19/02/2011

La "réclame" à la Foire du livre de Bruxelles

colporteur.jpgVendredi matin- 4h30, les pare-brises de la voiture sont gelés, les roulettes de ma valise , pleine de livres emmaillotés pareils à des bébés,  résonnent dans  ce matin rempli encore de nuit glaciale.

Je claque des dents, tout ça pour aller "faire de la réclame" sur mon dernier bouquin "Sarajevo, le poisson rouge" à Bruxelles lors d'une dédicace. Semblable à ces colporteurs, autrefois,  qui vendaient des balais-brosses d'un village à l'autre,  je pars faire connaître la dernière nouveauté.

Dans une grande fabrique aux briques rouges Tour & Taxis, les stands sont serrés les uns contre les autres, la voilà ma table. Sagement assise derrière ma pile de livres , les paupières lourdes de sommeil, au fur et à mesure des heures, je m'éveille et observe  le ballet. Des classes entières qui défilent, les écoliers leur papier de la piste au trésor vous demandent de les aider. Qui a assassiné Monsieur John dans une baignoire ? Mince, ce n'est pas moi, le mien s'appelle Georges et meurt au salon.  Mon voisin de droite ne cesse de déclamer ses poèmes, à des groupes entiers de jeunes filles émues aux larmes, elles applaudissent le poète. Quel espoir magnifique de voir ces jeunes adorer la poésie, elles courent chercher d'autres copines qui ont entre 12 et 14 ans, elles se plantent devant mon voisin d'à côté  et , à leur tour veulent entendre ses sonnets, généreux, il les déclame, à chaque fois, avec autant de passion et d'enthousiasme.

A ma droite un vieux monsieur très digne vient de publier un livre sur l'art de vieillir, il est psychanalyste. Des personnes âgées viennent parler de la vieillesse, enfin, s'exprimer sans tabous, interroger. "Vous comprenez vieillir c'est accepter de revenir à l'essentiel, c'est un retour sur soi, on voyage moins, nos mouvements sont réduits , nous sommes encore plus proches de nous-mêmes comme jamais. C'est une chance peut-être,  souvent aussi accompagnée de douleurs " me glisse-t-il entre deux visiteurs.

A mon tour, je visite les stands et achète deux ouvrages sur le stand "Lettres israéliennes " - Amos Oz - Seule la mer et Les Arabes dansent aussi de Sayed Kashua, je demande quelques éclaircissements sur un dicton inscrit sur un des livres "Deux Juifs dans une pièce, donnnent trois avis", on interprète, on discute, chacun donne son sens, on finit par parler d'arguments et contre-arguments.  Chacun y va de son interprétation. Un peu plus loin, je choisis un livre de poésie.

De retour sur mon stand, un homme m'achète mon autre ouvrage , "Trou dans le CV et Vue sur la mer", une bouffée d'air selon lui après 15 mois en clinique psychiatrique. J'offre le livre sur "Sarajevo" à un éducateur de prison (je n'ai pas le sens des affaires paraît-il )

Finalement à la fin de la journée, je conclus que les lecteurs veulent des réponses, sur l'amour, la vie, la mort. Non plus  des questions existentielles aux réponses vagues et incertaines, mais de vraies réponses qui engage celui qui les donne, voilà ce qu'ils veulent, ils sont en quête urgente de réponses claires et précises:  comment grandir, comment vieillir, comment vivre sans travail, affronter la maladie, le divorce, le fait d'être mal aimé, comment élever ses enfants, toutes ces interrogations angoissantes dans un monde qui devient toujours plus complexe. Soit, des recettes pour tous les jours et pour toutes les situations.

Je repars troublée, et si j'écrivais un jour "100 réponses faciles pour 100 questions difficiles" sur toutes ces situations qui nous taraudent et devant lesquelles nous nous sentons si démunis..............

La valise presque aussi chargée que le matin, je rentre avec Easyjet sur le dernier vol , une heure de retard, à l'arrivée à Genève,  c'est une fatalité incontournable avec cette compagnie , je pratique tout de suite  l'attitude zen  en soupirant : "Easy to leave, hard to come back" c'est mon dernier coup de pub Easyjet ,  un brin philosophe.  Être pressée pour quoi faire ?

 

Quelques mots sur la lecture solidaire- une bonne initiative de la Ligue braille belge  le but consiste à lire des passages d'un livre à l'attention des aveugles, des bénévoles passent par le studio son pour enregistrer le passage lu. J'ai choisi un texte de Juliette Nothomb, cuisinière belge et grande soeur d'Amélie, "La cuisine d'Amélie"  et lis une métaphore entre cuisine et littérature. "La métaphore, c'est la mauvaise foi; c'est mordre dans une tomate et affirmer que cette tomate a le goût du miel, ensuite manger du miel et affirmer que ce miel a le goût de gingembre, puis croquer du gingembre et affirmer que ce gingembre a le goût de la salsepareille, après quoi........."  J'imagine l'aveugle qui tend l'oreille à écouter cette voix qu'il ne connaît pas et qui lui vient de Suisse, à l'accent mâté, une voix juste de passage pour un jour mais on la laisse derrière soi, sa voix, on la prête à ses yeux qui ne voient pas. Il y a quelque chose d'émouvant dans cette solidarité, des voix pour des yeux !

 

19:05 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

J'ai rajouté ce paragraphe sur mon billet :
"
Quelques mots sur la lecture solidaire- une bonne initiative de la Ligue braille belge le but consiste à lire des passages d'un livre à l'attention des aveugles, des bénévoles passent par le studio son pour enregistrer le passage lu. J'ai choisi un texte de Juliette Nothomb, cuisinière belge et grande soeur d'Amélie, "La cuisine d'Amélie" et lis une métaphore entre cuisine et littérature. "La métaphore, c'est la mauvaise foi; c'est mordre dans une tomate et affirmer que cette tomate a le goût du miel, ensuite manger du miel et affirmer que ce miel a le goût de gingembre, puis croquer du gingembre et affirmer que ce gingembre a le goût de la salsepareille, après quoi........." J'imagine l'aveugle qui tend l'oreille à écouter cette voix qu'il ne connaît pas et qui lui vient de Suisse, à l'accent mâté, une voix juste de passage pour un jour mais on la laisse derrière soi, sa voix, on la prête à ses yeux qui ne voient pas. Il y a quelque chose d'émouvant dans cette solidarité, des voix pour des yeux !"

Écrit par : djemâa | 20/02/2011

Les commentaires sont fermés.