28/10/2010

RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES : UNE MODE OU UNE VRAIE BONNE IDEE ?

PAR MARION MOUSSADEK - JOURNALISTE INDEPENDANTE RP

photo2.jpgEconomie européenne - Aujourd'hui, s'ouvre le sommet sur la responsabilité sociale des entreprises, à Bruxelles. A l'île Maurice, cette mesure incitative est obligatoire depuis peu pour toutes les PME.

« Je n'en reviens toujours pas. Avant, chaque matin, dans mon village, je regardais partir la navette des employés de l'hôtel avec envie. Je me disais qu'ils avaient une chance inouïe de travailler là-bas. Maintenant, je fais partie du convoi matin et soir ! », raconte Vanetta Sarah, 28 ans. Cette Mauricienne originaire du sud de l'île, un des coins les moins développés de ce lopin de terre grand  comme le canton de Zurich, a arrêté l'école à 13 ans -« dans ma tête, je me disais tout le temps que ce n'était pas fait pour moi »-. Contre toute attente, elle peut aujourd'hui se targuer d'être gouvernante dans le superbe hôtel de luxe Charles Telfair, pieds dans l'eau...de l'océan indien. Une aubaine pour cette jeune fille qui tournait en rond à la maison avec sa mère, en attendant chaque jour que ses ouvriers de père et frère rentrent dîner.

 

 

A qui doit-elle cette formidable opportunité ? A un levier, appelé « responsabilité sociale des entreprises », RSE, ou CSR, Corporate Social Responsiblity, pour les plus avertis. Mais encore ? Le gouvernement mauricien qui a rendu ce levier obligatoire pour toutes les compagnies privées, le définit ainsi : « les firmes étrangères ou locales devront reverser 2% de leurs bénéfices nets à des ONG ou des programmes nationaux qui contribuent au développement social et environnemental du pays [...] en vue de promouvoir une convergence entre l'économie, le développement social et l'environnement ».  Le thème réunit aujourd'hui les ténors de l'industrie avec des représentants de GDF Suez ou encore d'IBM Europe, emmenés par le vice-président européen de l'industrie et de l'entreprenariat Antonio Tajani et le commissaire européen à l'emploi Laszlo Andor.

Comportement responsable

Ces sommités vont se creuser la tête pour que le tissu économique européen tende à «un comportement responsable [qui] se traduit par une réussite commerciale durable ». Les firmes sont libres de choisir sur quel projet elles veulent jeter leur dévolu, mais quoiqu'il en soit, la mise en place d'une RSE implique nécessairement trois acteurs : gouvernement, secteur privé et société civile.

A l'île Maurice, ces trois protagonistes ont été déterminants pour Vanetta et une centaine d'autres jeunes que s'est engagée à former cette entreprise dans l'année à venir. Pour mettre en place cette politique, ce superbe complexe hôtelier de luxe, Veranda Resorts, qui compte notamment 2 hôtels 5 étoiles au sud-ouest de l'île, le Charles Telfair et l'Heritage Awali, ainsi que quelque 300 villas individuelles en cours de construction destinées à être vendues aux riches étrangers, s'est dotée d'une fondation.

 

 

 

photo1.jpgPas d'assistanat

Cette fondation de « L'atelier du savoir de Bel-Ombre »  se charge d'injecter ces fameux 2% dans les domaines qui lui semblent les plus pertinents. Et ils ne manquent pas : création de crèches, de pistes cyclables, de chapeaux à partir du vétiver qui pousse sur le golf 18 trous... Pour chacune de ses activités, la fondation Bel-Ombre forme (réparateurs vélos), accompagne (cours d'entreprenariat par exemple) et insère (stage suivi d'emploi).

Son directeur, un passionné qui soulèverait des montagnes, Bernard Li Kwong Ken, insiste pour se démarquer de la politique d'assistanat : « Notre fondation est comme un centre d'incubation ! Nous avons plusieurs programmes d'insertion de la population locale. Tout doit être pensé avec son corollaire systématique. Par exemple, nous avons formé des dames aux métiers de la petite enfance pour qu'elles soient capables de gérer une crèche. Cette garderie créée permet désormais aux mères, que nous avons parallèlement formées à différents métiers, à laisser leur enfant en toute sécurité et à aller travailler. Si nous mettons en place le tri des déchets (ndlr : inexistant dans tout le sud de l'île), le verre pulvérisé pourra être utilisé pour sculpter des figurines artisanales. »

6 000 dollars par villa vendue

Filles-mères ou anciens sucriers restés sur le carreau suite à la rationalisation imposée par l'OMC : ces mesures permettent aussi de réinsérer des Mauriciens qui travaillaient pour la première ressource du pays, le sucre, désormais reléguée en troisième position...après le textile. Sur les 300 employés que compte le seul hôtel Heritage Telfair, implanté en plein ancien domaine sucrier, une centaine devrait, à terme, être formée par la fondation de l'atelier du savoir de Bel-Ombre, dont le financement paraît incroyablement simple.

