01/10/2010

Quiconque nourrit un homme est son maître

jacklondon.jpgQuiconque nourrit un homme est son maître,  texte publié en 1902 dans the "Critic magazine" et signé Jack London. Un regard acerbe sur la triste condition des écrivains, ces candidats-artistes à la litttérature au ventre qui réclame et à la bourse vide confrontés au terrible paradoxe: l'immortalité ou du pain et de la viande ou comment et selon quels usages doit-il chanter la joie de son coeur pour qu'une fois imprimé, ce chant lui fasse gagner son pain ?

 

Au début du XX e siècle le "rédacteur en chef est dominé par le directeur commercial qui garde les yeux rivés sur le tirage" puisque le gros tirage "apporte la publicité qui fait rentrer l'argent" et les articles lus par le plus grand nombre ne sont évidemment pas les meilleurs mais les plus rentables et pour flatter ce plus grand nombre on va le nourrir de ce qu'il aime et non pas de ce dont il aurait besoin pour se grandir, pour s'éduquer, pour se cultiver.

 

 

Le rédacteur en chef ne fait pas « commerce d'immortalité ». Peu lui importe les textes ou les nouvelles qui s'inscriront dans la durée : « Le plus grand nombre réclame de la littérature immédiate », se moquant de « l'estimation à long terme ». Ce public est prêt à payer quelques cents pour acheter le magazine et, donc, nourrir l'écrivain... Or, « quiconque nourrit un homme est son maître ». Tout le paradoxe de l'homme de plume réside dans ce dilemme : l'ambition face à la nécessité ; l'immortalité ou du pain et de la viande : « Le monde s'oppose étrangement et implacablement à ce qu'il échange la joie de son cœur contre le réconfort de son estomac ».

"Entre une liberté d'exister insolente et la résignation à un quotidien pot-au-feu, il y a peu d'espace habitable. C'est pourquoi, Jack London prend la mer" pour ne pas se laisser dominer lui et son art par la sordide nécessité,  pour ne pas renoncer à ses rêves ambitieux. Il y a quelque chose de très contemporain dans ce texte où Jack London s'attriste de constater que les valeurs les plus profondes de la vie sont aujourd'hui exprimées en termes d'argent. Que dirait l'auteur, aujourd'hui ? Comme hier, il fuirait vers le grand large, vers l'appel de la forêt, vers le Grand Nord, ce vagabond magnifique s'en irait sillonner le monde en posant cette question sans réponse à ce jour : "comment est-il possible de défendre un idéal humain avec des hommes ?"

 

Dans la petite collection

Jack London

Quiconque nourrit un homme est son maître

Préface de Jean-Marie Dallet

 

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