28/01/2011

Egypte- Naguib Mahfouz et la Révolution de karkadé

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L'Egyptien Naguib Mahfouz, un des plus grands écrivains égyptiens  est décédé en août 2006. Que penserait-il de cette révolution ? Il l'a déjà tant annoncée, dans ses oeuvres où tout se sussure entre deux lignes discrètes : corruption, compromission, qui vend qui offre son honneur !" L'homme est responsable de tout, pourvu qu'il le veuille", telle est la devise du grand écrivain. Aujourd'hui, l'Egyptien est responsable de se réapproprier son destin d'homme libre .

On aurait tant voulu, aujourd'hui, "cacher ces révolutionnaires  dans la prunelle de nos yeux ", pour les protéger des coups qui pleuvent, ceux de l'injustice. Du pouvoir inique déstabilisé qui rugit pareil à un monstre qu'on dérangerait dans sa tranquillité de repus, hoquetant le trop plein d'une nourriture trop abondante tandis que le peuple s'affame. Le pouvoir, n'est plus dans l'impasse des deux palais, à crapahuter, à grouiller, ramper, mais dans l'impasse tout court.

La "Belle du Caire" c'est sans doute cette révolution  qui n'acceptera plus aucune bassesse, plus aucun compromis, il n'y a pas plus entière qu'une Révolution,  férue de tabula rasa, avide d'horizons plus vastes  avec ses hommes et ses femmes nouveaux. Mahfouz qui a su tant dénoncer le clientélisme dans l'administration égyptienne pour l'obtention aussi bien de postes que de promotions, les enveloppes qui circulent, le jeu incessant et impitoyable des négociations sous table, des billets qui s'échangent furtivement entre deux étages d'immeubles poussiérieux, un fils de bonne famille qui paie un commandant pour éviter l'armée. Celui-ci se montre parfois encore et toujours plus  gourmand, les enveloppes augmentent au fur et à mesure de l'appétit féroce du supérieur.

Ceux qui défilent la rage aux mors, ce sont ceux qui n'ont pas su la bonne pratique, le goût ou le coût exact du bakchich, certains ont des rêves simples, celui de rajouter enfin un peu de pigeon dans  le plat de foul medames. De pistons en misérables petites gloires arrachées à coup de compromissions, de petites humiliations, de traîtrises, de louvoiements en eaux troubles, renvoyer des ascenseurs que d'autres prennent en cours de route, chacun se sert au passage . Avancer à coups de dents de crocodiles affamés à la mâchoire puissante dans cette société déliquescente où même le plus petit et le plus humble trouvera toujours plus petit et plus humble à humilier.

Mais Hosni, les temps ont changé, le peuple égyptien ne veut plus faire carpette et courbette devant les sbires de l'administration corrompue jusqu'au dernier larbin, jusqu'au dernier tiroir pourri d'un meuble poussiéreux.

"El Masry", hurle sa colère.  Assez ! Assez ! Dégagez les corrompus, rendez-nous notre liberté et notre dignité d'homnes égaux devant la loi, quitte à la rendre rouge cette révolution : , rouge bordeau, rouge carmin, rouge magenta, rouge flamme, rouge sang, rouge grenat, couleur du Karkadé qui apaise la soif :  la soif de vivre libre !

 

PS Votre humble serviteuse a vécu un an en Egypte, plus précisément au Caire et effectué de nombreux voyages dans d'autres villes : Alexandrie, Luxor, Assouan, Port Saïd....

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TUNISIE - AU BOULOT !

