22/01/2011

Tunisie : quel avenir pour cette jeune révolution ?

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Tunisie : quel avenir pour cette jeune révolution ?

 

De Tunis - Noura BORSALI

Une journaliste sans journal

 

Les manifestations de rue continuent en Tunisie réclamant après la dissolution du RCD la démission du nouveau gouvernement d'« union nationale » annoncé lundi 17 janvier et composé d'une forte majorité de ministres RCD (dont six ministres de Ben Ali), de ministres indépendants et de deux ministres de l'opposition après le retrait du gouvernement de l'UGTT et du chef du Forum et la démission d'un ministre de Ben Ali.

Les manifestants pour la plupart syndicalistes et appartenant à différentes franges de la société comme les médecins qui ont rejoint le cortège des manifestations cet après-midi ont scandé des slogans appelant au départ des ministres de Ben Ali dont Ahmed Friaa, ministre de l'intérieur et la démission du gouvernement. Sur des banderoles, on pouvait lire : « Ne détruisez pas nos rêves ».

Pour tous ceux-là, la révolution en est une : c'est-à-dire une rupture radicale avec l'ordre ancien. La composition du nouveau gouvernement ne répond en aucun cas à cette attente. Composé dans la précipitation, il a suscité des craintes quant à la reproduction de la situation de l'après déposition de Bourguiba le 7 novembre 1987. On ne cesse de répéter que si cette solution perdurait, la révolution risquerait de nous être confisquée.

Alors que demande-t-on alors ? Un comité de salut public composé de personnalités indépendantes, compétentes et intègres qui serait chargé de préparer les conditions d'une échéance électorale, à savoir des élections libres et transparentes en vue d'une assemblée constituante dont le but serait l'élaboration d'une nouvelle constitution. Car celle qui existe aujourd'hui ne peut permettre une véritable transition démocratique. Parallèlement, il s'agirait de mettre en place un gouvernement de technocrates indépendants, compétents et intègres qui veillerait à la reprise normale des activités du pays.

Quant aux partis politiques, ils devraient s'atteler à participer au débat national sur toutes les questions relatives aux différentes réformes entre autres juridiques, y apporter des propositions constructives et préparer les élections. Les résultats du scrutin détermineront la part de chaque formation dans un nouveau gouvernement qui serait représentatif des différentes tendances élues par le suffrage universel.

Les partis politiques d'opposition qui ont participé au gouvernement actuel qui n'est en aucun cas celui d'une union nationale concrétisée puisque des exclusions ont été déjà faites risquent de se discréditer compte tenu des contestations qui se poursuivent actuellement. Quand bien même ce nouveau gouvernement serait provisoire, il devrait rassembler toutes les tendances et sensibilités et les impliquer dans cette étape difficile de l'histoire du pays. En acceptant des portefeuilles et en s'imposant comme une opposition participative au grand dam des autres formations qui ont obtenu d'ores et déjà leur visa ou qui se constituent pour l'avoir, Ettajdid et le PDP commettent à mon sens une grave erreur. Cette participation à un gouvernement contesté parce que non représentatif et composé d'une majorité d'ex RCD et aussi de ministres de Ben Ali coûterait, à mon sens, très cher non seulement aux deux formations en question mais aussi à l'avenir de cette démocratie que nous voulons construire. Le discrédit qui sera jeté sur ces partis non seulement les affaiblirait mais donnerait plus de crédibilité à l'opposition d'extrême gauche ou islamiste restés en dehors d'un  gouvernement contesté et non représentatif, provisoire soit-il. Cette participation risquerait de préparer le lit de l'islamisme comme alternative à une opposition « mouillée » et qui a trahi les rêves des uns et des autres. Le vrai enjeu aujourd'hui, c'est la crédibilité et le degré de popularité de l'opposition sollicitée pour prendre la relève dans un pays qui aspire à un changement profond en rupture avec tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, s'étaient impliqués dans le régime dictatorial de Ben Ali. Il semble que Ettajdid et le PDP n'ont pas tiré les leçons d'un 7 novembre 1987 et ne sont pas -hélas- à l'écoute de ceux qui portent autant d'espoir quant à l'avenir de cette révolution populaire qui doit déboucher sur une démocratie réelle et sans compromis et compromission aucune.

 

Noura BORSALI est  universitaire, ex-journaliste et essayiste

 

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Commentaires

Disons que si des membres de l'ex-gouvernement arrivaient à gouverner le pays, malgré les amputations prélevées par l'ancien pouvoir, ceux qui déclarent avoir un réel attachement pour le pays devraient pouvoir exercer leurs tâches avec cette nouvelle donne, ceci d'autant mieux qu'ils sont mieux placé que d'autres pour diriger, cette fois sans prélever la manne présidentielle.

