12/02/2011

Cave Canem !

circus_dog_painting_card-p137300017896369501qi0i_400.jpgL'écrivain hongrois, Sándor Márai, nous bluffe avec son roman "Un chien de caractère".   Un roman de 216 pages consacré à Tchoutora, un pouli qu'on croyait chien de race et qui s'avère être un bâtard insoumis et insolent.  Devant ce pataud maladroit, lors de leurs promenades quotidiennes les Messieurs à Loden se retournent tout en chuchotant, scandalisés par cette chose étrange sur quatre pattes. Monsieur, maître du chien, journaliste dans le civil et qui ne s'accorde le titre empathique d'écrivain qu'en certains moments privilégiés, continue à marcher la tête haute, assumant fièrement l'humiliation canine.

Tchoutora  a été acheté et offert comme cadeau de Noël à Madame à qui on ne sait plus trop quoi offrir, allons-y pour une "schnorrka", un petit rien si insignifiant qui pourrait couvrir de honte celui qui l'offre et injurier celui qui le reçoit et  qui prendra la forme d'un chiot tremblant dans la poche de Monsieur.

Dans ce  décor petit-bourgeois, le chiot entre un scène, un décor  où Thérèse, la bonne fait front solidaire avec le chien, tous deux d'origine modeste, Madame qui prend de l'ascendant sur Monsieur en montrant que le pouli la préfère plutôt elle que lui et Monsieur qui observe du haut de son piédestal de bipède, son indomptable quadripède qui refusera la laisse, déchirera à beaux crocs les chaussures de Madame ainsi que  la robe de chambre de Monsieur, qui aboie, mord le facteur et arrache à belles dents frénétiquement le journal   du matin glissé sous la porte.


Une amie analyste qui analyse tout ce qui lui tombe sous la main, décrétera que Tchoutora, en plein complexe d'Oedipe cynophile ,  a vu Monsieur en caleçon et Madame plus d'une fois dans la salle de bains en petite tenue, et dés lors  réfrène un fort désir sexuel en bouffant tout sur son passage.

Finalement, les relations n'iront qu'en empirant, l'homme et la bête,  devenue méchante et insoumise,  finiront par se battre en un corps à corps acharné qui laissera l'un et l'autre abattus, blessés jusqu'au sang.  L'un en face de l'autre, dans le bureau de Monsieur, toute une nuit à essayer de comprendre où et quand la haine a commencé. Ce matin-là, peut-être, songe Monsieur lorsqu'il a été absolument indifférent à l'amour prodigué par le chien. Trop d'indifférence peut-elle engendrer  la haine ?  Au petit matin, la bête blessée, lasse, indifférente,  sort du bureau en boitillant, elle  a définitivement jugé les hommes, elle  s'en va sans même se retourner.

 

Quelques mois plus tard, Jimmy King viendra remplacer Tchoutora,  un vrai chien de race, lui au moins, un épagneul finlandais à la fourrure blanche, malléable, docile, capabe de marcher sur ses pattes arrières, sur un fil tendu  avec une ombrelle rouge.

Monsieur conclut malgré ses morsures que le fantôme de Tchoutora lui est plus cher que toutes les vertus du beau, que nous préférons l'imperfection et l'insoumission à la perfection et la docilité et qu'en réalité, les défauts d'un être nous sont plus chers que ses qualités.

 

Cette leçon vaut bien une morsure de chien !

 

 

* Cave canem : Prends garde au chien !

 

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