31/12/2010

TUNISIE - Une colère couleur harissa, rouge et forte

harissa.jpgL'étudiant est énervé en forme de boutade, il me lance :"Tu sais ce que je fais avec les feuilles de ma thèse de doctorat, je les roule en cornet pour vendre des glibettes (graines de tournesol séchées et grillées), au moins que ça serve à quelque chose toutes ses études ".

Les immolés de Sidi Bou Zid ont mis en exergue une situation devenue intenable. Région située à 265 km au sud de Tunis, elle  a vu deux jeunes diplômés attenter  à leur vie, un en s'immolant par le feu, après s'être vu refuser  la vente de fruits et légumes parce qu'il ne détenait pas de patente. Le deuxième s'est électrocuté. Je n'avancerai pas de chiffres précis sur les statistiques  du taux de chômage  parce qu'elles sont tronquées, on avance plus de 30% en Tunisie qui bat un  record en comparaison aux pays voisins, le Maroc et l'Algérie.

Des manifestations ont suivi soutenues dans la plupart du pays au cri de :"Pain, emploi et plus de Trabelsi", le clan de la famille du président qui semble ne plus contrôler la voracité de ses proches qui se partagent  les affaires du pays comme un gâteau et sans laisser de miettes.  Gafsa, Sousse, Meknassi, Regueb,  Menzel Bouzayane, Ben Guerdane, Sousse, Sfax. Personnellement, je devais me rendre à Khairouan, la route par Jemla a été tout simplement bouclée : "circulez, on matraque, y a rien à voir!". Les avocats soutiennent le mouvement, deux ont déjà été kidnappés chez eux, une forme de répression pour anéantir le mouvement de soutien .

 

Partout le chômage des jeunes et surtout dans le sud du pays, délaissé par une économie qui concentre tous ses projets dans les régions côtières.  Mais au delà de cela c'est un ras-le-bol généralisé qui touche étonnament toutes les couches de la société. Riches comme pauvres.

 

Un remaniement ministériel vient d'être réalisé,  quatre  nouveaux ministres  ont été nommés avec un discours présidentiel qui avait surtout pour but de dénoncer les agissement de Al Jazeera, la chaîne qui donne des nouvelles du pays pendant que l'information nationale vous présente les informations en papier glacé, dépliant touristique et économique du "Tout va bien!". La Tunisie, paradis des investisseurs avec le soleil en sus et les palmiers. C'est par vingtaine que j'ai vu les gens regarder les informations de Al Jazeera pour savoir ce qui se passait à quelque kilomètres de chez eux. C'est ce qu'on appelerait une information schizophrène, d'un côté la chaîne Al Jazeera qui montre , manifestations et cocktails molotov et de l'autre tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes sur la chaîne nationale.

Les Tunisiens ne sont pas dupes, ils sont rouges de cette colère qui n'ira qu'en s'accroissant, une colère profonde et forte, épaisse et rouge comme la purée de piment harissa  qui s' étalera sur tout le pays.

Comme disait mon père, Lazhar Chraïti "Il ne suffit pas de s'attaquer aux branches pourries, ce sont les racines qu'il faut traiter, il faut couper les têtes pour que les racines dessèchent. " A prendre et interpréter au sens figuré, s'il vous plaît,   et qui signifie qu'il faut traiter le problème à la racine !

 

 

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21/12/2010

SARAJEVO, LE POISSON ROUGE

 

images.jpgVoilà bientôt cinq ans qu'il subit le monde des hommes. Sarajevo le poisson

rouge a tout vu, témoin malgré lui d'une tragédie sans nom. Fabienne et

Georges vivent un mariage fait de tristesse et d'humiliation. Amir, médecin,

s'est réfugié à Genève lorsque la guerre a éclaté en Yougoslavie. Malgré

l'alcool, Serge est bien décidé à résoudre une série de meurtres. Un couple

sordide, un immigré, un flic. Sous les yeux du poisson rouge de Fabienne,

leurs destins vont se croiser pour le meilleur et pour le pire...

Avec ses portraits d'écorchés vifs, Djemâa Chraïti signe l'autopsie de

la nature humaine. De Sarajevo à Genève, du cauchemar de la guerre à

l'horreur du quotidien, elle signe une œuvre cruelle et forte, chronique

sans appel des années 1990. Un désespoir qu'elle prolonge en donnant la

voix aux fantômes d'une Bosnie écartelée.

