ils sont en quête urgente de réponses claires et précises:  comment grandir, comment vieillir, comment vivre sans travail, affronter la maladie, le divorce, le fait d'être mal aimé, comment élever ses enfants, toutes ces interrogations angoissantes dans un monde qui devient toujours plus complexe. Soit, des recettes pour tous les jours et pour toutes les situations.

Je repars troublée, et si j'écrivais un jour "100 réponses faciles pour 100 questions difficiles" sur toutes ces situations qui nous taraudent et devant lesquelles nous nous sentons si démunis..............

La valise presque aussi chargée que le matin, je rentre avec Easyjet sur le dernier vol , une heure de retard, à l'arrivée à Genève,  c'est une fatalité incontournable avec cette compagnie , je pratique tout de suite  l'attitude zen  en soupirant : "Easy to leave, hard to come back" c'est mon dernier coup de pub Easyjet ,  un brin philosophe.  Être pressée pour quoi faire ?

 

Quelques mots sur la lecture solidaire- une bonne initiative de la Ligue braille belge  le but consiste à lire des passages d'un livre à l'attention des aveugles, des bénévoles passent par le studio son pour enregistrer le passage lu. J'ai choisi un texte de Juliette Nothomb, cuisinière belge et grande soeur d'Amélie, "La cuisine d'Amélie"  et lis une métaphore entre cuisine et littérature. "La métaphore, c'est la mauvaise foi; c'est mordre dans une tomate et affirmer que cette tomate a le goût du miel, ensuite manger du miel et affirmer que ce miel a le goût de gingembre, puis croquer du gingembre et affirmer que ce gingembre a le goût de la salsepareille, après quoi........."  J'imagine l'aveugle qui tend l'oreille à écouter cette voix qu'il ne connaît pas et qui lui vient de Suisse, à l'accent mâté, une voix juste de passage pour un jour mais on la laisse derrière soi, sa voix, on la prête à ses yeux qui ne voient pas. Il y a quelque chose d'émouvant dans cette solidarité, des voix pour des yeux !

 

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13/02/2011

Portrait du décolonisé d' Albert Memmi - à lire de toute urgence !

albert5.jpgA l'heure des soulèvements en Tunisie, en Egypte et espérons bientôt en Algérie, l'ouvrage  corrigé et augmenté d'une postface de "Portrait du décolonisé"  publié en 2004 d' Albert Memmi, écrivain tunisien de langue française,  brille d'une manière exceptionnelle  dans le contexte actuel.  Le lecteur,  au regard des derniers évènements,  peut appréhender,  dès lors, l'oeuvre sous un jour nouveau. Visionnaire, Albert Memmi  a analysé et décrypté avec une absolue justesse les mécanismes des dictatures post-coloniales.

50 ans après l'indépendance, rien n'a changé sinon en pire. Partout la corruption et la tyrannie, la misère autant de plaies purulentes qui accablent les jeunes nations pour lesquelles les ex-colonies montrent une complaisance complice et silencieuse, aveuglement coupable.

 

Simple changement de maître, le colon est remplacé par le dictateur parfois plus tyrannique et dont l'élite avide à laquelle il appartient s'approprie des privilèges sur le dos du peuple, souvent encore ignorant et superstitieux. Albert Memmi décrit cette corruption de façon si juste, lorsqu'on voit comment Ben Ali et sa clique ont pillé la Tunisie :  le bakchich érigé en institution, depuis l'agent de police à qui le marchand de légumes doit sacrifier une partie de sa récolte, on voit avec le drame de l'immolé de Sidi Bou Zid où cela a mené, à l'immolation du jeune Mohamed Bouazizi, verser des dividendes aux fonctionnaires corrompus pour obtenir des licences d'importation. Cette corruption à tous les niveaux qui décompose le tissu social, et le fragilise. Pots-de-vin, bilans truqués, grands chantiers entamés jamais terminés, montages financiers bidons sur lesquels le gouvernement ferme les yeux. Entre 40 et 80 % des revenus sont placés à l'étranger sur des comptes secrets. Toutes ces malversations qui finissent par tuer l'économie et mettre des générations entières au chômage.

 

Potentats soutenus par des parrains occultes et qui n'ont qu'un objectif celui de durer et de prolonger ad vitam ad nauseam par le biais d'un fils, d'un proche, d'une famille nombreuse, fils, neveux,  mis à la tête d'entreprises fructueuses, avec une cohorte de prête-noms si nécessaire.

Quadrillage policier,votes terrorisés, élections truquées avec des résultats si flagrants qu'on en sourit. Et ces dictatures savent utiliser tous les outils modernes de communication qui n'ont pour seul objectif que de chanter leurs louanges.

Le dictature doit s'allier avec les religionistes et les généraux, une alliance fragile en poker menteur, à savoir qui finira par avoir la peau de l'autre.  Le tyran a besoin de l'armée, mais l'inverse n'est pas vrai. On l'a observé en Tunisie et en Egypte. L'armée est apte à s'imposer.

Dans le fond,  les pays décolonisés ne se sont pas débarrassés du colon, ils le reproduisent sous les traits du tyran qui prolonge le travail de l'intérieur tout en restant dépendant et soumis aux ex-métropoles qui laissent faire la tyrannie pour autant qu'elles y trouvent leur compte. Le silence complice de la France sous les coups de matraque des sbires de Ben Ali est une démonstration cinglante de ce qu'avance l'auteur.

Dans ce maelström, les intellectuels brillent par leur silence éloquent, à quelques exceptions près.

Entre fiction et réalité quelles perspectives pour la suite de la post-post décolonisation de  ces pays qui revendiquent leur liberté tout en laissant de nouveaux maîtres s'imposer par la force ? Après la poudre de perlinpin et des promesses vagues, on continue à passer d'une dictature à l'autre, d'un tyran, à l'armée, puis à la religion des enturbannés.  Comment sortir d'une léthargie d'homme soumis pour accéder à une liberté pleine et entière où chacun trouvera sa place, femmes, hommes, minorités dans un monde de tolérance et de respect  ?

Autant de questions, autant de pièges qui s'imposent au décolonisé. Comment se réapproprier son destin propre sans être récupéré sans avancer à reculons, tout en s'aliénant davantage sur fond  de violence au nom de quelque mythe suranné.

L'oeuvre d' Albert Memmi a été reçue froidement à l'époque de sa sortie, rendez-vous radiophoniques annulés, journalistes qui se décommandent à la dernière minute, ses vérités dérangent.  Il dissèque avec une précision toute chirurgicale les mécanismes de l'échec post-colonial. A le relire, il suffit de mettre aujourd'hui des noms, un Ben Ali,  un Moubarak et nous y sommes en plein dedans.

Merci Albert Memmi, vous êtes un grand Tunisien courageux et digne, vous aviez juste quelques années d'avance comme tout visionnaire  !

 

 

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