Il suffit de contrôler les finances, vouloir couper les têtes est presque un aveu d'échec, le peuple tunisien tient le pouvoir, le principal est fait, les questions de gouvernes sont secondaires et que peut être au sein de l'équipe de l'ex-pouvoir, de bonnes volontés sont exploitables pour cette reconversion.

Certes, les contrôles sur les comptes du gouvernement doivent être supervisés par un comité populaire et ouverts à l'ensemble de la population, des instances dans plusieurs ministères doivent être adaptés à la nouvelle donne, mais le fait de vouloir séquestrer les organes de l'exécutif et de l'administratif sont tout aussi dangereux pour achever la construction de ce nouvel état !

Écrit par : Corto | 22/01/2011

@Corto . merci pour votre commentaire, je l'ai renvoyé en Tunisie à l'attention de l'auteure pour l'inviter à répondre si elle le souhaite ! Le débat est entier.

Écrit par : djemâa | 22/01/2011

Si des commissions d'enquête sont initiées par des membres de l'ancien parti de l'ex-dictateur, il y a de fortes chances qu'elle soit biaisée pour couvrir les petits copains. Pour qu'il y ait eu de tels pillages, nombreux sont ceux qui ont couvert et profité, des complices à tous les niveaux de l'administration, douanes, etc.... lire à ce sujet :
" Les BEN ALI, trabelsi, materi, chiboub, mabrouk... n'ont pu s'enrichir sans complices


Azerty U.
Il est important de dénoncer tous ceux qui les ont aidés.
la liste est longue mais ces ténors sont mondher zenaidi ( ex ministre du commerce, du tourisme et de la santé...) , abderrahim zouari( ex ministre du tourisme et transport) mahdi mlika (ex pdg onas et ministre de l'environnement) ainsi que les pdg des banques et les directeurs généraux des douanes. Ce sont eux qui ont permis commissions , autorisations , marchés , crédits et trafics en tout genre.
Les investigations prouveront que toutes ces personnes se sont servies au passage et ont amassé de grosses fortunes particulièrement MLIKA et ZENAIDI.
Le seul patrimoine immobilier de zenaidi est immense souvent au nom de sa maîtresse samira farhat qui possède deux maisons à el-menzah 6, une villa à carthage au port punique , trois villas à gammarth, un vieux palais à sidi bou said , des terrains touristiques. Ceci n'est que l'arbre qui cache la forêt. le patrimoine du couple zenaidi farhat s'étend au delà des frontières : un appartement dans le 8 ème arrondissement de paris etc.....
Quand à Mlika le neveu de Ben ali, sa rapacité était elle qu'on le surnomma la scie " el menchar" car il touchait des commissions à tout bout de champ.
tout le monde se rappelle ses frasques à raf raf ainsi que la très grande propriété achetée à l'Etat pour un prix dérisoire et vendu à hamdi medded à prix d'or. Ainsi que la propriété à coté du restaurant les dunes.
Ceci n'est q'un avant goût de ce qui va suivre .
Ne nous contentons nous pas de dénoncer les pilleurs; ceux qui les ont aidés dans leurs malversations sont aussi coupables. Viendra le jour du jugement pour tous.

Écrit par : information | 22/01/2011

Eh, bien gardez-les en garde à vue, ouvrez des procédures judiciaires pour corruption ou pour complicité de corruption passives et actives, c'est le meilleur moyen de retracer les mécanismes des pratiques antérieurs.

Le temps travail pour la nouvelle démocratie, les contrevenants ne doivent pas fuirent le navire comme l'on fait les Ben-Ali Trabelsi, des enquêtes déterminerons les degrés de responsabilités de chacun, les cas seront traités par la justice tunisienne, évidement pour les crimes de sang et toutes ses implications l'emprisonnement doit être immédiat, concernant la corruption, sa pratique était la règle, vouloir s'en prendre aux membre du gouvernement pour ce délit reviendrait s'en prendre à la moitié du pays et le bilan pour les payeurs de cette injustice, l'autre moitié, cela reviendrait à abandonner des poursuites légales, bien plus efficaces pour renflouer les caisses !

Écrit par : Corto | 22/01/2011

autre possibilité, donner un mois à tous ceux qui ont bénéficié de la corruption pour s'annoncer et rendre les biens et expliquer les mécanismes, ceux-là pourraient bénéficier d'une amnistie ?