 Le FMI pourrait revoir la croissance de la Tunisie à la baisse

La composition du nouveau gouvernement est finalement constituée. Dorénavant, il est urgent de se remettre au travail. le Fonds monétaire international (FMI) prévoit de ramener à 3-4% sa prévision actuelle d'une croissance de 5% en 2011, a indiqué jeudi à Davos (Suisse) son directeur pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale, Masood Ahmed.
"Je m'attends à ce que ce taux de croissance soit abaissé probablement d'un ou deux points de pourcentage", a affirmé à l'AFP M. Ahmed, dont les responsabilités couvrent également le Maghreb. L'ampleur du ralentissement de la croissance en Tunisie dépend toutefois du temps qu'il faudra au nouveau gouvernement pour ramener la stabilité, a-t-il expliqué.
"Cela dépend beaucoup du temps qu'il faudra pour que la situation soit normalisée" et pour que le secteur touristique par exemple puisse reprendre une activité normale, a-t-il ajouté dans un entretien en marge de la 41e session annuelle du Forum économique mondial (Wef). Une baisse de 20% de l'activité touristique provoquerait une baisse d'un point de pourcentage de la croissance du produit intérieur brut (PIB) tunisien, a-t-il expliqué.
Selon Monsieur Ahmed Le chômage des jeunes est tout aussi important en Tunisie qu'en Egypte, a-t-il relevé, appelant les pouvoirs en place à relever ce défi. "Donner des emplois exige une croissance plus rapide", il est nécessaire de diversifier les investissements.

En attendant, que chaque personne qui souhaite participer à la Révolution du Jasmin prévoit  un séjour touristique en Tunisie pour relancer l'économie.

Alors de ce pas je m'en vais acheter nos billets d'avion avec le  slogan :  "Soutenons la Révolution du Jasmin, tous en Tunisie!"

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27/01/2011

Egypte - La Révolution de Karkadé

410913_istiluak_egipto_manifa2_original_imagen[1].jpgEgypte - *La Révolution de Karkadé - Le karkadé est une boisson préparée à partir des fleurs rouges d' hibiscus. Typiquement égyptienne , que cette boisson désaltérante d'un rouge profond et velours ne nous fasse pas sombrer dans le rouge , couleur sang. Si loin de  cette  Révolution de Jasmin blanche, une révolution toute tunisienne qui a été soutenue par l'armée nationale.

Le Révolutions sous le joug d'un dictateur se ressemblent comme des sœurs jumelles :  réseaux sociaux coupés, lignes téléphoniques inaccessibles, ou du moins inaccessibles par intermittence. Les mouvements de contestation ont démarré sur la toile sous "#janv25" code d'identification sur Twitter pour annoncer les regroupements, puis ces mouvements se sont transportés dans la rue. Les coups de la police aux manifestants, eux n'avaient rien de virtuel.

Les Egyptiens rêvent de se débarrasser du omniprésent Moubarak qui dirige le pays de main de maître incontesté, vieux réflexe féodal au cœur du XXI ème siècle.  Le pays commence à compter ses morts, six en deux jours,  et des centaines de blessé,s suite aux violentes manifestations que l'on voit surgir, à Suez, Alexandrie et dans la capitale. Tandis que mille personnes ont déjà été  arrêtées depuis le début des troubles.

La communauté internationale invite Hosni Moubarak à écouter son peuple tandis que ce dernier scande "Moubarak, débarrasse !"

Avec plus de 80 millions d'habitants, l'Égypte est le pays le plus peuplé du monde arabe et plus de 40 % de sa population vit avec moins de deux dollars par jour et par personne. Plusieurs immolations par le feu y ont eu lieu, rappelant celle d'un jeune Tunisien qui avait déclenché la révolte dans son pays.

Que le révolution de Karkadé ne nous donne que la fleur et pas le sang !

 

Djemâa Chraïti, auteure du nom de cette révolution "Révolution de Karkadé"

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24/01/2011

24 janvier 1963 - D'UNE REVOLUTION À L'AUTRE

Lazhar_Chraïti_-_Avis_de_recherche_-_Le_Monde_1954.jpg24 janvier, 5 h du matin 1963 - A l'aube naisssante, une exécution dans les frimas d'un mois de janvier aux allures spectrales, des hommes sont alignés contre un mur, les soldats les visent, quelques rafales,  un cri dans le silence. Puis un homme qu'on achève comme un chien, la première balle l'a touché à la cuisse, un cri de douleur, une deuxième rafale pour l'achever. Il s'affaisse . Selon un témoignagne d'un témoin oculaire , mais des témoignages il y a en eu tant d'autres, certains parlaient même de pendaison ?

Cet homme était notre  père, Lazhar Chraïti, chef de la Libération Nationale surnommé  le lion d'Orbat.   Aujourd'hui, c'est un jour particulier, cela fait 48 ans qu'il a été jeté dans une fosse commune avec les autres condamnés. 48 ans de chape de plomb sur ces condamnés qui ont participé à l'histoire tunisienne.

