24/01/2011

24 janvier 1963 - D'UNE REVOLUTION À L'AUTRE

Lazhar_Chraïti_-_Avis_de_recherche_-_Le_Monde_1954.jpg24 janvier, 5 h du matin 1963 - A l'aube naisssante, une exécution dans les frimas d'un mois de janvier aux allures spectrales, des hommes sont alignés contre un mur, les soldats les visent, quelques rafales,  un cri dans le silence. Puis un homme qu'on achève comme un chien, la première balle l'a touché à la cuisse, un cri de douleur, une deuxième rafale pour l'achever. Il s'affaisse . Selon un témoignagne d'un témoin oculaire , mais des témoignages il y a en eu tant d'autres, certains parlaient même de pendaison ?

Cet homme était notre  père, Lazhar Chraïti, chef de la Libération Nationale surnommé  le lion d'Orbat.   Aujourd'hui, c'est un jour particulier, cela fait 48 ans qu'il a été jeté dans une fosse commune avec les autres condamnés. 48 ans de chape de plomb sur ces condamnés qui ont participé à l'histoire tunisienne.

Avec la Révolution de Jasmin, pour la première fois,  j'ose penser que ces vies sacrifiées ont vraiment eu un sens. Jusque là on ne pouvait qu'imaginer le scénario de la vérité qui dérange, celle d'une Tunisie encore très très loin de l'indépendance. - nous n'avons pas accès aux archives nationales à ce jour et souhaitons que des  historiens puissent avoir accès à celles-ci pour nous donner la chance de connaître la vérité historique. Est -ce la France qui a jugé et condamné ces hommes à travers un tribunal militaire de pantins, un tribunal de mascarade  ?  Entre temps, on peut tout imaginer et son contraire : un Bourguiba entièrement sous la coupe des Français puis un  Ben Ali corrompu et dictateur lui aussi aux ordres de la France qui ferme les yeux sur le pillage du dictateur et de sa clique, complice et consentante. Silence coupable !

 

Oui, pour la première fois, je pense que ces révolutionnaires qui ont sacrifié leur vie ont préparé  la Tunisie du XXI ème siècle à se libérer de tous les jougs.

 

La Révolution de Jasmin est un soulèvement populaire qui a pris de court tout le monde, la France a juste eu le temps après un silence consternant , de balbutier quelques excuses d'un ton mou, le ton des lâches.   C'est la première fois que la Tunisie se profile comme un pays libre et indépendant en 2011.

 

Quand  je vois cette "Caravane de la liberté" qui monte du Sud de la Tunisie vers le Nord, je me souviens que mon père se battait déjà pour faire reconnaître l'existence de ces laissés-pour-compte, de ces déshérités de la Tunisie moderne, de ceux qu'on a oubliés loin derrière, loin là-bas au Sud. Ces descendants, pour quelqu'uns,   des fellaghas qui se sont battus pour l'indépendance, ces oubliés de l'histoire tunisienne. Il a fallu qu'un homme vendeur de légumes à Sidi Bouzid s'immole pour réveiller tout un peuple et sa conscience assoupie sous le joug d'un tyran.

Oui, quelle triste date que celle de l'exécution de notre  père, un procès baclé,  moins de quarante jours pour instruire, jugé et tué. Les régions du Sud demandent aussi qu'on lui rende son histoire et ses héros.  Le peuple tunisien veut la vérité, il veut se réapproprier son histoire et sa mémoire historique !

 

PAIX À SON AME ET À SES COMPAGNONS D'INFORTUNE ET AUX MARTYRS DE LA REVOLUTION DE JASMIN !

 

Genève - Famille de LAZHAR CHRAÏTI , 24 janvier 2011

 

 

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Commentaires

Bonjour chère Madame, c'est avec beaucoup d'émotion que je viens de vous lire. Oui. Il sera important de savoir le rôle de la France, de l'Europe, des Etats-unis dans cette chape de plomb anti-démocratique qui est tombée sur les pays musulmans et qui ont fait croire à tout l'Occident dans une illusion collective que l'islam était anti-démocratique et que les musulmans ne pouvaient vivre que sous la tyrannie. Merci, Mille fois merci de ce texte qui soutient aussi ce que je pense et écrit depuis si longtemps.

très belle journée à vous.

Écrit par : pachakmac | 24/01/2011

Dans "l'Histoire ne pardonne pas", un voisin de cellule des révolutionnaires apportera un terrible témoignage sur les traitements qu'ont fait subir les tortionnaires aux héros de la libération nationale. C'est peut-être ça qu'on n'ose plus raconter :
"Après la relève de minuit, j'entendis les portes des cellules s'ouvrir brusquement les unes après les autres. Les cris horribles des prisonniers que l'on frappait à coups de ceinturons parvenaient à mes oreilles. Les fracas de portes que l'on ouvrait et que l'on fermait et les cris

horribles se rapprochèrent de ma cellule ; mais les gardiens ont dépassé la mienne pour perpétrer la torture sur les autres prisonniers"

(…)

"Je fus éveillé par d’atroces cris de douleurs provenant de pièces avoisinantes. Je réalisai promptement que l’interrogatoire nocturne commençait… Je peux décrire ici ce que j’ai entendu ce soir-là : tortures, supplices, cris inhumains, coup de cravache, étouffements à l’eau, brûlures à la cigarettes et à l’électricité, supplice de la bouteille…Je ne pouvais en croire mes oreilles et m’imaginer vivre en plein vingtième siècle, dans une Tunisie moderne et indépendante sous la présidence de Bourguiba. Un policier de stature colossale fit irruption dans la pièce où j’étais, une cravache à la main et tout en sueur à forcer de frapper les détenus"

La tentative de Coup d’Etat de 1962

La Tunisie en 1963 par Azzedine Azzouz (paix à son âme)

Écrit par : walid | 24/01/2011

Je n avais pas lu ce texte quand je vous ai écrit.Mais ce nest certainement pas par hasard que je m etais mis a ce moment la recherche de documents sur cet episode.Comme vous,comme moi,je suis sur qu ils sont très nombreux les tunisiens qui ont fait le rapprochement entre les deux évenements. Je pense que le martyre des13supplicies de 1963 avait en effet ouvert la voie de la Liberation.

Écrit par : Slama | 08/03/2011

Après le dictateur Ben Ali, voilà le tortionnaire au nom prédestiné de "Caïd" le nouveau premier ministre tunisien Caïd Essebsi, celui qui s'assurait sous le régime Bourguiba, l'homme des sales besognes, que les tortures se déroulaient parfaitement, de la façon la plus cruelle possible. Nommé directeur de la Sûreté en 1962. .Décidément la Tunisie peine à se trouver un homme à la hauteur de ses espoirs. la seule chose qu'elle parvient à faire c'est sortir du tiroir un mort-vivant aux mains inondées de sang comme s'il n'y avait pas un seul homme ou une seule femme, autr, e plus digne de diriger la Tunisie. Entend-t-il le cris des fantômes torturés, entre autres les héros de la résistance tués après des scènes affreuses de tortures ? Pauvre Tunisie, pauvres tunisiens ! C'est tout ce que vous avez trouvé pour votre Liberté ? Un tortionnaire !

Pour tout savoir sur le nouveau tortionnaire :


http://samibenabdallah.rsfblog.org/archive/2009/05/23/beji-caid-essebsi-la-phrase-qui-fait-rougir.html

http://www.tunisnews.net/04Mars11f.htm La voix d'outre tombe

Écrit par : pauvretunisien | 09/03/2011

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