 

Mes remerciements à Fahrudin Salihovic ex maire de Srebrenica et Enver Muratovic, politologue. Je boucle mon année 2010 avec une oeuvre déspérée et désespérante, mais le devoir de l'écrivain est de s'y "coller "aux thématiques les plus difficiles, il est  la mémoire et  la voix des oubliés de l'Histoire!!!

 

 

Disponible dans 5 semaines en librairie ou sur www.publibook.com

 

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14/12/2010

Toutes les femmes derrière Dr Nurit Peled-Elhanan : en avant toutes !

Nurit_Peled_Elhanan.300.jpg"Dans l'Etat d'Israël, la mère juive est menacée de disparition. La mère juive d'aujourd'hui est exclue de quartiers comme Mea Shearim (*), où les mères préservent leurs enfants de l'armée ; en dehors de ces quartiers, la voix de la mère juive n'est pas entendue..... L'Etat d'Israël condamne et calomnie la voix des mères juives qui est la voix de la compassion, de la tolérance et du dialogue. L'Etat d'Israël fait tout ce qui est en son pouvoir pour s'assurer que cette voix sera mise en sourdine et se taira à jamais. (Intervention de Nurit Peled-Elhanan au 20è anniversaire des Femmes en Noir 10 mars 2008)"

Non seulement les mères juives sont exclues mais aussi toutes les femmes en zones de guerre  où on leur demande de livrer leurs enfants en pâture pour en faire de la chair à canon. Toutes les femmes sont exclues lorsque le viol devient une arme de guerre,  toutes les femmes sont exclues lorsqu'elles sont transformées en esclaves sexuelles dans les zones de conflit. Leurs entrailles se transforment en champs de bataille dans lesquels on tue leurs enfants, ou on les investit pareilles à des forteresses pour les engrosser et marquer le territoire de l'ennemi.

La femme n'est plus qu'un objet auquel on ne reconnaît aucun droit, si ce n'est  celui de se taire, de souffrir et de pleurer leurs chers  enfants disparus.  Ni protégées, ni écoutées, lorsque les bruits de bottes couvrent leur voix,  les femmes doivent s'imposer  et se faire entendre et se faire respecter, avoir elles aussi droit au chapitre.

Des représentantes de tous les pays en guerre devraient former une délégation avec à leur tête Dr  Nurit Peled-Elhanan et parcourir le monde pour crier : Assez ! Maspik- Enough is Enough ! Yakfi- ! Basta ! Dosta ! Assez de voir les militaires semer la haine et engendrer la mort partout où ils passent.

Une pensée à  Smadar Elhanan, tuée à l'âge de  13 ans par une attaque suicide en 1997 et fille de  Dr Nurit Peled-Elhaman, une pensée à tous les enfants tués dans les conflits, ces anges si innocents.

"Au moins deux millions d'enfants sont morts ces 10 dernières années à la suite de guerres déclenchées par des adultes, qu'ils aient servi de cibles civiles ou qu'ils aient été tués au combat en tant que soldats." Que de larmes ! Que de désespoir!

"En lisant la nouvelle "Les Vautours" de Yoram Kaniuk, qui raconte un charnier de jeunes soldats israëliens de 17- 18 ans et dont les yeux sont mangés par les vautours, je pensais que la paix commence lorsqu'on est capable de s'imaginer que l'ennemi est fait d'hommes et de femmes qui ont des enfants et qui les pleurent. Comme dans l'autre sens, des Israëliens comme Nurit Peled-Elhanan qui ont de la compassion pour les enfants et les femmes palestiniens" - C'est peut-être ça le début de la paix, avoir de la compassion pour l'autre, celui que l'on dit ennemi et qui nous ressemble tant dans ses larmes et sa souffrance !

 

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13/12/2010

Alfred de Musset - Jamais sans son double

414px-Alfred_de_musset.jpgPour le 200 ème anniversaire de la naissance d'Alfred de Musset, né le  11décembre 1810,  à Paris, on  se souvient d'un enfant de son siècle, néanmoins perdu dans un siècle déjà hanté par un  Victor  Hugo omniprésent. Le poète "venu trop tard dans un monde trop vieux" selon sa propre formule qui laissait présager de  l'état de désespoir et de quête exacerbée de ce poète génial.  La " Confession d'un enfant du siècle" nous rappelle le poète indocile, l'amoureux éconduit par une George Sand si sûre d'elle,  face au poète vacillant, transi d'amour, mal à l'aise dans un corset de bienséance trop étroit.

