03/08/2010

PRISON DE DRAGUIGNAN : GARDIENS EN QUÊTE DE PRISONNIERS

dragui 012.JPGQue feraient un médecin-psychiatre sans ses fous, un maître sans ses élèves, un gardien sans prisonniers ?    Ils n'existeraient  plus.

Triste constat auquel est confronté l'ensemble du personnel de la prison de Draguignan, environ 230 personnes  qui ont  pour seule  mission, à ce jour, de garder des murs à défaut de prisonniers. Le 16 juin, lendemain des intempéries, les 450 détenus  ont tous été transférés vers d'autres établissements  de la région.  Depuis, les agents s'occupent aux nettoyages et à l'entretien des lieux. Grève,  « directeurs séquestrés et  relâchés », ils attendent une réponse des autorités,  prévue  en octobre,  pour savoir  à quelle sauce ils seront mangés, entretemps, ils goûtent aux geôles de la longue attente en forme d'interrogation.

dragui 014.JPGUne prison  en grès orange, façon forteresse rappelant celle du Désert des Tartares dans l'œuvre de Buzzati, bâtisse  perdue dans les mirages illusoires où on ne sait plus trop ce qu'on espère et ce qui pourrait se profiler à l'horizon, hormis le doute et l'incertitude.  Les gardiens, eux,  attendent le retour des détenus qui ne demandent qu'à revenir à Draguignan, du reste, ces derniers ont signé une pétition demandant leur rapatriement dracénois ;  vers cette  prison tranquille où règne une bonne ambiance selon un ancien détenu. L' électricité coupée, c'est le générateur électrique qui assure le relais, les subsides qui doivent permettre des travaux de réfection ne parviendront pas avant des mois. Certains avancent même que la prison ne sera jamais rouverte à cause du terrain inondable, alors que d'autres informations contradictoires démentent les craintes : "Le directeur de cabinet du préfet a assuré aux agents qu'un centre pénitentaire serait maintenu à Draguignan".

              dragui 019.JPG                                                  

*Wardani, un jeune  prisonnier en semi-liberté sort de la prison.  Tout en discutant avec moi qui suis assise sur une borne  devant le centre,  carnet de notes sur les genoux et cachée sous mon panama, il  ouvre et referme  le large portail aux différents visiteurs de la prison  en s'adressant à un des gardiens et  en riant : »Vous voyez, c'est moi le portier de la prison , maintenant ! »

 Il me raconte comment le 15 juin, il devait réintégrer sa prison avant 21 h, comme chaque soir.   L'après-midi, il réalise,  de l'eau jusqu'en haut des cuisses,  qu'il ne pourra jamais atteindre le centre pénitentiaire inondé. Paniqué, il fonce au commissariat de police le plus proche, tandis que l'eau envahit tout autour de lui, il crie à un policier qu'il ne peut pas rejoindre la prison,  il hurle alors son nom et son prénom au milieu du chaos  pour être sûr qu'on l'ait bien identifié et ne pas être considéré,  dès lors,  comme évadé. Le policier lui crie, à son tour,  avoir pris bonne note et que la seule chose qui lui reste à faire était de rester chez lui. Ce que fit un Wardani surpris d'être libéré par les flots, contraint à se calfeutrer à la maison pour finalement troquer son jeans et ses baskets trempés contre short et tongs.

 Au cours de notre conversation,  il m'invite à acheter le livre collectif qu'ils ont publié en deux milles exemplaires et auquel a  contribué une trentaine de prisonniers dans le cadre de l'atelier d'écriture et  intitulé « Au Clair de la Plume »

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La femme s'accroche désespérement à sa voiture, petite fourmi agrippée à sa brindille dans un cours d'eau violent.  A Draguignan, ce 15 juin restera gravé  dans les mémoires,  c'est de la folie, on ne sait plus où donner de la tête, toutes les digues paraissent avoir explosé, toutes les rivières avoir débordé après quelques jours de fortes pluies, créant une confusion sans précédent dans cette ville du Var.  Les gens lui crient de lâcher et de tenter de nager vers les côtés, la femme comme tétanisée ne parvient pas à le faire, autour d'elle ce ne sont qu'objets, branches, arbres déracinés qui la frôlent dangereusement, les yeux apeurés, elle et ne trouve pas le courage de commander ses mains de décrocher. La voiture part à la dérive , une petite femme qui sanglote accrochée à elle, emportées par le courant.

Finalement, un homme plonge à sa rescousse, tout habillé, un sac sur le dos contenant un sandwich et une boisson, il prévoyait partir en  randonnée,  il nage prestement vers la malheureuse. Il lui saisit les mains figées sur le véhicule et l'entraîne vers un arbre sur lequel ils grimpent tous deux. Durant quatre heures, ils resteront perchés, assis sur une branche,  l'un en face de l'autre, ils  partagent le seul sandwich.  La femme tremble encore d'effroi, l'homme ne cesse de la rassurer.

Par la suite, on saura que son sauveur héroïque  était un prisonnier en permission;  un Jean Valjean qui venait de sauver l'épouse du chef d'un commissariat  de police d'une ville proche de Draguignan.

 

 

 * Photo prise publiée et prénom cité avec accord de la personne au préalable

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