Sur chacune des 288 villas du domaine dit Valriche, « la vallée des ruches », vendues de 1, 2 millions à 2,5 millions de dollars, quelque 6 000 dollars iront à la fondation du savoir de Bel-Ombre. Une somme qui a notamment permis de mettre en place un programme d'alphabétisation. « Nous avons le cas d'une retraitée de 59 ans, analphabète, qui, chaque mois, se faisait voler son chèque de pension par ses enfants. Au bout de 2 semaines à fréquenter notre atelier d'alphabétisation, elle savait lire et reconnaître l'enveloppe qui arrivait à son nom. Pour elle, ça a été la fin du calvaire », raconte Bernard Li Kwong Ken.

Gagnant-gagnant

Mais attention, cours d'alphabétisation, projets de création de pistes cyclables, vannerie produite à partir du vétiver qui pousse sur le golf : aucun de ces programmes louables ne se fait entre deux portes, même si, comme d'autres, Vanetta a été recrutée par la fondation du savoir de Bel-Ombre, au cours d'une opération de porte-à-porte. Il aura fallu un stage de 3 semaines en « Life skill management », trois mois de cours à l'école hôtelière à Eben, à 1heure de là, pour que celle que les enfants de son village appelait « marraine » -« le peu de choses que je savais, je les leur ai transmises »-, se retrouve « housekeeper » en fin de formation à l'hôtel. Avec la nouvelle opportunité que représentent le complexe de villas de luxe en construction qui surplombent le golf, Vanetta a même pu s'offrir le luxe de choisir son employeur. « Je vais désormais être la gouvernante d'un client privé sud-africain qui a acheté 10 villas. Il m'offre le double de mon salaire actuel ». Un solde dont le chiffre - 10 000 roupies par mois (340 francs suisses environ)- a été soufflé par l'employeur actuel lui-même. Qui accompagne donc jusqu'au bout.

Un employeur qui reconnaît à demi-mots que tout le monde trouve son compte dans cette politique imposée par le gouvernement : « En laissant la population autochtone à l'écart du développement touristique, qui plus est, de luxe, en laissant ces poches de pauvreté à nos portes, on attiserait l'envie et la jalousie. Là, tout le monde ressort gagnant : l'environnement est sécurisé, notre complexe draine des emplois. Tout le monde est content », lâche un directeur d'hôtel. Un dernier commentaire de Vanetta le confirme : « Aux yeux du village, et de mes parents qui sont désormais infiniment fiers de moi, j'ai réussi ».

 

Marion Moussadek

Aujourd'hui, les discussions du réseau européen de la CSR, dont quelque 70 multinationales sont membres, sont à suivre en ligne, sur Facebook notamment.

http://www.csreurope.org

 

Un grand merci à Marion Moussadek, journaliste indépendante et très engagée  pour sa contribution à ce billet.

 

 

10:31 Publié dans Solidarité | Tags : rse | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | |

Commentaires

Très intéressant, Djemâa. Merci pour ces infos.

Écrit par : hommelibre | 03/11/2010

Merci pour votre billet, riche en informations. Quelle est l'adresse Facebook pour suivre les discussions du réseau européen de la CSR ?

Écrit par : Dessous Chéri | 22/07/2011

http://www.facebook.com/groups/2237066135
CSR

Écrit par : CSR | 22/07/2011

Merci pour ces infos, pour ce billet complet

Écrit par : Modatoi | 07/09/2011

C'est toujours interessant d'en apprendre davantage sur de telles fondations. Et merci a Marion en effet.

Écrit par : Miss Good Buy | 18/11/2011

Très interessant comme article et très agréable à lire, merci Djemâa pour vos informations

Écrit par : jeu de cuisine | 13/07/2012

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