Sa relation avec Georges Sand sera ponctuée de déchirements, de retrouvailles, d'exacerbations amoureuses, d'amours malheureuses qui se termineront après un séjour  terrible à Venise en 1833,  où tour à tour malades, ils se  soignent. Musset quasi mourant, Georges Sand parvient à force de nuits blanches aux côtés du médecin Pietro Pagello, à le guérir.  Médecin qu'elle finira par fréquenter et avec qui, elle essayera de sauver un Musset en proie à des hallucinations, en lutte avec son double qu'il tentera même de tuer par un coup de feu dans la forêt de Fontainebleau, scène qui laissera une si forte impression chez Georges Sand.

Elle  découvrira un être malade, souffrant , en proie à des compulsions, sujet à des hallucinations, elle voyait un être devant elle en lutte avec  un double effarant qui portait à son paroxysme la relation au double, si angoissante, si déstabilisante. Après ce drame vénitien, naîtra l' oeuvre de Musset, Lorenzaccio,  inspiré par sa relation avec la romancière, la femme de lettres aux amours dévastatrices -  quelques années plus tard elle récidivera avec un Chopin tout aussi fragile, délicat et sensible -  pièce de théâtre dans laquelle, on retrouve ces fantômes qui s'immiscent dans la réalité de tous les jours, qui partagent sa vie malgré lui et l' effraient et qui nourrissent nénamoins de façon étrange, surréaliste, cette prodigalité romanesque.

Une poésie jaillissante, un goût de l'éloquence, de l'exagération, de la surabondance, un romantisme qui se fond dans sa dévastation psychique et qui côtoie le monde de sa folie rendant  tout si précaire,  et qui fera qu'on le nommera le poète des midinettes ? Titre injuste et peu flatteur pour ce poète aux nerfs à vif, à la sensibilité à fleur de peau.

Un talent émoussé par une vie de débauches, d'alcool de dépravations de toutes sortes qui l'entraîneront dans une vie  de larmes et d'amertume, de mélancolie profonde.

Le  Perpétuel Chancelant a achevé sa vie,  le 2 mai 1857. Les derniers souvenirs  de sa gouvernante qui avait pour mission délicate de s'occuper du maître et qui cachée derrière le paravent l'observait, atterrée, se battre avec ses démons invisibles mais si présents dans sa vie.  Souvenirs  qui  nous laissent une impression tragique d'un poète en  prise avec ses doubles , qui sont  parfois même lui vieillis,  avec lesquels il dialoguait, dont les voix le perturbaient à n'importe quel moment du jour et de la nuit, contre qui il se battait, lutte inégale de l'ombre et de la lumière qui le transfigurait et qui le laissait chancelant, plongé dans une folie mélancolique, livré et seul face à ses démons.

Après son périple malheureux à Venise, il sera de passage à Genève le 5 avril 1834.

 

 

 

 

 

 

 

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12/12/2010

Attendre la vérité

Attendre la vérité

tombe.gifL’attente, une douce parenthèse qui s’ouvre et nous maintient dans un état parfois d’anxiété, de joie, de  surexcitation. Un imaginaire qui se nourrit d’espoir, d’images évoquées, de visages désirés. Dans ce moment qui nous pétrit de désir, attendre c’est espérer, croire en un rêve qui deviendra si prochainement réalité. Et puis en profondeur craindre son corollaire, à force d’attendre, c’est l’ennui qui se pointe, avec son cortège de soupirs et de larmes. Qui n’attend plus, n’espère plus. Une parenthèse qui se ferme sur un futur en néant, un lendemain englouti par l’indifférence où tous les jours se ressemblent.

L’attente nous forge, nous construit. Autour d’elle, une vie entière s’érige, se construit. Elle devient un pilier autour duquel nous bâtissons nos vies, nous leur donnons un sens.
Je me demandais ce que j’attendais de très fort. La vérité ? Je suis en attente d’une vérité même si elle est insoutenable, celle d’un père torturé, syndicaliste, chef de la libération par la suite  condamné à mort et jeté dans une fosse commune, non identifiée à ce jour,  en Tunisie. J’attends qu’on le sorte du trou dans lequel on l’a jeté avec douze autres condamnés, avec cela c’est la vérité qui émergera toute puissante, si détestable à découvrir, celle qu’on croyait avoir enterrée avec ces morts.

