25/11/2010

Le prix : une force symbolique

Papillons_B4.jpgNous sommes assises dans les fauteuils club Chesterfield du restaurant Le Train Bleu,  à la Gare de Lyon de Paris.  Dans cette ambiance surannée Belle époque, je sirote tranquillement un thé vert japonais en attendant le train du dimanche soir qui doit me ramener à Genève. Une femme s'installe en face de moi, j'engage la conversation. Elle déclare être illustratrice, française, vivant à Lausanne et  née en Angola. : Anne Wilsdorf.

Elle a gagné de nombreux prix au cours de sa longue carrière, trente ans, et je profite de l'occasion, sachant que je dois rendre un texte à Haykel pour le blog collectif pour  la questionner sur les Prix. Un petit sourire en coin, très élégamment assise, le dos droit, elle analyse cela, pince sans-rire : " Les prix font souvent plaisir à ceux qui les distribuent . En l'occurrence, il faut bien se les faire offrir par quelqu'un puisqu'on ne peut pas se les attribuer à soi-même.  Et le prix, c'est souvent une affaire de petits copains qui se félicitent parmi, on marque son appartenance, les gardiens du Temple surveillent à ce qu'on continue bien dans leur lignée. Mais aussi le prix permet de se libérer, une fois qu'on l'a obtenu, il nous affranchit et nous autorise enfin à être ce que nous sommes, de sortir de la norme, il est garant d'une certaine liberté."

Pour ma part, lorsque j'apprends qu'un artiste ou un écrivain vient de recevoir un prix, je m'exclame : Aïe, le pauvre ! Je m'imagine la collection de papillons sous verre  aux larges ailes devenues inertes, clouées sur un joli velours rouge ou vert et de les comparer  à tous ces artistes et écrivains cloués au sol, écrasés par le poids des insignes et des honneurs. Les papillons  sont beaux, mais ils ne volent plus. C'est un peu le poids des prix, ils vous empêchent de demeurer  aériens et de butiner librement.

Récemment, on m'a contactée pour m' attribuer un prix pour mon  roman "Les clandestins de ma grand-mère" (je l'annoncerai officiellement dans quatre  mois) , je suis restée dubitative, ne sachant trop que faire de cette information. Je croise au  Bourg-de-Four un protagoniste de mon roman, un Colombien,  autrefois clandestin,  qui nettoyait les vitres d'un magasin. Je le hèle :  Luisito ! Il paraît qu'on a gagné un prix. Il cesse net de nettoyer la vitre , il me regarde sans piper mot. Il pleure d'émotion. Tu l'offriras aux clandestins de Genève, n'est-ce pas ? A ce moment-là, je réalisai la force symbolique du prix et ce qu'il représente aux yeux de tous.

 

BILLET COLLECTIF SUR LE THEME : LE PRIX http://billetcollectif.blog.tdg.ch/

 

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Commentaires

Félicitation pour le prix Djemâa...c'est mérité!

Écrit par : Haykel | 26/11/2010

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