Avec la Révolution de Jasmin, pour la première fois,  j'ose penser que ces vies sacrifiées ont vraiment eu un sens. Jusque là on ne pouvait qu'imaginer le scénario de la vérité qui dérange, celle d'une Tunisie encore très très loin de l'indépendance. - nous n'avons pas accès aux archives nationales à ce jour et souhaitons que des  historiens puissent avoir accès à celles-ci pour nous donner la chance de connaître la vérité historique. Est -ce la France qui a jugé et condamné ces hommes à travers un tribunal militaire de pantins, un tribunal de mascarade  ?  Entre temps, on peut tout imaginer et son contraire : un Bourguiba entièrement sous la coupe des Français puis un  Ben Ali corrompu et dictateur lui aussi aux ordres de la France qui ferme les yeux sur le pillage du dictateur et de sa clique, complice et consentante. Silence coupable !

 

Oui, pour la première fois, je pense que ces révolutionnaires qui ont sacrifié leur vie ont préparé  la Tunisie du XXI ème siècle à se libérer de tous les jougs.

 

La Révolution de Jasmin est un soulèvement populaire qui a pris de court tout le monde, la France a juste eu le temps après un silence consternant , de balbutier quelques excuses d'un ton mou, le ton des lâches.   C'est la première fois que la Tunisie se profile comme un pays libre et indépendant en 2011.

 

Quand  je vois cette "Caravane de la liberté" qui monte du Sud de la Tunisie vers le Nord, je me souviens que mon père se battait déjà pour faire reconnaître l'existence de ces laissés-pour-compte, de ces déshérités de la Tunisie moderne, de ceux qu'on a oubliés loin derrière, loin là-bas au Sud. Ces descendants, pour quelqu'uns,   des fellaghas qui se sont battus pour l'indépendance, ces oubliés de l'histoire tunisienne. Il a fallu qu'un homme vendeur de légumes à Sidi Bouzid s'immole pour réveiller tout un peuple et sa conscience assoupie sous le joug d'un tyran.

Oui, quelle triste date que celle de l'exécution de notre  père, un procès baclé,  moins de quarante jours pour instruire, jugé et tué. Les régions du Sud demandent aussi qu'on lui rende son histoire et ses héros.  Le peuple tunisien veut la vérité, il veut se réapproprier son histoire et sa mémoire historique !

 

PAIX À SON AME ET À SES COMPAGNONS D'INFORTUNE ET AUX MARTYRS DE LA REVOLUTION DE JASMIN !

 

Genève - Famille de LAZHAR CHRAÏTI , 24 janvier 2011

 

 

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23/01/2011

TUNISIE -MANIFESTATIONS ANTI-GOUVERNEMENTALES

 

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MANIFESTATIONS EN MASSE AUJOURD'HUI CONTRE LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DEVANT L'UGTT ET LES BUREAUX RCD

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MANIF KASBAH TUNIS ET A SIDI BOUZID



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MANIF KASBAH A SIDI BOUZID

Pour ma part, dans la  composition du nouveau gouvernement provisoire, je n'ai compté que quatre femmes sur 39 hommes ! L'adage "On ne  fait pas du neuf avec du vieux!" s'applique parfaitement.

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22/01/2011

Tunisie : quel avenir pour cette jeune révolution ?

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Tunisie : quel avenir pour cette jeune révolution ?

 

De Tunis - Noura BORSALI

Une journaliste sans journal

 

Les manifestations de rue continuent en Tunisie réclamant après la dissolution du RCD la démission du nouveau gouvernement d'« union nationale » annoncé lundi 17 janvier et composé d'une forte majorité de ministres RCD (dont six ministres de Ben Ali), de ministres indépendants et de deux ministres de l'opposition après le retrait du gouvernement de l'UGTT et du chef du Forum et la démission d'un ministre de Ben Ali.

Les manifestants pour la plupart syndicalistes et appartenant à différentes franges de la société comme les médecins qui ont rejoint le cortège des manifestations cet après-midi ont scandé des slogans appelant au départ des ministres de Ben Ali dont Ahmed Friaa, ministre de l'intérieur et la démission du gouvernement. Sur des banderoles, on pouvait lire : « Ne détruisez pas nos rêves ».