On m’a dit d’attendre, le cours de l’histoire a besoin de temps, il se nourrit d’attente, attendre que les coupables encore vivants disparaissent, que les lâchetés se confondent, se diluent dans le paysage des couards et des traîtres.  S’assurer  que plus aucune main ne porte de sang, les mains tâchées du sang des coupables. On m’a dit avec l’histoire, il faut être patient, le temps d’attente est plus long que celui des individus, et les requêtes individuelles doivent s’effacer devant l’histoire, il faut courber l’échine.

Alors j’attends, et je sais qu’un jour l’attente est toujours rattrapée par le besoin d’y voir plus clair, même lorsque c’est un peuple entier qui attend pour comprendre comment on l’a trompé pendant tant d’années, par le silence et le mensonge.

La vérité ne s’est jamais encombrée du temps pour éclater au grand jour :  il suffit d’attendre

blog collectif sur le thème L'attente
Illustration: La première tombe virtuelle de l'histoire d'internet la seule et unique tombe de Lazhar Chraïti

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09/12/2010

LES LESSIVEUSES

LESSIVEUSES PHOTOGRAMMES 01.jpg« Elles trient, elles lavent, elles étendent, elles repassent, elles parfument, elles plient, elles rangent avec soin le linge qu'elles vont ensuite porter à leur fils en prison. Puis elles rentrent chez elles, les bras chargés de linge sale. Et le cycle recommence : trier, laver, étendre, repasser, parfumer, plier, ranger...

"Je regarde le corps en creux du fils, le corps plein de la mère, la douceur et la violence qui passent entre les deux. " Ces mères, que Yamina Zoutat ne considère ni comme des victimes, ni comme des héroïnes. "Ce sont des femmes simples et dignes, issues de tous les milieux sociaux. »

Ces mères qui suivent jusqu'au bout  leur fils, elles sont souvent les dernières à se rendre encore au parloir, tous les autres  après quelques années ont fini par abandonner, par s'en aller.  Seule la mère est là, fidèle au poste, enchaînée à ce fils emprisonné.

Jusqu'en enfer, elles les suivent, elles ont aussi ramassé à  perpète en quelque sorte,  elles vivent une autre forme d'emprisonnement.   Elles le vivent avec eux : à laver, trier, ranger, gratter, frotter, repasser, soigner leur linge et l'apporter chaque semaine  en prison. Une façon d'entretenir ce dernier lien qui reste, ce dernier geste d'amour exprimé à travers ce tas de linge qui va et vient de la prison vers la maison où il  sent l'odeur du tabac froid et  du renfermé,  et de la maison vers la prison, où il revient frais, fleurant bon l'odeur tendre et chaude de la maison, doux souvenir de l'odeur maternelle ?

Les chaussetttes qui sèchent à l'air libre, dans le vent et au soleil et ramenées par ces mains maternelles avec un peu de cette liberté ébouriffée. "Ce sont des petits gestes  d'amour simple, tout bêtes" . Sur fond de tambours qui tournent, d'eau qui coule,  de vapeur de fer à repasser,  les mères ont l'impression d'être avec leur fils.  Et il est vrai que les absents derrière les barreaux sont avec nous tout au long du film, ils hantent le film d'une présence étrange. Ces absents qui prennent tant de place et  que l'on suit au fil des images.

On voit leurs habits, on les imagine. Seules les mains de leurs mères sont très présentes, qui s'activent, caressent, étirent, allongent, tournent et retournent le linge comme si elles allaient finir par trouver une réponse, par comprendre à force de  le manipuler enfin ce qui leur arrive à elles et leur fils.

LESSIVEUSES PHOTOGRAMMES 02.jpgElles apportent leurs sacs   remplis de linge qui passent l'inspection et sur lesquels on peut lire les inscriptions :"La nature vous dit merci, L'air -  Protégeons l'environnement ou y découvrir  des motifs de fleurs, de tournesols, de soleils " . Les gardiens inspectent, comptent et recomptent les pièces d'habits autorisés.

Sur fond de cauchemars, de néant, d'interrogations, tourne, tourne la lessive.

 

C'est un très beau film !  Il y a de l'émotion et de la pudeur contenue. Il a été filmé pendant quatre ans en région parisienne et dans d'autres régions de France.  Pourquoi la France et pas la Suisse ? Parce qu'en France la seule chose autorisée  en prison c'est le linge, linge qui devient le seul fil tendu vers l'extérieur.