Écrit par : information | 22/01/2011

Si il fallait mettre tous ceux qui ont bénéficié de la corruption en prison, il faudrait reconvertir le premier secteur économique du pays (l'hôtellerie) en pénitenciers ! Sans parler des banquiers étrangers qui ne jouent pas qu'un rôle de receleurs dans ce genre de pillage organisés, comme dans les voyages, les pillage ont leurs maisons mères en dehors des pays concernés !

Nous allons voir si le discours, ou l'annonce faite par MCR sera suivit d'effets, ce à quoi je doute, dans l'affaire des Philippines, les banques suisses avaient mis en lumières que 70 millions de francs dans l'affaire des pillages faits par Marcos, la fortune que les marcos possèdent aujourd'hui en Suisse dépassent les 15 milliards, les politiques suisses sont passé maîtres dans la dissimulation des biens appartenant aux peuples exsangues, il va y avoir un long silence et dans quelques années, un petit article de presse dans lequel il sera indiqué que 120 millions ont été saisis suite au gel des avoirs des Ben-Ali-Trabelsi, comme les fonds en déshérence que les victimes du attendus plus de 60 ans, jusqu'à ce que tous les bénéficiaires soit décédés !

Un héritier fortuné est bien plus ennuyant pour ces criminels qu'un héritier démunit, alors quand il est mort, c'est la victoire assurée. Comme celle des nazis passés prendre leurs commissions avant d'embarquer pour l'amérique du sud après la reddition du règne nazi, nous avons vu circuler à Genève un des neveux Trabelsi rendre visite dans la banque HSBC, ces voyous, ne sont-ils pas interdis de territoire ?, encore des mensonge dans la longue liste de mensonges que les politiciens suisses prodiguent généreusement en accomplissant leur métier le plus rentable, soutenir et accueillir le fric sale, "des dictatures sanguinaires" !

Écrit par : Corto | 22/01/2011

Ben-Ali a jouit de complicités suisses pour avoir prise le pouvoir il y a 23 ans, il a bénéficier de la logistique de banques suisses, de mercenaires mis à disposition par ces établissement bancaires et financiers, de spécialistes de la gouvernance dictatoriale, de soutiens politiques helvétique, comme la Suisse le fait actuellement en accueillant officiellement une officine du hezbollah à Zurich, seul pays au monde ne dehors de la Syrie et de l'Iran à le faire, le système bancaire libanais a été entièrement pillé depuis la Suisse avec l'appui d' autres dictateurs, hafez el assad (le père) et bachar el assad (le fils).
C'est grâce à la Suisse et ses politiciens (en l'occurrence socialistes) que la future dictature libanaise se met en place, ce n'est qu'une question de jours et le hezbollah prendra le pouvoir dans ce pays dans lequel 85% des chrétiens ont dus fuir et abandonner leurs biens, leurs banques déjà en 1975 avec la participation des banquiers suisses qui ne souhaitaient qu'une seule chose, éliminer un concurrent, piller les banques de ce pays, faire virer le maximum de fonds dans des banques suisses et maintenir tant que possible des régimes dictatoriaux en place.

Les ennemis des citoyens tunisiens ne sont pas des tunisiens mais bien des criminels en cols blancs aux manettes des finances de toutes les dictatures de droite comme de gauche, regardez un autre exemple, le fils de kim il sung, il vient de rentrer en Corée du nord après avoir été formé en Suisse, éduqué en Suisse et livré à son papa près pour la continuation de ce génocide institué !

Si vous voulez des exemples parlants, il y en a pléthore et je connais en plus des détails croquants, amis tunisiens méfiez-vous de ces créatures aux visages insipides !

Écrit par : Corto | 22/01/2011

Essayons de conserver notre révolution. Les jeunes c l'avenir.
Arrêtons les rumeurs et concentrons nous sur l'avenir du pays on n'est pas dans magazine de presse people.
Il s'agit d'une révolution du peuple tunisien pour le peuple tunisien.
PS: Pour une Tunisie libre, ne nous cachons plus derrière des pseudos ridicules,...Nous sommes maîtres de notre destin et nous ne dilapiderons pas cette révolution, finie la dictature de ZABA et de sa Leila Gin...

Écrit par : hanen arfa | 28/01/2011

Bien dit corto et hanan. l'argent doit revenir en Tunisie pour investir dans notre economie c'est la solution. l'avenir nous appartient.

Écrit par : kamel web | 28/01/2011

Non à la corrpution, non à ben ali. Qui sont les nouveaux visages du gouvernement de transitions? quelq1 les connnai?