Pour tous ceux-là, la révolution en est une : c'est-à-dire une rupture radicale avec l'ordre ancien. La composition du nouveau gouvernement ne répond en aucun cas à cette attente. Composé dans la précipitation, il a suscité des craintes quant à la reproduction de la situation de l'après déposition de Bourguiba le 7 novembre 1987. On ne cesse de répéter que si cette solution perdurait, la révolution risquerait de nous être confisquée.

Alors que demande-t-on alors ? Un comité de salut public composé de personnalités indépendantes, compétentes et intègres qui serait chargé de préparer les conditions d'une échéance électorale, à savoir des élections libres et transparentes en vue d'une assemblée constituante dont le but serait l'élaboration d'une nouvelle constitution. Car celle qui existe aujourd'hui ne peut permettre une véritable transition démocratique. Parallèlement, il s'agirait de mettre en place un gouvernement de technocrates indépendants, compétents et intègres qui veillerait à la reprise normale des activités du pays.

Quant aux partis politiques, ils devraient s'atteler à participer au débat national sur toutes les questions relatives aux différentes réformes entre autres juridiques, y apporter des propositions constructives et préparer les élections. Les résultats du scrutin détermineront la part de chaque formation dans un nouveau gouvernement qui serait représentatif des différentes tendances élues par le suffrage universel.

Les partis politiques d'opposition qui ont participé au gouvernement actuel qui n'est en aucun cas celui d'une union nationale concrétisée puisque des exclusions ont été déjà faites risquent de se discréditer compte tenu des contestations qui se poursuivent actuellement. Quand bien même ce nouveau gouvernement serait provisoire, il devrait rassembler toutes les tendances et sensibilités et les impliquer dans cette étape difficile de l'histoire du pays. En acceptant des portefeuilles et en s'imposant comme une opposition participative au grand dam des autres formations qui ont obtenu d'ores et déjà leur visa ou qui se constituent pour l'avoir, Ettajdid et le PDP commettent à mon sens une grave erreur. Cette participation à un gouvernement contesté parce que non représentatif et composé d'une majorité d'ex RCD et aussi de ministres de Ben Ali coûterait, à mon sens, très cher non seulement aux deux formations en question mais aussi à l'avenir de cette démocratie que nous voulons construire. Le discrédit qui sera jeté sur ces partis non seulement les affaiblirait mais donnerait plus de crédibilité à l'opposition d'extrême gauche ou islamiste restés en dehors d'un  gouvernement contesté et non représentatif, provisoire soit-il. Cette participation risquerait de préparer le lit de l'islamisme comme alternative à une opposition « mouillée » et qui a trahi les rêves des uns et des autres. Le vrai enjeu aujourd'hui, c'est la crédibilité et le degré de popularité de l'opposition sollicitée pour prendre la relève dans un pays qui aspire à un changement profond en rupture avec tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, s'étaient impliqués dans le régime dictatorial de Ben Ali. Il semble que Ettajdid et le PDP n'ont pas tiré les leçons d'un 7 novembre 1987 et ne sont pas -hélas- à l'écoute de ceux qui portent autant d'espoir quant à l'avenir de cette révolution populaire qui doit déboucher sur une démocratie réelle et sans compromis et compromission aucune.

 

Noura BORSALI est  universitaire, ex-journaliste et essayiste

 

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21/01/2011

CÔTE D'IVOIRE - MAIS OÙ EST DONC PASSE ALASSANE DRAMANE OUATTARA ?

images.jpgEn Côte d'Ivoire ? Nenni. On le dit hospitalisé à Paris suite à un AVC.

Depuis le samedi 8 janvier 2011, Dramane Ouattara serait en France, et se trouverait en ce moment en soins intensifs dans un hôpital de la région parienne. Il serait passé de l'Hôtel du Golf  au Groupement Hospitalier Universitaire Est à  Paris. Le poulain de "la communauté internationale" qu'on a lancé à la course à la présidence de la Côte d'Ivoire serait plutôt un vieux cheval fatigué. Sarkozy a peut-être misé sur le mauvais cheval ? Epoux de la tante de Cécilia que Sarkozy a marié à la mairie de Neuilly, Ouattara semble avoir de la peine à relever le défi.  On le croyait mort puis dans le coma, finalement on attend des preuves qu'il est bien en vie pour couper court à la rumeur. A défaut de cela, la rumeur, enfle et se propage. Mais comme dit le proverbe africain :"La vérité n'est jamais très loin de la rumeur, c'est sa grande soeur qui la suit partout ! "

 

Côtés médias français on joue sur la désinformation, Sarkozy insiste sur la non-ingérence tout en en renforçant l'opération Licorne - forces d'interposition française en Côte d'Ivoire,  ce n'est plus de l'ingérence mais de l'indigeste mascarade.

