28/01/2011

Egypte- Naguib Mahfouz et la Révolution de karkadé

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L'Egyptien Naguib Mahfouz, un des plus grands écrivains égyptiens  est décédé en août 2006. Que penserait-il de cette révolution ? Il l'a déjà tant annoncée, dans ses oeuvres où tout se sussure entre deux lignes discrètes : corruption, compromission, qui vend qui offre son honneur !" L'homme est responsable de tout, pourvu qu'il le veuille", telle est la devise du grand écrivain. Aujourd'hui, l'Egyptien est responsable de se réapproprier son destin d'homme libre .

On aurait tant voulu, aujourd'hui, "cacher ces révolutionnaires  dans la prunelle de nos yeux ", pour les protéger des coups qui pleuvent, ceux de l'injustice. Du pouvoir inique déstabilisé qui rugit pareil à un monstre qu'on dérangerait dans sa tranquillité de repus, hoquetant le trop plein d'une nourriture trop abondante tandis que le peuple s'affame. Le pouvoir, n'est plus dans l'impasse des deux palais, à crapahuter, à grouiller, ramper, mais dans l'impasse tout court.

La "Belle du Caire" c'est sans doute cette révolution  qui n'acceptera plus aucune bassesse, plus aucun compromis, il n'y a pas plus entière qu'une Révolution,  férue de tabula rasa, avide d'horizons plus vastes  avec ses hommes et ses femmes nouveaux. Mahfouz qui a su tant dénoncer le clientélisme dans l'administration égyptienne pour l'obtention aussi bien de postes que de promotions, les enveloppes qui circulent, le jeu incessant et impitoyable des négociations sous table, des billets qui s'échangent furtivement entre deux étages d'immeubles poussiérieux, un fils de bonne famille qui paie un commandant pour éviter l'armée. Celui-ci se montre parfois encore et toujours plus  gourmand, les enveloppes augmentent au fur et à mesure de l'appétit féroce du supérieur.

Ceux qui défilent la rage aux mors, ce sont ceux qui n'ont pas su la bonne pratique, le goût ou le coût exact du bakchich, certains ont des rêves simples, celui de rajouter enfin un peu de pigeon dans  le plat de foul medames. De pistons en misérables petites gloires arrachées à coup de compromissions, de petites humiliations, de traîtrises, de louvoiements en eaux troubles, renvoyer des ascenseurs que d'autres prennent en cours de route, chacun se sert au passage . Avancer à coups de dents de crocodiles affamés à la mâchoire puissante dans cette société déliquescente où même le plus petit et le plus humble trouvera toujours plus petit et plus humble à humilier.

Mais Hosni, les temps ont changé, le peuple égyptien ne veut plus faire carpette et courbette devant les sbires de l'administration corrompue jusqu'au dernier larbin, jusqu'au dernier tiroir pourri d'un meuble poussiéreux.

"El Masry", hurle sa colère.  Assez ! Assez ! Dégagez les corrompus, rendez-nous notre liberté et notre dignité d'homnes égaux devant la loi, quitte à la rendre rouge cette révolution : , rouge bordeau, rouge carmin, rouge magenta, rouge flamme, rouge sang, rouge grenat, couleur du Karkadé qui apaise la soif :  la soif de vivre libre !

 

PS Votre humble serviteuse a vécu un an en Egypte, plus précisément au Caire et effectué de nombreux voyages dans d'autres villes : Alexandrie, Luxor, Assouan, Port Saïd....

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Commentaires

Bonjour chère Madame. Votre écriture est un ravissement pour les yeux, le coeur, et l'esprit. Je vous fais, si vous l'acceptez, Première Chevalière verlane du "Grand Ordre du Karaboum". Très belle journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 29/01/2011

Cher Monsieur, c'est avec grande joie et humilité que j'accepte votre reconnaissance toute symbolique, me voilà prêtresse vernaculaire, chevalière verlane,du "Grand ordre du Karaboum", de ce pas je m'en vais continuer à "Karaboumer" sur les blogs de la Tribune et sévir ailleurs toute plume dehors, à pourfendre, dénoncer, déranger, mettre à mal les idées reçues et observer attentivement avec admiration le coup d'épée de certains, net, tranché, incisif !

Écrit par : djemâa | 29/01/2011

Magnifique! Madame. Je reste sans voix mais dans la rue avec nos chères et chers révolutionnaires des pays arabes. C'est un authentique conte moderne auquel nous assistons en direct malgré les disparitions et les martyres du peuple. Pharaon va tomber. La sortie d'Egypte pour tous les corrompus au pouvoir qui croyaient au vice du Dieu argent Tout-Puissant, et la Mère Rouge qui va se refermer sur leurs crimes. Les jasmins seront splendides cette année et les amours naissant aussi. Tous les petits Moïses de là-bas, tous les damnés de la Terre auront enfin une chance de sortir de la mouise qui leur était promise.

Bonne soirée et douce soirée à vous, Djemâa.

Écrit par : pachakmac | 29/01/2011

Excusez la tache de gras, mais les popotes littéraires sur le dos de l'actualité, me reste sur le duodénum ! le contenu parfois, rend insipide les proses dérobées, donc laissons les comptines prenez 1 point chacun.

Concernant l'Egypte et son cas, il faut craindre le pire comme le moindre, sans que ces deux paradoxes soit à fortiori si différents pour ce monde rempli de plaies.

Les peuples sont ils prêts pour s'épanouirent ? Ce vieux jeu désignant gagnants et perdants va t-il relâcher ses addictes ? Voilà déjà que depuis le début des temps les bourreaux se rencardent avec ces hordes de victimes consentantes, que feraient les peuples sans leurs idoles affamées, nous appartenons à une espèce peu en clin de trouver son havre au sein de ces nations de plus en plus vastes, Levis-Strauss l'a avoué, aucune communauté supérieure à 400 membres n'a su apprivoiser des coutumes paisibles. Question ; l'instinct égyptien ne cherche t-il pas une solution réductive tendant à rejoindre son image nostalgique par sa destruction massive ?

Ils étaient 40 millions il y a 40 ans, ils sont 80 millions, combien seront t-ils dans 40 ans, c'est surement déjà tard, mais ce peuple doit se poser les bonnes questions, doit retrouver une destinée commune, arrêter de se mettre dans la peau de la victime, déjà qu'il vit grâce aux aides américaines, il devra se confronter à des considérations plus responsables, faudra t-il qu'il traverse une crise pour repartir sur les mêmes bases bancales ?

Comme si les égyptiens n'étaient pas responsable de leur statu catastrophique !

Écrit par : Corto | 30/01/2011

Et Albert Cossery ! ce serait interessant de savoir ce qu'il en penserait. Je crois qu'il resterait très sceptique, anarchiste comme il était. Mais lui aussi est mort avant.

Écrit par : Roland | 24/03/2011

Il aurait dénoncé le tout avec son humour caustique et sur le ton de la dérision, il aurait contesté avec des affiches publicitaires tout azimut ! Une dérision toute révolutionnaire !

Écrit par : djemâa | 24/03/2011

Cette année à Genève la mode du pantalon à quartz fait la une !

Écrit par : Corto | 26/03/2011

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