19/10/2010

Racines ensablées, racines oubliées

Racines ensablées, racines oubliées


Terre.jpgLors d’une interview  radiophonique récente, un journaliste interrogeait l’écrivaine guadeloupéenne, Maryse Condé, sur son “déracinement”, sur l'exil de celle qui est née à Pointe-à-Pitre, a vécu plusieurs années en Afrique et vit désormais entre Paris et New-York. De sa voix grave et chaude, avec cet accent mâtiné des îles, elle raconte non pas le déracinement mais ces  racines que l’on porte en soi, avec lesquelles on vit, on voyage, on grandit, qui façonnent nos âmes et nos caractères. Ces racines qui projettent devant nous ces routes de vie riche aux héritages enracinés au fond du coeur.
Ces racines qui nous ont constitués dès l’enfance, ces odeurs, ces lieux géographiques, ces ciels aux couleurs de feu, ces mers bleus azurs, ces langues en quadriglossie, ces histoires magiques si bien contées, ces goûts culinaines, les parfums enivrants d’un musc  poivré ou de l’ambre gris qui grésille sur les charbons ardents d’un encensoir.  Tout cet univers qu’on a emmené avec soi, qui nous a formés, enrichis. Contrairement aux arbres, il n’y a pa de déracinement, nous ne sommes pas liés à une terre, à un carré de pré. Le croire, c’est souffrir, car cette terre ne sera jamais celle qu’on a connue, imaginée, rêvée, cette terre laissée derrière en exil, ne sera plus que la source de nos nostalgies. Le décalage est toujours cruel. Oui, ! les sédentaires adorent mentionner le voyage, le départ comme une mort, un arrachement, le voyageur s’en contente, il s’en nourrit, en redemande.  C’est la confrontation aux changements qui nourrissent abondamment nos ancrages qu’il faut entretenir de mille couleurs, de mille sensations, de mille impressions.
C’est parfois la force et l'omniprésence des racines et des traditions qui peuvent peser chez certains. Lorsqu’on ne sait plus les faire vibrer, rechercher les résonances dans tout ce  cortège des possibles renaissances, une nostalgie teintée de souvenirs qui sombre dans l’enlisement, à l’heure où les vies s’ensablent dans un quotidien qui ne supporte plus la puissance de nos héritages. Tout ce qu’on a reçu  et qui devait nous donner des ailes, nous écrase dorénavant, le fardeau de ces racines mortes que plus aucune expérience ne fait revivre.
Pareils aux banyans, nous sommes condamnés à toujours renaître là où on se plante, telle est la richesse et la puissance de nos racines, elles nous donnent la force de pousser très haut, tendus vers le ciel, en quête de  ses espaces infinis et qui transforme la terre entière en terreau fertile.

Djemâa Chraïti

(illustration: © panthesja - Fotolia.com)

 

REPRIS PAR LE BLOG COLLECTIF ANIME PAR HAYKEL EZZEDINE (GRAND BRAVO en passant )

07:38 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

La nostalgie c'est comme les sables mouvant, vaut mieux pas y mettre les pieds pour cause d'enlisement et de finir enseveli. Les souvenirs d'antan, le déracinement de l'individu, la suprême mélancolie sont souvent relégués par une réalité plus brute mais peuvent être aussi compensés par sa communauté d'origine. En littérature, ce sentiment peut être évoqué par une sorte de spleen mélancolique où par l'évocation d'images du passé, édulcorées et embellies qui ressurgissent pour nous faire voguer dans sphères plus hautes.

Écrit par : Suissitude | 19/10/2010

Les commentaires sont fermés.