30/10/2010

"La generación de los mileuristas" : une génération sacrifiée



generation.jpgMADRID - Ils sont masterisés, labellisés, formatés universitaires. Pour la plupart d'entre eux  leur parcours est tout juste, et pourtant leur passage au monde du travail est un échec retentissant. Lorsqu'on  a 30 ans  et que l'on gagne mille euros, il faut s'estimer satisfait d'avoir obtenu un emploi même précaire après deux ou trois ans de recherches pour dégoter enfin  un travail fixe. On compte quatre millions de personnes en Espagne qui gagnent mille euros ou moins selon l'INE (Instituto Nacional de Estadística.)

Ils sont jeunes, ils ont entre 25 et 28 ans , l'âge auquel  ont termine l'université et souvent sans aucune expérience du monde du travail.  Les statistiques de ces jeunes au chômage montrent que c'est une génération sacrifiée. À travers les différents témoignages,  on constate que les jeunes qui terminent l'école obligatoire et qui suivent une formation professionnelle même sur un très court terme s'en sortent mieux. Les autres, universitaires, sociologues, psychologues  peuvent se trouver réduits à travailler par exemple comme téléopérateurs pour l'assistance aux personnes âgées et ne toucher que 750 euros par mois. Avec un tel salaire, soit on partage un appartement à plusieurs, soit on reste chez les parents.  Des parents souvent mis à contribution  pour entretenir leurs enfants incapables de vivre avec leurs seuls salaires. Hier,  cette première génération  payait la répression et l'état policier sous Franco,  aujourd'hui, ils paient pour la crise économique.  Des jeunes à entretenir d'une part , des parents déjà vieux à soutenir, d'autre part. Sans doute, une génération aussi sacrifiée, comme celle de leurs enfants.

Quelques témoignages saisis sur le vif :


Marta, 28 ans, elle est travailleuse sociale diplômée travaillant comme téléopératrice, elle travaille 40 heures par semaine et touche 950 nets. Elle vit chez ses parents.
Julio, 26 ans, il est sociologue et travaille comme tel depuis 2 ans et demi dans les  techniques du marché du travail. Avec 40 heures par semaine, il gagne 1100 euros nets par mois et partage un appartement avec d'autres amis qu'il paye avec les charges 500 euros. Il prévoit de s'acheter un appartement en location-vente que la communauté de Madrid met à disposition dans les zones périphériques excentrées. Il pourra ainsi accéder,  lui, à un logement indépendant et ses parents passeront à la caisse, une fois de plus.
Carmen, 35 ans, esthéticienne. Elle a eu son premier enfant à 34 ans, elle est enceinte du second et devrait accoucher d'ici 5 mois. Elle touche 1000 euros par mois, et la crèche pour ses deux enfants lui coûtera 800 euros. Malgré tout, elle préfère travailler pour rien que de perdre un job qu'elle ne retrouvera sans doute jamais. Son mari est chauffeur de bus et touche 1700 euros par mois. A eux deux ils remboursent leur hypothèque à  1000 euros par mois pour un appartement d'environ 80 m carré. Comptez combien il leur restera par mois pour les 4 ?

Pour Pilar, psychologue madrilène cumulant 3 emplois -2 dans son domaine d'activité en qualité de psychologue pour enfants et adolescents et le troisième comme professeur d'espagnol, s'en sort, elle, avec 1000 euros par mois - elle estime que cette situation de précarité entraîne beaucoup de stress, une forme larvée de dépression et de négativisme. Il n'y a pas de corrélation entre l'effort fourni et le résultat obtenu. Comment réagir à cela ? Elle constate une posture de soumission, on s'habitue à l'indignation qu'on fait sienne, plus assez de force pour crier, on n'ose même plus participer à un mouvement de contestation de peur de perdre le peu qu'on a déjà réussi à obtenir. Elle estime que la seule réponse est de devenir fataliste.  On se laisse malgré soit  envahir par un sentiment d'impuissance, voire d'indifférence. Pour elle,  une des conséquences  liée à cela est une baisse du taux de natalité. L'âge moyen pour créer une famille va au-delà des 30 ans. La société devient de plus en plus âgée, c'est une vraie « catástrofe » selon Pilar. Dans le meilleur des cas l'on émigre, on cherche ailleurs la reconnaissance professionnelle ou l'on va apprendre les langues étrangères.

Pour Rafa, chauffeur de taxi, le constat est tout aussi sévère. Chauffeur de taxi à 60h par semaine pour 1000 euros nets, il estime que la non régulation des flux migratoires en provenance de l'Amérique du Sud détériore un marché du travail déjà fragilisé. Pour lui,  il n'y a pas de futur ou alors ce futur commence à la fin du mois et s'étend jusqu'au 15 du mois d'après. À partir de là, on compte moins de voitures car l'on a plus les moyens de se payer l'essence. Les centres commerciaux se vident ou alors on vivote à crédit. Quelle solution ? La révolution ? Il nous brandit sous le nez le calendrier annuel espagnol truffé de jours de fêtes saintes, et agacé il constate que athés ou religieux, on ne pense qu'à faire la fête. Comment penser à la Révolution ? "On devient fataliste, on devrait nous proposer un autre modèle économique, je ne sais pas lequel, mais en attendant on fait la fête. Preuve en est, pour le 1er novembre, à la commémoration des morts qui est  supposé être un jour triste,   les Espagnols arrivent encore à faire la « fiesta », boire rire et manger". Il hausse les épaules, d'un air désabusé et répète "comment faire la révolution avec des gens comme ça ?"

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Merci à Julia Chraïti-Martin pour la traduction des interviews

Crédit photo D. Chraïti

21:21 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

excellent, je vous felicite !

Écrit par : location vavances | 10/06/2011

Les commentaires sont fermés.