 

A quand une vraie information sur la Côte d'Ivoire ?

 

 

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15/01/2011

HYMNE AU PEUPLE TUNISIEN - HYMNE A LA JEUNESSE TUNISIENNE

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HYMNE AU PEUPLE TUNISIEN

HYMNE A LA JEUNESSE TUNISIENNE

 

Par Noura BORSALI de Tunis

La journée du 14 janvier 2011 restera gravée à jamais dans la mémoire collective de notre pays. Une journée historique, oui, elle le fut par ces manifestations qui se sont réappropriées les rues de la capitale et des villes tunisiennes. Des milliers de citoyens et citoyennes de toutes conditions sociales scandaient ensemble et d'une seule voix des slogans en faveur du départ de Ben Ali. Un mouvement spontané, social et populaire grandiose a occupé l'avenue Habib Bourguiba, sans violence ni débordements. Et voilà qu'un groupe de manifestants rejoint le rassemblement devant le ministère de l'intérieur, portant la dépouille de la victime : un jeune tué à bout portant la veille lors des événements du quartier Lafayette de Tunis. Un passage qui provoqua dans le public une forte émotion.

En scandant le slogan appelant au départ de Ben Ali, nous étions déterminés mais à mille lieues de penser que notre vœu sera exaucé quelques petites heures après avoir été asphyxiés par le terrible gaz lacrymogène et menacés par les pierres lancées par la police et l'avancée des BOP et des tanks.

C'est dans cette ville déserte du fait de la répression qui s'abattit sur les manifestants fuyant à toute vitesse dans les rues, en proie aux odeurs fortes et étouffantes des bombes lacrymogènes dont le bruit se poursuivra longtemps après et aux poursuites des BOP et de toutes sortes de police que nous avions appris la nouvelle du départ de Ben Ali.

Une victoire, une belle victoire remportée grâce à ce peuple de déshérités de Sidi Bouzid et d'autres régions du pays et à leurs jeunes victimes tombées par le fait de balles tirées à leur encontre. Devant eux nous nous inclinons fortement pour leur courage et leur sacrifice. Grâce à toute cette jeunesse merveilleuse qui, à travers le facebook, a maintenu la pression dans la plus belle créativité : nous nous inclinons devant nos jeunes pour leur détermination et leur génie créateur. Grâce à tous ses militants syndicalistes et politiques qui ont réussi à ne donner au mouvement aucune coloration politique distincte de peur des manipulations du pouvoir contre ce mouvement social et populaire : nous nous inclinons devant leur prudence, leur savoir-faire et leur maturité. Grâce à ce peuple, hommes, femmes et enfants qui ont rejoint le mouvement et scandé des slogans disant tout leur désarroi en dépit des risques des tirs de feu: nous nous inclinons devant leur bravoure et leur détermination.

C'est grâce à eux tous que la Tunisie a changé de visage et a détruit un système dictatorial et corrompu.

C'est encore devant toute cette belle jeunesse que nous nous inclinons, qui nous a étonnés par sa conscience aiguë et son fort désir de changement : celle qui forme actuellement les comités de nos quartiers pour assurer la sécurité de leurs habitants contre toutes ces milices qui pillent, tuent et détruisent au grand dam de ces populations en désarroi devant tant de débordements en l'absence de la police (!) et devant le regard passif de l'armée ( !).

Aujourd'hui, enfin, je peux être fière de mon peuple, de cette jeunesse qui a pris la relève grâce à sa maturité, à sa créativité et à sa bravoure.

Ben Ali est parti. Revient au galop cette terrible question qui nous a usés depuis plus de 23 ans : que faire ?

Le changement, le vrai changement auquel nous aspirons, peut-il se faire avec le parti au pouvoir responsable autant que Ben Ali de tant de décrépitude, de répression, de crises ?