Écrit par : mourad ninja | 28/01/2011

Les 56 milliards volés au peuple tunisien par Ben Ali et son clan représenteraient combien de création de places de travail pour des jeunes ?
quel économiste pourrait nous faire cette projection ?

Écrit par : djemâa | 28/01/2011

A mon avis, si on n'accepte pas de faire une croix sur le passé, et de l'oublier, on aura du mal à reconstruire sur des bases apaisées. L'argent, si on peut le récupérer, tant mieux, mais croire qu'il faut absolument, parce qu'on peut toujours, ou parce que c'est une question de principe et d'honneur, c'est créer des situations difficiles à surmonter, je pense. De la richesse, on en crée toujours, même quand on est volé, il est parfois plus efficace de trouver de nouveaux moyens d'en créer, que de passer un temps important à récupérer son argent disparu. Mais enfin, c'est plus facile à dire de l'extérieur.

Écrit par : RM | 28/01/2011

RM, tu ne serais pas un peu du côté des banques ?

Écrit par : Corto | 28/01/2011

Après les soi-disantes menaces Rroms, voilà le monde arabe qui ouvre les vannes, des millions d'arabes vont choisir de fuir leurs pays et vont choisir l'Europe comme refuge !

Vous allez bientôt assister au débarquement de centaines, de milliers de "flottilles" humanitaires" en réponse aux 2 ou 3 tentatives "humanistes", les réponses aux discours bobos populistes vont trouver le cap de la fuite en avant !

En égypte, mis à part un défoulement mêlé de pillages, rien ne semble changer à
l'horizon !

Juste des millions de réfugiés victimes des futures répressions, quelles viennent de tel ou tel bord !

Écrit par : Corto | 29/01/2011

Concernant la Tunisie, le premier sinistre est resté aux commandes, quand à l'Egypte, la partie semble terminée, la chasse est ouverte, tous les fréros vont se prendre une sévère branlée !

Moubarak n'est pas Ben-ali et l'Egypte n'est pas la Tunisie, ce qui devrait être un exemple dans un des cas ne sera qu'une énorme défaite dans l'autre cas !

L'Egypte représente un autre enjeu et dans le cas actuel, une transition des pouvoirs ne pourra pas se faire par le biais de révoltes populaires, finalement ce sont les fréros qui ont sauvés le pouvoir en place, les égyptiens préfèrent un million de fois se faire piller par l'autocratie au pouvoir que de risquer de tomber dans les mains crochues des "frères" musulmans !

Ce qui est rassurant et ce qui change la donne, grâce à ces émeutes et ce retour au calme, le mythe islamiste entretenu par le pouvoir du raïs, vient de tomber en désuétude, ce qui pourrait renforcer les oppositions à ce régime univoque et despote.

Autre chose, je disais plus haut que la chasse est ouverte, mais est-ce si vrai que ça ? Moubarak pourrait-il se maintenir lui et les siens sans cette "menace" hypothétique ? Ne va t-il pas plutôt tout mettre en route pour sauver de la foule les leaders de la cause islamiste ?

Toujours est-il que l'un ne peut pas avoir du poids sans l'autre, un coup de sabre dans l'eau venant d'un certain Obama, à première vue !

Écrit par : Corto | 30/01/2011

Quelques minutes de distraction, dans une journée bien trop sérieuse …
Voici une playlist musicale d'actualité géo-politique au sujet des jeunes révolutionnaires…C'est une première à l'écoute sur : http://www.avantpost.fr/?p=460

Pour aller au delà des frontières du temps et de l'espace …. tout un programme !

Écrit par : david | 27/02/2011

Acte 2 : l'ex-premier ministre après avoir enlevé les traces dans le beurre est destitué, ou plutôt, jugé préférable de quitter son poste clé !
Et il a fallu pour ça que 3 jeunes se fassent tuer, si à chaque avancée, le "pouvoir" fantôme se croit obligé de tuer des gamins, les seules qui gardent un peu les yeux ouverts, les massacres n'ont pas finit de faire le deuil de ce nouvel état !

Autre question ; qui sont ces tunisiens qui jugent utile de quitter leur pays alors qu'il est sur la voie de la démocraties, serait-ce les anciens complices, les bourreaux ayant les mains pleines de sang ? ou un aveu de fiasco de cette révolution ?

Eh, chers amis tunisiens, ce n'est que le début de ce nouvel état, vous n'êtes pas dans un fast-food de l'idéologie politicienne.

Écrit par : Corto | 27/02/2011

Et alors avec le recul, on juge cela comment maintenant ?

Écrit par : Lettre de voiture | 11/08/2011

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