09/12/2010

LES LESSIVEUSES

LESSIVEUSES PHOTOGRAMMES 01.jpg« Elles trient, elles lavent, elles étendent, elles repassent, elles parfument, elles plient, elles rangent avec soin le linge qu'elles vont ensuite porter à leur fils en prison. Puis elles rentrent chez elles, les bras chargés de linge sale. Et le cycle recommence : trier, laver, étendre, repasser, parfumer, plier, ranger...

"Je regarde le corps en creux du fils, le corps plein de la mère, la douceur et la violence qui passent entre les deux. " Ces mères, que Yamina Zoutat ne considère ni comme des victimes, ni comme des héroïnes. "Ce sont des femmes simples et dignes, issues de tous les milieux sociaux. »

Ces mères qui suivent jusqu'au bout  leur fils, elles sont souvent les dernières à se rendre encore au parloir, tous les autres  après quelques années ont fini par abandonner, par s'en aller.  Seule la mère est là, fidèle au poste, enchaînée à ce fils emprisonné.

Jusqu'en enfer, elles les suivent, elles ont aussi ramassé à  perpète en quelque sorte,  elles vivent une autre forme d'emprisonnement.   Elles le vivent avec eux : à laver, trier, ranger, gratter, frotter, repasser, soigner leur linge et l'apporter chaque semaine  en prison. Une façon d'entretenir ce dernier lien qui reste, ce dernier geste d'amour exprimé à travers ce tas de linge qui va et vient de la prison vers la maison où il  sent l'odeur du tabac froid et  du renfermé,  et de la maison vers la prison, où il revient frais, fleurant bon l'odeur tendre et chaude de la maison, doux souvenir de l'odeur maternelle ?

Les chaussetttes qui sèchent à l'air libre, dans le vent et au soleil et ramenées par ces mains maternelles avec un peu de cette liberté ébouriffée. "Ce sont des petits gestes  d'amour simple, tout bêtes" . Sur fond de tambours qui tournent, d'eau qui coule,  de vapeur de fer à repasser,  les mères ont l'impression d'être avec leur fils.  Et il est vrai que les absents derrière les barreaux sont avec nous tout au long du film, ils hantent le film d'une présence étrange. Ces absents qui prennent tant de place et  que l'on suit au fil des images.

On voit leurs habits, on les imagine. Seules les mains de leurs mères sont très présentes, qui s'activent, caressent, étirent, allongent, tournent et retournent le linge comme si elles allaient finir par trouver une réponse, par comprendre à force de  le manipuler enfin ce qui leur arrive à elles et leur fils.

LESSIVEUSES PHOTOGRAMMES 02.jpgElles apportent leurs sacs   remplis de linge qui passent l'inspection et sur lesquels on peut lire les inscriptions :"La nature vous dit merci, L'air -  Protégeons l'environnement ou y découvrir  des motifs de fleurs, de tournesols, de soleils " . Les gardiens inspectent, comptent et recomptent les pièces d'habits autorisés.

Sur fond de cauchemars, de néant, d'interrogations, tourne, tourne la lessive.

 

C'est un très beau film !  Il y a de l'émotion et de la pudeur contenue. Il a été filmé pendant quatre ans en région parisienne et dans d'autres régions de France.  Pourquoi la France et pas la Suisse ? Parce qu'en France la seule chose autorisée  en prison c'est le linge, linge qui devient le seul fil tendu vers l'extérieur.

Yamina Zoutat chroniqueuse judiciaire durant des années pour le journal télévisé de TF1, elle  a suivi des années de procès avec un intérêt marqué pour celles qui ne sont pas obligées de prêter serment : les mères !  Sa longue expérience de chroniqueuse judiciaire l'a conduite vers ces mères de détenus. Elle a choisi une narration à la première personne, elle a totalement intégré le processus d'identification, elle même est mère d'un enfant. Elle voulait pousser le spectateur plutôt que se demander : quel crime a commis le fils ? Qu'il en vienne à s'interroger différemment : qui est cette mère ? quelle relation entretient-elle avec son fils ? que se raconte-t-elle pour pouvoir continuer à l'aimer ? de cet amour - ou de cet aveuglement - sommes-nous tous capables ?

Les lessiveuses est plutôt un film de cinéma qu'un documentaire , elle a opté pour une forme originale qui déstabilise, au  format peu standard.  Un film pas bavard, plans longs pour faire ressentir ces années pesantes d'attente, de gestes répétés, mesurer la longueur de la peine. Un film qui repose sur les non-dits.

Yamina Zoutat est née à Yverdon-les-Bains de père algérien et de mère italienne. Yamina Zoutat a exercé pendant plus de dix ans le métier de chroniqueuse judiciaire pour le journal télévisé de TF1.

Devenue auteur et réalisatrice indépendante, elle enseigne égalment la pratique des écritures audiovisuelles et le journalisme judiciaire, notamment à l'Université Paris 2.

DANS LE CADRE DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE VISIONS DU REEL 2011 LE FILM A RECU LE PRIX PRIZE CREATION SOCIETE SUISSE DES AUTEURS (SSA)/SUISSE

 

 

 

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Commentaires

L'Ecole de journalisme du CELSA fêtera ses 30 ans le 9 décembre prochain. Nous recherchons tous nos anciens pour les inviter. Pourriez-vous me communiquer votre mail ?Merci. Cordialement. Alexandra MATILE

Écrit par : MATILE | 03/11/2011

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