Qu'on ait veillé à ce que le changement soit « constitutionnel » ne signifie pas grand'chose aujourd'hui face à une constitution qui est appelée à être refondue entièrement pour garantir la liberté pour laquelle tant de victimes sont tombées.

Ce changement « constitutionnel » -qui a gardé aux rênes du pouvoir « provisoire » la vieille garde- a été fait, au départ, par un vice de forme non dénoncé ni par l'opposition ni par des experts juridiques qui soit ne voulaient pas entrer, dit le respectueux bâtonnier Kilani, dans les analyses juridiques, ou considéraient à l'instar du professeur respecté Yadh Ben Achour ce « talfik (replâtrage) juridique » (selon ses mots) comme acceptable dans cette conjoncture de crise. Et nous renouvelons les erreurs qui ont coûté cher à ce pays : ce replâtrage juridique qui a fait et défait la constitution selon les intérêts des uns et des autres. N'étaient les manifestations de Kasserine et de Gabès appelant au départ du premier ministre Ghannouchi et la menace d'autres rassemblements dans ce sens, n'était l'intervention judicieuse et sans compromis du vénérable professeur Sadok Belaïd qui a eu le mérite d'attirer, avec fermeté, l'attention sur la gravité de ce « talfik juridique », nous aurions démarré ce « changement » par un vice de forme juridique grave.

Il aurait été, à mon sens, plus judicieux non pas de former tout de suite un gouvernement de coalition dont, nous dit-on, l'annonce sera faite le dimanche 16 janvier, mais de charger après l'avoir constitué un comité de salut national formé, en dehors de tous les partis politiques, de personnalités indépendantes crédibles et compétentes (il en existe) qui veillerait à réaliser d'abord et avant tout les conditions d'un vrai changement. Ainsi s'agit-il de mettre en place des commissions pour réviser de fond en comble la constitution, le code électoral, le code de la presse, la loi sur les associations etc..., pas avant bien sûr d'avoir veillé au retour de tous les exilés sans distinction aucune. Parce que ceux-là aussi ont leur mot à dire.

Ces réformes juridiques qui doivent être discutées dans tous les médias écrits et audio-visuels devraient aboutir à la légalisation des partis non reconnus, à la constitution de nouveaux partis, à la libéralisation de la presse et à la parution de nouveaux titres, à l'octroi de visa à de nouvelles associations et que sais-je encore.... Tout cela devrait aboutir à l'élection d'une assemblée constituante qui mettrait en place les nouveaux textes après des élections libres et démocratiques. Un gouvernement d'union nationale sur la base des résultats du scrutin sera alors formé.

Du temps, oui, il faut donner du temps à la réalisation d'une véritable démocratie sans tomber dans la précipitation et les erreurs du passé qui ont conduit la Tunisie à cette terrible crise.

Nous n'avons pas besoin de replâtrage, nous avons besoin d'un vrai changement qui ferait participer toutes les forces et les potentialités du pays sans distinction aucune.

Un espace doit être réservé à toutes ces régions qui ont permis ce changement heureux. Une chance doit être donnée à toute cette jeunesse -notre espoir d'aujourd'hui et de demain. Le changement ne se fera pas avec seulement les partis politiques existants, ni avec le parti au pouvoir responsable lui-même de cette politique qui a mené le pays à la dérive.

En faisant participer toutes les potentialités du pays, en leur permettant de s'exprimer dans des cadres et des espaces qu'ils auront créés pour enrichir le paysage politique tunisien en vue d'une meilleure représentativité pour que les fruits de cette « Révolution du jasmin » ne soient pas au seul profit de ceux qui l'auraient tout simplement accompagnée, nous pourrons éviter les erreurs du passé :  celles d'un 7 novembre 1987 où nous avons fait une erreur qui nous a coûté plus de 20 ans de répression et de spoliation du pouvoir et des biens publics et personnels : celle d'avoir donné carte blanche à Ben Ali et d'avoir pensé que le changement se ferait avec le PSD devenu plus tard le RCD. Un pays gouverné depuis 1956, c'est-à-dire depuis 55 ans par le même parti au pouvoir, est, sans conteste, un signe d'échec. Ben Ali est parti mais désormais le même système demeure. Soyons alors vigilants.