Yamina Zoutat chroniqueuse judiciaire durant des années pour le journal télévisé de TF1, elle  a suivi des années de procès avec un intérêt marqué pour celles qui ne sont pas obligées de prêter serment : les mères !  Sa longue expérience de chroniqueuse judiciaire l'a conduite vers ces mères de détenus. Elle a choisi une narration à la première personne, elle a totalement intégré le processus d'identification, elle même est mère d'un enfant. Elle voulait pousser le spectateur plutôt que se demander : quel crime a commis le fils ? Qu'il en vienne à s'interroger différemment : qui est cette mère ? quelle relation entretient-elle avec son fils ? que se raconte-t-elle pour pouvoir continuer à l'aimer ? de cet amour - ou de cet aveuglement - sommes-nous tous capables ?

Les lessiveuses est plutôt un film de cinéma qu'un documentaire , elle a opté pour une forme originale qui déstabilise, au  format peu standard.  Un film pas bavard, plans longs pour faire ressentir ces années pesantes d'attente, de gestes répétés, mesurer la longueur de la peine. Un film qui repose sur les non-dits.

Yamina Zoutat est née à Yverdon-les-Bains de père algérien et de mère italienne. Yamina Zoutat a exercé pendant plus de dix ans le métier de chroniqueuse judiciaire pour le journal télévisé de TF1.

Devenue auteur et réalisatrice indépendante, elle enseigne égalment la pratique des écritures audiovisuelles et le journalisme judiciaire, notamment à l'Université Paris 2.

DANS LE CADRE DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE VISIONS DU REEL 2011 LE FILM A RECU LE PRIX PRIZE CREATION SOCIETE SUISSE DES AUTEURS (SSA)/SUISSE

 

 

 

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01/12/2010

"Y'a mon patron qui meurt !"

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TOUTES MES CONDOLEANCES POUR LE DECES DE PIPPO LA MACCHIA : CE PATRON EXTRAORDINAIRE !


 

Il déboule dans mon bureau sans crier gare, habillé d'un T-shirt blanc qui montre ses muscles bronzés, en jeans,  tout souriant : "M'dame, j'ai réussi mon apprentissage avec une bonne note ! Je voulais venir vous le dire et vous remercier. "C'est grâce à vous !"  . Surtout à votre patron,  rétorquai-je.

 

C'était il y a deux ans, il avait déjà un peu frayé avec la justice et surtout avec beaucoup d'injustice, on me l'avait envoyé pour le cas où j'aurais encore une entreprise au fond de mon tiroir qui voudrait bien de lui . Je pensai à un vieil italien, garagiste, bon comme le pain. En insistant et jouant subtilement du violon,  j'étais sûre qu'il allait craquer pour mon jeune. Le garçon, je l'avais  prévenu et menacé avant son stage, des foudres de Zeus et de toutes les malédictions  du monde sur sa tête, s'il ne se tenait pas à carreau pendant la période d'essai qu'il devait effectuer et  décider le patron à le garder ou pas.

 

De temps en temps, je passais  regarder de loin comment ça se déroulait. Ah ! Je vous jure, ils formaient une sacrée paire ces deux-là. Notre *Aldo avait compris que ce vieux monsieur était sa dernière chance, son ultime planche de salut avant le plongeon dans une période de rupture longue et douloureuse. Il le suivait partout dans le garage, marchant sur ses traces, l'aidant à porter ceci ou cela.

 

Le vieux Pippo, avait toujours une bonne excuse qu'il lâchait sur un ton bourru : "Que voulez-vous,  l'école c'est pas fait  pour tout le monde, mais alors mon petit faut bosser plus dur lorsqu'on n' aime pas étudier !". Le "petit" hochait la tête :"Ouais, M'sieur, vou'zavez pt'être bien raison !"

 

Notre bon vieux garagiste a tenu bon jusqu'au bout de la formation de son jeune, puis il a laissé gentiment son cancer l'envahir jusqu'au cerveau. Il a même un peu perdu la raison paraît-il . C'est le jeune qui me raconte cette fin terrible, les yeux pleins de larmes et comment il s'occupe dorénavant de liquider le garage de son patron, en dresser l'inventaire. Il appelle tous les jours à la maison pour demander de ses nouvelles.

 

"Vous savez M'dame, c'était un chic type !!!".  Une belle larme reconnaissante, délicate, promesse d'avenir laissée en héritage par son patron, perle au coin de l'œil.

 

 

 

* Prénom fictif

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