Une autre stratégie devrait donc être réfléchie pour que nous soyons fidèles à ce slogan scandé par des milliers de Tunisiens et Tunisiennes à travers le pays : « Nous ne tomberons pas dans le piège du 7 novembre 1987 » comme l'indique cette photo que j'ai prise lors de la manifestation de Tunis du 14 janvier, journée historique de cette Tunisie dont nous sommes fiers aujourd'hui et qui constitue à présent un fort symbole et un bel exemple, nous l'espérons, pour tout le monde arabe.

Que vive le peuple tunisien ! Que vive la jeunesse tunisienne, symbole de changement et d'espoir !  Devant vous, nous ne cesserons jamais de nous incliner....

 

Tunis, le samedi 15 janvier 2011

 

Noura BORSALI est  universitaire, ex-journaliste et essayiste

 

 

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MANIFESTATION DES TUNISIENS A GENEVE

 

VIDEO RICHARD ETIENNE

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14/01/2011

Tunisie - La Révolution de Jasmin

 

e0c77bca913489dc422ffee73c4ae933.jpgMon portable sonne, c'est le journaliste du Matin Malik Renaud au bout du fil qui m'annonce la fuite de l'ex-président de la Tunisie, Ben Ali. Je me trouve chez une amie, à l'annonce de la nouvelle, je bafouille, cafouille, bégaie. La nouvelle m'a assurément émue.

Puis je reprends mes esprits, je reçois  des  SMS et Emails du monde entier pour féliciter le peuple tunisien "nous sommes fiers de ce peuple qui a eu l'énergie  de se battre,  la révolte des oubliés de la terre commence enfin la peur doit changer de camp." "Chère amie, nous avons suivi avec émotion et espoir la situation d'insurrection en Tunisie, nous pensons très fort  à toi  et aux courageux Tunisiens qui sont entrain d'envoyer la dictature à la poubelle de l'histoire!"

 

 

En repassant le film du discours présidentiel, hier, il ressemblait plus à un adieu dit en  un parler dialectal, Ben Ali savait déjà qu'il gagnait du temps, les siens déjà partis, il s'apprêtait tout simplement à les rejoindre. Pour où ? La destination n'est pas encore précise, Paris, Malte, l'Italie. Oui,  ce départ était prévisible, le discours assurément n'allait pas suffire à calmer la colère du peuple qui scandait "Ben Ali, c'est fini !. Et Ben Ali semble avoir suffisamment compris le message pour prendre la poudre d'escampette.

Après la révolution des oeillets au Portugal, Revolução dos Cravos en avril 1974 et qui marquait la fin de la dictature de Antonio de Oliveira Salazar, on pourra appeler cette révolution de velours, la "Révolution de Jasmin" qui , elle , met fin à la dictature de Ben Ali. Un 14 décembre à marquer d'une pierre blanche.  Une première dans un pays arabe, la rue a su mettre fin à la dictature, une dictature de 23 ans qui a paralysé le pays, enseveli la liberté d'expression, laminé toute opposition.

C'est bien cela le danger que doit affronter la Tunisie aujourd'hui, composer en un temps record un gouvernement de transition d'union nationale, prévoir des élections législatives d'ici à six mois. La transition se fera par un représentant du système, Mohamed  Ghannouchi, premier Ministre, tout le monde s'accorde sur ce choix très consensuel.

Pour notre plus grande joie Hamma Hammami, interpellé mercredi à son domicile , a été libéré vendredi.

Dorénavant, il est urgent de rêver d'une Tunisie prête pour la démocratie et le multipartisme, adieu à la présidence à vie, archaïque.

 

"La grande révolution dans l'histoire de l'homme, passée, présente et future, est la révolution de ceux qui sont résolus à être libres."

Vive la Tunisie libre !

 

DERNIERS COMMENTAIRES DE TUNISIENS CONTACTES,  A TUNIS,  CE MATIN SAMEDI 15 JANVIER

"On craint des problèmes d'approvisonnement ! La plupart des magasins sont fermés.  On n'aurait pas souhaité quelqu'un du parti pour l'interim, mais c'est comme ça compte tenu de la situation, nous n'avons pas le choix actuellement.  On espère que les débordements seront  contrôlés, il y a des milices difficiles à identifier qui saccagent et pillent. Mais nous sommes heureux, vive la liberté ! J'ai fait la fête chez des amis toute la nuit, salut, je vais me coucher !!!!"

 

 

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